Bonjour/Bonsoir !
Ça fait longtemps depuis le dernier chapitre, et je m'en excuse ! (Comme à chaque fois, en fait).
Le chapitre 13 est déjà en cours de traduction, je tenterai de faire vite, mais je vous avoue que je suis pas mal occupée ces temps-ci.

Bref, bonne lecture !~


Écrit par Cennis

Chapitre Douze

Il s'imaginait être une ballerine, vu comme il se déplaçait. Essayant de marcher sur la pointe des pieds, sans faire un bruit, alors qu'il avançait dans les couloirs dénués de vie. Ce n'était pas une image de lui qu'il appréciait particulièrement. Toujours est-il que, qu'avoir l'air d'un abruti était toujours mieux que de se faire attraper, supposait Sebastian.

Les pas qui avaient été à la base de sa séparation avec les autres l'avaient suivi pendant bien trop longtemps, se rapprochant parfois un peu trop, mais ils avaient enfin disparu. Il était à l'affût, que ce soit au niveau de l'ouïe ou de la vue, ne désirant pas se laisser être repris par surprise. Une fois, c'était déjà trop.

Il aurait voulu avoir sa montre. Cela n'aurait pas été d'une grande aide à grande échelle, mais il voulait vraiment savoir combien de temps était passé depuis qu'il errait dans les couloirs de l'Asile, et combien de temps restait-il avant le lever du soleil, combien de temps Ciel et Agni avaient-ils eu pour s'égorger.

Il devait les retrouver – des heures semblaient être passées depuis qu'il avait dégagé les mains de Ciel de la gorge d'Agni – mais il ne pouvait pas prendre le risque de revenir sur ses pas. Les chances qu'il tombe sur son ancien poursuivant étaient beaucoup trop hautes. D'ailleurs, le but de cette excursion était de trouver Finny, non ? La dernière chose dont il avait besoin c'était de jouer les baby-sitter avec des chamailleries d'enfants pendant ce qui était probablement la dernière chance qu'il avait de fouiller l'endroit.

Son badge chaud dans la paume de sa main après avoir été tenu longtemps, Sebastian le passa sur le tableau d'une autre porte verrouillée par un système électronique. Comme pour les deux étages parsemés de pièces avant celui-ci, la Pièce 217 était vide.

Complètement vide, en fait. Pas de tables, pas de chaises, pas de meubles, rien. Deux étages de pièces totalement inutilisées. Du gâchis, oui, mais c'était surtout assez inquiétant. Qui aurait cru que des pièces remplies de rien pourraient donner des frissons ? Certainement pas Sebastian, pourtant plus il trouvait de pièces négligées au point où il y avait des couches de poussières, plus il était désarçonné face à tout cela.

Cet endroit semblait mort.

Sebastian décida d'ignorer cette obscure pensée, refermant la pièce et se dirigeant vers la prochaine. Il était mélodramatique. C'était un bâtiment énorme, il y aurait forcément des pièces vides. La situation, le lieu, les gens, tout l'atteignait. Si le Sebastian d'avant St. Victoria pouvait le voir maintenant, avoir la chair de poule en voyant une simple pièce, il se serait esclaffé.

Néanmoins, chaque pièce vide qu'il trouvait était un échec de plus. Cette petite voix au fond de lui devenait de plus en plus forte alors que son espoir disparaissait petit à petit – il n'est même pas dans l'Institut, il est un mort – et « ferme-là » devint une devise – il n'est pas réel, tu perds la tête, Sebby – c'était juste une répercussion venant de son environnement, tout simplement.

Serrant les dents, Sebastian continua le long du couloir. Il allait continuer à chercher Finny dans un étage de plus, mais s'il ne trouvait rien, il retournerait en arrière et chercherait les autres. Les laisser ensemble était une très mauvaise idée, tellement méfiants et à cran. Il ne pouvait pas s'empêcher de repenser aux mains de Ciel autour du cou de son meilleur ami, le regard vitreux dans son œil et le fait qu'il ne semblait même pas entendre les tentatives de Sebastian pour le calmer.

Agni travaillait à l'Institut depuis bien plus longtemps que Sebastian, mais cela ne voulait pas dire qu'il connaissait mieux Ciel. Sebastian connaissait les tics du garçon, ou du moins il préférait penser les connaître, il savait quand son humeur était sur le point de changer, et c'était ce savoir qu'Agni devrait vraiment avoir maintenant. Agni ne lui ferait pas de mal, pas à un enfant, mais il restreindrait ses mouvements s'il pensait devoir le faire.

Et Ciel n'aimait pas vraiment être restreint.

Agni eut du mal à fermer la lourde porte aussi silencieusement que possible, se retournant dès qu'il entendit le verrou se mettre en place. Le regard qui lui était adressé était plus lourd encore que la porte, étonnamment efficace malgré le fait qu'il ne le fusille qu'à moitié du regard.

Même à l'autre bout de la pièce, Agni pouvait voir à quel point Ciel était tendu, prêt à attaquer de nouveau si besoin. Les griffures sur son cou le démangeaient, lui rappelant à quel point ce patient était vicieux, et à quel point il était seul avec lui.

La respiration dudit garçon était saccadée. Il n'avait pas l'habitude de courir. La dernière chose dont ils avaient besoin, c'était qu'il ait une crise d'asthme maintenant.

Agni s'éloigna de la porte, conscient de sa silhouette dans la fenêtre vitrée, et Ciel recula davantage. Ils étaient comme deux bêtes se tournant autour, montrant les crocs et hérissant les poils, attendant que l'autre fasse le premier mouvement.

Ils continuèrent à agir ainsi jusqu'à ce qu'Agni réalise qu'il était censé être l'adulte ici.

- Écoute, nous sommes coincés pour l'instant, ne pouvons-nous pas nous comporter comme deux êtres civils au moins ?

Toujours pacifiste, Agni agita le drapeau blanc en premier.

- Civil ? C'est toi qui m'as attaqué !

Seulement pour que Ciel le brise en deux et lui jette les morceaux au visage.

Agni sursauta, plus à cause du volume de la voix de Ciel qu'à cause de son accusation.

- Ssh ! Tu veux te faire attraper ? chuchota-t-il. Écoute, je suis désolé si je t'ai causé du tort tout à l'heure, mais je ne te laisserai pas me faire du mal à moi, ou à Sebastian.

Si c'était seulement possible, l'air de Ciel s'aggrava.

- Je n'ai aucunement l'intention de blesser Sebastian, - Agni ne manqua pas de remarquer l'absence de son nom -, Pourquoi es-tu là, d'abord ? Tu ne veux pas aider Finny-

Agni aimait penser qu'il était un homme calme et rationnel. On lui disait, pas toujours comme un compliment, qu'il avait la patience d'un saint. C'était quelque chose qu'il appréciait chez lui. Cependant, en entendant le nom de Finny, cette patience si développée aurait très bien pu n'avoir jamais existé.

- Tu peux arrêter maintenant ! Sebastian n'est pas là ! dit-il en serrant les dents, et bon sang, il détestait s'entendre lorsqu'il était à bout.

Ce n'était pas lui. Il ne criait pas sur des enfants, surtout sur ceux qui étaient malades. L'expression de Ciel se détendit, son regard fut moins acerbe, et il eut l'air confus pour une fois. Enfin, pendant la fraction de secondes qu'il lui fallut pour comprendre ce qu'Agni insinuait. Puis il se mit à rire.

Un rire sincère, venant du garçon de pierre.

Pas un rire silencieux.

Agni se précipita vers lui, se mettant en mouvement avant même de s'en rendre compte, avec la seule intention de faire taire Ciel. Il devait l'admettre, il ne serait pas faux de considérer son geste comme une agression.

Une agression moindre par rapport à la réaction de Ciel, cependant.

Au moment où Agni s'était mis à bouger, il s'était abruptement arrêté de rire, comme si un mécanisme avait été enclenché. Plus vite que ce à quoi Agni pensait, Ciel s'était élancé en arrière vers le mur. Il leva la main dans laquelle il tenait le miroir au-dessus de sa tête afin de le briser contre le mur. Le miroir se fissura avant d'éclater en morceaux, des bouts de verres tombant au sol. Agni se stoppa à temps, laissant à Ciel l'occasion de choisir le plus grand bout de verre et de le brandir devant le torse de l'homme.

- Ose me toucher à nouveau et je te montrerai pourquoi je suis interné ici.

Il prononçait difficilement des mots, même parler de grognements ne serait pas exact pour décrire les bruits qui provenaient de la bouche du plus petit garçon, alors qu'il arborait un rictus féroce. Et bon sang, Agni avait peur. Peur de ce si petit garçon qu'il pouvait facilement soulever d'une main, si enfantin qu'il faisait la moue pendant des heures s'il n'avait pas ce qu'il voulait, qui mangerait volontiers du chocolat au petit-déjeuner, au déjeuner et au dîner.

Cet enfant qui tenait un couteau fait main contre le torse d'Agni, le poussant assez pour que ce soit douloureux, un avertissement plutôt clair que ce dernier reçut, reculant jusqu'à ce qu'il y ait une distance acceptable entre eux.

Même ainsi, Ciel ne baissa pas sa garde, brandissant toujours son arme. Il se sentait sans aucun doute supérieur, sûr et certain d'avoir pris le contrôle de la situation, comme il l'aimait.

- Alors, tu penses que tout cela est un plan, - un sourire espiègle se dessina sur son visage -, Soma sait vraiment les choisir.

La peur d'Agni fit place à la colère.

- Je t'interdis de parler de lui de cette manière, pas après le poison que tu as répandu.

De nouveau, cette horrible voix qu'il n'aimait pas reconnaître comme la sienne.

Agni put voir de la confusion apparaître sur le visage du garçon, bien qu'il la masquait admirablement bien, pour garder le contrôle qu'il avait enfin acquis. Ou peut-être était-ce exactement ce qu'il voulait faire croire, une manière subtile de jouer les innocents. Non, il ne se laisserait pas berner, pas comme Sebastian, par les mensonges élaborés de Ciel.

- Du poison ? De quoi parles-tu maintenant, imbécile ?

Ciel semblait plus impatient qu'autre chose à présent.

Agni s'arrêta. Non, il ne se laisserait pas avoir ainsi. Il ne jouerait pas au petit jeu de Ciel, il ne perdrait pas son tempérament instable et il n'accuserait pas le garçon, pas lorsqu'ils étaient censé coopérer. Ils devaient retrouver Sebastian et plus ils se battaient, plus ce dernier s'enfonçait loin dans le bâtiment.

Il était temps de recourir à sa fameuse patience de saint.

- Écoute, Ciel... Je comprends à quel point cet endroit est horrible, vraiment, mais peu importe le plan auquel tu es parvenu pour t'échapper ce n'est pas la bonne solution. Pour l'instant, tu es souffrant. Dehors, dans le vrai monde, tu ne tiendrais pas une journée. Tu es ici pour apprendre à te débrouiller, à te contrôler au mieux. Tu sortiras d'ici lorsque tu iras mieux.

Alors qu'il parlait, Agni observait avec attention le visage de Ciel, voyant que ce dernier avait du mal à rester calme et composé, à garder le contrôle. Ce fut la dernière phrase qui le fit craquer, son visage se tordant de rage brute, ayant l'air presque au bord des larmes en criant :

- Il ne me laissera pas aller mieux !

Et Agni n'eut plus peur de lui, ne ressentant que de la pitié pour l'enfant terrifié devant lui. Malgré ses grands airs et son acte de maturité forcé, c'était tout ce qu'était Ciel Phantomhive, ce qu'étaient tous les patients de St. Victoria; des enfants terrifiés, seuls et souffrants.

Ciel n'était absolument plus composé et calme alors qu'il tentait de se reprendre en main, se recroquevillant comme s'il essayait de se défendre contre une attaque, repoussant la brûlure traîtresse à l'arrière de son œil et le nouement de sa gorge. Il rapprocha ses mains de son torse, et il ne remarqua même pas que le verre le coupait, du sang coulant le long de ses mains. Il devait sortir, il n'y avait pas d'air dans cette pièce, dans ce bâtiment, et il ne sortirait jamais, cet homme ne le laisserait pas, il serait à jamais fou-

De chaleureuses mains recouvrirent les siennes et il eut l'impression d'avoir été plongé dans de l'eau glacée. Ciel sursauta en arrière, s'échappant du toucher et de ces mains, et Agni le laissa faire. Le verre ensanglanté n'était plus en sa possession. Ce ne fut qu'une fois pris qu'il sentit la coupure sur sa paume, mais cette douleur était plus agréable que de devoir penser alors il se concentra dessus, il se détourna du regard d'Agni et se conjura d'arrêter, d'arrêter d'agir comme un enfant en détresse, il y avait du pain sur la planche.

Qu'est-ce que Freckles lui disait toujours de faire lorsqu'il s'emportait ? Compter à partir de dix. Ciel ne portait jamais un grand intérêt à ce genre de choses mais il essaya, comptant les nombres dans sa tête en descendant petit à petit. Lorsqu'il arriva à six, sa respiration redevenait normal, à quatre ses idées étaient plus claires, puis arrivé à zéro, il se retourna pour faire face à Agni, son air apathique en place.

Agni attendit, laissant à Ciel le contrôle dont il avait clairement besoin, du moins pour l'instant.

- Je ne ferai aucun mal à Sebastian.

Agni ne répondit pas, en partie parce qu'il savait que le garçon n'avait pas fini, mais surtout parce qu'il ne pourrait pas répondre sans déclencher à nouveau une dispute.

- Si je dois être franc alors... oui. L'idée de me servir de Sebastian pour sortir d'ici m'a traversé l'esprit. Il était nouveau, clairement dépassé par les événements, et donc, incroyablement facile à manipuler, mais... mais je sais que cela ne fonctionnerait pas. Je pourrais bien évidemment sortir d'ici en l'utilisant, mais ils me pourchasseraient et me ramèneraient, me faisant sans aucun doute payer pour tous les problèmes que j'aurais causés. Je... Je ne peux rien m'imaginer de pire que de pouvoir sortir, seulement pour être ramené.

Ciel devint silencieux pendant quelques instants, s'imaginant probablement cet horrible scénario, cette pause s'éternisa à tel point qu'Agni commença à se demander si la conversation était terminée. Puis Ciel sortit de sa torpeur.

- En tout cas, ce n'est pas de moi dont tu devrais te méfier. Mais de l'Institut. Tu n'as pas à me faire confiance, Agni. Je ne te fais absolument pas confiance. Joue le jeu pour l'instant. Si tu le fais, nous pourrons encore survivre à cette nuit.

Il ne pouvait et ne voulait pas faire confiance à Ciel. Il y avait beaucoup trop de choses contre lui. Si Ciel n'avait pas monté Sebastian contre Soma, alors qui ? Si ce n'était pas Ciel, alors Agni n'arrivait pas à penser à quelqu'un que Sebastian aurait si facilement cru. De plus, Ciel s'était difficilement construit une réputation digne de confiance à travers les années. Mais plus que cela, il était le patient D18.

Il y avait au moins un semblant de vérité dans ses paroles, cependant. S'ils ne se mettaient pas à coopérer, passer cette nuit serait impossible.

- D'accord. Trêve, accepta Agni à contrecœur, soulageant Ciel.

- Très bien. Je sais que tu ne me crois pas, mais il y a réellement un Finny, et il a des ennuis. Alors assez bavardé. En marche.

Une fois qu'Agni s'était assuré qu'il n'y avait aucun danger, ils sortirent de la pièce, ayant chacun l'intention de retrouver leur ami.

Finny n'était pas là.

Peu importe à quel point Sebastian rejetait cette idée désagréable, elle revenait sans cesse, un chuchotement en continu au fond de son esprit. Des images spontanées de murs de miroirs et de blonds ensanglantés accompagnaient cette pensée, et il devait constamment se rappeler qu'il avait déjà vérifié La Pièce, qu'elle était tout aussi vide que toutes les autres pièces qu'il avait vues jusqu'ici.

Le nombre de pièces qu'il avait vu avait augmenté et avec lui le volume de cette vicieuse voix.

Il était au quatrième étage à présent. Même s'il s'était résolu à se mettre à chercher les autres après le deuxième, ses pieds continuaient à avancer, son esprit suivant une certaine logique, plus qu'une pièce. Mais une pièce en devenait deux, puis quatre, puis un étage tout entier. Avant qu'il s'en rende compte, il avait monté deux étages et s'était encore plus éloigné de ses compagnons que jamais.

Bon. Il allait finir cet étage et revenir sur ses pas. Plus de détours.

Et si Finny était dans la pièce d'après ? Et s'il n'était qu'à quelques mètres et qu'il repartait, laissant le pauvre garçon mourir, les laissant gagner ?

Cette manière de penser ne l'aidait vraiment pas à rester cohérent.

Un son strident retentit dans le couloir, et Sebastian se tendit. Derrière lui, il entendit un criiiiii, signe qu'une porte s'ouvrait.

Il était tel un daim pris au piège, s'attendant à entendre les bruits de pas qui précéderaient sa capture, sa chute, sa défaite. Il attendit si longtemps que sa montée d'adrénaline repartit sans n'avoir servi à rien, et il resta chamboulé. Lorsqu'il ne se passa toujours rien, Sebastian se retourna lentement pour regarder derrière lui.

La porte de la Pièce 408 était grande ouverte, la pièce était toujours aussi vide que quelques minutes auparavant quand il l'avait vérifiée. Il tenait encore son badge fermement dans son poing, pas près du tableau, ruinant toutes hypothèses selon laquelle il aurait déverrouillé la porte par inadvertance.

Mais les portes ne pouvaient être ouvertes que par l'intermédiaire du tableau qui se trouvait à l'extérieur de ces dernières. Le couloir était désert, à l'exception de Sebastian lui-même.

Plissant les yeux, Sebastian déguerpit aussi loin que possible de la Pièce 408. Il ne se passa toujours rien, pas de personne, pas de bruit, mais il ne comptait pas rester là à attendre que quelque chose arrive.

Sebastian passa son badge sur la tableau d'une porte au bout du couloir, regardant encore la Pièce 408 avec appréhension. Ne détournant jamais les yeux de cette porte, il posa la main sur la poignée et la poussa.

Elle ne bougea pas.

Faisant plus attention, Sebastian repassa lentement son badge sur le tableau électrique, et il secoua brutalement la poignée.

Une fois de plus, elle ne bougea pas d'un pouce.

Inconsciemment, il se déplaça comme un homme marchant sur un champ de mine, abandonnant cette porte pour essayer celle à l'opposée. Il ne fut pas surpris lorsqu'il obtenu le même résultat; elle ne s'ouvrit pas.

Le même phénomène se répéta avec toutes les autres portes qu'il tenta d'ouvrir.

Un léger ricanement se faufila dans les oreilles de Sebastian et il lui fallut un moment pour réaliser que cela provenait de lui. Tout était si frustrant et en même temps complètement hystérique. Il était censé passer par la porte de la Pièce 408, n'est-ce pas ? C'était ce qu'on lui disait, peu importe qui. Ils essayaient de se servir de lui comme d'un pion. Sans aucun doute la même personne qui l'avait placé de Nuit dès qu'il en avait eu besoin.

Il ne semblait pas pouvoir s'arrêter de ricaner, malgré ses tentatives. Peut-être était-il lui-même hystérique. Au moment où il n'y avait personne pour le ramener à la raison en le giflant. Quel dommage, Ciel s'en serait probablement donné à cœur joie. Bon sang, même Agni, étant donné qu'il avait toujours les marques de l'autre fois.

Cette idée le fit encore plus rire. Il était actuellement dans une situation où les deux personnes desquelles il dépendait le plus étaient les deux personnes qui le gifleraient volontiers. Et dire qu'à cette époque, l'année dernière il était une star montante dans le domaine de l'archéologie. Comme les choses changeaient.

Secouant la tête, Sebastian calma le rire qui commençait à être un peu trop maniaque, même pour lui. Bon, alors quelqu'un était en train de jouer, et il était clairement l'un des jouets. Il ne pouvait aller nulle part si ce n'est dans la Pièce 408. Cela ne voulait pas dire qu'il n'y avait pas d'alternatives.

Tournant sur ses talons, il continua à avancer, à un rythme qu'il aimait penser être raisonnable. Il ne regarda pas derrière lui, même lorsqu'il entendit le bruit d'une porte se fermer et d'un verrou se remettant en place. Finalement, il trouva les escaliers, et monta au cinquième étage.

- … Es-tu responsable de ça ? murmura Ciel, jetant un coup d'œil vers la Pièce 217. De la poussière s'envola du sol alors que la porte s'ouvrait, le touchant au visage et le faisant tousser.

- … Non, répondit Agni d'une voix acerbe, regardant l'ouverture comme s'il s'agissait de Grell dans son costume d'anniversaire. Mon badge est dans ma poche.

Plissant les yeux, Ciel reprit sa marche, faisant signe à l'homme de le suivre. Lorsque Agni ne s'exécuta pas instantanément, le garçon serra les dents et aboya :

- Bouge !

Qu'est-ce que cet imbécile était en train de faire ? Dans une telle situation, on n'attendait pas de voir quels monstres allaient nous dévorer, on se barrait fissa.

- Attends ! Juste...

Agni ne bougeait toujours pas, regardant la Pièce 217 d'un air pensif, et le peu de patience que Ciel avait avec l'aide-soignant baissa davantage.

Une fois de plus, il se répéta :

- Bouge.

Et une fois de plus, Agni ne l'écouta pas.

- Je pense... Je pense que nous devrions y aller.

Si Ciel n'avait pas été au-delà de l'irritation à cet instant, il se serait esclaffé. Et il était supposé être le fou ici.

- Tu ne peux pas être aussi stupide. C'est clairement un piège ! dit Ciel d'un ton ferme, tournant la tête pour voir le visage de l'homme et se donner une idée de son assurance. Si son expression était un bon indicateur, il était définitivement convaincu.

- Il en va de même pour tout le reste, Ciel ! Je veux dire, sérieusement, Sebastian qui est mis en tour de Nuit tout d'un coup ? Il y a des coïncidences et il y a ça ! Écoute, - il commençait à le supplier -, errer ainsi ne nous mène à rien. Nous ne savons même pas si Sebastian a été attrapé... Je pense que nous devrions au moins essayer cela. Ce n'est pas plus suspect que tout ce qui a pu arriver jusqu'à présent.

Il y avait probablement une certaine logique là-dedans, mais Ciel n'était pas d'humeur à la chercher.

- Tu y vas, tu y vas seul.

Le regard résolu d'Agni vacilla.

- … Nous ne devrions pas nous séparer.

- Non. Nous ne devrions pas.

Ils étaient à nouveau dans la même situation, l'un contre l'autre, attendant que l'autre abandonne. Jusqu'à maintenant, Agni s'était ajusté, il avait été celui qui acceptait pour faire avancer les choses. Cette fois, cependant...

Être mené par le bout du nez par cet enfant ne plaisait pas trop à Agni. Il était l'adulte ici. Il était le membre du personnel. Il était sûrement censé être celui en position de pouvoir. Pourtant ils en étaient là, et il pouvait voir à l'expression de Ciel l'assurance qu'Agni allait à nouveau laisser tomber, et laisser Ciel avoir le dernier mot.

C'en était assez. Il était l'adulte ici. Il était le membre du personnel. Il avait le contrôle.

Ciel pouvait voir qu'il se battait pour une cause perdue. Parfois on ne pouvait pas raisonner les idiots. Se séparer était la pire des idées – Ciel n'avait même pas de badge, en plus – mais il refusait d'être contrôlé, comme s'il était un rat de laboratoire dans un labyrinthe.

Sans un mot de plus, ils se retournèrent et partirent chacun de leurs côtés, Agni dans la Pièce 217 et Ciel le long du couloir. Le garçon entendit la porte se refermer et le verrou se remettre en place, et il se demanda si ce n'était pas le but de tout cela.

Désormais ils étaient tous les trois seuls. Divisés, et plus faciles à conquérir.