Bonjour, bonjour ! J'ai pris une éternité à finir ce chapitre, voilà voilà. Au moins vous l'avez maintenant, et il est long, donc, vous me pardonnez, eheh ? On va dire que j'ai pris du temps à cause du Bac, l'excuse classique (et la paresse aussi). Mais vos gentils commentaires et savoir que vous attendez avec impatience, ça me motive alors je vais essayer de prendre moins de temps pour le prochain chapitre, mais je ne promets rien, surtout que je pars en vacances pendant le mois d'août, donc je n'aurais pas vraiment Internet.

Trancy13 :
Ne t'inquiète pas, ça m'arrive aussi souvent de confondre les noms !

Bonne lecture!~


Écrit par Cennis

Chapitre Huit

Elle ne s'ouvrait pas.

Il la regardait depuis sans doute plusieurs heures, avec la volonté de voir l'enveloppe s'ouvrir brusquement. Elle était toujours sur le bureau, là où il l'avait laissée quelques jours plus tôt, avec l'espoir qu'elle disparaisse d'une manière ou d'une autre. Évidemment, ce n'était pas arrivé. Ses pièces de collection et les livres qu'il n'avait pas encore lus disparaissaient quotidiennement -et si Gray pensait vraiment qu'il ne s'était pas fait démasqué, alors sa qualification en tant que psychologue devait vraiment être remise en question- mais cette foutue lettre était toujours là, le narguant par son indifférence.

Ciel soupira longuement, et une douleur familière le lança à l'arrière de son cache-œil, quelque chose qui pointait toujours le bout de son nez lorsqu'il stressait.

Bon, peut-être que la lettre n'était pas la source de ses soucis. Peut-être était-ce seulement plus simple de l'utiliser comme bouc émissaire au lieu de repenser à Alois et ses idées utopiques de l'autre jour.

Qu'on le maudisse s'il se mettait à écouter ce que disait le psychopathe blond maintenant.

… Et pourtant, il commençait à repenser à cette conversation, encore une fois.

Ciel finit par accepter le fait que la lettre n'allait pas s'ouvrir d'elle-même. Elle aurait dû, parce qu'il le voulait, mais rien n'allait vraiment en sa faveur aujourd'hui. Soupirant pour la énième fois, il se leva de son lit et se laissa tomber sur sa chaise de bureau.

Il avait déjà rangé sa chambre, ou du moins réarrangé le désordre, deux fois. Tout ce qui se trouvait sur le bureau sauf la lettre avait été déplacé, encore et encore. Tous ses livres étaient rangés en ordre alphabétique, et ses dizaines de tenues identiques proprement pliées.

Balayant la chambre du regard, il réalisa avec peine qu'il n'y avait rien d'autre à faire si ce n'est lire la lettre.

«Ciel» était la seule chose écrite sur l'enveloppe, de son élégante écriture, encore aujourd'hui, douloureusement familière. Certains endroits étaient légèrement décolorés, et il sut d'une manière ou d'une autre qu'elle avait collé de petits autocollants avant de changer d'avis. Il se demanda si elle avait eu autant de mal que lui avec cette lettre.

Il ouvrit avec un manque de délicatesse l'enveloppe.

Cher Ciel,

Tante Ann m'a dit qu'elle te donnerait ma lettre. J'espère que ce soit le cas, elle est si étourdie depuis qu'elle s'est fiancée avec Arthur. D'ailleurs, je vais être demoiselle d'honneur ! J'aurai une magnifique robe, une nouvelle paire de chaussures, une belle coiffure, tout ce qu'il faut. Le mariage sera l'été prochain, ce qui est une bonne chose bien que je doive admettre être un peu déçue. Cela veut dire que l'on va devoir attendre une année entière ! Ils devraient se marier en hiver ! Qu'y a-t-il de plus romantique que la neige ?

Aimes-tu toujours la neige, Ciel ? Je me demande. Nous avions pour habitude de jouer dans la neige, même si tu étais toujours mesquin et que tu mettais de la glace dans ma robe. Du moins jusqu'à ce que ta poitrine s'emballe. Je pense à toi à chaque fois qu'il neige. Je me demande si tu arrives à respirer normalement. Tu perdais toujours ton inhalateur. Heureusement que tantine en avait toujours un en plus pour toi.

Je pense aussi à toi lorsqu'il ne neige pas. J'ai un tiroir entier rempli de lettres que j'ai écrites, mais que je n'ai jamais donné à tantine. Je les lisais après les avoir écrites et je les trouvais sans intérêt. Des blabla inintéressants sur ma journée, sur mes amies dont le nom t'échappe et ne t'intéresse pas, sur des choses que j'aurais déjà oublié une fois que tu les aurait lu. Ces lettres semblaient juste être une perte de temps. Peut-être qu'un jour je te les montrerai, lorsque tu rentreras.

Tu te demandes sans doute pourquoi je t'envoie cette lettre alors que je n'ai pas envoyé les autres. Te souviens-tu de lorsque nous étions petits, et que nos mères plaisantaient sur le jour où nous nous marierons, préparant tous les petits détails pour nous faire rougir, comme les flocons de neige sur les invitations, et mon bouquet d'orchidées ? Elles nous faisaient répéter notre valse, parce qu'elles voulaient que ce soit notre première danse, même si tu n'arrivais pas vraiment à me guider. C'était amusant, non ? Même lorsque tu me marchais sur les pieds, je m'amusais.

Je suis fiancée, Ciel. Tu ne te souviens probablement pas de lui, tu n'as jamais vraiment été très doué pour retenir les visages et les noms. Je ne peux pas te montrer son visage, mais il s'appelle Léo Baskerville. Il est très bon avec moi, il m'emmène danser et dans des restaurants chics, il m'achète de jolies choses et me traite comme une princesse. Je pense que je l'aime. Tu penserais qu'il est idiot.

J'ai refusé de fixer une date pendant une éternité. Personne, pas même moi, ne comprenait pourquoi j'insistais pour ne pas prendre de date pour le mariage. Puis j'ai réalisé pourquoi. J'ai promis que je t'attendrai. J'imagine qu'une partie de moi, celle qui ne voulait pas choisir de date, elle t'attendait encore. Mais je ne peux pas attendre plus longtemps, Ciel. C'est drôle, non ? Une petite fille rêve toujours de son mariage. De la grande robe blanche, d'une belle église. Et pour moi, lorsque j'imaginais mon époux, je te voyais toi. Pas le petit garçon qui me marchait sur les pieds lorsque nous dansions, mais l'homme que tu serais devenu. À l'époque, je n'aurais jamais pensé ne pas connaître cet homme.

Je vais épouser Léo. Notre première danse sera la valse, il guide très bien, et mon bouquet sera fait d'orchidées. Je suppose que j'essaye juste de me sentir moins coupable en t'écrivant cette lettre. J'ai l'impression de t'avoir trahi, celui avec qui j'ai grandi et duquel je prenais le nom de famille pour le mettre avec mon prénom dans ma tête, avec tant d'impatience. Mais j'espère encore. J'espère qu'un jour tu rentreras. Pas pour être mon mari, parce que je serai une femme aimante et fidèle, mais seulement pour que je puisse peut-être connaître l'homme que tu es devenu, Ciel.

Plus ta chère et tendre mais toujours avec amour,

Lizzie.

Et Ciel sourit, un sourire sincère, peut-être le sourire qu'il adressait à Lizzie lorsqu'ils dansaient et qu'elle gloussait quand il écrasait presque ses délicats petits pieds. Il n'avait pas souri ainsi depuis une éternité, et c'en était presque douloureux.

La petite Lizzie Midford allait se marier. Elle ne se trompait pas en disant qu'il ne se souvenait pas de ce Léo, mais toujours est-il, qu'il changea son nom dans sa tête pour Lizzie Baskerville, et cela sonnait bien. Tellement plus que Lizzie Phantomhive, peu importe le nombre de fois qu'elle se l'était répété dans sa tête.

Ciel essaya de s'imaginer ce à quoi Lizzie ressemblait à présent, mais il n'y arriva pas. Pour lui, elle serait toujours la fille débordant de joie aux yeux de biche émeraude et envoûtant, ainsi qu'aux cheveux d'or liquide. Ses cris perçants et ses cascades de larmes lorsqu'elle n'arrivait pas à avoir ce qu'elle voulait, mais son rire tintant et cette chaleur qu'elle partageait avec tous sans aucune gêne.

La petite Lizzie allait se marier, et elle avait l'approbation de l'homme que Ciel Phantomhive était devenu.

Mais cette joie n'était pas destinée à durer.

- En retard... murmura Ciel à lui-même en faisant tournoyer un pion entre ses doigts.

Malgré le niveau presque nul d'Ash en jeu ces temps-ci, le garçon s'ennuyait assez pour errer dans le foyer cette nuit-là. Il commençait à se demander si Ash avait encore été frappé par l'une de ses nombreuses maladies bien trop fréquentes pour ne pas être suspectes, lorsque quelqu'un ouvrit la porte de la section.

Il fronça les sourcils, mais salua la personne.

- Bonsoir, Hannah.

- Bonsoir, Ciel, répondit cette voix si douce, tel un chuchotement, alors que la femme s'approchait de la chaise libre, n'étant que peu éclairée par la lumière.

- Ash est à nouveau malade ?

Il reposa le pion, le plaçant à l'endroit le plus avantageux stratégiquement parlant. Il n'aurait pas à se forcer avec elle.

- On dirait bien que oui, répondit-elle en reproduisant le même mouvement que Ciel sans y réfléchir davantage.

Ils jouèrent un long moment sans échanger un mot, le jeu ne stimulant absolument pas l'ennui de Ciel, jusqu'à ce que Hannah reprenne la parole. Une question qui aurait pu ne pas être posée.

- Comme se passent tes séances avec le Dr. Faustus, Ciel ?

Il releva l'œil en entendant la question, et sans doute avait-elle bougé à un moment ou à un autre, puisqu'il la voyait correctement à présent.

- A-Ah-

Il sentit de la bile remonter dans sa gorge.

Un sourire froid se plaqua sur les lèvres de la femme, une lueur rieuse et cruelle brillant dans ses yeux alors que Ciel pâlissait.

La première chose à laquelle il pensa fut que cela avait repoussé, mais même dans son état actuel, Ciel n'était pas stupide et il savait que c'était impossible. Des yeux ça ne repoussent pas, surtout s'ils ont été arraché du crâne de quelqu'un.

La seconde chose à laquelle il pensa fut oh mon Dieu je connais cette couleur, et c'était le cas. Il lui fallut quelques secondes pour reconnaître ce gris obscur qui l'avait tant de fois foudroyé du regard pour de stupides raisons, qui avait autrefois appartenu à Peter, et qui le regardait maintenant avec amusement alors qu'il essayait de détourner l'œil mais ne pouvait pas.

- Y a-t-il un problème, Ciel ? lui demanda-t-elle gentiment, innocemment, et cet œilsuivit ses mains tandis qu'il se couvrit la bouche avec.

Elle avait encore de légères traces autour de son œil là où des points de suture avaient forcément été, et il pour une obscure raison, voir ces cicatrices presque inexistantes était ce qui le rendait le plus malade.

- Ç-Ça remonte- dit Ciel, se stoppant net au beau milieu de sa phrase pour se lever brusquement de sa chaise qui tomba à la renverse.

Hannah ne bougea pas pour l'arrêter alors qu'il trébucha en partant aussi loin d'elle qu'il le pouvait, son propre œil accroché à la porte de sa chambre, le besoin de s'y rendre bien qu'il ne puisse pas s'y enfermer et qu'elle pouvait très bien l'y suivre, mais c'était sa chambre, donc un endroit où il serait en sécurité-

Il ne fut pas surpris lorsqu'il sentit des mains l'attraper mais ça ne l'empêcha pas de se débattre, afin d'essayer de se libérer de leur emprise. Sa peau tressaillait là où il sentait leurs touchers, et s'il avait pu, il se serait griffé pour mettre fin à cette insupportable impression.

- Shh, Ciel, entendit-il Hannah lui dire de loin, un écho dénué de réconfort dans sa voix.

Deux des triplets, dont il ne connaissait et ne voulait pas savoir le nom, le tenait fermement tandis que le troisième se mit à genoux devant lui avec une aiguille. La main d'Hannah attrapa ses joues et lui tint fermement la tête.

Une pensée lui vint à l'esprit, cette même pensée qui lui était aussi acquise que le concept de la respiration, que s'il arrêter de se débattre, qu'il les laissait faire, qu'il abandonnait et attendait, alors peut-être que tout serait bientôt terminé, et même sans douleur qui sait.

Et, comme d'habitude, Ciel refusa d'y céder. Comme s'il allait se laisser faire.

Rester aussi déterminé s'avéra être beaucoup plus compliqué quand la drogue se propagea à travers ses veines comme un virus, le privant de toutes ses capacités. Il se sentit s'abandonner à son sort, son corps ne l'écoutant plus hurler de s'échapper.

Ce battement de cœur était tel un vicieux battement d'ailes sous le bout de ses doigts, comme un papillon enfermé dans ses mains ayant assez d'air pour survivre mais pas assez d'espace pour s'enfuir. Il ressentit une satisfaction frénétique en sachant qu'il était celui qui faisait battre ce cœur avec une telle frénésie, qui s'amplifiait lorsque le garçon s'accrochait à lui instinctivement en remontant à la surface. Il s'accrochait avec une telle fermeté à ses bras, parce qu'il était sa bouée de sauvetage, il était son antidouleur -ah, mais tu es responsable de sa souffrance, non ? Pour son bien, toujours pour son bien- et le garçon le savait.

Ciel hoqueta et toussa, il recracha de l'eau plus proche de la glace qu'autre chose, lançant à son bourreau et sauveur un regard encore plus glacial. Sa poitrine se souleva et redescendit avec difficulté, et sa respiration semblable à un râle.

- Qu'as-tu fait, Ciel ?

C'était toujours les mêmes mots qui ressortaient de cette phrase, et c'était ceux qui n'étaient pas dits, je veux t'aider, je veux que tu ailles mieux, je veux te libérer, qui tombaient dans l'oreille d'un sourd alors que Ciel était déterminé à garder ses lèvres scellées.

- Quel dommage que tu sois si têtu, Ciel.

Il soupira presque alors que le garçon ne lui laissait pas d'autres choix que de lui replonger la tête dans l'eau.

Claude resserra son emprise autour de la taille du garçon tandis que ce dernier se débattait avec ses bras et ses jambes, espérant frapper l'homme alors que ses poumons le brûlaient et que des tâches dansaient devant son œil. Il resserra son poing dans la chevelure soyeuse cobalt, s'assurant que Ciel ne puisse pas respirer à moins qu'il le laisse faire.

Le dos de Ciel se mit à s'agiter, des mouvements plus francs, et Claude le remonta de nouveau contre son torse. De l'eau inonda le parterre de linoléum sur lequel ils étaient agenouillés, Ciel étant mouillé de la tête aux pieds.

- Qu'as-tu fait, Ciel ?

Sa peau était glacée à présent, son corps parcourut de violents soubresauts, mais Claude savait que ce n'était pas vraiment dû à la température mais plutôt à leur proximité. Mais Ciel était trop occupé à recracher l'eau de son corps pour reculer, même lorsque Claude se mit à l'aider en traçant de petits cercles sur son dos.

Il pouvait à nouveau sentir les battements de cœur, ses doigts retraçant sa colonne vertébrale, si fragile. Une petite pression, un peu trop de force, et les os se briseraient, et le battement de cœur frénétique s'arrêterait.

Il ne le ferait pas, évidemment. Non, pensa-t-il alors que Ciel avait assez repris d'air pour essayer de s'échapper de l'étreinte trop intime que Claude avait sur lui, parce que les forts protègent les faibles. Nous protégeons ce faible cœur, et nous réparons ces os brisés.

- Qu'as-tu fait, Ciel ?

Et la première chose à faire pour s'occuper des faibles était, évidemment, de leur faire comprendre à quel point ils ne vont pas bien.

-Ciel ?

Il semblait tellement inquiet, sans son habituelle extravagance, que cela le réveilla presque.

- Qu'est-ce- Qu'est-ce qu'il a ?

Elle le savait, puisqu'elle l'avait déjà vu auparavant, mais elle ne savait pas quoi dire d'autre. Il fut presque ramené à la réalité par son manque de parole.

Dieu, que c'était douloureux. Sa tête lui faisait atrocement mal, comme si quelque chose essayait de sortir de l'intérieur de son crâne, avait-il bu du feu parce que sa gorge le brûlait tellement, et où était l'air ?

- Qu'est-ce qu'on fait ?

Cette voix n'était jamais calme, et pourtant ils prenaient en charge la situation, et c'était si drôle qu'il voulait en rire, mais il n'y avait pas assez d'air pour respirer, encore moins pour rire.

- Joker !

- Sebastian !

- Joker !

- Sebastian !

Quiconque connaissant un tant soit peu St. Victoria affirmerait avec honnêteté que Soma Asman Kadar, la mine d'informations et Prince proclamé par sa personne, était un enfant. Même à l'âge de vingt ans, il était un enfant. S'il n'était pas le centre d'attention, s'il n'avait pas ce qu'il voulait, si le curry que Bard faisait était juste un peu trop chaud, alors c'était la fin.

Soma savait très bien comment les autres le voyaient. Il en profitait, d'ailleurs. C'est pourquoi, dans ces moments-là, il n'y avait rien de mieux que de voir leurs expressions lorsqu'il se mettait à agir comme il le devrait.

- Freckles, les tremblements de Ciel ont empiré. Va lui chercher ta couette, lui ordonna Soma, ressemblant beaucoup plus au Prince qu'il prétendait être alors qu'il se prélassait sur la chaise de Ciel, en faisant signe à la fille de partir.

Elle décrocha ses yeux d'Alois, son froncement de sourcil maintenant tourné vers lui, mais après un rapide coup d'œil à ce qui tremblait sur le lit, elle acquiesça et sortit. Alois poussa un humpf et croisa les bras sur sa poitrine.

Soma avait déjà été écarté de la discussion. Il était prêt à demander de l'aide à Agni, mais Alois et Freckles n'étaient pas vraiment d'accord. Au moins Freckles avait refusé d'une manière plus agréable.

Un silence gênant s'installa entre les deux garçons, seulement interrompu par la respiration saccadée de Ciel.

Soma n'avait jamais bien géré le silence.

- Alors... Il fait beau aujourd'hui, hein ?

Il fit de son mieux pour être le plus enthousiaste possible, mais le regard empoisonné qu'Alois lui adressa lui fit bien comprendre que son effort n'était pas apprécié.

- Ouais, il fait souvent mauvais ici. Mais, l'hiver en Inde, c'est quelque chose hein !

Était-il en train d'entendre une mouche voler ?

- …J'ai entendu dire qu'il y aurait peut-être de la neige la semaine prochaine !

Alois continua simplement à le foudroyer du regard.

- T'sais, c'est assez impressionnant, Alois. Je ne pourrais jamais tenir aussi longtemps sans cligner des yeux. Mes yeux se fatiguent, ils me démangent, je vois flou et-

- Tais-toi.

- Oui m'sieur.

Ce n'était pas dur de savoir qui était le plus ravi du retour de Freckles. Du moins jusqu'à ce qu'Alois remarque qui était derrière elle.

- J'ai dit non, grognasse ! dit le blond d'un ton sec.

Si la cible de son accusation avait été quelqu'un d'autre, il ou elle aurait déjà battu en retraite. Mais Freckles avait l'habitude des changements d'humeur d'Alois -elle était à peu près sûre que son tempérament était encore pire avec elle à cause de son sexe et son aversion pour ce dernier- alors elle ne fit que l'ignorer.

Joker lui adressa un grand sourire gêné.

- Ravi de te voir, blondinet.

- Qu'est-ce qu'il va bien pouvoir faire pour nous aider ? Rien que nous ne puissions pas faire. On a besoin d'un membre du personnel-

- Pas question ! On peut pas leur faire confiance ! le coupa Freckles, sa voix presque perçante.

Soma ne fit que soupirer. C'était un bon résumé du débat qu'ils tenaient depuis environ une heure et demie. Tandis que Freckles et Alois continuèrent à se disputer, Joker se rapprocha. Il posa sa main valide sur le front de Ciel et fit une grimace.

- Pas besoin de thermomètre pour savoir que ça ne va pas.

- On peut juste le mettre dans la douche et ouvrir l'eau froide pour sa température. C'est sa respiration le problème, dit Soma, et comme pour confirmer, Ciel eut une crise de toussotements déchirants.

Ce n'était pas la toux qui les inquiétait le plus puisqu'il reprenait son souffle peu après.

Joker fronça les sourcils.

- Eh bien... Pour commencer, je pense pas que mettre plus de couvertures ce soit une bonne idée. On doit faire baisser sa température, pas l'inverse, il retira les couvertures tout en disant cela. Il a besoin de son inhalateur...

- Et c'est pour ça qu'on devrait aller chercher Sebastian ! Il nous aidera ! Alois sauta alors que la balance penchait en sa faveur.

Freckles grogna de frustration. En toute honnêteté, elle voulait gifler le psychopathe blond. Avec une brique si possible.

- Qu'est-ce que tu comprends pas dans pas de staff-

- Même si je ne veux vraiment pas contrarier une dame, j'pense que le blondinet a raison. Sebastian est un bon gars, de c'que j'en ai vu, il a pris le risque de m'aider. Dieu sait que j'aurais perdu plus d'un bras s'il était pas ven-

- C'était Smile, pas lui !

Freckles avait vraiment l'air de se sentir trahie, et Joker ne put s'empêcher de se sentir mal. Rien que l'idée que la personne qu'elle croyait capable de régler tous les problèmes, et qui savait que beaucoup d'autres patients le voyaient ainsi, voulait demander de l'aide au personnel. C'était pire qu'affligeant.

- Doll, elle se calma en entendant son surnom rarement utilisé, Smile n'aurait pas dépassé la porte si Sebastian n'avait pas été là et tu le sais. Il a besoin de notre aide, et ton entêtement n'aide pas du tout. On arrivera jamais à récupérer son inhalateur nous-même.

Freckles évita de regarder Joker tout en affichant une expression située entre la réflexion et la colère, et c'était tout ce qu'il pouvait faire pour se débarrasser de cette expression qui ne lui allait pas.

Elle ne dit rien de plus, ne céda pas au raisonnement de Joker, mais son silence était ce qu'elle pouvait donner de mieux comme permission.

- Je veux dire, tu ne devrais pas négliger les efforts qu'il a faits pour faire ça ! dit Ronald avec un grand sourire, les yeux railleurs derrière son épaisse paire de lunettes rayées, tout en sautillant aux côtés d'un Sebastian fulminant.

Ce dernier lui lança un regard des plus féroces, et le jeune homme ne sembla que plus amusé.

- Coudre ! Je ne savais pas qu'il savait faire ça, il a dû s'entraîner pendant des semaines. Et il a sans doute été dessus touteeee la nuit.

Comment pouvait-il être encore en vie ? Quelqu'un aurait sûrement dû l'assassiner depuis un moment. Sebastian pensait sérieusement à s'en occuper lui-même. Et tant qu'il y était, s'occuper de Grell Sutcliffe, ce fou, haut en couleur, insupportable, étant une bonne raison pou justifier un génocide de l'espèce humaine.

- Eh, Sebastian ! Est-ce que tu aurais un... flurgle.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas très bien la langue de Soma, «flurgle » veut approximativement dire « oh wouaw, Grell a cousu son nom sur ton postérieur, mais wouaw, tu n'as pas l'air content, et si je rigole je vais probablement mourir ». Malheureusement, grâce à Agni, Sebastian était plutôt doué en Somaïen, et les tentatives de l'homme aux cheveux violets pour calmer son rire l'agacèrent encore plus.

Gloussant, Ronald partit d'un pas nonchalant, les laissant seuls.

- Si j'ai un quoi ? dit Sebastian d'un ton sec, vraiment pas d'humeur à ce que l'on se moque plus de lui.

Ça n'aurait pas été un problème si Grell n'avait pas réussi à coudre tous ses pantalons, et qu'elle n'avait pas caché tout ce qui lui aurait permis de s'en défaire.

Soma fit passer son rire pour un toussotement avant de se calmer.

- P-Peux-tu venir deux secondes ?

Sebastian suivit l'homme qui était clairement en train de glousser, et il fronça les sourcils en comprenant qu'elle était leur destination.

Il n'était jamais allé dans la chambre de Ciel auparavant. Mais ce n'était pas étonnant. Elle était un peu plus grande que la sienne, et beaucoup plus jolie. Là où il avait du parquet, Ciel avait de la moquette, du papier peint à l'air neuf tandis que le sien était décoloré et se détachait, et tout était en bleu royal. Il y avait deux bibliothèques de chaque côté de la pièce, toutes deux remplies. Pas seulement avec des livres mais aussi avec des figurines, un nombre assez impressionnant de boules à Neige, une ribambelle de jouets -si Ciel avait été conscient, il aurait affirmé qu'il s'agissait d'objets de collection, pas de jouets- et une grande variété de jeux de société. Il y avait également un grand bureau sur lequel des papiers étaient étalés, ainsi qu'une myriade de papiers bonbons. La chambre en elle-même était aussi bordélique que son propriétaire, des vêtements éparpillés sur le sol, le placard ouvert et une montagne de jouets cassés en ressortaient. Il eut une envie de se mettre à ranger un peu, juste assez pour pouvoir apercevoir le sol.

Il y avait même une salle de bains privée.

- Il est malade, la voix de Joker le ramena à la réalité, et la présence de ce dernier l'alarma plus que ce qu'il venait de dire.

Ciel n'aimait pas qu'il y ait du monde dans sa chambre.

Il y avait cinq personnes dans sa chambre.

Encore heureux qu'il fût inconscient, autrement il aurait piqué une crise.

Il était plus blanc que blanc. Il était si pâle que l'on pouvait presque voir la mosaïque de veines sous sa peau. Il avait de la sueur sur les cheveux, sur le visage et la nuque, le tout luisait et lui donnait l'air d'être encore plus transparent. Sa poitrine se souleva, et Sebastian put presque sentir à quel point chaque inspiration était douloureuse.

- Qu'est-ce qu'il a ? Il était en forme hier, dit Sebastian en s'avançant pour mieux voir.

Comme tous les autres l'avaient fait avant lui, il posa une main sur le front de Ciel et fronça les sourcils en sentant à quel point il était brûlant.

- Il fait de l'asthme ou quelque chose du genre. Ça empire quand il attrape froid, j'imagine, dit Joker en haussant une épaule. Il a eu une séance avec Faustus, alors j'imagine qu'il est passé à l'eau.

Prenant mentalement en note l'expression pour s'y pencher davantage plus tard, Sebastian fut sur le point de prendre Ciel dans ses bras.

- Je vais l'emmener à l'Infirmerie.

- NON! hurlèrent simultanément quatre voix. Soma s'était même brusquement levé de son siège.

Il aurait bien répliqué si Ciel n'avait pas choisi ce moment-là pour empirer ses prises d'air. C'était comme si chaque inspiration était la première après avoir coulé, l'air refusant catégoriquement d'entrer dans ses poumons. Inconscient de ses mouvements jusqu'à ce qu'il les fasse, Sebastian tourna Ciel sur le côté, et l'asthmatiforme se calma enfin.

Ses vêtements étaient trempés et son corps agissait littéralement comme un radiateur.

Après avoir travaillé à St. Victoria aussi longtemps, Sebastian ne répliqua pas, croyant les patients qui devaient sans nul doute savoir de quoi ils parlaient.

- Que faisons-nous dans ce cas ?

- Il a besoin de médicaments, dit Soma. Mais plus que ça, de son inhalateur.

Sebastian se mit immédiatement en action, balayant la pièce du regard.

- Nan, mon pote. Il est pas ici. Il a été confisqué après un... incident avec Faustus.

Joker et Freckles se mirent à ricaner, et Soma sourit. Voyant l'expression confuse de Sebastian, Freckles le mit au parfum.

- Smile n'aime pas être touché, et le Dr. Faustus peut être très tactile avec lui. Pour sa défense, Smile lui avait dit d'arrêter. Il ne l'a pas écouté, alors Smile l'a aidé. Disons juste que le Dr. Faustus ne portait pas de lunettes avant ce jour-là.

Joker s'arrêta brutalement de rire.

- Ouais... C'était plus drôle quand il pouvait respirer quand même...

- Son inhalateur est quelque part dans le bureau du Dr. Faustus. Prends des médicaments à l'Infirmerie et récupère l'inhalateur, et ramène ton cul ici avant qu'il ne s'étouffe ou autres, lui ordonna Freckles.

Bien qu'il déteste recevoir des ordres de la part de personnes plus jeunes que lui, surtout lorsque ces dites personnes prenaient une telle attitude, Sebastian écouta Freckles et il sortit des quartiers quelques minutes plus tard.

Si Sebastian avait participé à une telle mission un mois plus tôt, il se serait précipité de coins en coins, se serait caché derrière des plantes et aurait rôdé dans les sombres alcôves qui se trouvaient sur son chemin. Mais à présent, il en savait beaucoup plus, alors il parcourait les couloirs sans aucune peur. Il se rendit au bureau de Claude, portant les remèdes essentiels contre la grippe, des compresses froides, des médicaments contre la toux, etc.

Les gens qui le voyaient dans le couloir ne lui demandaient pas pourquoi il n'était pas à son poste, ils n'essayaient pas de savoir pourquoi il transportait la moitié des stocks de l'Infirmerie dans ses bras, ils ne lui demandaient même pas ses papiers. Ça ne lui paraissait plus étrange désormais, tout le monde s'occupait de ses propres affaires, et personne ne posait de questions.

Il n'y avait pas non plus une seule caméra.

Laissant son butin sur l'une des chaises à l'extérieur, Sebastian frappa à la porte du bureau de Claude. Il espérait vaguement que l'homme soit absent, mais il abandonna vite l'idée lorsque la douce voix dudit homme l'autorisa à entrer.

- Je suis désolé de vous déranger, Claude, mais j'espérais que vous pourriez m'accorder quelques instants, Sebastian afficha son sourire le plus professionnel, et il ferma la porte derrière lui.

Claude était assis derrière son bureau, s'occupant de quelques papiers, et il semblait de mauvaise humeur. Eh bien, si ce n'était pas presque une émotion. Les miracles existent vraiment.

- … Je suis assez... occupé actuellement, Sebastian. Que voulez-vous ? son ton était désagréable, et Sebastian était presque certain qu'il y avait de l'irritation dans ces yeux ambre.

- Oh, je suis terriblement désolé, le sarcasme ne sembla pas atteindre le binoclard, mais j'avais simplement besoin de me renseigner sur le protocole permettant de quitter les lieux de l'Hôpital. Agni m'a dit qu'il y avait d'abord un certain processus à réaliser.

Chaque fois que Claude ajustait ses lunettes, Sebastian devait retenir un sourire narquois, s'imaginant Ciel pulvérisant le visage de Claude avec un inhalateur. Il pouvait voir l'expression condescendante sur le visage du garçon, imaginer à quel point il devait se sentir satisfait dès qu'il voyait Claude remettre ses lunettes.

Claude semblait faire le pour et le contre de dire à Sebastian d'aller se faire voir. Clairement, le contre l'emporta, et il fit signe à Sebastian de s'asseoir.

- Étant donné l'importance de notre travail ainsi que pour la sûreté des patients, la sécurité est assez ferme. Vous devrez soumettre une demande de sortie temporaire, que les Directeurs devront accepter, afin de pouvoir partir. Si ce n'est pas trop indiscret, pourquoi avez-vous besoin de partir aussi soudainement ?

Sebastian devait faire attention à sa réponse. Après tout, il n'avait aucun contact avec le monde extérieur, alors faire croire à la mort d'un proche était impossible. D'ailleurs, il n'avait pas vraiment l'intention d'aller quelque part, alors ça devait être quelque chose de facile à annuler.

- Ce n'est pas si soudain ma sœur était enceinte avant que j'arrive ici, cela fait plusieurs mois, et je pense qu'elle a déjà accouché. On ne me laissera plus jamais tranquille si je ne me montre pas au moins une fois.

Il n'avait pas de sœur, et il détestait les bébés. Il pouvait facilement inventer une lettre de sa sœur imaginaire lui annonçant son voyage, rendant sa visite avec eux impossible.

Claude acquiesça.

- Je vois. Excusez-moi un instant, je vais chercher les documents nécessaires, dit-il en se levant de sa chaise et en quittant la pièce.

À peine la porte venait-elle de se refermer que Sebastian était sur ses deux pieds. En se basant sur le peu de choses qu'il savait sur Claude Faustus, la moitié venant du fait que Sebastian le considérait comme un connard, il gardait probablement les objets confisqués du type dangereux dans son bureau.

Pouvait-il être encore plus prévisible ?

L'inhalateur était posé dans un tiroir vide, presque comme un trophée entreposé.

Ce n'était pas du tout flippant.

Il le mit dans sa poche et referma le tiroir. Alors qu'il refaisait le tour du bureau pour retourner à son siège, sa main effleura les papiers qui étaient sur le bureau de Claude, les faisant tomber au sol. Retenant un juron, il s'accroupit pour les ramasser.

Soma le regarda mollement depuis la photo décolorée qui était attachée à l'une des feuilles. Son visage n'avait pas l'habituel rictus débordant de joie et ses yeux brillants que Sebastian avait tant l'habitude de voir, et peut-être était-ce cela qui piqua sa curiosité.

Ses yeux scannèrent le haut de la feuille.

Jeudi 29 mars 2008 :

Le patient X27 fait preuve de grands progrès. Il a été dans la Pièce 1800 pendant six jours depuis l'incident. Durant la séance d'aujourd'hui, il a admis avoir formé une amitié avec Aleister Chambers, et a demandé à ce dernier de l'emmener dehors pour 'prendre de l'air frais'. Cependant, il nie toujours quelconque acte de violence envers Chambers, et continue de dire que la mort de Chambers était un accident.

Samedi 31 mars 2008 :

L'état émotionnel du patient X27 se détériore. L'utilisation d'électrochocs a causé une certaine panique, sans résultat positif. Il continue à dire que la mort de Chambers n'est pas de son ressort.

Mercredi 4 avril 2008 :

Le patient X27 commence à demander le droit de se laver. La saleté commence à le démanger. Possible culpabilité quant à la mort de Chambers, le sang de Chambers qui collerait encore à ses mains et serait un désagréable souvenir ? Observation à continuer.

Vendredi 22 avril 2008 :

Le patient X27 agit de manière enfantine. Une façon de se leurrer dans un faux sentiment de sécurité ? À surveiller. Refuse de répondre à toute question, refuse de manger et de boire, s'est mis en boule dans un coin de la pièce durant la nuit et a pleuré.

Lundi 8 mai 2008 :

Le patient X27 est sorti de la pièce 1800 après avoir cessé d'agir comme un enfant, et a essayé d'étrangler le Dr. Phipps. Un bain lui a été accordé. Retour à la section. Observations à continuer, le risque s'élève à cinq, six.

Ce ne fut que lorsque les pas se rapprochant de Claude atteignirent ses oreilles, que Sebastian détourna brusquement le regard de la page, la remit avec hâte sur le bureau et reprit sa place. Il remit son sourire poli en place avec difficulté, essayant de mettre sa panique de côté.

Soma aurait tué un ancien membre du personnel ? Après avoir « formé une amitié » avec lui ?

Sebastian s'obligea à ne pas y penser, acceptant les feuilles que Claude lui tendait avec un sourire et il quitta le bureau.

Agni n'était pas forcément en danger. Cela pouvait être un malentendu. Après tout, Sebastian ne croyait pas à la « folie » de certains des patients, peu importe à quel point les autres membres du staff insistaient. Pourquoi devrait-il croire que Soma avait assassiné quelqu'un-

une confiance aveugle en quelqu'un qui compte peut-être utiliser Agni pour sortir des quartiers et tuer quelqu'un aussitôt fait ? Agni ne savait pas, Agni ne pouvait pas savoir, Agni ressentait réellement quelque chose pour Soma (assassin) et ne croirait pas à une telle chose même si Soma avait ses doigts autour de la gorge d'Agni-

il devait prévenir Agni.

Lorsqu'il revint dans la chambre de Ciel, Soma était le seul aux côtés du malade. Il salua Sebastian avec un grand sourire rayonnant.

- Eh ! J'ai bien crû qu'on allait d'voir te chercher.

Sebastian ne répondit pas, trop obnubilé par la proximité des mains de Soma du cou de Ciel.

Soma sauta de sa chaise et Sebastian se raidit.

- Allez, donne-moi l'inhala-

- Tu peux partir, le coupa Sebastian, son ton glacial, je vais m'occuper de lui.

Soma déglutit, son sourire disparaissant. Le ton de Sebastian et l'indescriptible regard dans ses yeux le poignardèrent, et il fit un pas en arrière, mettant une certaine distance entre eux. Il se demanda pendant quelques secondes s'il avait mis Sebastian en colère, mais il ne se rappelait de rien de tel.

Se forçant à sourire à nouveau, il décida de mettre l'humeur de Sebastian sur le compte de son inquiétude pour Ciel, et sa demande ne révélait que du fait qu'il voulait être seul avec le garçon.

- D'accord. Je te verrai plus tard alors, Sebastian.

- Ciel, réveilles-toi, dit Sebastian en secouant l'épaule du garçon.

Sa température avait beaucoup baissé durant les deux heures passées grâce aux compresses et aux peu de médicaments qu'il avait réussi à lui donner lorsqu'il avait été réveillé plus tôt. Durant cette période, Sebastian avait été témoin de quelque chose que peu de gens sur Terre pouvaient dire avoir vu un Ciel Phantomhive délirant.

Sebastian pouvait sans aucun doute dire qu'il s'agissait de la chose la plus étrange qu'il n'ait jamais pu voir.

Ciel Phantomhive, de ce qu'il savait, était sérieux, fier, indépendant et beaucoup d'autres choses. Il renvoyait un air de supériorité sans même le vouloir c'était simplement naturel. Il gardait tout le monde à une certaine distance, et même cette distance était un privilège. Lorsqu'il vous regardait, vous étiez la seule personne présente, tous les autres semblaient disparaître.

Mais aujourd'hui, c'était un enfant.

- Allez- non, arrête de bouger- tu dois le prendre, insista Sebastian, qui était plus qu'exaspéré.

Encore dans les vapes, Ciel roula sur son lit et cacha son visage dans l'oreiller, évitant avec efficacité la cuillère de sirop. Des plaintes sur le goût étaient étouffées par le coussin, et à chaque fois que Sebastian essayait de le remettre dans une bonne position, Ciel se remettait encore plus loin, de plus en plus près du bord du lit.

Sebastian commençait à penser à laisser le petit merdeux tomber par terre.

- T'as qu'à le prendre ! dit brusquement Ciel, arrachant la compresse froide de son front pour l'envoyer sur la main un peu trop proche de Sebastian.

Il faisait la moue, chose qui aurait mortifié le Ciel ordinaire.

- Je ne suis pas celui qui est malade, Ciel, soupira Sebastian, s'accrochant à ce qui lui restait de patience.

- Moi non plus !

Cela aurait été plus convaincant si ça ne s'était pas terminé en crise de toux. Pour la centième fois, le garçon tira sur son inhalateur.

- Oui, tu es en pleine forme.

Sebastian profita de ce moment de distraction pour mettre la cuillère dans la bouche de Ciel, posant une main sur ses lèvres pour s'assurer qu'il ne recrache pas.Encore une fois. Ciel en profita pour le gifler avec la compresse. Encore une fois.

S'il avait su que jouer à l'infirmière serait aussi dur, il aurait laissé Soma s'occuper du morveux, assassin ou pas.

Il pensait encore à tout ce qu'il avait appris, et il décida de profiter de l'état actuel de Ciel pour obtenir des réponses qu'il n'aurait probablement jamais eues si le garçon était en bonne santé et avait toute sa tête. Toujours est-il que même malade et en agissant comme un enfant de cinq ans, Ciel était toujours Ciel, évidemment.

Ciel, à présent traité, se lova de nouveau dans le lit. Si le regard qu'il affichait était une bonne indication, alors il était en train de bouder.

- J'ai entendu un nom aujourd'hui. Aleister Chambers. Je crois qu'il était un membre du personnel auparavant.

Le regard de Ciel empira.

- C'était une vraie tapette.

Sebastian leva un sourcil.

- Alors comme ça, tu ne l'appréciais pas vraiment ?

- Bien joué, Sherlock.

- Pour une raison en particulier ?

Ciel haussa les épaules, se frottant le nez sur sa manche.

- Il était agaçant.

- Je pensais que tout était agaçant pour toi, ne put s'empêcher d'ajouter Sebastian.

- Tu es agaçant, murmura Ciel dans sa barbe, s'asseyant et fouillant à l'intérieur d'un des tiroirs de sa table de nuit.

Il semblait de plus en plus déprimé à mesure que sa main s'enfonçait, jusqu'à ce qu'il pousse un cri de victoire et ressorte sa main.

- Merci... Et j'ai entendu dire qu'il était plutôt proche de ton ami, Soma ?

Retirant l'emballage de la sucette, Ciel l'examina de près avant de la mettre dans sa bouche.

- Soma ? Pas particulièrement. J'pense qu'ils ne se sont même jamais parler, en fait.

Sebastian ne remit pas en question l'honnêteté de Ciel. Dans l'état peu habituel dans lequel il était, Ciel n'avait aucune raison de mentir, et même s'il avait été en pleine forme, Sebastian l'aurait quand même crû. Il avait déjà beaucoup trop investi dans le garçon pour ne pas le croire, après tout.

Toutefois, il avait des doutes. Sebastian savait très bien que, du moins avant qu'il commence à travailler à l'institut, Ciel avait passé la plupart de son temps dans sa chambre. Soma aurait très bien pu devenir ami avec Chambers sans qu'il ne se doute de rien. Ce n'était pas comme s'il se préoccupait des amitiés des autres.

Sebastian avait assez de doutes pour s'inquiéter pour Agni.

- Eh, Sebastian. Comment va Smile ? demanda Freckles, refermant la porte derrière elle.

Sa mauvaise humeur avait déjà disparu, et elle était juste soulagée que Ciel ait pu récupérer son inhalateur. Il avait l'air d'aller beaucoup mieux qu'avant. Il n'était plus en train d'haleter, son visage avait repris des couleurs et il dormait à poings fermés.

- Beaucoup mieux. Il va probablement pouvoir dormir cette nuit maintenant, bailla Sebastian, se levant de l'inconfortable chaise en plastique. S'occuper du garçon était beaucoup plus simple lorsqu'il était inconscient.

- Il est presque huit heures, alors je vais t'remplacer. J'pense même que je vais finir par passer la nuit ici.

- D'accord, Sebastian roula ses épaules pour se débarrasser de la raideur, je reviendrai demain dans ce cas. Bonne nuit.

- A-Attends !

Sebastian s'arrêta à la porte, regardant par-dessus son épaule pour voir la fille qui semblait mal à l'aise.

- Hm ?

- Hum... Juste... Merci, t'sais. Tu, euhm, tu nous a vraiment aidés... Bonne nuit.

Elle se retourna mais pas assez vite pour cacher son visage qui s'empourprait lentement. Sebastian ricana en quittant la pièce.

Ce fut sur le chemin du retour vers le dortoir que Sebastian croisa Agni, qui le salua joyeusement.

Ils discutèrent du travail un moment alors qu'ils se dirigeaient vers leurs chambres respectives et ce fut Agni qui mentionna Soma, et qui sourit d'un air si heureux, et Sebastian craqua.

- Ne t'approche pas de Soma.

Il avait prononcé ces mots sans même s'en rendre compte, plus un ordre qu'une simple demande. L'expression d'Agni changea, mais pas en froncement de sourcils. Ça, Sebastian aurait pu le gérer, ça, Sebastian s'y attendait.

Agni lui avait lancé un regard noir.

Sebastian connaissait Agni depuis si longtemps, il l'avait certainement énervé avec son impudence et sa friabilité de nombreuses fois, il avait reçu des leçons de morale exaspérantes de la part de l'homme lorsqu'une femme qu'il avait rejetée s'était venger sur Agni, il avait été insensible, il avait même été un vrai enfoiré avec lui parfois, mais jamais Agni ne l'avait regardé ainsi par le passé.

- Écoute, je ne peux pas t'expliquer commet je sais, mais... il est dangereux, Agni. Il se sert de toi. Si tu le laisses faire, alors il va te blesser-

Sebastian se hâta de s'expliquer mais Agni ne voulait rien entendre. L'homme d'habitude toujours poli l'arrêta d'un geste brusque de la main, ses yeux gris se durcissant.

- Assez.

Ce n'était qu'un mot, mais dit avec une telle colère que même Sebastian dut s'y plier. Une part de lui qui était de plus en plus présente à mesure que le regard d'Agni s'envenimait, était énervée de savoir qu'Agni croyait plus Soma que lui. N'avaient-ils pas été amis pendant des années ? Sebastian ne l'avait-il pas aidé à surmonter les périodes les plus dures de sa vie ? Et pourtant, Agni voulait faire plus confiance à une personne qu'il connaissait à peine, depuis si peu de temps ?

- Très bien. Ce qui arrivera n'aura rien à voir avec moi, dit brusquement Sebastian.

Il ne s'impliquerait plus.