Et me voilà avec le chapitre neuf, que je sors quelques jours avant de partir en vacances - donc, plus d'accès à Internet-, vous en avez de la chance (j'imagine). Il est plus court que les précédents, mais vous verrez, il se passe des choses, du drama, de l'action ! Bon, j'arrête d'essayer de faire une introduction et je vous laisse lire !
ouassi : Oui, je plains vraiment Ciel des traitements que Claude lui inflige, mais après on peut en dire de même pour tous les autres patients. Honnêtement, l'histoire de Soma qui aurait tué un membre du personnel, bah j'ai oublié si c'était vrai ;w;
Je redécouvrirai avec vous du coup, haha.
Bonne lecture et bonne vacances !~
Écrit par Cennis
Chapitre Neuf
Cassé d'une main ferme avec une certaine dextérité rarement vu dans cette cuisine, l'œuf tomba dans la poêle sans un morceau de coquille. Le jaune grésilla, brisant le silence de la pièce, et aussitôt plusieurs tranches de bacon le rejoignirent.
Ah, la perfection. Pas une trace de brûlé non plus.
- Yo, Sebastian !
Bard arriva par les portes de la cuisine, souriant à pleine dents, une cigarette éteinte entre ces dernières. Son tablier de chef était déjà recouvert d'un noir cendres.
- Encore à fumer dans le lit, à ce que je vois, observa Sebastian, remplissant la bouilloire.
Le sourire de Bard devint gêné.
- Heh... Bah, t'sais, ces uniformes, sacrement inflammables...
- Café ? demanda Sebastian alors que l'eau bouillait, se déplaçant autour de Bard avec grâce tandis que le blond commençait à préparer son propre petit-déjeuner.
- Ce serait pas trop d'mander. Tu veux que je m'en occupe pour toi ? dit-il en parlant du chef-d'œuvre de Sebastian.
- Non. Ne regarde même pas.
Il y avait une théorie qui circulait dans l'asile disant que le regard de Bard suffisait à transformer le plus exquis des mets en poison. Sebastian y croyait dur comme fer.
Sebastian était devenu un habitué des cuisines de St. Victoria depuis deux semaines. Sa dispute avec Agni n'avait fait qu'empirer durant ce laps de temps. C'était sans doute l'agacement déjà présent qui lui avait fait perdre toutes formes de politesses en faveur de repas de qualités cuisinés par sa personne. S'attendant presque à être attaqué à coup de lance-flamme, il fut agréablement surpris lorsque Bard lui dit simplement de « s'en donner à cœur joie » et lui donna des ingrédients. Depuis, Sebastian venait tous les matins dans les cuisines et avait son petit-déjeuner avec eux. Bien qu'ils n'étaient certainement pas son premier choix en terme de compagnie, ils étaient beaucoup plus tolérables que Will et ses pièges mortels ou Grell et ses... eh bien, elle était un piège en elle-même.
- Ce salopard d'Ash est venu ici hier. M'a donné une bonne leçon sur l'hygiène et que je 'dois utiliser les bons outils de cuisines'. Qu'il aille se faire foutre, il a jamais utilisé une fourchette pour faire autre chose que manger, ça j'te le dis !
Bard était du genre à penser que si un homme n'avait pas été circoncis avec une cuillère avant d'atteindre les douze ans, alors il ne pouvait se proclamer comme tel.
- Et écoute ça; ce fils de pute snobinard a dit qu'ils vont couper mes fonds ! « Des choses plus importantes, un gâchis pour nos ressources, blah blah blah ».
Sebastian aimait beaucoup les imitations d'Ash que faisait Bard. Elles étaient plutôt réalistes.
- Il n'est pas ton patron. Il n'a sans doute pas le pouvoir de couper tes fonds ?
- C'est ce que j'ai dit ! D'où vient-il me faire la morale... dit Bard decrescendo, dans un murmure sérieux, embrochant la nourriture normalement appelée saucisse. Il s'imaginait sans aucun doute qu'il s'agissait d'un certain homme aux yeux couleur lilas.
Alors que Sebastian s'assit à la table, les deux autres mousquetaires se traînèrent dans la pièce. Finny se laissa tomber dans l'une des chaises et sa tête atterrit sur ladite table avec un grand « Paf ! ». Meirin n'était même pas assez réveillée pour rougir lorsque Sebastian la salua.
Ils se réveillèrent lorsque Bard fit glisser leurs assiettes sur la table. Honnêtement, ils avaient un estomac en acier, et Dieu sait de quoi étaient faites leurs dents.
- C'est même pas comme s'ils me donnaient beaucoup de base, tu sais ?
Finny cligna des yeux en regardant Bard, toujours endormis, mettant maladroitement de la nourriture dans sa bouche.
- D'quoi tu parles ?
- L'autre Con.
Son nom officiel, bien sûr.
- Hein ? Toi aussi ? s'exclama Meirin. Angela est venue me voir hier ! Elle m'a dit que le prix des assiettes cassées serait tiré de ma paye.
- Moi aussi ! Elle m'a dit que ma tondeuse était irrégulière et que je devais utiliser une règle.
Sebastian était quasiment sûr et certain que Finny n'avait jamais touché une règle de sa vie. L'expression confuse qu'il arborait ne faisait que confirmer cette idée.
Ils passèrent le reste du petit-déjeuner à parler dans le dos de ces deux-là, et Sebastian se rendit compte que cela ne le gênait pas du tout. Le trio était loin d'être son type de compagnie habituelle. La grossièreté et l'amour de Bard pour les choses inflammables, le comportement excessivement puérile de Finny, ainsi que l'incapacité que Meirin avait pour le regarder dans les yeux sans que sa tête surchauffe, il y avait mieux que cela, oui. Cependant, il commençait à, si ce n'est les apprécier, au moins s'y faire.
Enfin, il y avait pire comme matinée.
Il ne neigeait pas. Ce devrait être le cas, mais mieux valait ne pas compter sur la météo Anglaise.
Aussi loin qu'il pouvait se souvenir, Snake avait toujours haï Noël. Il y avait quelque chose en rapport avec cette fête qu'il ne pouvait simplement pas supporter.
Peut-être était-ce la bonne ambiance. Ne vous méprenez pas; Snake pouvait être très joyeux, bien que cela soit dur à voir, et il aimait que les autres le soient aussi. Un sourire c'était contagieux, quelque chose qu'il aimait beaucoup voir. Cependant, la bonne ambiance de Noël était si... fausse. Les adultes dépensaient de l'argent qu'ils n'avaient pas pour des jouets que leurs enfants ne voulaient pas, mais ces derniers faisaient comme si c'était le cas. Enfin, devraient faire comme si, même si la plupart ne ménageaient pas les sentiments de ceux qui offraient lesdits cadeaux. Les réunions embarrassantes et tendues entre les belles-familles qui se détestaient mais qui jouaient le jeu, à l'aide de câlins similaires à des coups de poings ou des morsures, en demandant comment leur année s'était passée, et étant très déçu d'apprendre que leurs maisons n'avaient pas brûlées.
Peut-être était-ce l'hypocrisie de la fête en elle-même. L'image de Noël était celle de la chaleur, de grands banquets, d'une couche de neige tombant au bon moment, de la famille et des amis tous réunis ensemble. Du haut de ses vingt ans, il n'avait jamais connu un tel Noël. Ce n'était pas comme s'il s'y était attendu, mais c'était tout de même une pub mensongère.
Même l'aspect religieux était quelque chose qui lui échappait, la foi n'étant pas quelque chose qu'il se souvenait avoir. Il ne croyait même pas au Père Noël.
Peut-être que s'il avait neigé la veille, il se sentirait mieux, pensait Snake en regardant à travers la fenêtre. D'ordinaire il évitait de regarder par la fenêtre, les épais barreaux devant la vitre le mettant en cage et l'agitant, mais il faisait toujours une exception en décembre. Peut-être qu'au moment où il regarderait, le premier flocon de neige tomberait.
Soupirant légèrement, Snake détourna le regard de la fenêtre et roula sur le côté. Les bras enroulés autour de sa taille resserrèrent leur étreinte, et il se sentit un peu mieux.
- Pas de neige, murmura rhétoriquement Drocell.
- Pas de neige, confirma Snake en se rapprochant de son compagnon jusqu'à ce que leurs corps se touchent et que leurs souffles se mélangent.
- Y neige en Alaska, bailla Drocell, beaucoup de neige là-bas.
Snake adorait le Drocell somnolent. Ses yeux violets brumeux et absents, ses cheveux de cuivres en bataille, et sa tendance à être beaucoup plus collant que d'ordinaire. Ce n'était pas qu'il était particulièrement distant, mais il faisait très attention à n'avoir que le minimum de contact physique, même s'il s'agissait d'un simple effleurement de mains. Dieu les en garde si l'un des membres du personnel savait, savait s'en servir contre eux.
- Noël en Alaska alors.
- Des païens, beaucoup de païens.
Snake préférait largement le Solstice d'Hiver à Noël. Il n'y avait pas de raison particulière, peut-être était-ce juste le nom. Drocell lui en avait parlé lors de leur premier Noël ensemble. Honnêtement, Snake avait du mal à se rappeler des détails, mais le nom était si harmonieux.
Ils entendirent un fracas à l'extérieur et se mirent sur leurs gardes, plus une trace de sommeil visible chez Drocell qui resserra encore son étreinte autour de Snake.
Ils entendirent frapper à la porte, au rythme de ce qui ressemblait vaguement à Vive le vent, et ils se calmèrent.
- Une dame est ici, alors restons tous publics, les garçons !
Sans en dire davantage, Joker ouvrit grand la porte et rentra dans la pièce avec un grand sourire. Beast le suivit, prête à protéger ses yeux si besoin, ayant l'air aussi matinale que Drocell.
- Comment pouvez-vous dormir le jour de Noël ? Debout, debout !
Peu importe le nombre d'années passées, l'enthousiasme qu'avait Joker pour le mois de décembre n'avait jamais disparu.
Beast faillit s'assoupir là où elle se tenait, jusqu'à ce que Joker attrape sa main pour la tirer hors de la chambre, sans doute pour aller harceler les autres.
- Il n'est pas humain pour se lever aussi tôt le matin, rumina Drocell tout en se tirant hors du lit et en passant une main dans ses cheveux ébouriffés.
Snake en fit de même, regrettant déjà la chaleur du sommeil. Une fois qu'ils furent à peu près habillés, ils se rendirent dans le foyer.
Joker avait fait le tour des chambres et réveillé presque tout le monde, la masse endormie s'effondrant sur les canapés et les chaises, maudissant leur chef non-officiel et sa bonne humeur inébranlable.
Soma était le seul épargné par l'heure matinale, il se balançait en avant et en arrière sur sa chaise tout en fredonnant faussement un mélange de chants de Noël. Tous les autres étaient en train de le maudire intérieurement.
- Ow- allez, Smile, c'est- D'accord, pose ce jouet, il est pointu- désolé, objet de collection- ça va, ça va ! dit Joker, vexé, en sortant de la chambre de Ciel et manquant à peine de se prendre la porte.
Cela arrivait chaque année. Personne ne se serait déplacé si ce n'était pas pour Joker, et à part lui, ils ne s'échangeaient pas vraiment de cadeaux. Il faisait sa ronde à présent, donnant de petites choses qu'il avait accumulées pendant l'année et qu'il n'était pas censé avoir des livres non-protégés et tellement effrités qu'ils étaient illisibles, des BD, de nouveaux peignes ainsi que de nouvelles brosses à dents, de vrais savons, pas cette merde industrielle qu'ils avaient d'habitude, et de la nourriture considérée comme trop bonne pour eux. Joker s'assura que tout le monde ait eu quelque chose qu'il voulait, raison pour laquelle il s'acharnait à les réveiller à huit heures du matin.
Snake accepta son cadeau en courbant légèrement les lèvres.
- Merci.
Noël n'était peut-être pas sa période préféré de l'année, loin de là, mais ce que Joker faisait, ça n'avait rien avoir avec ladite fête, et il ne pouvait pas lui en être plus reconnaissant.
Joker leur donnait bien plus que de petites babioles, il leur donnait une impression de normalité malgré leur étiquette de patient, qu'ils faisaient la même chose que n'importe qui dans le monde.
C'était agréable de se sentir normal de temps à autres.
- Attention ! cria Soma depuis la porte, cachant sa marchandise en-dessous de lui, sur sa chaise.
Ils en firent tous de même alors que l'alarme qui leur était si familière résonna et que la porte de la section s'ouvrit, le personnel s'avançant. Lorsque l'Indien vit qui entra en premier, il plissa les yeux, mais un sourire espiègle se dessina sur son visage.
- 'Jour, Sebastian ! le salua Soma, extrêmement joyeux.
Il avait été blessé, au début. Depuis ce jour où Ciel avait été malade, quelque chose avait changé entre lui et Sebastian. Du moins, quelque chose avait changé chez Sebastian. Il était sûr et certain de n'avoir rien fait pour mériter une telle hostilité. C'était presque effrayant de voir à quel point Sebastian était devenu distant et froid. Ils n'avaient jamais été meilleurs amis ou quoi que ce soit auparavant, mais au moins ils s'entendaient. Maintenant ? Maintenant, Soma était sûr que Sebastian ne lui pisserait pas dessus s'il était en feu. Et bon nombres de ses camarades étaient des pyromanes.
S'il y avait bien une chose dont il était certain, c'était que Sebastian faisait tout son possible pour l'éloigner de Ciel. Eh bien, il pouvait aller se faire voir. Soma était le meilleur ami de Ciel -malgré ce qu'en disaient Ciel et Alois- et ce n'était pas un bel homme bipolaire qui allait changer cela. Bien que, sa maladresse grandissante avec Ciel agacée sans doute plus ce dernier que Sebastian. Mais, Sebastian pouvait le regarder aussi mal qu'il le voulait, ce qu'il faisait sans doute, il ne changerait rien.
La douleur s'était rapidement transformée en colère lorsque Soma avait appris que Sebastian était la cause de l'étrange attitude d'Agni dernièrement. Que Sebastian soit un enfoiré avec lui c'était une chose, mais il était censé être l'ami d'Agni. Meilleur ami même, si tout ce que Agni lui avait dit pendant ces dernières années en était une preuve. C'était vraiment autre chose.
Sebastian ne lui faisait pas peur, pas trop en tout cas, et il ne le chasserait pas.
- Ils... s'entendaient bien, si je me souviens bien. Je me demande s'il s'est passé quelque chose, marmonna Snake à son compagnon, observant l'échange de regards entre Sebastian et Soma avec confusion. Drocell suivit son regard.
- Bizarre.
Ce fut la manière dont il prononça ce mot qui perturba Snake.
- … Drocell ?
Il semblait étrangement pensif. Drocell réfléchissait sans arrêt, mais il le montrait rarement. Il cligna lentement des yeux, les détournant de Sebastian.
- Je ne peux pas m'empêcher de penser... aux plus longues périodes dans La Pièce, à la mort de Peter, au bras de Joker... Ils nous ont déjà maltraités par le passé, mais c'était de manière un peu plus subtile, maintenant...
Drocell semblait plus se parlait à lui-même qu'à Snake, mais il écouta attentivement, un nœud se formant dans son estomac.
- Nous savions que quelque chose était en train de changer... Mais depuis quand ?
Il avait parlé à cette Snake cette fois, et ce dernier fronça les sourcils.
- Les changements ?
- Hm.
- Je... Je ne suis pas sûr.
Il ne mentait pas. Snake faisait de son mieux pour oublier tout ce qui ne concernait pas Drocell et lui. C'était beaucoup plus simple pour dormir la nuit.
Le regard de Drocell se reposa sur Sebastian.
- … Je crois bien que tout a commencé quelque temps après l'arrivée de cet homme ici.
- Oh, tiens.
Sebastian se leva de sa chaise pour prendre le post-it dans sa poche arrière, afin de le donner à Ciel. Le garçon roula sur le côté et prit le papier des doigts de Sebastian. Il le regarda brièvement, leva l'œil au ciel, exaspéré, et le mit sur la table de nuit.
Depuis que Finny avait découvert l'amitié de Sebastian, si c'était le bon terme, avec Ciel, il avait engagé Sebastian comme messager et il lui donnait constamment des sucreries et des mots à faire passer au garçon. Il y a quelques temps, il aurait refusé, mais comme personne n'y faisait attention, Sebastian n'y vit aucun problème. De plus, les mots de Finny engendraient parfois des expressions très curieuses chez Ciel, qu'il n'aurait probablement jamais eu la chance de voir autrement. Il était plutôt tenté de lire ces mots, d'ailleurs.
Quelques jours après la maladie de Ciel, ce dernier avait appris que Sebastian avait été dans sa chambre. Sebastian s'était attendu à ce qu'il pique une crise, oui, mais il n'aurait jamais pensé qu'il serait aussi énervé. En lui crachant certains mots bien choisis à la gueule, Ciel avait disparu dans sa chambre et n'en était pas ressorti pendant trois jours. Puis, s'étant apparemment remis de son quelconque caprice, il avait invité Sebastian à entrer. Évidemment, la porte devait rester ouverte, mais Sebastian comprit bien la signification derrière cette action. Oui, certains personnes comme Alois ou Soma déboulaient dans sa chambre n'importe quand malgré la mauvaise hospitalité, mais Sebastian avait été invité. Était-ce une sorte de remerciement pour la confiance qu'il lui avait accordé, une petite compensation ?
Parfois ils jouaient aux divers jeux que Ciel possédait. Parfois ils parlaient.
Aujourd'hui, Ciel était dans l'une de ses rares humeurs bavardes.
- Parle-moi de toi, lui ordonna Ciel plus qu'il ne demanda, ayant l'air très à l'aise allongé sur son lit.
Sebastian cligna des yeux et les releva du livre qu'il lisait, ledit livre trouvé dans le désordre au sol. Un jour, il faudrait que quelqu'un range. Il doutait que ce fusse le propriétaire de ce bordel.
Secouant la tête avec un sourire narquois, Sebastian répondit :
- Tu ne trouverais pas cela intéressant.
Ciel le regarda durement.
- Penses-tu vraiment que je perdrais mon temps avec des individus qui ne m'intéressent pas ?
Eh bien. Il ne s'était pas attendu à cela. Venant de Ciel Phantomhive, c'était un très grand compliment. Réussissant à ne pas prendre un air espiègle, Sebastian céda.
- D'accord. Je suis né à Los Angeles. Je n'ai jamais connu mon père, je n'ai jamais vraiment voulu, et je m'entends bien avec ma mère. Nous n'étions ni riche ni pauvre, nous déménagions beaucoup à cause de son travail, et nous avons fini par nous installer définitivement à New York où j'ai reçu une bonne éducation. Après avoir quitté l'université, j'ai commencé à énormément me déplacer à divers endroits, là où un travail m'intéressait. Et maintenant je suis ici. Comme je l'ai dit plus tôt, rien d'extraordinaire.
Ciel acquiesça en rongeant son pouce, une habitude qui faisait grimacer Sebastian.
- Hmm. Alors, quand as-tu rencontré Agni dans 'la bonne éducation' ?
Sebastian fronça les sourcils. Voyant cela, Ciel reprit la parole :
- Tu avais pour habitude de souvent parler de lui. Mais ces derniers temps, c'est presque tabou. Eh bien quoi, avez-vous eu une querelle d'amoureux ?
Mal à l'aise avec la tournure que prenait la conversation, Sebastian décida qu'il était temps de changer de sujet.
- C'est... un malentendu. Rien de grave. Et toi ? Quelle est ton histoire ?
Sebastian ne manqua de remarquer la manière que Ciel eut de se raidir, mordant son pouce assez fort pour le faire saigner, avant de répondre :
- Quel était ce malentendu ?
Il commença à être agacé par le rejet flagrant de sa question.
- Rien d'important, dit Sebastian d'un ton crue, indiquant clairement qu'il ne fallait pas poser plus de questions.
- Assez important pour que vous arrêtiez de vous parler tout de même, Ciel, sans surprise, choisit d'ignorer son avertissement.
- En effet. Vas-tu répondre à ma question ?
Ciel roula de l'oeil d'une façon moqueuse.
- Contrairement à ce que l'on croit, je suis plutôt ennuyeux. Pose une autre question, peut-être que j'y répondrai.
Avant même de s'en rendre compte, Sebastian dit :
- Une autre question ? Très bien. Ça marche. Et si tu me parlais Du Feu ?
Ciel blêmit à une vitesse ridicule, et Sebastian se maudit d'avoir laissé son irritation prendre le dessus. Mais il n'avait pas pu s'en empêcher. Jamais auparavant avait-il autant misé sur quelqu'un que sur Ciel ces derniers mois, et il commençait à en avoir marre de donner, donner, donner. Il ne répondait jamais aux questions, et lorsqu'il lui arrivait rarement, si ce n'est jamais, de le faire, c'était par de foutues devinettes et des indices. Sebastian l'avait laissé sortir de la section pour l'amour de Dieu ! Et avec ce qu'il savait de St. Victoria, il doutait que le licenciement soit le pire des châtiments pour insubordination. Il avait pris des risques pour ce garçon serait-ce trop demander de faire un tout petit peu confiance à Sebastian ?
- Tu as... lu mon dossier.
Ce n'était pas une question, et incertain de savoir quoi répondre, Sebastian resta silencieux.
Un rictus malsain se dessina sur le visage de Ciel.
- Je ne savais pas que les aides-soignants avaient ce genre de droits.
Sebastian savait qu'il avait déjà été trop loin, mais il n'allait pas reculer maintenant.
- Il n'y a sans doute plus rien qui t'étonne ici ? J'ai répondu à ta question. En fait, j'ai toujours répondu à toutes tes questions. N'est-il pas temps que tu répondes à une ou deux questions ? le défia Sebastian.
Le sourire vacilla, ressemblant plus à un sourire jaune qu'autre chose, et Ciel lisait en lui comme dans un livre ouvert.
- Va-t-en.
Si vous étiez passés par le douzième couloir du troisième étage des dortoirs du personnel de St. Victoria le 25 décembre 2010, vous auriez vu un homme arborant une expression grave. L'irritation qu'il portait envers le monde était sans aucun doute palpable, et de chacun de ses pas émanaient une frustration sans pareille. Vous auriez bien fait de rebrousser chemin et de prendre vos jambes à votre cou, car croyez-moi, vous n'auriez pas voulu croiser son chemin ce jour-là.
Sebastian marcha le long du couloir avec animosité. D'abord Agni, et maintenant Ciel, qui d'autre pouvait-il énerver ? Quoi qu'il ne pensait toujours pas être fautif dans sa dispute avec Agni. Agni était celui qui refusait de le regarder, juste parce que Sebastian se faisait du soucis pour lui, et peu de gens pouvaient en dire de même.
Mais Ciel... Eh bien, c'était peut-être sa faute, peut-être un peu. Cependant, il avait ses raisons. Oui, il n'aurait probablement pas dû dire qu'il avait lu le dossier du morveux. Il n'aurait probablement pas dû lui poser une question sur quelque chose qu'il avait lu. Surtout lorsqu'il était évident qu'il s'agissait d'un sujet sensible – mais qu'est-ce qui ne l'était pas avec ce gosse – mais tout de même, il avait ses raisons. Il en avait vraiment assez de ne rien savoir sur Ciel, et de devoir s'accommoder avec tout ce qu'il disait, et-
Sebastian s'arrêta en plein mouvement. Sa tête s'était mise à tourner, et il se colla contre le mur pour ne pas tomber par terre. Sa gorge se serra et il ne put plus respirer, il se mit alors à paniquer. Il n'y avait personne pour l'aider, il ne pouvait pas respirer, encore moins crier pour demander de l'aide, et-
plus rien. L'air remplit ses poumons, sa tête ne lui fit plus mal et il put à nouveau se tenir droit.
La douleur physique était partie, mais se sentait toujours mal, au point d'avoir des nœuds à l'estomac. En restant sur ses gardes, Sebastian se décolla du mur et reprit son chemin jusqu'à sa chambre.
Cassé d'une main ferme avec une certaine dextérité rarement vu dans cette cuisine, l'œuf tomba dans la poêle sans un morceau de coquille. Le jaune grésilla, brisant le silence de la pièce, et aussitôt plusieurs tranches de bacon le rejoignirent.
Ah, la perfection. Pas une trace de brûlé non plus.
- Yo, Sebastian !
Bard arriva par les portes de la cuisine, souriant à pleine dents, une cigarette éteinte entre ces dernières. Son tablier de chef était déjà recouvert d'un noir cendres.
- Encore à fumer dans le lit, à ce que je vois, observa Sebastian, remplissant la bouilloire.
Le sourire de Bard devint gêné.
- Heh... Bah, t'sais, ces uniformes, sacrement inflammables...
- Café ? demanda Sebastian alors que l'eau bouillait, se déplaçant autour de Bard avec grâce tandis que le blond commençait à préparer son propre petit-déjeuner.
Sebastian s'arrêta un moment pour s'asseoir à la table, la désagréable sensation de la nuit dernière ne l'avait pas quittée. Les douleurs n'étaient pas revenus, et il se sentait en pleine forme ce matin, mais quelque chose n'allait pas. Il n'arrivait pas à dire quoi.
- Tu vas pas en croire tes oreilles. Ash est revenu me voir hier. Il m'a inscrit à une formation sur l'usage du feu ! Vraiment ridicule. Je sais très bien me servir de feu sans qu'il n'y ait de problèmes, râla Bard en séparant la nourriture en deux assiettes.
Sebastian fronça les sourcils.
- Pourquoi ne mets-tu que deux plats ? demanda-t-il, et Bard s'arrêta quelques instants pour le regarder avec confusion.
Avant qu'il puisse répondre, Meirin déboula dans la cuisine, et Bard lui donna l'une des assiettes, s'asseyant avec l'autre. Sebastian jeta un œil vers la porte pour voir si le retardataire se montrerait, mais personne ne vint.
- Où est Finny ? demanda-t-il à Meirin.
Se remettant de son habituelle réaction de chaudière lorsque Sebastian lui adressait la parole, elle fronça le nez et eut un rire gêné.
- Comment ça ? Qui est Finny ?
Sebastian regarda Bard, s'attendant à voir une expression perplexe assortie à la sienne, mais elle était identique à celle de Meirin.
- D'accord. C'est une farce, c'est ça ?
Sebastian soupira, s'attendant à moitié à ce que Finny sorte de derrière la porte pour rire de la blague avec les autres. Mais personne n'arriva, et les visages qui le regardaient n'étaient pas amusés. Seulement de plus en plus concernés.
- De quoi tu parles ? Ça va ? demanda Bard en fronçant les sourcils, inquiet.
Le mal être qui collait à Sebastian empira. Ce n'était pas une plaisanterie. Dieu sait qu'ils étaient incapables de mentir pour sauver leur peau. Ils... ne savaient réellement pas qui était Finny.
