Je suis désolée pour le temps que ce chapitre aura pris ! Il était censé arriver plus tôt, mais j'ai attrapé une sale conjonctivite, et ça a retardé l'écriture sur ordinateur. Mais au moins vous aurez de quoi lire, il fait plus de 6 000 mots !

Trancy13 : En effet, c'est pas très joyeux ce qui lui est arrivé !

ouassi : Hm, si tu t'attendais à voir la réaction du personnel face à Joker et Sebastian, je pense que tu vas être un peu déçu. Leur relation évolue petit à petit, vers quelle direction, je n'en dirais pas plus.

Manon : De rien, et j'espère que tu seras aussi présent(e) pour les prochains chapitres !~

Sur ce, bonne lecture !


Écrit par Cennis

Chapitre Sept

Sur le chemin du retour, l'atmosphère était indéfinissable. Parler de « tension » serait bien modeste.

Ciel les guidait à nouveau, son attitude froide revenant peu à peu, à mesure que La Pièce s'éloignait. Sebastian devait constamment réajuster Joker dans ses bras, l'homme pas si petit gigotait sans cesse et essayait d'atteindre le dos de Ciel, lançant des coups d'œil méfiant à Sebastian. Parfois, c'était presque comme s'il ne le reconnaissait pas, et pour qu'il se calme, Ciel devait encore et encore lui expliquer que Sebastian était là pour l'aider.

Le blessé finit par tomber dans un sommeil agité, et ils purent accélérer le pas.

À mi-chemin, Ciel soupira.

- Va devant.

Une part de Sebastian était perturbée de savoir que le garçon pouvait aussi bien le lire après si peu de temps. Une plus grande part était juste soulagée de pouvoir poser ce qu'il considérait sans aucun doute comme une question dérangeante.

- Es-tu déjà allé dans La Pièce ?

Évidemment, il était assez fier d'admettre qu'il apprenait lui aussi, ne serait-ce qu'un peu, à lire en Ciel. La manière dont le visage de ce dernier perdit ses dernières couleurs, resserra les poings, et l'hésitation alors qu'il réfléchissait avec précaution à sa réponse, Sebastian remarqua tout.

- … Oui. Une fois, il y a longtemps, répondit finalement le garçon borgne après mûre réflexion.

- Qu'avais-tu fait ?

En entendant la question, Ciel lâcha un ricanement amer.

- Je ne me souviens même pas. Je ne sais plus pourquoi ils m'y ont envoyé, combien de temps ou ce qu'ils m'ont fait. La seule chose dont je me souviens, c'est que le Dr. Faustus m'a fait sortir. C'était la seule fois où j'étais content de voir cet effrayant fils de pute.

Dès que les mots furent prononcés, Ciel fronça les sourcils. Entre Alois et Freckles, il commençait à prendre de mauvaises habitudes.

Sebastian ricana, plutôt content que son compagnon partage son avis sur le binoclard. Il redevint rapidement sérieux, réfléchissant à sa prochaine question.

- Pourquoi... des miroirs ? Ce n'est certainement pas ce à quoi je m'attendais.

Ciel jeta un coup d'œil vers lui, un sourcil levé.

- Vraiment ? À quoi t'attendais-tu ?

- Je ne sais pas trop, pour être franc. Des vierges de fer, des chevalets, des vis à ailettes, ce genre de choses.

- Ne sois pas stupide. Ils gardent ce genre de choses dans le sous-sol.

Vu comment Ciel souriait, c'était dur de dire s'il était en train de plaisanter. Il semblait avoir un étrange sens de l'humour.

- Penses-y ainsi, Sebastian. Lorsque tu regardes un miroir, que vois-tu ?

- Est-ce que c'est une question piège ?

- Oui, mais réponds-y quand même.

- D'accord, je vois mon reflet.

Ciel acquiesça.

- Et combien de temps te regarde-tu généralement ?

- Juste en passant devant, je suppose.

- Alors tu ne regardes qu'assez longtemps pour te recoiffer.

Il recommençait avec les blagues sur les cheveux. Juste parce que Sebastian se coiffait, contrairement à certain.

- J'imagine.

- La prochaine fois que tu te regardes dans le miroir, Sebastian, je te conseille de regarder un peu plus longtemps. Plus tu dois te regarder, plus tu commences à voir... Et tu n'aimes pas toujours ce que tu vois, finit Ciel, sa voix aussi forte qu'un murmure.

Il semblait songeur, et Sebastian se retint de lui poser d'autres questions. C'était déjà assez rare qu'il y réponde, alors il préféra ne pas aller plus loin. S'il devait émettre une hypothèse, il dirait que Ciel pensait à ce qu'il avait vu lorsqu'il s'était regardé, et cela n'avait pas l'air de lui plaire.

Les jours qui suivirent, Sebastian ne ferma pas les yeux de la nuit.

Il avait laissé un patient sortir de la section.

Il était allé à l'encontre de ses supérieurs et avait libéré un patient.

Toutes les portes par lesquelles ils étaient passés à l'aide de son badge, étaient enregistrées, et il y en avait eu beaucoup.

Mais, malgré ses inquiétudes, il ne s'était rien passé.

Lorsqu'ils étaient revenus dans les quartiers, l'aube pointant le bout de son nez, Ciel lui avait dit d'emmener Joker dans sa chambre. Une fois que Joker avait été installé dans le lit de Ciel, ce dernier avait pratiquement traîné Sebastian jusqu'au foyer et préparé l'échiquier. Cependant, il n'avait pas placé les pièces dans leurs positions de départ, mais étalées sur le plateau. Peu après, Angela était arrivée. Elle avait longuement observé la chemise de Ciel, en particulier la larme sur le bas, et Sebastian crut que son cœur allait s'arrêter. Sous la table, Ciel avait écrasé son pied, un ordre non-dit pour qu'il agisse naturellement. Angela n'avait rien dit, les avait salués de son habituel sourire glacé, et tout s'était déroulé normalement.

Sebastian avait repris son tour de garde habituel le jour suivant, et il se précipita presque dans la section. À sa grande surprise, tout était normal. Enfin, normal pour St. Victoria. Joker était assis sur l'un des canapés, tout sourire et riant comme toujours, entouré des autres qui ne faisaient pas de son retour toute une affaire, plaisantant simplement comme toujours. Son bras mutilé était caché sous la longue manche de sa chemise, mais sa main squelettique ressortait tout de même. Personne ne la regardait, ni les patients ni le personnel, et Joker lui-même ne semblait pas plus gêné que cela que l'une de ses mains ne soit plus qu'un poids mort.

La normalité de la situation suffisait à rendre Sebastian fou.

Il fut soulagé de voir Ciel sortir de sa chambre, et étonnamment, de son plein gré. Freckles tourna vivement la tête en entendant le craquement de sa porte, leurs regards se croisèrent, et elle articula sans un son merci, Smile. Ce fut assez pour que Sebastian sache que cette nuit là était bel et bien arrivée, malgré le fait qu'autant de personnes présentes ici faisaient comme si de rien n'était.

Ciel s'approcha de lui avec une démarche arrogante, un léger sourire narquois se dessinant sur son visage.

- Partant pour un jeu ?

Mais, à la grande surprise de Sebastian, ce n'était pas un échiquier qu'il tenait mais un paquet de cartes.

- Gin rami ? Proposa Sebastian en suivant Ciel jusqu'à leurs places habituelles, loin des oreilles curieuses.

- Balivernes. Nous jouons au Poker, c'est le seul jeu de carte qui vaut le coup, répondit Ciel, ayant l'air presque outré.

Bien évidemment Ciel distribua les cartes, et bien évidemment Sebastian perdit spectaculairement. Ciel était si bon à ce jeu que c'en était impressionnant, il dépassait même ses prouesses aux échecs.

- Il y a eu une réunion larmoyante hier, lorsque Joker s'est réveillé. Ils se sont tous rassemblés dans ma chambre, et ce satané Dagger n'arrêtait pas de toucher à mes affaires, puis ils ont tous commencés à brailler. J'ai dû partir, autrement j'aurais vomi, murmura Ciel en lançant un regard mauvais en direction de Dagger.

- Comme c'est touchant, Ciel.

- Je ne supporte pas de voir les gens pleurer. C'est agaçant et le bruit qu'ils font... beurk.

Apparemment, il n'y avait pas de mot assez fort pour qualifier le dégoût de Ciel pour cette démonstration d'émotions.

Sebastian ricana.

La nuit qui suivit, Sebastian se rendit compte qu'il n'avait pas déposé son préavis. Lorsqu'il avait commencé à avoir des doutes concernant l'Institut, une petite voix lui avait chuchoté qu'il devrait partir tant qu'il était encore temps. En voyant ce qui avait été fait à Joker, en se souvenant de l'état d'Alois à son retour de La Pièce, et le changement d'attitude de Ciel à l'idée de s'en approcher, simplement imaginer ce qui leur avait été fait, c'était assez pour confirmer ses soupçons. Alors pourquoi travaillait-il encore ici ? La folie était sans doute contagieuse, il devait être fou pour vouloir continuer à travailler dans un tel endroit.

La première chose qui l'avait frappé en arrivant en Angleterre, ça avait été l'insipidité de l'endroit. Oh, comme il s'était trompé. Il s'ennuyait tellement dans ses emplois, à la recherche d'action, et c'était ici, à St. Victoria, peut-être même chez un certain patient bleuté qu'il trouverait quelque chose.

S'il y avait bien une chose qui était ressortie de cette nuit où lui et Ciel avaient sauvé Joker de La Pièce, à part l'aspect de l'endroit, c'était l'espèce de changement dans sa relation avec le garçon. Il ne pouvait pas dire ce qui avait changé. Une confiance grandissante, une camaraderie, quelque chose. Depuis ce jour, Ciel sortait beaucoup plus de sa chambre. La plupart du temps ils jouaient, que ce soit des jeux de carte ou des jeux de société, parfois des jeux de lettre comme des devinettes ou le vire-langue. Malheureusement, peu importe le jeu, Ciel était toujours le grand gagnant, mais Sebastian était déterminé à prendre la place du morveux. Parfois ils ne jouaient pas ils parlaient de choses et d'autres, du personnel, des patients, parfois Ciel lui posait des questions sur le monde extérieur et durant ces moments-là, il y avait presque une certaine joie enfantine dans sa voix et sur son visage qui trahissait son véritable âge.

Le mois suivant passa sans incident, mais Sebastian ne se laissa pas être berné dans une fausse impression de sécurité. Ce mois était une sorte de calme avant la tempête.

- Je tourne la tête, et tu peux aller où tu veux. Je tourne à nouveau la tête, tu es bloqué jusqu'à la mort. Je n'ai pas de visage, mais ma vie dépend de mes dents courbées- qui suis-je ?

Ciel se rassit sur ce qui était reconnu par tous ces temps-ci comme sa chaise, les mains enfouies dans ses cuisses, avec un air condescendant.

Sebastian retint avec attention son froncement de sourcil, reprenant chaque ligne de la charade. Il eut presque deviné lorsque cette gar- Angela arriva.

- Sebastian, pourriez-vous emmener Ciel à la salle de visite ? Il y a quelqu'un pour lui, l'informa-t-elle, partant comme toujours sans attendre de réponse, si sûr de son autorité.

Sebastian cligna des yeux.

- Il y a une salle pour les visites ?

- … Tu travailles ici, non ?

Ciel se leva en lui faisant signe d'en faire de même.

- Viens. Plus elle attend, plus elle devient tactile.

Ils quittèrent la section, et Ciel guida Sebastian à travers plusieurs couloirs et une ribambelle d'escaliers. Il courait presque, et Sebastian devait s'adapter à être à la même allure que le garçon. Ils arrivèrent finalement à une autre porte, et à peine était-il entré dans la pièce qu'une tache rouge se jeta sur Ciel.

- Oh non, tu as encore grandi ! Continue comme cela et tu ne seras plus mignon !

Elle faisait voir rouge une chevelure rouge vif, un maquillage méticuleux, une robe extravagante et un chapeau rouge presque aussi grand qu'elle. Elle avait une tête de plus que Ciel, et elle le serra fort contre sa poitrine, souriant narquoisement alors qu'il se débattait pour se libérer.

- Pourquoi diable- voudrais-je- être- mignon !

Il se dégagea enfin de son emprise, apparemment inconscient de la moue sur son visage qui pouvait être qualifiée de mignonne.

La femme l'emmena vers l'une des nombreuses tables, ce qui eut pour effet d'agacer Sebastian qui ne pouvait plus les entendre.

- Alors, comment va mon neveu préféré ? Demanda Ann en offrant un grand sourire au garçon, son menton posé sur sa main.

- Je suis ton seul neveu, se sentit-il obligé de souligner, et je vais comme toujours.

- Oh mon chéri, réjouis-toi un peu, j'ai fais tout ce chemin pour venir te voir ! Et j'ai de si bonnes nouvelles-

- Tu vas te marier, la coupa Ciel, faisant tomber Angelina de haut.

- … Comment le sais-tu ? se plaint-elle, révolté que son merveilleux instant soit ruiné.

Pour être franc, elle savait bien que Ciel n'allait pas sauter de joie en entendant la nouvelle, n'étant pas très intéressé par ce genre de réjouissance. Mais, elle s'attendait quand même à pouvoir le dire elle-même !

- La pierre sur ton doigt était un bon indice, dit Ciel en montrant le diamant qu'elle portait. C'est beaucoup plus sobre que ce à quoi je m'attendais, par contre. Alors, comment s'appelle-t-il ?

- Arthur Wordsmith. Tu l'aimes bien, il écrit ces romans policiers que tu lis.

La fierté dans sa voix fit presque sourire le garçon.

- Lui ? Hm, il est doué. Son dernier ouvrage était divertissant, bien que le début est atrocement lent. Dis-lui de corriger cela.

Ann leva les yeux au ciel.

- Je m'assurerai de lui transmettre le mess-

- Félicitations, tante Ann.

Il l'avait dit cela si vite, refusant de la regarder dans les yeux comme si s'il ne le disait pas maintenant alors il n'en aurait plus jamais l'occasion, et Ann lui offrit un sourire chaleureux, voyant l'ancien Ciel à cet instant.

Il était clairement mal à l'aise, et bien que cela soit très divertissant de regarder son petit neveu gigoter ainsi, elle décida de lui laisser la paix. Fouillant dans ses poches, elle jeta un coup d'œil à l'inhabituel aide-soignant à côté de la porte.

- Lizzie voulait que je te donne ceci.

Ciel releva l'œil vers l'enveloppe dans la main d'Ann. Elle commença à se dire qu'il ne la prendrait peut-être pas, et elle s'imagina déjà la tête que ferait la fille si elle devait lui rendre, mais l'objet fut arraché de sa main, et enfouie dans l'ourlet du pantalon de Ciel.

- D'accord. Merci.

Ann fixa son neveu un long moment.

- Il y a quelque chose de différent chez toi. Est-ce que quelque chose est arrivé ? Une bonne chose, j'espère.

Ann se retint de se frotter les yeux lorsque l'ombre d'un sourire passa sur le visage de Ciel, ne ratant pas la petite étincelle dans son œil à l'encontre de l'étrange homme dans la pièce.

- On peut dire ça.

Il était en retard d'une heure, quarante-sept minutes et vingt-deux secondes. Mais ce n'était pas comme si Ciel était en train de compter.

Et dire qu'il était sorti de son lit et que l'homme avait le culot de ne pas se montrer. Il y avait quelque chose à redire sur son sérieux, là !

Ciel expira bruyamment, balançant sa jambe sur l'accoudoir de la chaise et croisant les bras sur sa poitrine. Sebastian était-il malade ?

- … Tu n'as même pas réfléchi à ce mouvement, n'est-ce pas ?

Ciel soupira d'exaspération, alors qu'Alois bougea sa Tour sur le plateau.

Honnêtement, il s'ennuyait tellement qu'il en était réduit à jouer aux échecs avec Alois.

- Bien sûr que oui ! Comment ma main aurait-elle pu savoir quoi faire autrement ?

Alois tira la langue à Ciel de manière puérile.

Ciel expira de nouveau, ne remarquant apparemment pas qu'il le faisait en boucle, bien que cela n'ait pas échappé à Alois. C'était plutôt drôle de voir Ciel aussi préoccupé. C'était très rare, après tout.

Une demi-heure plus tard et Sebastian était en retard de deux heures, dix-sept minutes et dix-neuf secondes exactement. Ciel faisait comme s'il ne boudait pas malgré ses nombreux pincements de lèvres, et Alois était en guerre avec les pièces d'échecs.

Ciel était juste content que le blond n'ait pas encore commencé à les lécher. Trouver du désinfectant était une tâche compliqué.

- Ciel ? Tu as une minute ?

Sorti de nulle part, Sebastian se tint soudainement aux côtés de Ciel, faisant sursauter ce dernier. Au lieu de se lever, Ciel regarda juste Alois, et le blond fit exprès de respirer bruyamment alors qu'il partit d'un pas nonchalant, murmurant quelque chose qui ressemblait beaucoup à les potes avant les meufs.

- Où étais-tu ? demanda Ciel, manquant de cacher l'agacement dans sa voix.

Sebastian prit la place libre d'Alois, un léger sourire narquois se dessinant sur son visage, et il posa quelque chose sur la table devant eux.

- Bard m'a laissé utiliser sa cuisine. Et étonnamment, de la nourriture peut en fait être cuisinée là-bas. Quelqu'un devrait lui dire, dit Sebastian avec nonchalance, observant le visage de Ciel avec précaution.

Ciel Phantomhive avait beau avoir été déconnecté de la société pendant de nombreuses années, et ces années avaient été placées sous les délicatesses de Bard, il savait toujours à quoi ressemblait une pâtisserie et qu'on le maudisse si ce n'était pas un choux à la crème caramel devant lui.

Sebastian cligna des yeux alors que le gâteau disparut, la seule preuve de son existence étant la crème que Ciel léchait rapidement de ses doigts.

- … C'était... plutôt bon. Tu as... des compétences en cuisine ?

L'incrédulité dans la voix du garçon était presque blessante.

- Techniquement parlant c'est de la pâtisserie, mais je vois ce que tu veux dire. Ça t'as plu sinon ?

L'appréhension, la légère appréhension qui l'habitait alors qu'il attendait la réponse de Ciel était assez agaçante.

Ciel cligna de l'œil en le regardant.

- Oui. Tu sais que tu es mon pâtissier personnel maintenant, pas vrai ? dit-il d'un ton neutre, et Sebastian ricana.

- Je suppose que oui. Joyeux anniversaire, Ciel.

Ciel cligna de nouveau de l'œil, et il montra une point de confusion avant d'acquiescer.

- Ah, oui. Merci.

Sebastian ne put s'empêcher de remarquer que le garçon semblait avoir complètement oublié.

Lorsque Claude Faustus vous regarde, vous regarde vraiment, il voit tout. Lorsqu'il est en séance avec quelqu'un, il enlève toujours ses lunettes, brisant alors la seule défense que le patient a entre lui et ces yeux d'ambres perçants. Il voit votre passé, votre présent, peut-être même votre futur bien qu'il n'irait pas partager ce genre de secrets. Il voit toutes les petites fautes, toutes les incohérences de votre personne. Il voit ce que vous aimez et n'aimez pas, vos rêves et vos cauchemars. Il connaît les peurs qui vous hantent et il peut communiquer avec vos démons intérieurs. Claude Faustus voit tout.

Ou du moins, c'est ce dont Alois Trancy était convaincu.

Il aimait que Claude le regarde. Claude savait à quel point il était sale, mais il le regardait quand même.

- Pourquoi n'as-tu pas pris tes médicaments, Alois ?

Ce qu'il préférait chez Claude c'était sa voix. Elle était douce, on avait l'impression qu'il murmurait en permanence, comme si tout ce qui était dit entre eux était un secret qu'ils étaient les seuls à savoir. Sa voix était si réconfortante.

Mais pas aujourd'hui, parce qu'Alois n'était pas Alois aujourd'hui.

- Ça me rend malade, répondit le blond en chuchotant, détournant les yeux de ce regard perçant.

Cela faisait une semaine qu'Alois avait commencé à refuser de prendre ses médicaments, et il agissait différemment. Plus silencieux, plus introverti. Tout le monde avait remarqué, le Dr Faustus le premier.

Une partie d'Alois en était ravie.

- Je ne pense pas que ce soit le cas. J'aurais remarqué. Je garde toujours un œil attentif sur toi, Alois.

Son enchantement s'amplifia, les mots ayant l'air plus intimes qu'ils le devraient.

- Menteur. Tu me vois seulement parce que tu regardes Ciel, dit Alois d'un ton sec, pas vraiment de la colère, plus de la déception, de la douleur.

Claude posa son bloc-note et son stylo, croisant le regard d'Alois d'une telle façon que le blond n'aurait pas pu détourner les yeux même s'il l'avait voulu.

- Au contraire, Alois. Je te vois toi.

De l'espoir germa tel une fleur dans sa poitrine, les pétales s'ouvrant à chaque douceur que Claude lui susurrait. Il s'empourpra, et se permit de regarder ailleurs pour ne pas être pris dans la toile que Claude tissait avec tant de facilité.

L'homme plus âgé se leva, et fit lentement le tour de son bureau jusqu'au garçon. Alors qu'il se tenait devant lui, Claude se mit à son niveau, les mains posées sur les genoux d'Alois. Son emprise était ferme, réconfortante mais Alois ne pouvait faire taire la petite voix dans sa tête qui lui disait que le visage de Claude était aussi inexpressif que d'habitude.

- Alois, ses paroles n'étaient qu'un souffle et à chaque mot prononcé il se rapprochait, je veux que tu ailles mieux. Penses-y; lorsque tu iras mieux, je pourrais t'emmener loin d'ici. Ce ne sera que toi et moi. C'est ce que tu veux, pas vrai ? Tu veux que nous soyons... ensemble, non ?

La porte s'ouvrit, mais Claude prit avec fermeté le menton d'Alois avant que ce dernier puisse voir de qui il s'agissait.

L'espoir se transforma en panique tandis que le nouveau venu donna quelque chose à Claude.

- Ferme les yeux.

Le souffle chaud et familier de Claude lui caressa le visage.

- N-Non.

Pendant un instant, le masque de Claude tomba et il afficha une expression de douleur qui poignarda profondément Alois.

- Tu me fais confiance, n'est-ce pas ?

Et Alois, s'accrochant encore à ce fin fil d'espoir qu'il avait à chaque fois que Claude le regardait, le regardait vraiment, lui fit confiance et laissa ses yeux de saphir se fermer.

De douces lèvres se posèrent avec tentation sur celles d'Alois, et il hoqueta de surprise. Claude prit cela comme une invitation à aller plus loin, ses lèvres ne le titillant plus, sa langue se frayant un chemin dans la bouche d'Alois.

À cet instant, l'espoir était vivant, et si Alois n'avait pas tant eu envie de pleurer il se serait moqué de sa bêtise.

Dieu sait combien de pilules Claude lui avait fait ingurgiter à travers le soi-disant baiser, mais lorsque la langue quitta sa bouche et que les lèvres se séparèrent, Alois était déjà en train de sombrer. Juste avant que tout devienne noir, il vit que l'autre personne était Hannah, mais... il devait déjà délirer, puisque l'on aurait dit qu'elle avait deux yeux.

- Bonjour, Jim. Bienvenue à la maison, le salua l'étrange femme avec un faux sourire en lui tenant la porte.

Jim ne répondit pas, il passa à côté d'elle et entra dans la demeure. Tout était tellement cliché, les tapis rouges hors de prix et les tentures murales qui racontaient des histoires que le maître des lieux n'avait sans doute jamais pris la peine de connaître. Qui aurait besoin d'apprendre lorsque tout lui avait toujours été servi sur un plateau d'argent ?

La femme qui lui avait ouvert la porte lui courut après, troublée.

- A-Attendez ! Je dois vous montrer où se trouve la chambre de Monsieur !

Jim s'arrêta et la regarda par-dessus son épaule, d'une manière qui la stoppa net.

- Je sais très bien où se trouve la chambre de cet homme.

Et il reprit son chemin.

Jim réfléchissait alors qu'il se rapprochait de plus en plus de cet homme détestable. Encore et encore et encore, mais il ne trouvait rien. Il n'avait aucune réponse, aucun plan, rien.

Il avait espéré ne jamais avoir à traverser à nouveau ces couloirs.

Bordel, Luka.

Il ne frappa pas, bien que ce soit ce qu'on lui avait toujours dit de faire pour son bien. Mais il ne voyait pas cette souillure comme son bien.

L'homme était horrible dans tous les sens du terme. Horriblement corpulent, horriblement habillé, horriblement pervers. Voir une telle 'personne' pouvait faire perdre foi en l'humanité.

- Où est Luka ? hurla Jim dès qu'il eut passé le seuil de la porte, ne voulant pas gaspiller plus de salive qu'il n'en fallait pour cet animal.

L'homme était allongé sur le lit, seulement recouvert par un drap qui ne cachait pas grand-chose pour les yeux innocents de Jim, il répondit au blond en tapotant sur le lit, ce n'était pas dur de deviner ce qu'il voulait dire par ce geste.

- Il est en vie.

Ils savaient tous deux comment cela se finirait, il n'y avait pas besoin d'en dire plus.

Jim avait été stupide de fuir. Maintenant Luka souffrait à cause de l'erreur de son grand frère.

Jim ne le laisserait pas souffrir s'il y avait un moyen de l'en empêcher, même si cela voulait dire ne plus être propre même après d'innombrables douches.

D'immondes doigts se frayaient un chemin sur sa peau, d'écœurantes lèvres le touchaient de la tête aux pieds, son corps à la merci de l'homme.

Il lui ordonna de gémir, gémir comme la putain qu'il était, et Jim s'exécuta, se détestant un peu plus à chaque son qui traversait ses lèvres mordues et ensanglantées.

Chaque fois que l'homme avait fini, il lui demandait où était Luka, et l'homme lui promettait qu'il était en vie, que s'il se comportait bien il lui dirait.

Chaque nuit, Jim s'allongeait et fermait les yeux, ignorait les souffles et les gémissements au-dessus de lui, et pensait à leur village. Il pensait à y retourner avec Luka, pour vivre avec la gentille dame qui leur donnait parfois de la nourriture lorsqu'elle le pouvait. Jim finirait par être propre, et il pourrait voir Luka grandir et s'assurer que personne ne le touche jamais de la manière dont l'homme le touchait actuellement, et-

- Je veux voir Luka, maintenant ! Non, ne me touchez pas ! J'ai dit maintenant-

-ils iraient à l'école comme tous les autres, ils se feraient des amis et joueraient à des jeux amusants, pouvoir se marier serait bien aussi-

- Vous m'aviez promis ! Promis qu'il était en vie !

-s'il se mariait un jour, ce serait avec une femme comme la gentille dame du village. Elle avait de si beaux yeux, c'était ce que Luka disait toujours. Ou peut-être avec quelqu'un comme l'homme qui était venu au manoir et qui lui avait promis de l'emmener dans un meilleur endroit-

- Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Comment vous avez pu ? I-Il-

-l'homme qui avait nettoyé tout le sang et s'était débarrassé du corps de cet homme, et qui, lorsqu'il lui avait demandé de l'appeler Alois, n'avait posé aucune questions et prit sa main, lui essuyant ses larmes, l'emmenant loin de cet endroit-

Il faisait nuit lorsqu'il finit par se réveiller, bordé dans son lit, de retour dans les quartiers. Quelqu'un avait allumé la veilleuse qu'Agni avait réussi à lui faire passer dans la section, une lueur jaune pâle parcourant la pièce, chassant l'obscurité.

Son estomac se noua douloureusement, et il sentit un tiraillement derrière ses yeux assez violent pour lui faire voir des tâches. Ces satanées pilules le rendaient tellement malade. Il aurait dû se douter de ce que Claude préparait; ce n'était pas la première fois qu'il employait de telles méthodes pour le pousser à faire ce qu'il voulait. Pourtant Alois savait qu'il n'aurait pas reculer même s'il avait vu les pilules dans la main de Claude. Il avait pu s'en convaincre un instant.

Sa gorge se serra, et ses yeux le brûlèrent, une douleur qui n'avait rien avoir avec la migraine, et-

- Oi, Jim, si tu te mets à pleurer, je jure devant Dieu que tu perdras le peu de respect que j'ai peut-être pour toi, l'interpella soudain une voix, le faisant sursauter.

Il abandonna la bataille de regard qu'il avait eu avec le mur, et regarda du côté de son lit. Ciel fronçait les sourcils, il tourna la page de son livre tout en gigotant sur sa chaise en plastique dans l'espoir de trouver une meilleure position.

Le couvre-feu était déjà bel et bien passé, ce qui voulait dire que Ciel était enfermé avec lui. Il est ici depuis aussi longtemps ? À attendre son réveil ?

Alois lui offrit un sourire larmoyant.

- Alors je n'aurai qu'à le regagner plus tard, pas vrai ?

Ciel ne lui offrit aucune paroles réconfortantes alors qu'il se mit à sangloter misérablement, des larmes coulant honteusement le long de ses joues, tout en enfouissant son visage dans l'oreiller pour essayer d'étouffer le bruit qu'il savait que Ciel détestait. Ciel ne se précipita pas pour l'enlacer comme d'autres l'auraient fait, il ne lui dit pas que tout irait bien. C'était l'une des règles non écrites des patients de St. Victoria ne jamais dire que tout irait bien. Ce n'était rien d'autre qu'un mensonge. À la place, Ciel continua à lire son livre, tendant une main hésitante afin de passer ses doigts dans les cheveux d'Alois.

Luka avait lui aussi l'habitude de lui caresser les cheveux.

Plusieurs minutes ou plusieurs heures avaient pu passer avant que les pleurs d'Alois deviennent de simples hoquets, suivis de profondes inspirations. Ciel continua à le caresser jusqu'à ce qu'il soit sûr que la crise soit terminée, puis il ferma son livre et regarda son ami avec appréhension.

- Claude m'a embrassé, avoua finalement Alois, presque anxieux de croiser l'œil de Ciel.

Ciel n'essaya même pas de cacher son dégoût, l'envie pressante de se laver la main avec laquelle il avait caressé Alois tellement visible que le blond en rigola presque.

- Je ne comprendrai jamais ton obsession pour ce docteur, dit Ciel en secouant sa main.

Alois sourit narquoisement.

- C'est probablement quelque chose de similaire à ton obsession pour ce Sebastian.

- Bon Dieu, tu dois être fou. Une obsession ? Ce n'est même pas-

- Ça doit être la même chose ! Parce que Ciel joue avec lui, lui parle, et écoute ses réponses ! Et tu peux le nier autant que tu veux, tu lui fais ouvertement confiance ! Peu importe ce qu'il y a entre toi et Sebastian, je pense que c'est quasiment comme ce que je ressens pour Claude-

- N'importe quoi. Il est juste mon ticket de sortie, rien de plus, répliqua catégoriquement Ciel, lançant un regard à Alois qui le défendait de répondre.

Alois rigola.

- C'est adorable que tu ais réussi à te convaincre de cela !

C'était amusant de voir à quel point Ciel se contredisait sans s'en rendre compte. Ciel remarquait toujours tout, mais lorsqu'il s'agissait de lui, il était complètement aveugle. Sebastian était son ticket de sortie de l'institut, avait-il dit ? Pourtant il n'avait jamais dit ne pas être fou. Ciel était toujours si sûr que sa place était à St. Victoria. Avait-il vraiment l'intention de partir ?

Alois se sentit soudainement dix fois plus mal.

- Ciel... Lorsque tu partiras d'ici... Est-ce que... Est-ce que tu m'abandonneras aussi ?

Ciel sembla surpris, et il n'était pas dur de voir qu'il n'avait jamais ne serait-ce que pris en compte quelqu'un d'autre dans son plan d'évasion. Sa bouche bougea sans produire un son quelques instant, puis il ouvrit à nouveau son livre, et Alois eut sa réponse.

Il ferma les yeux un moment, moment qui se transforma en heures, et il faisait déjà jour lorsqu'il rouvrit les yeux. Le bruit de la chaise l'avait réveillé, et il vit Ciel sur le point de partir. Il commençait à avoir l'impression que Ciel ne faisait que s'éloigner de lui dernièrement, vers Sebastian et vers la liberté, l'envie de pleurer le reprit alors.

Ciel s'arrêta devant la porte, la main sur la poignée, et dit sans se retourner :

- Je ne serai pas toujours là pour te tenir la main, Alois. Tu es un grand garçon... Mais je ne vais pas non plus t'abandonner ici. C'est une promesse.

Alois pensait souvent que Ciel était comme un petit chat. Lorsqu'il était réveillé, il était inapprochable pour certains, distant et froid. Évidemment, Alois savait ce qu'il en était vraiment, mais Ciel aimait se représenter ainsi. Mais lorsqu'il dormait, Ciel était presque adorable. Actuellement, il était lové contre Alois, sa tête reposant sur les cuisses du blond, dans un sommeil profond. S'il avait été réveillé, il aurait repoussé la main d'Alois et se serait assis, embarrassé d'avoir été dans une telle position.

Tout le monde, sauf Drocell et Snake qui avaient disparus dans la chambre du premier une heure plus tôt et qui n'étaient toujours pas sortis, était assis en cercle dans le foyer. Il n'y avait pas un seul aide-soignant, Undertaker tenait une sorte de séminaire d'entraînement avec eux, et aucun des patients ne les enviaient.

Freckles rigolait tellement qu'elle avait du mal à respirer, le visage rouge comme une tomate.

- D'accord ! D'accord ! Je... Bah, je tuerais Grell, parce que ce provocateur me traite tout le temps de mal fagoté. J'épouserais Ronald, il a l'air plutôt drôle. Et j'imagine que ça veut dire que je...

- Allez, tu dois le dire ! dit Dagger en ricanant.

Freckles rougit encore plus, si c'était seulement possible, avant de lever les mains en l'air pour admettre sa défaite.

- Roh ! D'accord ! Je me taperais Will ! J'suis sûre que c'est une bête au lit ! Au tour de Soma ! Hum... Cantebury, Agni et Hannah ?

Soma ne prit même pas le temps de réfléchir, affichant un grand sourire à Freckles.

- Je peux me taper et me marier avec la même personne ?

- Non ! Tu dois choisir !

Freckles fit la tête, mais Joker rigola en lui donnant un petit coup de coude.

- C'est faux, Doll. En amour comme à la guerre tout est permis, t'sais.

- D'accord ! Alois Sebastian, Claude et... Angela.

Ils grognèrent tous en même temps, d'une manière qu'ils n'auraient pas pu refaire même s'ils l'avaient voulu.

- Tuer Mangela, dit Alois sans hésitation. Je baiserais bien Claude ! Mais Sebby est déjà pris, vous le savez bien.

Joker sourit à pleine dent.

- Je te le fais pas dire. Smile se l'est réservé.

- J'ai une assez bonne idée de ce qu'ils font durant leurs rendez-vous de minuit~ chantonna Dagger, seulement pour faire la tête lorsque Beast lui fit remarquer que :

- Je pense pas que tu peux en dire autant, frérot.

La main d'Alois fut balayée de la tignasse de Ciel, ce dernier se levant après avoir réalisé qui était son oreiller. Le regard agacé qu'il affichait était atténué par son envie de dormir toujours présente.

- Bonjour, mon grand, le salua avec un clin d'œil Dagger, qui s'était apparemment remis de son malheur. J'pensais que tu dormirais toute la journée.

- Qui pourrait dormir avec de telles stupidités ? marmonna Ciel en se frottant l'œil.

Alois et Soma se regardèrent par-dessus la tête de Ciel et ils partagèrent un sourire conspirationniste. Les oreilles de Ciel étaient rouges, ce qui se rapprochait le plus d'un rougissement chez lui.

Ciel arriva enfin à la partie de son livre qui en valait le coup lorsque la porte de sa chambre s'ouvrit légèrement, Alois se glissa à l'intérieur et la referma doucement.

- Dehors, Alois. J'en aie eu assez de toi pour aujourd'hui, dit brusquement Ciel, toujours embarrassé par la conversation qu'Alois avait lancée avec les autres plus tôt.

Alois ignora son ordre et se dirigea vers le lit de Ciel pour s'y lover au bout. Ciel fronça les sourcils, le blond avait agi normalement tout à l'heure, il avait donc pensé que la dépression était terminée.

Le garçon borgne reprit sa lecture.

Alois parlerait lorsqu'il serait prêt.

Ce ne fut qu'une heure plus tard qu'Alois prit enfin la parole, et Ciel aurait préféré qu'il reste silencieux.

- Eh, Ciel... Tu vas vraiment coucher avec Sebastian ?

Les oreilles de Ciel se réchauffèrent à nouveau, et il était bien content que ses cheveux les cachent. Tout en fronçant les sourcils, il dit d'un ton sec:

- Bien sûr que non.

- … Ok.

Ciel n'était pas dupe, et il savait que ce n'était pas la fin de la discussion. Il fixa les mots de la page, mais ne continua pas sa lecture. Quelques minutes plus tard, Alois reprit la parole.

- … Tu coucherais avec lui si ça te permettait de partir d'ici ?

- Non.

Il n'y avait pas une once d'hésitation, sa réponse fusant dès que la question avait été posée.

- Je ne me laisserai pas être utilisé.

- Mais tu utilises Sebastian, non ? lui rappela Alois en roulant sur le lit, de façon à faire face à son ami mais gardant les yeux fermés.

Ciel roula de l'œil.

- Ce sont deux choses différentes. Sebastian ne sera pas blessé par ce que je pourrais faire.

Ils restèrent dans un silence inconfortable, et Ciel fut presque content qu'Alois le brise.

- Ciel... Je suis toujours honnête avec toi, alors juste pour une fois, sois honnête avec moi, d'accord ? J'ai besoin de savoir... Aimes-tu vraiment Sebastian ?

Alois ouvrit les yeux, et son regard était si vulnérable que même Ciel était touché. Il était prêt à dire non en entendant la question, mais lorsqu'Alois le regarda ainsi, le suppliant de lui dire la vérité... Il n'y avait rien à gagner en lui disant, mais il n'y avait rien à perdre non plus.

Ciel réfléchit un long moment avant de répondre, et Alois fut reconnaissant de cette réflexion.

- Je... ne sais pas. De mon point de vue, Sebastian est différent des autres membres du personnel comme Ash et Faustus... Mais je ne sais pas s'il s'agit de la même chose que pour toi et Faustus, ou Soma et Agni, bafouilla Ciel, un étrange froncement de sourcil se formant sur son visage, et finit sa réponse en chuchotant presque. Je ne suis pas sûr d'être capable de ressentir une telle chose.

Alois s'approcha doucement de lui, sans le toucher, et il essaya de faire à ce qu'il le regarde.

- Tu en es capable, Ciel. Toi et moi, nous sommes pareils. Si je peux ressentir ce genre de choses, alors toi aussi. Écoute, je... Je vois comment Sebastian te regarde. Heh, c'est drôle. Tu ne peux pas le voir, et je suis sûr que lui non plus, mais tous les autres le peuvent.

Ciel ne répondit pas, évitant de regarder le blond.

- Ciel... Est-ce que tu veux être capable de ressentir cela ?

Parce que ce serait le plus gros problème. Pas si Sebastian ressentait la même chose, ou si Ciel aussi, mais si il se laisserait ressentir cela.

- Non ! Je ne veux pas. Je ne veux pas que ce soit utilisé contre moi. C'est une faiblesse, Alois !

Il criait presque, son visage tellement crispé qu'Alois voulait juste l'enlacer.

- … Tu devrais retourner dans ta chambre. C'est presque l'heure du couvre-feu.

Alois sut qu'il avait un peu trop poussé son ami aujourd'hui. Pour une fois, il ne discuta pas, se leva du lit et alla vers la porte. Une partie de lui voulait rester silencieuse, savait qu'il serait beaucoup mieux de laisser Ciel tout seul, mais il ne voulait vraiment pas que Ciel se sente ainsi.

- C'est le concept d'aimer quelqu'un, Ciel. On peut être aussi faible qu'on le veut, et l'autre personne... elle sera forte pour toi.

Ciel ne répondit pas et Alois n'en dit pas plus.

- Bonne nuit, Ciel.