*Roulement de tambours* Et voici le chapitre quatorzeee ! Et je le sors plus tôt que ce que je prévoyais, ce qui est évidemment une bonne chose. Je n'ai comme toujours pas grand-chose à dire, je me demande d'ailleurs comment font les autres pour écrire autant dans leurs "notes d'auteurs"...
Bref, bonne lecture !~
Écrit par Cennis
Chapitre Quatorze
L'Institut St. Victoria spécialisée dans les cas d'individus incapables de faire la différence entre le bien et le mal était un endroit étrange. Il n'est certainement pas compliqué d'en venir à cette conclusion, étant donné la nature de l'établissement. Un asile qui n'est pas étrange n'est tout simplement pas un asile, après tout. Tout comme l'environnement a une influence sur les individus qui l'entourent, il est tout aussi vulnérable à cette adaptation.
Avant que St. Victoria soit un hôpital psychiatrique, cela avait été un internat. Il n'y avait rien de particulier à dire sur l'école. Les élèves avaient appris, les professeurs avaient enseigné, les cours avaient eu lieu. Ceux qui avaient été diplômé n'étaient pas devenus particulièrement connus. En un mot, l'école avait été ordinaire. Elle avait fini par fermer, pas assez d'élèves et de fonds. Du temps de l'école, le bâtiment n'avait été que cela – un bâtiment. Il y avait en effet eu les habituelles rumeurs selon lesquelles des élèves se seraient suicidés, et des histoires de fantômes, mais à part pour ces contes non fondés, il n'y avait rien eu d'extraordinaire.
On ne peut pas en dire autant aujourd'hui. Le St. Victoria d'aujourd'hui ne pouvait plus être décrit comme ordinaire. Sans parler de ses résidents, le bâtiment lui-même... Il y avait quelque chose à propos de ce dernier.
Le temps passait étrangement à St. Victoria. Soit il ralentissait, comme lorsque l'on regarde une horloge, que l'on y jette à nouveau un coup d'œil après ce qui semble avoir été des heures seulement pour découvrir qu'une minute n'était même pas encore passée, soit il disparaissait sans laisser de trace, comme si quelque chose dévorait les jours, les semaines, et les mois sans en laisser une miette.
Il en va de même pour les gens. De la même manière que le temps disparaissait, les gens à St. Victoria avaient la mauvaise habitude de disparaître de la surface de la Terre, et cela ne concernait pas seulement les patients. Lorsque St. Victoria atteint l'an 2010, pas un seul de ses occupants originels n'erraient encore dans les couloirs.
L'environnement et les habitants ont un effet direct l'un sur l'autre. Il n'était pas dur d'affirmer que les occupants de l'Institut St. Victoria étaient fous. Pourquoi seraient-ils ici, sinon ? À travers les ans, le bâtiment lui-même semblait s'être imbibé de la folie qui infectait ceux qui résidaient ici. Ou peut-être était-ce le bâtiment qui infectait les gens, les murs et les portes les piégeant, les pièces équipées de miroirs leur montrant des choses qui n'étaient pas réellement là, l'air les empoisonnant jusqu'à ce que leur place soit ici, même si cela n'avait jamais été le cas auparavant.
Lorsque Sebastian pensait à sa vie, il la voyait comme une pièce de théâtre. Comme dans une pièce, elle était divisée en deux actes. Le premier acte et toutes les scènes qui s'y trouvaient était regroupé sous le nom de « Avant St. Victoria ». Le deuxième acte était simplement « St. Victoria ». Il n'y avait pas d'entre-deux, pas de nuance de gris entre les deux. Il y avait l'avant et il y avait l'après.
Dans cette pièce, Sebastian se considérait parfois comme deux personnages joués par le même acteur. Cela ressemblait de plus en plus à une réalité. Le Sebastian d'avant St. Victoria avait été un travailleur acharné, dévoué et plus important, quelqu'un qui respectait les règles. Les règles étaient là pour être respectées, après tout, et il avait toujours été grandement récompensé pour cela.
Le Sebastian de St. Victoria n'était pas d'accord. Il transgressait les règles à tort et à travers. Il allait directement à l'encontre de ses supérieurs. Et il ne le regrettait pas le moins du monde.
Le Sebastian pré-St. Victoria avait recherché quelque chose d'excitant. Il était bien servi désormais.
Cela faisait quatre jours depuis la fuite de Finny. Durant ces quatre jours, Sebastian avait été sur ses gardes, chose tout à fait compréhensible. La situation était différente de l'incident avec Joker. Cela semblait différent, en tout cas. Cela n'avait pas été un patient sous traitement. Cela avait été un membre du personnel, quelqu'un qui était censé être à l'abri, qui avait découvert quelque chose qu'il n'aurait pas dû.
Ces quatre jours étaient passés à la vitesse d'un escargot. Les secondes semblaient être des minutes, les minutes des heures, et les jours refusaient de se terminer alors que Sebastian attendait d'être démasqué. Une fois le troisième jour passé, il avait commencé à se calmer. S'ils comptaient prendre des mesures, ce serait sans doute immédiat, non ?
Sebastian aurait réellement dû comprendre que la logique n'avait pas sa place dans l'asile.
Ce fut le quatrième jour après la fuite de Finny qu'il fut intercepté par l'un des triplets alors qu'il se rendait à la section. Ash demandait à le voir dans son bureau.
Sebastian afficha un sourire grossier, retournant sur ses pas tout en pensant, bon, merde.
Le bureau de Ash était presque identique à celui de Claude. En fait, il y avait peut-être encore moins de touche personnelle, si c'était seulement possible. Un bureau vide et vernis, deux chaises assorties d'un côté, une large chaise tournante de l'autre, occupée par le chef des aide-soignants.
Alors que Sebastian entrait dans le bureau, une forte odeur de désinfectant l'agressa. C'était une autre particularité du bureau – il était extrêmement propre, un niveau de propreté digne d'une clinique. Pas une trace de poussière ou de papier sur le sol, toutes les surfaces scintillaient. Ash se leva de la chaise et tendit une main à Sebastian, et bon sang, on aurait dit qu'il s'était lui-même lavé avec du désinfectant, une telle odeur émanait de lui.
- Bonjour, Sebastian, le salua Ash avec un faux sourire, prenant sa main peu trop fermement, la relâchant si vite que l'on aurait dit que le toucher de Sebastian l'avait brûlé.
- Bonjour, Ash. Que puis-je faire pour vous ?
Sebastian n'allait pas lâcher. Cela aurait été quelque peu gênant si Ash l'avait convoqué pour quelque chose qui n'avait aucun rapport et qu'il mette tout sur le tapis.
Ash n'était aimable qu'en apparence. Cela se voyait aux spasmes constant de son sourire, clairement désespéré de se tordre en grimace. La façon qu'il avait de ne pas trop regarder Sebastian, comme si le regarder trop longtemps l'horrifiait. Le gel anti-bactérien qu'il avait sorti dès qu'il avait fini de secouer la main de Sebastian était également un petit indice.
- Prenez un siège, je vous en prie. Je voulais personnellement vous remercier pour m'avoir remplacé. Vous m'avez été d'une grande aide.
Sebastian dut retenir un sourire narquois. Ash semblait physiquement souffrir en faisant des civilités, cette animosité mutuelle clairement dure à ignorer pour lui.
Heureusement, Sebastian n'aimait pas la plupart des gens alors il avait eu bien assez d'entraînement pour apparaître aimable avec les enfoirés.
- Ce n'est rien. J'étais content de pouvoir aider. Vous sentez-vous mieux ?
Faites que ce soit en phase terminale.
- Oh, ce n'était qu'une sorte de grippe, rien de grave.
On pouvait toujours rêver.
- C'est bon à savoir, mentit Sebastian, se demandant combien de temps Ash pouvait prétendre sourire ainsi avant que ses joues ne le fassent souffrir.
- Et Ciel ? Il vous a fait jouer à l'un de ses petits jeux, je suppose, ricana Ash.
Sebastian reproduit le rire monotone.
- Oui. J'ai essayé de l'égaler, mais il est un peu trop fort pour moi.
- Oh, il est un peu trop fort pour tout le monde, - le sourire de Ash disparut comme un film avant le générique de fin, les civilités terminées, il était temps de parler affaires -, Pour tout vous dire, Sebastian, je vous ai convoqué pour une autre raison.
Sebastian leva un sourcil, n'exprimant que de la curiosité.
- Je n'ai pu m'empêcher de remarquer que... votre badge a été enregistré dans le système durant la nuit où vous m'avez remplacé. En fait, il a été enregistré maintes et maintes fois.
Merde.
- Pourquoi erriez-vous ainsi dans le bâtiment, Sebastian ?
Si ce n'était pas un bon exemple de l'expression « être dans la mouise », alors il ne savait pas ce que c'était. Pourquoi avait-il fallu attendre quatre jours avant qu'on lui fasse remarquer ? Il avait baissé sa garde, pensé que la menace avait disparu. Et pourquoi lui faisait-on remarquer cette fois-ci alors que ses deux autres excursions dans La Pièce étaient passées inaperçues, ou plutôt, ignorées.
Ash s'était remis à sourire, le genre de sourire qui faisait fuir les enfants.
- Ne vous inquiétez pas. La curiosité est une faiblesse qui touche tous les humains, Sebastian, et je ne vois pas pourquoi je vous sanctionnerai pour cela. Il n'y aucun problème.
… Quoi ? Sebastian se retint d'exprimer sa confusion, incertain de savoir quoi répondre. Était-ce une sorte de test ? Il était presque sûr et certain qu'il y avait un problème – une porte cassée, trois employés en cavale, un poste vacant.
Ash se pencha par-dessus son bureau, ne détournant pas le regard cette fois-ci, entremêlant ses doigts comme un vilain dans James Bond. Il ne lui manquait plus que le chat sans poil.
- Je dois simplement savoir... Avez-vous laissé Ciel sortir des quartiers, Sebastian ?
Sebastian n'eut aucune hésitation, réussissant même à avoir l'air offensé par cette idée.
- Bien sûr que non. Ciel en a eu assez du manque de difficulté que je présentais et il est retourné dans sa chambre – en disant que fixer le plafond serait plus divertissant que jouer avec moi – et je... Eh bien, comme vous l'avez si bien dit, la curiosité.
Quel piètre mensonge. La curiosité pouvait excuser le fait d'errer dans les couloirs, oui, mais ouvrir toutes les portes se trouvant sur le chemin ? Et si l'utilisation de son badge avait été enregistré, alors celui d'Agni aussi ? Agni n'était même pas censé être dans la section cette nuit-là, il n'aurait aucune excuse. Pourquoi n'avait-il pas été convoqué par Ash ? Sans parler de la porte endommagée. Oh oui, pensa Sebastian, j'étais si curieux que j'ai eu recours au vandalisme.
Ash n'accepterait pas une excuse aussi bancale. Non, il était à présent foutu. Ils savaient qu'il savait ce qu'ils avaient fait, à propos de Finny. Bon sang, il connaissait probablement le secret que Finny avait découvert concernant le Troisième Directeur, et n'était-ce pas une bonne raison de le punir. Les triplets l'attendaient sûrement derrière la porte, seringues en mains, comme avec Joker et peut-être Finny aussi – il pourrait probablement les battre, non ? Il n'était pas novice dans l'art du combat, après tout. Trois contre un, par contre, tout en tentant d'esquiver la seringue en même temps-
- Oui, ça lui ressemble ! ricana Ash, sortant Sebastian de son petit plan d'évasion. Je suis ravi d'entendre cela, Sebastian. Ne soyez pas offensé, s'il vous plaît. Je demande parce que, eh bien, comme vous le savez je m'occupais déjà du tour de garde de nuit bien avant l'arrivée de Ciel ici. Alors je sais à quel point... Il peut être persuasif. Vous ne seriez pas le premier qu'il fait marcher, et vous ne seriez sans doute pas le dernier. Mais, vous ne l'avez pas laissé sortir, alors tout va bien.
Ash se releva avec un sourire étonnamment complaisant, posant une main sur l'épaule de Sebastian alors qu'il faisait le tour du bureau. Sebastian en vient à la conclusion qu'il pouvait également se lever, perturbé mais soulagé, et plus qu'un peu méfiant. Il n'était pas du genre à refuser une opportunité qui se présentait à lui, mais n'était-ce pas un peu trop facile ?
Peut-être pas aussi facile que cela en avait l'air. Alors qu'Ash lui ouvrait la porte, son sourire devient glaçant, et cette animosité palpable refit surface.
- Cela dit, cependant, je suis certain que vous comprenez que je ne peux simplement pas lâcher l'affaire sans qu'il y ait une certaine répercussion. J'ai donc bien peur que vous ne soyez plus en mesure de me remplacer, Sebastian.
Sebastian n'eut même pas l'occasion de répondre avant que la porte lui soit claquée au nez.
C'était à nouveau cette période de l'année; les évaluations psychiatriques, probablement la chose la plus redoutée après les séances quotidiennes avec Phipps et Grey. D'ailleurs, Phipps et Grey étaient ceux qui s'en chargeaient, John et son fidèle « ami » Albert servant de renfort, tandis que Claude était assis au fond, faisant comme s'il ne les connaissait pas.
Un par un, les patients étaient emmenés par l'aide-soignant le plus proche d'eux et amenés au bureau de Phipps et Grey. Là-bas, ils étaient interrogés et évalués sur les neuf critères basiques. C'était toujours une longue procédure pour ceux impliqués, les patients refusant de coopérer, les psychiatres n'ayant aucune patience, et on se demandait pourquoi ces séances n'étaient qu'annuelles.
Cela avait duré toute la journée et finalement, Ciel Phantomhive fut escorté au bureau des psychiatres. Il n'avait même pas eu le temps de s'asseoir que l'évaluation avait déjà commencée.
- T'as jamais vu de brosse, vaurien ?
John ne regardait même pas Ciel, ses yeux cachés par cette ridicule paire de lunettes de soleil, faisant face au mur comme s'il s'agissait de la chose la plus fascinante qu'il lui ait jamais été donné de voir. La marionnette le regardait. Enfin, comme quelque chose avec des boutons en guise d'yeux pouvait regarder.
Génial. Maintenant même les poupées critiquaient son apparence.
Ciel avait déjà pris la décision de ne pas parler s'il le pouvait. Ce n'était pas vraiment de l'entêtement, c'était plutôt qu'il était probablement un meilleur thérapeute qu'eux, et il était celui qu'on enfermait.
La marionnette réussit à donner une impression de lever les yeux au ciel sans en avoir.
- Il est devenu muet maintenant. T'as donné ta langue au chat ?
- Ah, ah ! Il est allergique aux chats, tu te souviens ? Il ne serait pas muet même s'il était gonflé comme un ballon de baudruche. Je pense qu'il est juste asocial. Tu ferais mieux d'écrire ça, Doc', dit Grey, rejoignant la conversation à sens unique.
- Noté. Antisocial, muet, gonflé, marmonna Phipps alors qu'il écrivait les mots sur un presse-papier.
Le visage de Ciel lui faisait mal à force de se retenir de grimacer. Ces idiots ne faisaient rien pour calmer son tempérament déjà fort. Son œil traîna vers le silencieux Claude puis il retourna instantanément sur le mur, pas surpris mais tout de même perturbé par l'intensité dans ces yeux ambres qu'il avait croisés. Il les avait vus maintenant, et il était encore plus conscient de leurs présences. C'était comme s'il pouvait les sentir ramper sur son visage, son corps et à quel point pouvait-il voir ? On avait toujours l'impression que Claude pouvait tout voir, tout ce que Ciel essayait de cacher, et il se sentait nu sous ce regard.
L'évaluation ridicule se poursuivit, les trois tendant une perche à un Ciel passif, le diagnostiquant à leur guise. Tout du long, Claude restait silencieux, à l'écart du groupe, ne faisant qu'observer comme il l'avait toujours fait.
Après l'évaluation, Ciel fut emmené à l'infirmerie pour son examen médical. Claude excusa les Trois Mousquetaires, emmenant Ciel lui-même.
- Bonjour, Ciel ! Tiens, n'aurais-tu pas grandi ?
Docteur était toujours aussi enthousiaste que d'ordinaire, adressant un sourire rayonnant à Ciel lorsque ce dernier entra, et il acquiesça légèrement. En réalité, il n'avait pas pris un centimètre depuis son dernier examen – enfin ce n'était pas comme s'il se mesurait, il ne faisait pas attention à ce genre de choses – mais au moins l'homme essayait.
- Assieds-toi, assieds-toi.
Ciel fit ce qui lui était dit, prenant la chaise à côté de Docteur. Trêve de mondanité, les mains de Docteur furent sur lui, prenant sa température, sa pression sanguine, son pouls. En même temps, Docteur parlait, mais si on lui demandait plus tard, Ciel ne serait pas en mesure de dire de quoi. Claude l'observait une fois de plus, s'adossant contre le mur près de la porte, et Ciel faisait tout ce qui était en son pouvoir pour ne pas lui donner ce qu'il voulait. Il fixait Docteur comme s'il écoutait ce qu'il disait, concentré pour ne pas se dérober sous les mains baladeuses, résistant à la tentation de les écarter brusquement.
Il y parvint pendant longtemps, jusqu'à la pesée.
- Tiens-toi juste là – non, un peu plus sur la gauche – voilà, dit Docteur dans sa barbe, poussant Ciel du doigt jusqu'à ce qu'il se tienne au milieu de la balance.
Mais alors sa main descendit trop bas sur la hanche de Ciel, et sans même s'en rendre compte, Ciel avait dégagé la main de Docteur loin de lui.
Docteur n'avait même pas quitté les yeux de la balance, il n'avait même pas semblé remarquer, mais Claude avait plissé les yeux. Docteur demanda ensuite à échanger un ou deux mots en privée.
- Ciel, pourrais-tu attendre dehors un instant ? Je dois parler avec le Dr. Faustus, juste un bref instant.
Ciel ne pouvait qu'accepter, un sentiment d'irritation le parcourant. Il voulait rester, entendre ce qu'ils disaient sur lui, mais il savait obéir lorsqu'il le fallait. Il avait merdé, mordu à l'hameçon non-intentionné.
Docteur avait été sérieux lorsqu'il avait dit un instant. Ciel avait à peine touché la chaise à l'extérieur que Claude sortait de l'infirmerie. Il ne dit rien, bougeant simplement un doigt, ne s'arrêtant pas dans sa course. Il savait que Ciel le suivrait, et résistant à l'envie de lui faire un croche-pied, le suivre Ciel le fit.
Leur destination était le bureau de Claude, un endroit où Ciel n'était allé que peu de fois. Normalement leur séances se déroulaient dans d'autres parties du bâtiment, là où le désordre ne dérangerait pas, alors le bureau ne lui était pas familier. Ce ne fit rien pour calmer le mal-être de Ciel, être dans une pièce n'appartenant qu'à Claude.
Claude attendait que Ciel s'assoit avant de s'asseoir lui-même. Le garçon avait peur que Claude rentre sa chaise ou autre.
Claude enleva ses lunettes, les posant sur le bureau, ne laissant plus rien entre Ciel et les yeux ambres.
- J'aimerais que tu me dises comment tu as eu ces blessures, Ciel.
Ciel ne put s'empêcher de légèrement écarquiller l'œil, un choc imperceptible que personne ne remarquerait, personne à part Claude Faustus. La question l'avait tellement pris au dépourvu qu'il n'arrivait plus à parler, plutôt que d'avoir choisi de ne pas parler.
Claude sortit une feuille de papier de la poche de sa veste et lu :
- Une commotion cérébrale, une entaille sur la paume gauche, de nombreuses griffures sur le visage et un dos couvert de bleus, - il regarda de nouveau Ciel, un regard indescriptible passant sur son expression d'habitude neutre -, Comment t'es-tu fait tout cela, Ciel ?
Il avait oublié, il avait réellement oublié la ribambelle de blessures qu'il avait accumulé durant les deux dernières semaines. Ces griffures auraient dû guérir depuis, non ? Et, Agni l'avait-il réellement plaqué au sol avec assez de force pour lui faire des bleus ? Ciel ne montra pas sa confusion, arborant un sourire narquois familier, disant avec malice :
- Comme je suis maladroit, je me suis pris une porte, Docteur.
Claude fit comme s'il n'avait pas entendu la réponse de Ciel, ce même regard refaisant surface que Ciel ne voulait pas identifier.
- Qui t'as fait cela, Ciel ?
Il y avait un semblant d'hostilité à ses paroles, une trace d'animosité que Ciel ne voulait pas reconnaître. Il ne répondit pas. Il pouvait évidemment toujours raconter une histoire où il se serait battu avec l'un des autres patients, perdant son tempérament et perdant le contrôle, mais Claude ne serait pas dupe. D'une certaine manière, Claude savait toujours lorsque Ciel mentait, même lorsque toutes les autres personnes tombaient dans le panneau.
Claude acquiesça comme s'il acceptait le fait que Ciel ne répondrait pas.
- En plus de ces blessures, Docteur a remarqué que tu avais perdu pas mal de poids depuis ta dernière pesée. Tu montres également des signes de fatigue. En prenant tout cela en compte, ainsi que tes blessures et ton silence, je n'ai pas d'autres choix que d'en conclure que tu es un danger pour toi-même.
Avant qu'il ne puisse s'en empêcher, Ciel pouffa, l'indignation clairement visible sur son visage – et ces yeux ambres le regardèrent encore plus intensément, une once de ce qui était sans l'ombre d'un doute de la satisfaction, la satisfaction d'avoir obtenu ne serait-ce qu'une légère réaction – et Ciel se força à redevenir neutre.
Il ne pouvait évidemment pas dire la vérité, mais mentir n'était pas non plus une option. Claude saurait, il savait toujours. Bon sang, il s'était infligé certaines blessures. Les griffures sur son visage et l'entaille sur sa paume, sans aucun doute. Il ne pouvait pas non plus nier le fait qu'il avait peu mangé et dormi depuis que toute cette mascarade avec Finny avait débuté.
Alors Ciel resta silencieux, et une fois de plus, Claude prit son silence comme une affirmation.
- Je vais donc augmenter le nombre de tes séances avec moi. Au lieu d'une seule fois, nous nous verrons trois fois par semaine désormais.
- Changement de médicament ?
Il y eut un marmonnement unifié que Joker considéra comme négatif. Il acquiesça, faisant les cent pas dans le foyer, son bras squelettique se balançant inutilement derrière lui. Il avait arrêté de le mettre dans le gilet de contention que Jumbo lui avait fabriqué il y a quelques temps, cela ne faisait qu'aggraver ce qu'il restait de la peau abîmée. Sa propre évaluation avait été longue, plus longue que toutes celles dont il se souvenait, et Docteur avait été beaucoup trop fasciné par son bras, mettant Joker quelque peu mal à l'aise. Il y avait toujours eu quelque chose chez cet homme qui lui hérissait les poils, et l'examen n'avait pas aidé à faire disparaître ce sentiment. Il n'était pas dans son assiette, il n'arrivait pas à agir de manière nonchalante comme d'ordinaire malgré ses efforts. Cela avait une répercussion sur ses compagnons, tous les patients réunis dans le foyer, parlant de leurs évaluations comme le voulait la tradition.
- Est-ce que l'personnel a été bizarre avec vous ? A touché à votre intimité ?
Même ses habituelles tentatives pour remonter le moral semblaient maladroites, chose qu'il pouvait lui-même entendre mais ne pouvait pas arrêter.
- Assieds-toi bordel, mec. Te regarder ça suffit à me fatiguer, s'exclama Dagger, attrapant le col du pull de Joker et le poussant sur le canapé.
- On dirait bien qu'on a tous eu les mêmes choses, dit Freckles. Toujours pareil, j'imagine.
Dagger fit la moue.
- Difficilement ! Ce foutu Doc' dit qu'j'ai pris trop de poids et qu'ils me mettent au régime, vous y croyez vous ? Ils nous nourrissent à peine, comment j'ai pu prendre du poids. Je maigris de jour en-
- Je comptais rien dire, mais ton derrière s'est agrandi dernièrement, ne put s'empêcher de faire remarquer Beast, envoyant Dagger à son habituel coin des maux.
Soma, faisant le guet, annonça l'arrivée du personnel et le groupe se dispersa, Ciel allant dans son habituelle chaise. Il avait été aussi silencieux que d'ordinaire pendant la tournée de ragot, ne parlant pas de son évaluation. Distraitement, il se demanda s'il en allait peut être de même pour les autres. Les choses n'avaient-elles réellement pas changé pour eux ? Ou essayaient-ils simplement d'éviter de s'inquiéter, comme il le faisait lui-même ? L'idée d'avoir davantage de séances avec Claude le faisait frissonner. Il avait besoin d'une semaine entre les séances pour s'en remettre, pour reprendre le contrôle de lui-même avant que la prochaine séance n'arrive et Claude avait de nouveau brisé son rythme.
Alors qu'il réfléchissait, les mains de Ciel s'enfoncèrent dans ses poches, ses doigts passant sur le petit papier qui s'y trouvait. Il n'avait toujours pas réussi à se décider à se séparer du post-it, malgré ses nombreuses tentatives de se persuader qu'il n'allait pas oublier de nouveau. Alors que son poing se resserra autour dudit papier, il les revit, le trio quittant l'Institut pour de bon.
Il aurait pu partir avec eux. Sebastian lui avait même assuré qu'il ne l'arrêterait pas. Il aurait pu escalader ce mur et disparaître avec Finny, tournant la page de St. Victoria une bonne fois pour toute. Même s'il ne pensait pas que ce serait la fin, évidemment, mais ça aurait été une sorte de début. Il ne pouvait s'empêcher de se dire que ce développement avec Claude était une sorte de punition – il avait eu une opportunité en or pour s'échapper, mais il avait refusé, et pourquoi ? Parce que cela n'allait pas avec sa fierté.
Imbécile.
Alois se posa sur l'accoudoir de sa chaise, s'adossant contre en soupirant. Il se mordait la lèvre avec les dents, la peau tellement rouge qu'elle semblait sur le point de saigner. La vivacité du rouge lui donnait l'air encore plus pâle et pour la première fois depuis longtemps, Ciel regarda réellement son ami.
Alois avait l'air malade, et pas mentalement. Des cercles presque aussi sombres que celui sous l'œil de Ciel, l'épuisement se lisant dans ses traits, une fatigue qui s'y était installée. Jim était-il de retour ?
- J'ai menti, confia Alois dans un chuchotement, et s'il avait physiquement l'air fatigué alors il était mort à l'intérieur.
Ciel leva un sourcil, attendant qu'il reprenne.
- Ils ont changé mes médicaments. Je voulais pas leur dire parce que – enfin, je voulais pas. Ils ont dit que c'était une expérience. Un mois, et si ça fonctionne, ça deviendra permanent.
- Comment cela s'appelle-t-il ? demanda Ciel, s'asseyant correctement, chuchotant presque sans même s'en rendre compte.
- Zydrate, répondit Alois, plissant le nez, confus.
Ciel n'avait jamais entendu parler d'un tel médicament lui non plus, et ce n'était pas une bonne chose.
- À toi.
- Faustus a augmenté le nombre de mes séances. Je le verrai tous les lundi, mercredi, et vendredi désormais, dit Ciel, observant avec attention le visage d'Alois.
Il ne manqua pas de remarquer l'ombre qui se forma dans ces yeux bleus ciel, quelque chose de plus marquée que de la jalousie, et la voix d'Alois fut assez acerbe pour trancher lorsqu'il ricana.
- Quelle chance~
Ciel ne put s'empêcher de se sentir mal à l'aise, ayant déjà aperçu cette expression chez Alois mais jamais dirigée vers lui, pas jusqu'à aujourd'hui. Il détourna brusquement le regard.
- Essaye de tenir un journal ou quelque chose comme cela sur ce Zydrate. Les effets, comment on te l'administre, ce genre de choses. Plus on en saura, mieux ce sera.
Alois ne fit qu'acquiescer, n'ayant plus l'air aussi épuisé. Ciel n'était pas le meilleur pour lire l'atmosphère, mais bon sang, il était lui-même capable de sentir cette étrange tension qui s'était installée entre eux. Ce n'était pas quelque chose qu'il voulait reconnaître, cependant. Pas maintenant, du moins, alors qu'il était déjà à bout avec tout ce qui l'entourait. Sans dire un mot de plus, Ciel se leva de sa chaise et se faufila dans sa chambre.
Sebastian le rejoignit quelques temps après. Il n'avait pas l'air dans son assiette non plus, une sensation de ras-le-bol émanant de lui. Il avait passé une trop grande partie de sa journée à se faire du soucis, ne voulant pas croire que l'affaire était close, que Ash passait réellement l'éponge, aussi facilement. Il avait parlé à Agni; rien. Aucun supérieur n'avaient demandé à le voir, personne ne lui avait fait de remarque quant à l'utilisation de son badge, pas même une réprimande.
Cela n'avait aucun sens et cela n'avait toujours aucun sens même après qu'il ait repassé les événements au peigne fin.
Il devait vraiment arrêter d'essayer de trouver du sens à St. Victoria. Beaucoup de choses reposaient entre les murs de l'asile, mais le sens n'en faisait pas parti.
Ciel releva l'œil de son livre, remarquant brièvement la présence de Sebastian. Ce dernier acquiesça en retour, se mettant à ranger quelques babioles sur le sol de Ciel. Il avait résisté à cette envie pendant longtemps, il n'était pas la bonne du garçon, mais bon sang, s'il devait être ici, et à un rythme hebdomadaire, alors il voulait au moins être en mesure de voir la moquette.
Alors qu'il se démenait avec l'amas au sol, Sebastian annonça :
- Ash m'a eu.
Cela attira l'attention de Ciel, ainsi qu'une once de panique.
- Que s'est-il passé ?
- Rien. C'est bien cela le problème. Ash m'a seulement dit que je n'étais plus qualifié pour le remplacer.
Ciel acquiesça, mettant son livre de côté.
- Ce n'est peut-être pas une si mauvaise chose, vraiment, tant que l'histoire de Finny ne se reproduit pas. Tu ne seras plus aussi soupçonné. Moins tu es remarqué, plus tu es en sécurité.
- En effet. Mais cela me parait trop facile.
Ciel ricana.
- Ça ne l'est pas, je peux te l'assurer. Tu n'es pas celui qui doit supporter Ash toute la nuit. Il a la personnalité d'un mur en brique, et encore moins de capacité en jeu.
- C'est pas faux. Sinon, comment s'est passée l'évaluation ?
- Mes séances avec Faustus ont été triplées – des accusations sur le danger que je suis pour moi-même, etc, grimaça Ciel, puis il ajouta en murmurant, pas assez fort pour que Sebastian puisse entendre. Sans mentionner le fait qu'Alois est devenu hystérique avec moi.
Sebastian afficha une grimace railleuse.
- Pauvre chou. Mais je dois dire que, en mettant Faustus de côté... Tu sembles d'assez bonne humeur. Tu ne m'as pas empêché de toucher tes affaires, c'est déjà cela.
Vrai. Bien qu'à la surface il semblait plutôt perturbé, l'idée de passer plus de temps avec le Docteur à lunettes ferait cela à n'importe qui, Sebastian avait remarqué que Ciel était plus à l'aise. En entendant les paroles de Sebastian, un léger sourire se dessina sur les lèvres de Ciel. Pas un sourire narquois, pas un rictus, un sourire sincère, peu importe à quel point il était infime.
- Il fallait s'y attendre. Après tout, nous sommes allés directement à l'encontre de l'Institut, Sebastian, - son sourire s'agrandit, devenant presque malicieux, et il répéta avec plus de vigueur -, Nous sommes allés à l'encontre de l'Institut, Sebastian. Et nous avons gagné. Je n'ai jamais eu une telle victoire. Ils peuvent me faire ce qu'ils veulent, nous faire ce qu'ils veulent, parce qu'en fin de compte, nous avons gagné.
