Bonne année à tous, et bon anniversaire à cette traduction ! Quand je pense que ça fait déjà un an, et nous n'en sommes qu'au chapitre treize... M'enfin bon, c'est pas si mal. Et pour bien commencer cette année, je m'excuse comme toujours du temps qu'aura pris ce chapitre pour sortir ! (Décidément, je vous présente souvent des excuses). Ah, que dire d'autre ? Hm, je ne sais pas vraiment, si ce n'est vous souhaiter des bonnes choses pour 2018.

Bref, sur ce, bonne lecture !~


Écrit par Cennis

Chapitre Treize

Cela avait été un choix drastique que de laisser Agni et de partir de son propre côté. Oui, une très bonne idée, avait-il d'abord pensé. Il s'était bien fait comprendre et avait laissé cet imbécile se jeter dans la gueule du loup.

Quel dommage qu'il ait oublié que l'imbécile en question avait le badge en sa possession.

Perdre Sebastian était déjà désastreux, mais à présent il avait également abandonné sa clé humaine. Ciel devait se l'admettre à contrecœur, ce n'était pas l'idée la plus brillante qu'il ait pu avoir. Il restait en haut des escaliers, attendant que Agni revienne vers lui à quatre pattes.

C'était un homme sensible. Il n'allait sûrement pas laisser Ciel errer dans les parages sans défense et tout seul ?

Alors que les minutes passaient dans un parfait silence, Ciel soupira d'exaspération et croisa les bras sur son torse, il commençait à se dire qu'Agni ne reviendrait pas. Tapant du pied avec impatience, il attendit quelques minutes de plus. C'était bien beau tout cela, mais devait-il réellement se faire pousser un service Trois Pièces maintenant, lorsque Ciel avait besoin de lui pour qu'il le suive comme un chiot obéissant et qu'il ouvre les foutues portes ?

Doux Jésus.

Grognant longuement de frustration, Ciel abandonna sa patience et partit en fulminant.

Très bien. Si l'homme voulait foncer droit dans un piège et le laisser se débrouiller seul, il pouvait s'en donner à cœur joie. Sans oublier le fait que Ciel avait été plutôt généreux pour laisser ce parasite rester avec lui en premier lieu, contre son gré évidemment, il avait même renoncé à enfoncer le bout de verre dans sa gorge alors qu'il avait osé le toucher.

Certaines personnes pouvaient être tellement ingrates.

Il n'avait pas d'autre choix. Bien que Finny était censé être leur première priorité, vu qu'Agni était un véritable ingrat, Ciel devrait mettre Finny de côté pour retrouver Sebastian. Il aurait dû mettre une laisse à ce dernier. Comment cet idiot avait réussi à se séparer du groupe plus tôt, Ciel n'en avait aucune idée.

Il sentait qu'il perdait dangereusement vite son tempérament, ne le laissant pas réfléchir correctement, alors il s'arrêta, prit une profonde inspiration et compta à partir de dix.

Neuf, huit. Ciel était actuellement au troisième étage, lui et Agni s'étaient séparés à l'étage inférieur.

Sept, six. Cela devait faire une heure, probablement deux depuis qu'ils avaient perdu Sebastian. Ce dernier avait sans aucun doute rempli sa mission en vérifiant les pièces. Si ses progrès et ceux d'Agni étaient un bon indicateur, alors il fallait environ une demie heure pour faire un étage entier.

Cinq, quatre. Alors, en suivant cette logique, Sebastian avait eu le temps de faire quatre étages. Ciel en conclut qu'il était sans doute au cinquième, s'il n'avait pas par un quelconque miracle trouvé Finny, été attrapé, ou pire.

Trois, deux. Mais il y avait toujours la personne qui les avait poursuivis. À quel étage était-elle ? Que ferait-il s'il la croisait ? Ce n'était pas comme si Ciel pouvait se cacher dans l'une des pièces. La seule option était de courir et espérer qu'il ne dépense pas toute son endurance avant de la semer.

Un, zéro. Ne pas s'attarder, ne pas se laisser une chance d'être attrapé, cinquième étage, trouver Sebastian.

Avoir un plan en tête, peu importe à quel point il était bancale et truffé d'erreurs, suffit à calmer Ciel. Lentement, il reprit sa marche sans s'arrêter une seule fois devant l'une des portes qu'il dépassait. Un ensemble de marches, puis un autre, si quelqu'un le voyait, il penserait que le garçon était au paroxysme de la nonchalance, semblant à son aise.

Parfait. C'était exactement ce qu'il voulait faire transparaître. Il perdait trop souvent son calme à son goût, dernièrement. En effet, tout devenait de plus en plus étrange, et avoir la chair de poule n'était pas totalement irrationnel. Cependant, cela ne pouvait pas continuer ainsi. Il devait prendre ses nerfs en mains et ne pas se laisser être à nouveau perturbé. Laisser les émotions prendre le dessus était une preuve de vulnérabilité, et Ciel ne pouvait pas se permettre d'être vulnérable.

Le cinquième étage était visuellement identique aux autres. Des portes, des murs et un plafond. Pas de Sebastian en vue non plus.

Bon. Merde.

Ciel sursauta lorsqu'un « bip » rompit le silence du couloir, et que des bruits de pas se firent entendre. Une porte derrière lui s'ouvrit et il sut d'une manière ou d'une autre que ce n'était pas Sebastian. Il ne savait pas vraiment pourquoi. Cela aurait très bien pu être le cas. Mais alors les poils de sa nuque se hérissèrent, sa bouche s'assécha soudainement, et Ciel avait appris depuis bien longtemps à écouter ses instincts. Il le fit et courut.

Il arriva à peine à la moitié du couloir lorsqu'un bras s'enroula autour de sa taille, mettant fin à sa course d'une manière plutôt douloureuse, et une main moite bloqua sa bouche avant même qu'il pense à crier, une situation bien trop familière. La porte au bout du couloir était toujours ouverte, et par-dessus ses inspirations il pouvait encore entendre ces foutus bruits de pas quittant la pièce. Puis il fut tiré dans l'obscurité de la Pièce 514.

- Eh, c'est – arrête de bouger – reste tranquille !

Dès que la porte fut refermée, Ciel fut libéré, mais c'était peut-être plutôt la conséquence de ses attaques. Il ne s'était pas attendu à être relâché aussi vite alors il tituba vers le mur. Même s'il avait été relâché, il pouvait encore sentir la chaleur de son assaillant derrière lui, et il se colla autant que possible contre le mur. Cette personne était trop proche, la peau de Ciel le démangeait là où il avait été touché, et il faisait de son mieux pour ne pas se gratter et arracher cette horrible impression.

- C'est moi, insista la personne derrière lui, et maintenant qu'il était libre de son emprise il commençait à reconnaître la voix.

Plissant les yeux à travers l'obscurité de la pièce étrangement petite – qu'était-ce, un placard ? - il tenta de voir la silhouette de la personne, et il finit par voir ces yeux.

- Sebastian ?

La seule réponse qu'il reçut fut « Ssh ! ».

Il se tût.

- C'est Ash, murmura Sebastian en inclinant la tête vers la porte.

L'œil de Ciel commençait à s'habituer à l'obscurité, et il put voir qu'ils étaient réellement dans un placard, ou du moins dans une petite pièce de rangement. C'était plus petit qu'un quart de la taille d'une pièce normale, mais à l'inverse, elle n'était pas vide. Des serpillières, des brosses, des seaux et des étagères de produit de ménages prenaient toute la place. Maintenant qu'il regardait, Ciel pouvait voir que Sebastian s'enfonçait autant que possible contre lesdites étagères pour essayer de donner la maximum d'espace à Ciel.

À l'extérieur, les pas allaient et venaient, et le moment tant redouté n'arriva pas, la personne ne s'arrêtant quasiment pas devant leur cachette. Alors que les pas disparurent au loin, Sebastian se détendit à vue d'œil.

- Je suis ici depuis quarante minutes, soupira-t-il d'exaspération, passant une main dans ses cheveux. Ils retombèrent immédiatement à leur place. Même dans les pires situations, ses cheveux gominés restaient intacts. Il savait que j'étais là. Il doit le savoir. Il ne fait que rôder par ici.

- M'a-t-il vu ? demanda Ciel, fronçant franchement les sourcils.

Sebastian eut l'air pensif.

- Hm. Il allait et venait dans les pièces pendant un long moment. Heureusement, il était dans l'une des pièces lorsque tu es monté. Mais je t'ai entendu courir d'ici. Sais-tu que tu respires bruyamment ? Sérieusement, à quel point n'es-tu pas en forme-

- Pourrais-tu, s'il te plaît, te concentrer pendant cinq secondes ? dit Ciel d'une voix ferme, roulant de l'œil.

Honnêtement, quand ce n'était pas son humeur, ou son manque d'humeur, c'était sa constitution. L'homme était pire que sa mère.

- Bref, je ne pense pas qu'il t'ait vu. Il a bien pris son temps pour sortir de cette pièce, en tout cas... Eh, où est Agni ? Sebastian changea soudainement de sujet, plissant les yeux pour voir à travers la vitre embuée de la porte, comme s'il s'attendait à voir son ami se balader.

Ciel évita son regard. Eh bien, c'était gênant.

Sebastian fronça les sourcils.

- Ciel ?

- Nous... étions en désaccord.

- … Qu'est-ce que cela veut dire ? demanda Sebastian, puis il vit le rouge qui tâchait la manche de Ciel.

Doux Jésus, Ciel avait fini par tuer Agni, pas vrai ? Fantastique. Comme si la situation n'était pas déjà assez compliquée, Ciel avait tué son meilleur ami. Ce serait un jeu d'enfant que d'expliquer cela, évidemment.

Ciel arbora un air renfrogné.

- Cela veut dire que ton ami est un parfait idiot qui a décidé de tomber directement dans le piège de quelqu'un, et qui s'attendait à ce que je le suive. Peu importe, c'est sans importance. Ce qui est important c'est de savoir pourquoi Ash, qui est censé être malade, se balade dans l'Institut-

- Non, retournons là où était Agni. Laisse-moi mettre les choses au clair; tu as reconnu qu'il y avait un piège, alors tu as laissé Agni s'y rendre seul ?

Ciel soupira.

- Oui. C'est exactement ce qui est arrivé. Maintenant que c'est dit, Ash-

- Pour l'amour de Dieu, Ciel ! craqua Sebastian, résistant à l'envie de secouer le garçon, qui ne voyait pas la gravité de son acte, ou plutôt, qui s'en fichait. Génial. Maintenant nous devons retourner en arrière et le retrouver, et perdre encore plus de temps pour chercher Finny.

Sebastian s'assura que la voie soit libre et il ouvrit le placard, sortant. Ciel le suivit de près. Avec une parfaite maîtrise qui ferait pâlir un pickpocket, Ciel prit le badge de Sebastian de sa poche et se dirigea vers les escaliers.

- Fais ce qui te chantes. Moi, d'un autre côté, je vais faire ce que nous sommes venus faire en premier lieu-

- C'est ton sang.

Ciel s'arrêta, regardant par-dessus son épaule Sebastian qui fronçait les sourcils en observant sa main. Ciel suivit son regard et acquiesça. Il avait oublié la coupure, et comme souvent, le souvenir raviva la douleur dans sa paume.

- C'est bon, dit Ciel, haussant les épaules et reprenant son chemin.

Avant d'être arrêté par Sebastian. Le temps que Ciel réplique, Sebastian reprit discrètement le badge de sa main en bon état, et le rangea dans sa poche.

- Écoute, le prochain étage est le dernier. Nous avons tous les deux vu Ash s'y rendre, Ciel. Nous ne pouvons pas y aller.

Alors que Sebastian parlait, il sortit son mouchoir de sa poche et l'enroula autour de la main ensanglantée de Ciel.

- Nous avons perdu assez de temps. La dernière chose dont nous avons besoin, c'est de perdre quelqu'un d'autre. Trouver Finny était peine perdue de toute façon. Nous pouvons encore trouver Agni si nous partons à sa recherche dès maintenant.

- Je n'ai rien contre cette logique, Sebastian. Le fait est que je n'ai aucun intérêt à retrouver Agni. Il a choisi de s'égarer. Il n'a jamais cru en l'existence de Finny de toute manière-

- Agni est mon ami, Ciel. J'ai fait des sacrifices pour t'aider à trouver ton ami. Ne ferais-tu pas la même chose pour moi maintenant ?

Sebastian croisa l'œil de Ciel, et ce dernier fut choqué par l'intensité de son regard, le rouge déjà inhabituel prenant une lueur éthérée. Il eut du mal à détourner le regard.

- Tu es clairement une meilleure personne que moi, Sebastian.

Une fois cela dit, Ciel tourna sur ses talons et partit, sachant que Sebastian le suivrait. Parce que Sebastian était allé trop loin désormais, il avait trop investi en lui pour laisser Ciel seul dans une telle situation.

Et, comme prévu, Sebastian le suivit comme son ombre jusqu'aux escaliers.

Des voix.

Il se recroquevilla autant qu'il le pouvait, souhaitant que ses genoux puissent d'une manière ou d'une autre traverser son torse, qu'il soit en mesure de se mettre en une si petite boule qu'il disparaîtrait. Disparaître, et s'échapper. De ce noir, cette boîte, ce néant.

Des voix, plus qu'une seule voix désormais, et il ne pouvait même plus pleurer. Bêtement, il avait épuisé toutes ses larmes trop vite et maintenant il ne pouvait qu'attendre. Attendre qu'ils viennent le voir et qu'ils fassent pire que simplement le laisser, le laissant dans ce noir, dans cette boîte, avec rien d'autre que le néant.

Des voix, devenant de plus en plus fortes, et il n'arrivait même plus à être effrayé. Il était venu à bout de toute sa peur, et tout ce qui lui restait était l'appréhension, un lointain écho de la terreur qu'il avait connu auparavant.

Des voix, et il délirait à présent. Le noir regorgeait de monstres, des monstres qui tiraient les murs de la boîte de plus en plus près autour de lui, le menaçant de l'écraser peu importe à quel point il essayait de se faire petit. Et plus les murs étaient étroits, moins il y avait d'air. Il ne pouvait pas respirer, et lorsque l'on ne peut pas respirer, on hallucine. Et il était en train d'halluciner, parce que ces voix étaient trop familières. Pas effrayantes, mais rassurantes.

Et alors le vide ne l'était plus autant, le noir devint un peu plus clair, et les murs reculèrent. Ses jambes ne fonctionnaient pas, mais ses bras si, et il se traîna plus près des voix rassurantes. Même si ses bras le faisaient souffrir et que son corps ne voulait pas bouger, même s'il n'avait plus d'ongles pour creuser le sol, il se hissa vers les voix.

Sa propre voix s'était éteinte, mais il tenta, mouillant ses lèvres sèches et craquelées, criant le nom de l'une des voix rassurantes. Pas même un gémissement ne s'échappa de sa gorge, mais ses mains rampantes heurtèrent quelque chose de solide et le firent tomber-

Sebastian tourna tellement vite la tête que son cou craqua et il sut qu'il le sentirait le lendemain matin, s'il arrivait jusque là. Ciel se raidit devant lui, son œil cherchant avec vivacité la source du bruit. Ils partagèrent instantanément la même pensée; Ash. Mais il n'était nulle part, il avait disparu dans une des pièces du sixième et dernier étage, l'étage où Ciel avait voulu se rendre avec insistance.

Ce bruit n'avait pas été le « bip » électronique qu'ils avaient redouté, le signe qu'une porte s'ouvrait, souvent par elles-mêmes ces temps-ci. Cela avait été un bruit sourd, quelque chose de solide tombant au sol, un bruit proche d'eux.

Ciel la vit en premier.

Il écarquilla son œil azur et claqua des doigts de sa main en bon état. Le bruit soudain attira de nouveau l'attention de Sebastian vers le garçon, qui pointa le bout du couloir du menton.

Entre deux portes électroniques standards, il y en avait une qui ressortait. À l'inverse de toutes les autres portes de cette étage et de celles des autres, il n'y avait pas de vitre floutée, ni de numéro. Elle était en bois, pas en métal comme toutes les autres. Ces détails, quoique étrange, ne furent pas ce qui attira l'attention de Ciel.

La porte n'avait pas de poignée. De plus, il n'y avait pas non plus de tableau électrique où passer un badge.

- C'est là, Sebastian.

Ciel se précipita vers la porte, oubliant d'être prudent alors que la victoire était à portée de main.

- Envoie-la valser. Finny, si tu peux m'entendre, éloigne-toi de la porte.

Sebastian cligna des yeux, secouant la tête.

- Attends. Calme-toi. Comment peux-tu en être certain ?

Ciel le regarda comme s'il venait de lui demander pourquoi les oiseaux volaient.

- Parce que Finny est claustrophobe, voyons. Si leur but est de lui faire perdre la tête, c'est la méthode à utiliser. Dépêche-toi, donne-lui un bon coup de pied, Sebastian !

Ciel était l'expert pour ces choses, et plus vite ils trouvaient Finny ou abandonnaient, plus vite ils pourraient partir chercher Agni. Alors Sebastian se mit en position, attendit que Ciel acquiesce et lui donne le feu vert, puis il envoya son pied contre le côté bancale de la porte. Il avait pris des cours de kick-boxing par le passé, alors la porte céda sans aucun problème sous la force de son coup de pied. Il en fallut deux de plus pour que le bois qui leur barrait le passage soit entièrement détruit.

Avant qu'il ait ne serait-ce que le temps de rebaisser sa jambe, Ciel sauta par-dessus les débris et disparut dans l'obscurité de la pièce. Sebastian accourut derrière lui.

Ce qu'il vit n'était pas beau.

Finny ressemblait vaguement à Finny. Son crâne jonché de cheveux blond à une époque était complètement rasé, une rangée de points de sutures à l'arrière dudit crâne. Ses yeux, d'un bleu vif autrefois, étaient vitreux et même le bleu rayonnant semblait s'être éteint. Il portait habituellement des shorts et des t-shirts, des vêtements légers pour travailler dans les jardins toute la journée, mais ils avaient été remplacé par la chemise et le pantalon blancs des patients. Il flottait dans ces vêtements, et même s'il avait disparu pendant une courte période de temps, il possédait le regard hagard de quelqu'un qui avait perdu beaucoup de poids trop rapidement. Il était recroquevillé sur lui-même d'une manière peu croyable, ses mains serrées au-dessus de sa tête. Le bout de ses doigts était incrusté de sang séché, ses ongles introuvables. Soudainement, Sebastian était de nouveau dans La Pièce, se tenant devant un Joker brisé et ensanglanté, sanglotant d'une manière à briser le cœur. Finny ne pleurait pas, mais il fit un petit bruit, comme le ferait un bébé avant de piquer une crise de colère.

Ciel leva une main vers Sebastian, un ordre silencieux pour qu'il reste là où il était, puis il s'approcha avec précaution de la silhouette au sol. Et ce fut comme avec Joker, cette douceur qui semblait si étrangère au garçon que Sebastian connaissait, le garçon qui avait laissé Agni se faire capturer et être blessé, le garçon qui était à présent en train de murmurer de douces et réconfortantes paroles, tout en déposant telle une plume sa main sur l'épaule tremblante de Finny.

Cependant, contrairement à Joker qui s'était jeté dans les bras de Ciel, Finny restait passif. Comme s'il ne remarquait même pas la présence de Ciel, fixant le vide sans réellement voir, de misérables gémissements se faufilant hors de ses lèvres entrouvertes.

Alors que Finny continuait à être insensible aux douceurs de Ciel, ce dernier lança un regard désespéré à Sebastian, comme s'il était en mesure de fixer ce qui avait été fait à son ami. Sebastian s'avança et s'agenouilla aux côtés de Ciel. À l'inverse du garçon, qui avait été si délicat pour le toucher, Sebastian attrapa brutalement l'épaule de Finny et le secoua avec fermeté. Ciel lui adressa un regard glacé, mais alors la plainte de Finny prit abruptement fin, et Sebastian le sentit se raidir sous sa main.

Une réponse, quoique, infime.

Bien que toujours dénués de vie, les yeux bleus de Finny se traînèrent du mur avec qui ils avaient eu une bataille de regard et ils croisèrent celui de Ciel. Ciel ne tenta même pas de masquer son soulagement.

- Nous allons te sortir d'ici, Finny, annonça-t-il, sa voix tremblante à cause d'émotions difficilement dissimulables; de la colère, majoritairement, mais mélangée avec une grande inquiétude et même de la pitié.

Il reporta alors son attention sur Sebastian. Ce dernier n'eut pas à demander au garçon pour savoir ce qu'il voulait.

Prudemment, au cas où il y aurait des blessures qu'ils n'avaient pas encore vues, Sebastian prit l'inerte Finny dans ses bras. Ciel se releva et se rendit vers la porte, marchant avec attention sur les bouts de bois, faisant signe à Sebastian de le suivre.

Cela arriva en un éclair, Sebastian n'eut pas l'occasion de le prévenir. L'espace d'un instant, une ombre entrait dans son champ de vision, puis Ciel était touché à la tête, s'effondrant au sol tel une poupée de chiffon.

Finny tomba de ses bras, et s'il avait été réellement conscient le jardinier aurait probablement hurlé de douleur. Sebastian ne fit pas attention à lui, cependant, ne perdant pas de temps pour plaquer l'assaillant de Ciel à terre.

Un cri aiguë retentit.

Sebastian et l'attaquant se débattirent pour avoir le dessus, l'autre personne étant étonnamment forte, et un tricheur né. Arrachant des poignées de cheveux de Sebastian, donnant des coups de coudes au visage, des coups à l'estomac, même un coup de pied dans l'entre-jambe, cette personne n'avait aucune merci.

Malheureusement pour elle, Sebastian donnait tout ce qu'il pouvait, et pour chaque cheveux arrachés et coudes mal placés, il rendait la pareille au centuple.

- Arrête ! lâcha le propriétaire du cri, et il fut immédiatement entendu.

Sebastian ne s'attarda pas pour tordre le bras de la personne derrière son dos et à la forcer à poser la tête contre le sol. Son arme tomba également au sol.

Un rouleau à pâtisserie ?

Puis il vit qui était son adversaire.

- Bard ? ne put s'empêcher de s'exclamer Sebastian, incrédule, relâchant presque le bras du blond à cause du choc.

Une vague partie de lui remarqua qu'il commençait à avoir la mauvaise habitude d'attaquer ses amis.

Et là où Bard allait...

Meirin était agenouillée à côté de Ciel, inspectant la blessure qui saignait à l'arrière de son crâne, se mordant les lèvres avec inquiétude. Elle soupira de soulagement lorsqu'un grognement de douleur s'échappa du garçon au sol alors qu'il revenait à lui. Elle croisa le regard de Sebastian, ne s'empourprant pas pour une fois et ne balbutiant pas, et ils en vinrent sans un mot à un accord. Simultanément, ils abandonnèrent leurs positions et échangèrent, Meirin accourut vers Bard, frottant son bras sans aucun doute douloureux, et Sebastian se précipita aux côtés de Ciel, l'aidant à se remettre dans une position assise.

- Un foutu rouleau à pâtisserie ? Bon sang, nous commençons à être dans un satané dessin animé... grommela Ciel à voix basse, s'appuyant lourdement contre le torse de Sebastian et touchant avec tentation le sang qui commençait à sécher à l'arrière de son crâne.

S'assurant que Ciel ne soit pas en danger immédiat, bien qu'il allait sans aucun doute avoir une commotion cérébrale, Sebastian reporta son attention vers Bard et Meirin.

Mais ils n'étaient plus au même endroit.

- Mon Dieu...

Ils étaient agenouillés à l'entrée. Meirin tenait fermement Finny dans ses bras, à tel point que cela devait être douloureux, mais contrairement à avant, Finny réagissait, s'agrippant tout aussi fort à son dos. Bard les surplombait tel une sentinelle, lançant un regard méfiant à Sebastian.

- Qu'est-ce qui se passe, bon sang ? demanda-t-il, ses mains habitées de spasmes, mourant sans l'ombre d'un doute d'envie d'une cigarette.

Sebastian ne répondit pas, posant à la place une autre question :

- Comment vous en êtes-vous souvenus ? Tout ce que j'ai essayé a échoué.

Bard fit un signe à Meirin et elle se sépara assez longtemps de Finny pour leur montrer le chapeau incrusté de sang qu'elle tenait dans l'une de ses mains. Elle sembla au bord des larmes, ses doigts errant au-dessus des fils de sutures sur le crâne de Finny, et elle mit délicatement le chapeau sur sa tête. Les mains dénuées d'ongles de Finny agrippèrent les côtés du couvre-chef avant qu'il ne retourne dans les bras de Meirin.

- Elle l'a trouvé près des ordures... Elle est venu à moi en courant dans tous ses états, me le montrant... Sebastian, qui a fait ça ? Et... Et pourquoi on ferait ça à Finny-

- Partez.

Bard s'arrêta brusquement, laissant les yeux de Sebastian pour regarder le garçon qui s'appuyait contre ce dernier. C'était plus le ton du mot que le mot lui-même qui l'avait fait taire. Ce n'était pas un constat, ni une requête. Ce patient donnait un ordre direct à Bard.

- Je ne parle pas que de Finny. Vous trois, partez. Si Finny a été ciblé, alors vous n'êtes pas non plus à l'abri. Prenez Finny et partez. Peu importe où tant que ce n'est pas ici.

Sebastian le regarda, surpris par l'assurance dans sa voix, et bien qu'il ne pouvait pas voir son expression il pouvait se l'imaginer. La ferme forme des lèvres, les sourcils froncés, le regard résolu dans cet œil qui était étranger à quelqu'un de son âge.

Bard pouffa.

- On comptait pas rester, p'tit.

Après avoir dit cela, Bard tapota Meirin sur l'épaule et elle relâcha Finny, qui lui se tenait toujours à elle comme si elle était son dernier espoir. Bard retira gentiment ses mains de la robe de la femme, puis il le prit dans ses bras, le berçant contre son torse. Meirin se précipita vers les mains de Finny, essayant de les mettre dans une position permettant la protection de ce qui était antérieurement des ongles.

Sebastian et Ciel durent tous les deux détourner le regard de la scène, ayant l'impression de s'imposer dans quelque chose d'intime, de voir quelque chose qu'ils ne devraient pas.

La petite comédie prit fin lorsque Bard se tourna vers Sebastian, l'air honteux, et qu'il dit :

- Heh... euh, d'ailleurs, on a en quelque sorte croisé ton ami en chemin. Agni ? Et, euh... bah, on l'a laissé dans un placard au deuxième étage.

Apparemment Sebastian n'était pas le seul à passer à tabac ses compagnons. Ils le faisaient mutuellement désormais.

Les cinq revinrent rapidement sur leurs pas, leur vue et leur ouïe à l'affût de n'importe quel intrus, récupérant un Agni frustré et quelque peu blessé sur la route. Sebastian aidaient ses deux amis porteur de la trace du rouleau de Bard à descendre les marches jusqu'à ce qu'ils soient tous hors du bâtiment.

L'air de la nuit était un changement agréable. Le ciel luisait, l'aube pointant le bout de son nez, et c'était tout aussi agréable. Bard, Meirin et Finny se tenaient à l'opposé de Sebastian, Ciel et Agni, le groupe se réunissant sur une partie de la pelouse des jardins, négligée avec l'absence de Finny.

Agni mit fin au silence, observant encore avec émerveillement la silhouette dévastée dans les bras de Bard. Sebastian n'arrivait pas vraiment à savoir ce qu'Agni pensait alors que ce dernier voyait la personne qu'il croyait n'être qu'une invention, mais il pouvait voir dans les yeux d'Agni qui fixaient ses mains ensanglantées que son ami avait pitié et qu'une certaine peur le parcourait.

- Où comptez-vous aller ?

Bard haussa les épaules, partageant un air déconcerté avec Meirin.

- 'Sais pas. On va probablement s'incruster chez mon cousin Aberline un moment. Il a de beaux jardins, t'sais.

Il y avait plus à dire, mais les mots n'étaient pas suffisants pour compenser le poids des événements de la nuit, alors faisant leurs adieux, Bard et Meirin se retournèrent pour partir.

Avant de s'arrêter lorsque Finny se mit à se débattre violemment, soudainement beaucoup plus conscient qu'il ne l'avait jamais été depuis qu'ils l'avaient retrouvé. Des sons s'échappèrent de lui alors qu'il essayait de parler, des sons si similaires à des râles que c'en était physiquement douloureux à entendre. Il releva brusquement la tête, son chapeau tombant en arrière, révélant ses yeux qui cherchaient quelque chose, et ils finirent par s'arrêter sur Ciel. Il tendit un bras, se tirant vers le garçon aux côtés de Sebastian.

Ciel s'avança vers Finny et il fut partiellement enlacé, Finny se dégageant légèrement des bras de Bard pour atteindre Ciel. Ciel se raidit, ayant l'air extrêmement mal à l'aise dans l'accolade de son ami, mais il ne le repoussa pas.

Les lèvres de Finny trouvèrent l'oreille de Ciel, et il parla d'une faible voix, brisée.

- J-Je ne voulais pas voir quoi que ce soit... Mais je suis content que ce soit arrivé, même s'ils m'ont eut- tu es en danger, tout le monde, mais toi... Le Troisième Directeur...

Finny craqua, son visage prenant les traits d'une pure agonie. De petits gémissements lui échappèrent, des moitiés de mots et des syllabes brisées, mais elles ne pouvaient pas être recollées pour former quelque chose de cohérent. Puis il éclata en sanglots.

- Je ne peux pas le dire, Ciel ! Ils ne me laissent pas !

Ciel le fit taire, cette douceur l'habitant à nouveau, et il ne se déroba pas contre le contact de Finny.

- Tu n'as pas à en dire davantage, dans ce cas. Je serai prudent, puis quand je sortirai, je viendrai te voir, d'accord ?

Les mots n'étaient apparemment pas suffisants.

- P-Promis ?

Ciel s'empourpra, lançant un coup d'œil embarrassé derrière lui, semblant sur le point de refuser, mais alors des larmes recommencèrent à remplir les yeux de Finny.

- Très bien ! Je le promets, grogna Ciel, ses oreilles prenant une teinte rouge cramoisie alors qu'il enroula son petit doigt autour de celui de Finny et qu'il secoua leurs mains entremêlées.

Apaisé, Finny lui adressa un sourire instable et rapprocha Ciel de lui. C'était la première fois que Sebastian voyait Ciel dans une véritable accolade, et il pouvait voir à quel point Ciel voulait s'échapper, l'effort qu'il faisait pour résister à cette envie visible sur son visage.

L'accolade prit fin, et le trio partit, disparaissant à travers les jardins vers les murs de l'Institut St. Victoria.

Sebastian, Ciel et Agni les regardèrent partir alors qu'ils escaladaient le mur et disparurent pour de bon. Sebastian remarqua le manque de sécurité, pas de fil barbelé sur le haut des murs, pas de caméras, pas même de garde. Autrefois, il se serait posé des questions quant à cela, mais désormais il savait, il comprenait qu'il n'y avait pas besoin de sécurité pour garder les gens à l'intérieur de St. Victoria.

Tous ceux qui y étaient prisonniers n'essayeraient pas de s'enfuir.

Inconsciemment, son regard fut attiré par Ciel alors qu'il pensait à cela, ne manquant pas de remarquer l'envie pesante qui se lisait sur le visage du garçon alors qu'il les regardait s'enfuir, le désir palpable d'aller avec eux. Il se prit en train de dire :

- Je ne t'arrêterai pas, tu sais, si tu tentais de fuir. Il n'est pas encore trop tard pour les rattraper, pour partir avec Finny chez le cousin de Bard, vers la liberté... Je t'aiderai même à escalader le mur.

Agni se mit à balbutier, à gronder Sebastian, mais Ciel l'interrompit. Son regard croisa brièvement celui d'Agni avant de se tourner vers Sebastian.

- Je sais, dit-il en souriant narquoisement, ne va pas t'imaginer que je ne t'utiliserais pas comme échelle pour passer ce mur si c'était réellement ce que je voulais.

Le garçon se tourna pour faire complètement face à Sebastian, devenant instantanément solennel, toutes traces d'humour le quittant.

- Je ne fuirai pas, Sebastian, et je ne me servirai pas de toi pour en venir à mes fins. Je sortirai d'ici. Et ce jour-là, ce sera par mes propres moyens, avec ma propre force, et certainement pas avec la queue entre les jambes.