... Ca fait un moment, pas vrai ? Vous ne rêvez pas, le chapitre 19 est enfin là ! Le chapitre 20 devrait d'ailleurs sortir assez vite, enfin, en théorie. Disons que je participe à l'Inktober cette année, donc entre les cours et les dessins je dois sacrifier certaine choses pour l'instant. Bref, je vais vous laisser lire ce chapitre tant attendu !
Réponse à Guest et Chlo de Wattpad : La suite est enfin là, et si vous souhaitez que je puisse vous répondre pour vous "prévenir" de l'avancée de la traduction, il faut que vous ayez un compte. Autrement, je ne peux pas vous envoyer de MP !
Manon : Merci !
Little-Bocchan : Ravie de voir que l'histoire te plaît !
Avertissement : ce chapitre contient une scène assez... explicite, disons.
Bonne lecture !~
Écrit par Cennis
Chapitre Dix-neuf
Un léger fil de sueur luisant sur sa peau, Claude se releva après un travail rondement mené. Toutes les feuilles de papier qui s'étaient envolées étaient maintenant à leurs places, tous les tiroirs qui avaient été arrachés et vidés étaient remis en place, une nouvelle chaise en cuir pour remplacer l'ancienne. À lui tout seul, il avait rendu à son bureau dévasté son état immaculé d'origine, sans que personne ne se doute jamais de rien.
Il lui avait fallu une certaine dextérité pour éviter qu'Angela découvre ce désordre, avec sa mauvaise habitude de venir à l'improviste pour apporter encore plus de paperasse qu'il n'était pas enthousiaste à l'idée de faire, bien qu'il avait désigné Dagger comme bouc émissaire de Ciel, de toute façon. Cependant, il avait réussi à tout remettre en ordre, heureusement pour Dagger, et cela ne resterait réellement qu'entre lui et Ciel.
Cette simple pensée lui procurait une sensation de plaisir indescriptible. Il n'y avait rien de plus fort qu'un secret pour lier deux personnes ensembles, et ce secret n'appartenait qu'à eux. À eux. Il y avait peu de choses qu'il pouvait considérer comme leur pour l'instant, alors il y repensa encore et encore, et encore. La preuve avait disparu, un souvenir restait entre lui et Ciel, un instant figé dans le temps où le garçon avait été à sa merci et Claude lui avait accordé cette merci.
Pourtant, il se demanda alors qu'il s'installait dans la nouvelle chaise afin de reprendre son souffle, s'il n'était peut-être pas allé trop loin. La franche expression de Ciel avait été enivrante mais tout aussi pitoyable, et la pitié n'était pas quelque chose qu'il désirait pour eux. C'était la fierté qu'il recherchait, que le garçon avait senti devoir atténuer – cela n'avait pas été nécessaire. Il était possible de s'excuser sans sacrifier son amour propre. Claude se demanda si c'était simplement parce que Ciel lui présentait des excuses qu'il avait dû abandonner sa dignité, et cette idée lui faisait un peu mal. Mais en même temps... Cette excitation à nouveau.
Ilétait celui qui avait percé la coquille que Ciel revêtait, pas un autre. C'était lui et lui seul qui avait entretenu la lueur de peur dans cet œil bleu, et cette peur était la conséquence de ses propres mots. Cela lui avait pris plus de temps que prévu, mais il avait obtenu une réponse de la part du garçon de pierre.
Bien qu'il s'agisse de quelque chose présent dans les histoires d'amour dénuées de sens, Claude s'imagina qu'il pouvait encore sentir un reste de la chaleur sur sa paume là où sa main avait touché la joue de Ciel. Combien, pensa-t-il, étaient-ils à pouvoir affirmer avoir ressenti cette chaleur ? La peau n'était pas aussi douce et lisse qu'il l'avait imaginé maintes et maintes fois, mais les légères bosses de l'acné et les prémisses de ce qui aurait pu être de la barbe ne firent que l'enchanter davantage; ce toucher n'était pas fantaisiste. Il était réel.
C'était suffisant, décida Claude. Il avait eu la réaction qu'il avait escompté. Peut-être plus que ce qu'il avait imaginé d'ailleurs. Roulant vers l'avant dans sa chaise, Claude sorti le tiroir du milieu de son bureau, l'un des nombreux tiroirs qui n'avaient pas échappé au ravage de Ciel. Ce dernier avait été près, un peu trop même. Ce n'était pas le tiroir qu'il aurait dû fouiller, cependant, mais l'intérieur du bureau qui l'accueillait. D'un bon coup sec, Claude décrocha le petit rectangle noir.
Il lui avait fallu un bon moment pour s'habituer au bruit de fond. C'était vraiment un horrible bruit – assez fort pour corrompre les pensées, voler le sommeil, l'appétit, et rester gravé dans les tympans. Il s'agissait de l'une de ses techniques favorites, assez subtile pour que les patients ne s'aperçoivent pas qu'ils subissaient parfois un traitement, mais cela le touchait également. Cependant, il était entraîné pour ce genre de choses, il avait maîtrisé l'art de ne pas réagir d'une manière dont Ciel aurait rêvé.
Mais cela avait porté ses fruits, alors Claude rangea le petit système de malheur en se demandant ce que lui réserverait sa prochaine séance avec le garçon.
Claude trop occupé à nettoyer ce qu'il restait de la crise de Ciel, Sebastian se retrouvait seul dans la Section V pour la première fois depuis que cette initiation tordue avait débuté. C'était au moins une bonne chose. La compagnie de l'homme était encore plus suffocante que les odeurs ou les braillements. N'ayant aucune idée de ce qu'il était supposé faire, Sebastian finit par se retrouver assis par terre le dos contre la porte, les yeux se posant n'importe où sauf sur les patients. Afin de pouvoir au moins ignorer les cris, il se laissa songer.
Une fois n'est pas coutume, il pensa à Ciel Phantomhive.
Sebastian était inquiet, bien qu'il ne comptait pas laisser cette inquiétude se voir. Ciel avait semblé mieux se porter après avoir quelque peu dormi mais le sommeil en lui-même avait été une source d'inquiétude. Parler d'agitation n'était pas assez représentatif – se tordant de douleur, les traits du visage loin d'être apaisés, se débattant dans les draps comme s'il en était prisonnier. C'était un sommeil rongé par quelque chose que Sebastian ne pouvait voir, mais son imagination était ravie de concocter des cauchemars. Mettant cela de côté, il y a avait aussi le fait que Sebastian ait été autorisé à le voir dormir.
De la confiance ? Une pincée de la confiance que Sebastian avait accordé à Ciel, enfin retournée. Il était vrai qu'il existait certaines choses que deux personnes ne pouvaient pas traverser ensembles sans finir par se faire confiance, et mettre en place une mission de sauvetage dans un asile de fou en faisait sûrement partie. Cependant il n'allait pas se mettre à faire des conclusions hâtives. Oui, dans une situation normale – même si rien dans cette situation ne l'était – les personnes impliquées devraient se faire confiance, ou du moins finir par se faire confiance.
Eh bien, Sebastian savait très bien que Ciel n'était pas la plupart des gens, et que les règles habituelles ne s'appliquaient pas à eux. Pour on ne sait quelles raisons, le garçon était renfermé, trop renfermé pour faire confiance en un claquement de doigts.
Ce n'était pas juste le fait que Ciel ait demandé à Sebastian de rester pendant qu'il dormait qui faisait réfléchir l'homme.
Ces derniers temps, Ciel était... eh bien, collant. C'était dur à dire, étant donné qu'il s'agissait d'un mot qu'il ne pensait jamais pouvoir associer au garçon généralement distant et froid, mais c'était le cas. Sebastian avait rencontré des gens collants par le passé. En fait, il semblait n'attirer que cela. Appelant à chaque heure, demandant où il avait été et avec qui, recherchant constamment une sorte de validation, que ce soit en apparence ou en attraction. C'était épuisant et il s'était fixé une règle, fuir dès que le sujet de conversation le plus courant devenait « pourquoi est-ce que tu n'as pas répondu à mon message». Ciel n'était pas collant comme des ex-amants ou des amis, et selon les standards communs, son comportement ne se qualifierait absolument pas de collant. Mais c'était Ciel, et son comportement n'avait jamais été ordinaire.
C'étaient de petites choses.
Avant ce jour-là, l'humeur de Ciel n'était pas dure à deviner et cela avait toujours eu un impact sur la journée de Sebastian. Si le garçon était dans sa version d'une bonne humeur – l'équivalent d'agacé pour les gens normaux – alors Sebastian passerait probablement son tour de garde dans la chambre de Ciel, parlant de tout et de rien, échangeant des plaisanteries et se faisant laminer à tous les jeux auxquels ils jouaient. Si Ciel était de mauvaise humeur – imaginez l'enfant d'Ash et Angela. Puis tirez-lui dans le pied. Vous y êtes presque – alors Sebastian sentirait la tension dans l'air avant même de poser un pied dans la pièce. Parfois il restait et essayait de calmer les choses, la plupart du temps il pouvait dire qu'il n'était vraiment pas le bienvenue et battait rapidement en retraite sans qu'on ait à lui dire. C'était leur routine, pas planifiée mais qui s'était installée à un certain moment, et cela leur allait, de ce qu'il voyait. Plus maintenant. Maintenant, qu'il pleuve ou qu'il fasse beau, Ciel ordonnait plutôt que demandait que Sebastian reste en sa compagnie.
Ce n'était pas seulement cela, cependant. Hors de sa chambre, c'était pareil, si ce n'est pire. Sebastian s'assurait de toujours faire sa ronde avec les autres patients aussi, pour ne serait-ce que montrer aux autres membres du personnel qui travaillaient avec lui que tout son temps n'était pas passé auprès de Ciel. Cela devenait extrêmement compliqué avec Ciel qui faisait ces rondes avec lui. C'était quelque peu contre-productif. Il n'était pas particulièrement plus ouvert aux autres patients, il ne faisait que suivre et attendre que Sebastian ait terminé.
Cela commençait à être un tant soit peu étrange.
Maintenant qu'il y pensait, est-ce que cela avait commencé seulement après l'incident dans le bureau de Claude ? Ou avait-ce été plus tôt, une fois que Sebastian lui avait parlé de la Section V. Il ne l'avait pas manqué, le regard indescriptible qui s'était faufilé chez le garçon, la méfiance qui s'était installée entre eux et qui n'avait jamais été là autrefois, du moins, pas autant.
Il y avait bien une conclusion qu'il pouvait tirer – Ciel se faisait du souci pour lui, exactement comme Sebastian s'inquiétait pour Ciel – et il s'y tiendrait. Malheureusement, la Section V n'était pas un endroit fait pour avoir de grandes réflexions, ceux qui s'y trouvaient ne reconnaissant même plus le mot « penser », et Sebastian fut plutôt arraché que tiré de ses pensées par les gémissements incessants du Patient V9.
Tous les bruits dans cette pièce étaient atroces mais Peter arrivait à un niveau supérieur. Ce bruit n'était pas humain. Ce n'était pas le bruit d'un cochon qui allait être égorgé, mais celui d'un cochon en train d'être égorgé. En couinant aussi fort c'était à se demander comment sa gorge pouvait ne pas se déchirer comme du papier, le son mettant Sebastian de plus en plus à bout. Ce n'était pas la même nervosité ou même l'anxiété qu'il ressentait habituellement dans la Section. C'était... de l'agacement. Le bruit lui grattait sur les nerfs et si cela aurait servi à quelque chose, il aurait ordonné à V9 de la fermer.
Sebastian se remit sur ses pieds, se mettant à marcher sur le linoléum usé et gonflé. La Section V avait beau ne pas être bien grande, elle réussissait à transformer chaque pas en kilomètre, la petite distance jusqu'à l'enclos de V9 ressemblant à une course de marathon. Sebastian apprenait à rester au centre du chemin entre les cages désormais, les patients avaient la mauvaise habitude d'attendre les pires instants pour se jeter contre leurs murs.
Devant l'enclos de V9 – non, de Peter, Sebastian s'accroupit. À travers le plastique plus ou moins déformé, il apercevait Peter vautré sur l'estomac. Il portait encore la vieille tenue des patients qu'il avait porté en haut; un haut trop large, un pantalon blanc à cordon, les vêtements les plus impersonnels possibles. Cependant, ils étaient à présent déchirés à certains endroits, incrustés de choses qui donnaient à Sebastian l'irrépressible envie de se doucher, salis au point de non retour pour n'importe quelle machine à laver. Le peau du garçon n'était pas mieux, peut-être même encore plus sale que ce qu'il portait. Son cou était tordu à un angle qui ne devait pas être confortable, sa joue couverte de sang pressée contre le sol, ne faisant pas face à Sebastian. À des intervalles irréguliers, presque comme réglé comme une horloge, le garçon ouvrait ses lèvres craquelées et produisait une longue lamentation. Il avait l'air tellement plus petit que ce dont Sebastian se souvenait, et il n'avait pas été particulièrement grand au départ.
Humidifiant ses propres lèvres sèches, Sebastian se rapprocha un peu plus du plastique et dit :
- Peter.
Il n'y eut rien. Pas de coup d'œil vers lui, pas d'épaules crispées, pas même une interruption momentanée dans la plainte. Il n'y avait aucun signe chez le garçon pour montrer qu'il avait reconnu le nom par lequel on l'avait appelé, ou qu'il avait entendu quoi que ce soit.
Une fois de plus, un peu plus fort cette fois-ci, Sebastian retenta :
- Peter.
N'importe quoi. N'importe quoi suffirait. Un spasme, un frisson, un grognement, même le plus infime des silences dans cette longue lamentation. Juste quelque chose pour montrer qu'il avait entendu, qu'il avait au moins compris. Que même si le garçon ne reconnaissait plus le nom qui lui était sien, il y avait toujours quelque chose, une once de familiarité qui lui ferait marquer une pause.
- Peter !
Rien. Il n'y avait plus rien de Peter chez V9.
- Parle-moi de Vincent.
C'était dans ces moments-là que Ciel regrettait son autre œil. Le roulement de l'œil exaspéré perdait de son impact lorsqu'il n'y en avait qu'un.
- Nous en avons déjà beaucoup parlé. Je n'ai rien de nouveau à dire, répliqua-t-il à la place, sur ses gardes.
Cela faisait dix minutes depuis le début de la séance et il n'arrivait pas à se calmer. Enfin, se calmer en présence de Faustus. La pièce était à nouveau immaculée, toute trace de la petite crise de Ciel disparue. Il s'y était attendu, cependant. Mais le plus déroutant, c'était ce silence. Le bruit était remarquable dans son absence, comme si Ciel s'était habitué à ce qu'il y ait trois personnes dans la pièce et désormais ils n'étaient plus que deux.
Alors cela n'avait pas été dans sa tête. C'était à la fois soulageant et concernant. D'un côté, il n'était pas plus fou que d'ordinaire, en oubliant l'incident du bureau. D'un autre côté, maintenant que Claude avait abandonné le bruit pour l'atteindre, il avait sans l'ombre d'un doute d'autre tours dans son sac.
- Tu as menti les autres fois. Je veux que tu me dises la vérité.
Il ne fallait pas être un génie pour deviner ce que Claude avait en tête. Ce dernier était tellement déterminé à ce qu'il ait des traumatismes paternels, c'en était ridicule.
Se faire accuser de menteur fit monter sa colère, mais Ciel la réprima. Il avait déjà perdu la tête une fois et cela avait été une perte de contrôle désastreuse. Il ne pouvait pas recommencer. Il avait échappé à La Pièce cette fois-ci mais il savait que Claude ne laisserait un tel manque de respect passer de nouveau sous la trappe.
Plutôt que les multitudes réponses salées qui le démangeaient, l'une d'elles expliquant clairement où Claude pouvait mettre sa vérité, Ciel répondit :
- Pourquoi ne me parleriez-vous pas de lui, puisque vous êtes apparemment un véritable expert en la matière ?
- Et si nous faisions un compromis; je vais te dire ce que je sais et ensuite tu me diras ce que tu en penses. D'accord ? proposa Claude, indulgemment.
Ciel ne manqua pas le sous-entendu des paroles de Claude, cette sale fouine – à contrecœur, si ce n'est pour au moins faire avancer les choses et en finir aussi vite que possible avec cette séance, il accepta.
- D'accord. J'accepte.
Claude commença.
- Vincent avait vingt-sept ans lors de sa mort, dit Claude, regardant ensuite Ciel pour avoir son avis.
Franchement, le garçon avait du mal à s'en souvenir. Enfant, on ne prend jamais en compte l'âge, à part le sien. Les adultes sont des adultes, vieux. Alors, incapable de réfuter, Ciel acquiesça vaguement et fit signe au docteur de reprendre.
- Il avait les yeux gris, continua Claude.
Ciel acquiesça avec davantage d'empathie cette fois. Il ne se souvenait que trop bien de ces yeux.
- C'était quelqu'un de très aimable la plupart du temps. Un homme très ouvert.
- Hmm. Il était très chaleureux. Très immature, par contre. Beaucoup trop sensible, ricana Ciel.
Il se retrouva à parler malgré le fait qu'il se soit promis de ne rien dire. Il pouvait la sentir venir, la prochaine question, le sentiment d'appréhension par rapport à ce que Claude allait faire au nom de Vincent, à sa mémoire. Et avec, l'irraisonnable détermination de défendre ce nom. Pas avec des mensonges parce qu'il n'avait jamais menti à propos de Vincent et que les mensonges n'étaient pas nécessaires – la vérité suffisait.
- Sa relation avec ta Mère, Rachel, était éreintée, remarqua Claude, pas de ton particulier à sa voix, un simple fait.
La colère de Ciel monta d'un cran mais il la réprima, son tempérament ne lui échappant pas cette fois. Aussi stablement que possible, Ciel répondit.
- Ils avaient une très bonne relation, en fait. Ils s'aimaient.
Claude marqua une pause, tapant son stylo contre le dossier ouvert sur son bureau, ne regardant pas Ciel directement. Lorsqu'il le regarda, il arborait une sorte de fatigue alors qu'il le corrigea.
- J'ai crû comprendre qu'ils s'étaient mariés jeunes, tous les deux âgés de dix-sept ans, l'âge que tu as aujourd'hui, parce que Rachel est tombée enceinte de toi. Ce n'était pas un mariage d'amour; c'était un mariage précipité.
Ciel pouvait sentir une grimace sur son visage mais il ne la fit pas disparaître, toute son attention mobilisée afin de rester silencieux face au poison craché par ces lèvres. Pas de réponse du garçon, ni de refus ou autre, Claude reprit.
- Leur relation a continué à se dégrader lorsqu'ils ont déménagé à Renbon.
Le sentiment d'effroi pesant sur Ciel s'écrasa sur lui avec ce mot, le nom de cet endroit. Il ne voulait pas en entendre davantage.
- Concernant ce qui est arrivé à Renbon... Rachel n'était absolument pas impliquée et n'hésitait pas à faire savoir son opposition. Cependant, Vincent était un participant actif-
- Assez, dit Ciel, soulagé qu'il ait réussi à ne pas hurler.
Certain qu'il pourrait continuer avec le même calme approximatif, il se laissa reprendre.
- Je vous interdis. Mon Père n'a jamais levé une main sur moi. Il n'a fait qu'essayer de me protéger.
Claude arrêta de taper du stylo, le posant sur les feuilles. Le regard qu'il arborait en jetant un œil à Ciel n'était que pitié, et il bouillonna. Il y eu de l'hésitation dans sa voix lorsqu'il demanda doucement :
- S'il s'agit de la vérité, pourquoi Vincent ne t'a-t-il jamais emmené loin de Renbon ?
Ciel tomba de haut. Ce fut bref, pas plus d'une seconde, mais le moment où il hésita à répondre, bafouillant, Claude avait gagné.
- Ce n'était pas aussi simple que ça...
Il n'entendit pas Claude se lever de sa chaise ou faire la tour du bureau pour se tenir à côté de lui. Plaçant gentiment une main sur l'épaule de Ciel, Claude dit :
- Nous allons en rester là pour aujourd'hui. Penses-y quand même, d'accord ?
De la vapeur s'éleva dans l'air de la salle de bain attenante, aussi épaisse et chaude que l'eau où Ciel baignait. La condensation avait complètement embué le faux miroir – du plastique avec une sorte de papier aluminium reflétant dessus, un remplacement pas cher – et il s'agissait du type de chaleur pesante qui donnait envie de dormir.
La température n'était cependant pas aussi chaude que le sang de Ciel. Dernièrement il avait l'impression de ne ressentir que de la colère à des degrés variables, et cette simple impression l'énervait encore plus. Un véritable cercle vicieux.
Ses niveaux de colère avaient beau avoir varié, leur source restait la même; Claude putain de Faustus. Comment ce sac à merde pouvait-il se permettre de se comporter comme s'il avait toujours connu Vincent, Ciel ne la connaissait pas, mais il reconnaissait le fait que son Père ait eu une vie avant un fils. Ils s'étaient peut-être rencontrés, peut-être s'étaient-ils même connus. Mais c'était insultant de la part de Faustus de faire comme s'il connaissait Vincent mieux que lui. Claude ne savait rien – mais, et ça lui faisait mal de simplement y penser, il mettait le doigt sur quelque chose.
Ciel détestait cela. Il détestait réellement, véritablement cela. Le talent que Claude avait pour l'agacer, juste comme ça, parce que Ciel y avait pensé. En fait, il y avait énormément pensé.
Pour lui, Vincent était bien plus important que les autres. Lorsqu'il se rappelait de son Père, Ciel se rappelait de son héros. Il était l'allégorie d'un « ange gardien ». S'il tombait, il le rattrapait. S'il y avait un monstre dans le placard, il le faisait fuir. S'il se coupait ou avait un bleu, il l'embrassait mieux que personne. Mais... Cette image ne collait pas même avec les propres souvenirs de Ciel, sans parler de ce que Claude voulait lui faire avaler.
Vincent était son ange gardien. Alors pourquoi n'avait-il jamais tenté d'emmener Ciel loin de ce dont il devait être protégé ? Il avait dit à Claude que les choses avaient été plus compliquées, mais en réalité, à quel point cela pouvait-il être compliqué de fuir pour le bien-être de son enfant. Il n'arrivait pas à s'empêcher de penser que... la version des faits de Claude avait beaucoup plus de sens que la sienne.
Ciel réalisa ce qui venait de lui traverser l'esprit et il grogna, se laissant glisser sous la surface de l'eau comme pour nettoyer toutes preuves d'un accord avec Faustus. C'était exactement le type de conneries auxquelles Claude voulait lui faire penser ! Commencer à douter, à vaciller, pour que Claude ait plus de facilité à rentrer dans sa tête et à détruire ce qu'il restait de Ciel. Non. Non, il ne le laisserait pas. Six ans, six ans durant lesquels Ciel s'était accroché à sa propre vision des choses – ah, mais n'était-ce pas la même vision des choses qui lui avait dit que Finny n'était pas réel ? Ces jours-ci, c'était ce qui revenait toujours. Son esprit, son seul compagnon fidèle l'avait trahi. La seule chose qu'il croyait tant avait été incroyablement fausse. Si cela n'avait pas été grâce à Sebastian, il aurait vécu sa vie en croyant ce mensonge – il n'y a pas de Finny – et n'aurait jamais su la vérité. Si son esprit s'était trompé pour Finny, il ne pouvait pas savoir combien d'autres choses avaient été et étaient toujours fausses. Renbon, Le Feu, Vincent.
Il ne pouvait plus l'ignorer; il ne pouvait plus se faire confiance.
La panique fit son apparition avec cette simple pensée et Ciel dut se rasseoir dans la baignoire, dut respirer. La vapeur dans l'air semblait l'étouffer.
S'il y avait bien une chose que Ciel Phantomhive n'avait jamais été, c'était un idiot. En fait, il était probablement très loin de là. Il avait réalisé il y a bien longtemps qu'il n'allait pas survivre seul à St. Victoria. C'était ce pourquoi il avait accepté les innombrables tentative d'amitié de Joker, laissé Soma dans son monde, s'était plus ou moins ouvert à Freckles, et avait même tendu la main de la camaraderie à Alois. Après tout, le monde était contre eux, les murs qui les enfermaient leurs ennemis. La dernière chose qu'il devrait faire c'était en vouloir à ses comparses. C'était encore plus vrai à présent, et de la même manière qu'il s'était forcé à former des liens avec les autres patients, faisant parti des Nous plutôt que de l'un d'Eux, il devait trouver un autre esprit sur lequel se reposer.
Si Ciel n'était plus en mesure de se faire confiance, alors il devait trouver quelqu'un de confiance. Il n'y avait pas beaucoup de choix, et en réalité, il n'y avait qu'un seul réel candidat. Cela n'aurait jamais pu être l'un de ses congénères. Ils n'étaient pas mieux que lui, si ce n'est pire. Parmi eux, il était probablement le plus stable, même en prenant en compte son récent comportement assez problématique.
Ce devrait être Sebastian, sans l'ombre d'un doute. L'homme qui avait résisté au Changement, qui avait prouvé sa valeur et sa loyauté maintes et maintes fois. L'homme lui était sien, Ciel le savait, parce qu'il y avait planté ses serres avant que l'Institut en ait eu la chance. Cependant, ce n'était pas définitif. Tout cela pouvait changer en un instant. Sebastian pouvait changer en un instant, et Dieu sait que le personnel y comptait, la Section V et les patients expérimentaux en étant un bon exemple. Le Changement avait toujours été imprévisible et irréversible, le rendant véritablement terrifiant. Sebastian pourrait très bien venir dans les quartiers aujourd'hui en véritable monstre, une sorte d'ombre de l'homme qu'il avait été, ce dernier à qui Ciel était prêt à accorder sa confiance bien gardée.
Ils avaient besoin de quelque chose de plus fort. De plus profond. Quelque chose qui lierait entièrement Sebastian à lui. Et Ciel avait une assez bonne idée de quoi.
Lorsque Sebastian fut enfin libéré de son tour dans la Section V, il alla droit dans la chambre de Ciel. Ce n'était pas comme s'il en savait plus qu'avant, mais il se sentait encore obligé de partager ses tentatives inutiles de communication avec le garçon.
Passer le seuil de la chambre de Ciel fut comme marcher tête la première dans un mur de chaleur. La porte de la salle de bain était grande ouverte et bien qu'il était en mesure de voir que la baignoire était vide, il y avait encore de la buée, la pièce étant un vrai sauna. Présent depuis pas plus d'une minute, la peau de Sebastian était déjà humide, que ce soit à cause de la sueur ou simplement à cause de la vapeur autour d'eux.
Sans trop de surprise, Ciel était avachi sans aucune gêne sur son lit, les draps en pile à ses pieds. Il était dans un état second, la paupière sautillant dans un rêve que lui seul voyait. Il n'était pas dur de comprendre qu'il venait de se laver, et encore plus qu'il n'avait pas pris la peine de se sécher correctement après. L'uniforme peu flatteur des patients collait à son corps, le tissu blanc trempé montrant brièvement la peau rosée dessous. Le corps fin si ce n'est fragile était apercevable à un degré presque indécent et Sebastian trouva cela quelque peu étrange que Ciel se laisse être vu aussi vulnérable, surtout en sachant parfaitement que sa porte n'était pas verrouillée. Ses cheveux mouillés bouclaient légèrement au bout, laissant une trace humide sur son oreiller, et de petits filets d'eau coulaient encore le long de son cou.
- Mmf-
- Tu vas retomber malade comme ça, l'avertit Sebastian en s'asseyant à sa place habituelle à côté du bureau, indifférent au regard vicieux qui lui était adressé par le garçon à présent réveillé.
Ciel retira la serviette de son visage, n'ayant pas l'air aussi endormi que quelqu'un qui viendrait de se réveiller, et il cracha un remerciement très peu convaincant. Tout comme le regard, Sebastian ne fit pas attention au ton, un peu plus qu'habitué aux humeurs de Ciel ces jours-ci.
- De rien. Sinon, j'étais seul à la Section aujourd'hui, commença Sebastian, et Peter faisait un véritable raffut.
Ciel acquiesça sans prêter attention à ce qu'il venait de dire, se baissant un peu afin de prendre un rubik's cube oublié au pied du lit. Il le résolvait toujours mais finissait par mélanger les couleurs pour la prochaine fois qu'il s'ennuierait.
- Il était aussi perdu que d'habitude, alors je n'arrivais pas à savoir qu'est-ce qui n'allait pas avec lui. Je pense que son œil – enfin, son absence d'œil – lui faisait mal. Dieu sait que l'on peut voir l'infection à l'autre bout de la pièce.
Alors qu'il parlait, Ciel était clairement plus intéressé par le jouet dans ses mains que par ce que racontait Sebastian, tournant les différentes colonnes comme si aligner les couleurs était la chose la plus importante qu'il puisse faire. Il fit un faux mouvement et le jouet roula au sol. Par automatisme, Sebastian se leva et se baissa pour le ramasser, et – et l'œil de Ciel n'était certainement pas sur le rubik's cube dans ses mains.
Oh, pour l'amour de Dieu.
L'opinion que Sebastian avait de Ciel pût être assez bien définie lorsque la première chose à laquelle il pensa en remarquant le regard pas si subtil sur son derrière fut, « Qu'est-ce que Grell a encore fait à mon pantalon ? »
Avec un sourire narquois, il jeta le rubik's cube à Ciel et demanda :
- Tu vois quelque chose qui te plaît ?
Il s'attendit à un ricanement moqueur ou à un roulement de l'œil méprisant. Probablement une raillerie sur ses cheveux, juste pour être sûr. Ce qu'il eut à la place fut un sourcil levé et un courbement des lèvres qui pouvait seulement être vu comme... suggestif.
Si Sebastian ne le connaissait pas mieux que cela, il aurait pensé que Ciel essayait de le draguer, mais il le connaissait, et les mots « Ciel » et « drague » ne pouvaient pas être dans la même phrase, même pas dans sa propre tête. Ce n'était pas compatible. D'une, il était sûr et certain que le garçon n'avait rien qui puisse se rapprocher de la libido, un élément clé dans l'attirance. Ciel était beaucoup trop... froid pour cela.
- … Bref, reprit Sebastian en revenant à sa place, comme j'étais seul, je me suis dit qu'il n'y avait rien de mal à tenter de lui parler. Le mot clé étant tenter. Il n'a même pas reconnu son propre...
Les couleurs pas encore alignées, Ciel haussa brièvement les épaules et jeta le jouet de côté, le laissant loin au bout de son lit. Prétendant au moins être attentif cette fois, il croisa rapidement le regard de Sebastian et acquiesça, puis il se mit à fouiller dans l'un de ses tiroirs. Il était dur de savoir comment le garçon se procurait sa marchandise, mais le tiroir ne manquait pas de sucreries, chaque petit emballage plus diabétique que l'autre. Sortant l'une des nombreuses sucettes, Ciel se mit à la déguster, la tentative peu concluante de prétendre écouter abandonnée.
- … Mère. Je l'ai contactée, convaincue d'aller voir Peter. Horrible femme, un caractère de cochon, je comprends mieux comment il a pu finir ici.
Définitivement pas en train d'écouter alors. Ciel continua à acquiescer dans le vide, léchant langoureusement la sucette, sa langue prenant rapidement une teinte de cerise rouge. Sebastian avait déjà vu Ciel manger auparavant. Ce n'était pas quelque chose qu'il retenait en particulier, ça aurait été un peu étrange autrement, mais lorsque l'on passait autant de temps qu'eux avec quelqu'un, on apprenait les manières et les habitudes de l'autre. Sebastian savait donc que Ciel n'avait jamais eu pour habitude de déguster sa nourriture comme dans un film porno amateur – de longs coups de langue exagérés, passant le bout sur ces douces lèvres roses, suçant d'une manière qui serait plus utile sur, eh bien, vous savez – ce n'était simplement pas le genre du garçon, et pourtant...
Sans pouvoir s'en empêcher, Sebastian éclata de rire. C'était plus fort que lui. Fixer ses fesses était une chose mais faire une pipe à une sucette ?
- Devrais-je vous laisser seul toi et cette sucrerie, Ciel ?
Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase pour Ciel. En entendant la question railleuse, ses oreilles devinrent rouge écarlate, le reste de son visage ne tardant pas à les rejoindre. Retirant le bonbon de sa bouche, il fit la moue et demanda :
- Pourquoi rends-tu cela aussi difficile, bon sang ?
Sebastian n'aurait pas été plus étonné si le garçon s'était mis à parler dans une autre langue.
- Et qu'est-ce que cela exactement ?
Il y aurait pu y avoir une infinité de réponses à cette question, toutes aussi étranges les unes que les autres, mais la dernière à laquelle il s'attendait de la part de Ciel lui fut aboyée dessus.
- J'essaye de te séduire, imbécile !
Il y eu un moment de silence. Ciel, fronçant les sourcils, le nez plissé de dégoût, son rougissement embarrassé se calmant, semblait penser qu'il s'agissait d'une réponse parfaitement acceptable puisqu'il ne dit rien d'autre et se contenta de regarder Sebastian avec appréhension. L'homme voulait rire de plus belle, bien qu'il sache pertinemment avec quelle force Ciel était capable de jeter ce rubik's cube heureusement oublié au sol, pour l'instant, à ses pieds. D'un autre côté il se demandait qu'est-ce qui avait censé être séduisant dans ce que Ciel avait fait. Peut-être que voir un Ciel Phantomhive mouillé exciterait certaines personnes, mais après avoir eu à s'occuper de lui lorsqu'il était malade, Sebastian avait surtout peur de devoir rejouer l'infirmière avec le pire de patients. Il n'était pas enthousiaste à l'idée de se reprendre des compresses froides au visage. Bon, le sourire narquois comptait peut-être, mais il souriait très souvent de cette manière alors était-ce réellement étonnant que Sebastian est d'abord pensé qu'on se moquait de lui ? Mais... la sucette ? Vraiment ? Où diable avait-il appris ça, dans un mauvais porno ?
Au lieu de rire au nez de Ciel, Sebastian courba les lèvres en un sourire sournois, et il ricana.
- Si c'est le cas, alors tu as vraiment besoin de revoir tes techniques de dragues.
Mettant la sucette ratée de côté, Ciel s'assit droit sur le lit, réussissant d'une manière ou d'une autre à reprendre un air de dignité malgré le rouge toujours présent sur le bout de ses oreilles. Il inspira profondément et prit le taureau par les cornes.
- Écoute, il est évident que je ne suis pas doué pour draguer, alors soyons francs, d'accord ? Tu es attiré par moi.
- Dis donc, on est imbu de soi-même.
- Alors tu le nies ?
Il y avait une certaine assurance dans sa voix, une confiance que Sebastian n'arrivait pas vraiment à comprendre. Il avait beau essayer, il n'arrivait pas à se souvenir d'un moment où il aurait fait preuve d'un certain attachement en dehors des limites de leur étrange petite amitié. Évidemment, on ne pouvait pas dire le contraire, Ciel Phantomhive était quelqu'un d'attirant. Il était d'une beauté porcelaine; une peau blanche poudrée, l'œil qui lui restait d'un bleu profond qui devenait plus intense lors de ses pics de tempérament, une silhouette pour laquelle n'importe quel mannequin aurait tué. Même sans prendre en compte le physique, il y avait quelque chose d'attirant chez lui. La manière qu'il avait de se tenir, de diriger une pièce et tout ceux qui y étaient sans avoir à dire quoi que ce soit, on ne pouvait nier qu'une telle présence n'était pas une qualité très alléchante. Même l'indifférence qu'il présentait ne le rendait que plus attrayant, les rares instants de chaleur comme un piège du Malin – il s'en souvenait le mieux, étant donné leur rareté, les entre-deux avec Joker et Finny, où Ciel avait mis de côté son désintérêt, et Sebastian avait assurément était fasciné par ces moments-là.
Oh oui, Ciel était attirant, Sebastian le reconnaissait, mais cela ne voulait pas dire qu'il était particulièrement attiré par lui, si ?
Ses poils se mirent à se hérisser sans qu'il sache pourquoi.
- Tu as... un certain charme, je suppose, concéda Sebastian. Où veux-tu en venir ?
Le visage de Ciel affichait la même exaspération qu'une personne essayant de convaincre un enfant, non, ce n'est pas parce que c'est une image de nourriture que tu peux la manger.
- Tu es attiré par moi. Je suis attiré par toi. Où diable penses-tu que je veuille en venir ?
Sebastian blêmit.
- Tu n'es pas sérieux.
- Autant qu'un AVC.
La discussion avait pris une tournure presque surréaliste. Sebastian dut se demander s'il ne s'était pas endormi – il avait pris l'habitude de faire cela dans la chambre de Ciel après des tours particulièrement éreintants dans la Section V – et si tout cela n'était qu'un rêve causé par l'épuisement. Ce devait être cela; il était inconcevable que Ciel lui fasse des avances, le garçon qui avait presque réussi à étrangler un adulte en bonne santé parce que ce dernier avait osé le toucher.
Incroyablement mal à l'aise et plus que légèrement confus avec la tournure des événements, Sebastian se pressa pour trouver une réponse, réussissant à dire :
- Tu es un peu jeune pour moi, tu ne penses pas ?
- Je suis légal.
- Tu es un minet.
- Je suis sûr que si je savais ce que cela voulait dire, je serais offensé. Écoute, - le garçon secoua la tête en essayant d'en revenir au sujet -, tu es ici depuis un moment, pas vrai ? Plus de six mois, au moins. Tu es un jeune homme en bonne santé. Tu as des besoins.
Sebastian eut beaucoup de mal à ne pas grimacer. Comme si se faire draguer par quelqu'un deux fois plus jeune que lui n'était pas assez gênant, Ciel avait soudainement pris le rôle d'une enseignante. Cela lui rappelait les horribles cours d'éducation sexuelle au lycée, où on lui disait que ses besoins étaient normaux, où l'on s'entraînait à mettre un préservatif sur une banane, le tout dans une ambiance médicale. Il s'attendait presque à ce que Ciel lui fasse un discours de prévention sur les rapports sexuels protégés.
- Et soyons francs, à moins que tu dises adieu à ton amour propre et t'abaisses à Grell, tu ne feras rien avant un bon moment. Je suis un adolescent avec des hormones, je suis programmé pour être excité comme un lapin, que je le veuille ou non. Pour moi, nous pouvons nous entraider, finit Ciel avec un léger haussement d'épaules, comme s'il suggérait d'aller déjeuner ou d'acheter une nouvelle paire de chaussures.
Bien qu'il détestait la simple idée d'y penser, Sebastian devait l'admettre, le petit avait raison. Cela faisait effectivement une éternité depuis la dernière fois qu'il avait fait l'amour. Cela n'avait jamais été un problème auparavant. Ce n'était même pas de la vantardise lorsqu'il disait pouvoir trouver des partenaires sans aucun problème. Il était arrivé à l'âge où l'on commençait à remarquer le sexe opposé, ou dans certains cas le même, en même temps qu'il ait enfin mûri et perdu ses airs puérils. Il n'avait donc jamais manqué d'opportunité. Femmes, hommes, c'était rare qu'il n'ait pas qui il voulait et plutôt que de lui donner plus envie, il avait du mal à poursuivre quelqu'un qui n'était pas intéressé et il perdait lui-même tout intérêt.
Cela faisait-il réellement six mois ? Bon sang. Avec la tournure inattendue que sa vie avait prise après son arrivée à St. Victoria, tout le reste était devenu secondaire, sa libido inclus apparemment. Il n'était même plus à l'aise à l'idée de se toucher, les rares fois où il avait glissé sa main sous la ceinture de son pantalon avaient semblé être le signal envoyé à ses voisins psychotiques pour qu'ils viennent toquer. Comme Ciel l'avait dit, la dernière chose qu'il voulait c'était que Grell le voie faire ça et le prenne comme une invitation. Il aimait bien son amour propre.
- Je ne dirai pas le contraire... Cela fait un moment, admit Sebastian avec hésitation, bien que reprenant rapidement. Mais quoi qu'il en soit, il est plus qu'évident que tu n'aimes pas être touché, Ciel. Et je ne parle pas d'un simple sentiment de malaise, mais d'un véritable dégoût. Peu importe si je n'ai pas fait l'amour depuis longtemps, je ne suis pas en manque au point où je coucherais avec quelqu'un qui serait écœuré tout du long, consentant ou pas.
Ciel resta silencieux, réfléchissant. Alors qu'il ouvrit la bouche pour parler, il se retourna entièrement pour faire face à Sebastian, s'assurant que ce dernier le regarde dans l'œil. Ce qu'il allait dire était important. Ce qu'il allait dire devait être entendu.
- Je ne vais pas te mentir, j'ai une phobie du toucher, et tu as vu jusqu'à où cela peut aller. Mais cela ne veut pas dire que je suis complètement frigide, tu sais. Et cela varie selon les personnes. Soma et Alois sont toujours collants avec moi, je ne me sens pas malade chaque fois qu'ils me touchent. Freckles peut être un peu plus tactile aussi. Je ne vais pas lui hurler dessus à cause de ça. Je suis un grand garçon, Sebastian, je peux m'occuper de moi. Et puis, pouffa Ciel, une once de sournoiserie revenant dans sa voix, il y aura des règles, évidemment.
- … Des règles ? demanda Sebastian avec hésitation, curieux malgré lui.
- Trois, pour être précis, répondit promptement Ciel.
Il ne put empêcher un sourire narquois et railleur de se former.
- Continue.
- Règle numéro une, - Ciel leva son index -, pas de baiser. Je n'ai jamais compris ce qu'il y avait de si bien à cela et ce n'est simplement pas hygiénique. Règle numéro deux, - son doigt d'honneur rejoignit le premier -, pas de pénétration. Là encore, je ne vois pas ce qu'il y a d'excitant, et il y existe pleins d'autres manières de se faire plaisir sans avoir recours à l'acte sexuel. Et règle numéro trois, - son annulaire rejoignit les autres dans leur position levée -, je reste partiellement si ce n'est entièrement habillé. Cela va sans dire.
Ça n'allait pas vraiment sans dire mais Sebastian ne s'embêta pas à le faire remarquer. Il était toujours dans l'incrédulité. Ce matin, tout ce qui l'inquiétait c'était ses heures dans la Section V et ce qu'ils essayeraient de lui faire faire. Maintenant, Ciel Phantomhive lui proposait du sexe. Il pouvait dire, et avec la plus grande honnêteté, qu'il ne l'avait pas vu venir.
Sebastian fronça gravement les sourcils.
- S'est-il passé quelque chose durant ta séance avec Faustus ?
Ciel cligna de l'œil tel un hibou.
- Quoi ? Pourquoi ?
- C'est... C'est comme si cela sortait de nulle part, Ciel. L'autre jour, nous parlions de Peter, ou – ou de quelles étaient les chances que Ash et Angela soient en fait des clones amibiens. Bon sang, nous parlions de l'apocalypse zombie encore hier ! Et maintenant tu me fais du rentre-dedans ? Quelque chose est clairement arrivé pour te faire penser à moi de cette façon. Alors soit tu as eu un rêve érotique d'un seul coup, soit quelque chose est arrivé lors de ta séance. Je serai plutôt du genre à pencher vers la deuxième hypothèse.
Ciel fronça les sourcils, à l'identique de Sebastian. Bon sang, était-il obligé de tout décortiquer ? On lui offrait du sexe sans liens affectifs et il posait des questions. Ne pouvait-il pas simplement accepter comme n'importe qui d'autre l'aurait fait ? Apparemment non, étant donné que Sebastian était toujours assis en attendant une réponse à sa stupide question. Très bien. S'il voulait qu'il y ait un sens profond et psychologique derrière tout cela, Ciel pouvait parfaitement sortir des conneries à la Freud pour le satisfaire.
- Après toute l'histoire de Finny, je... Je me suis demandé ce qu'ils avaient fait d'autre, Sebastian. À ma tête, mes pensées, mes souvenirs. Ils peuvent clairement embrouiller tout cela. Je... Je ne suis plus sûr de rien. Je n'arrête pas d'y penser et cela me rend malade. J'ai besoin de quelque chose. Quelque chose dont je peux être certain, quelque chose de physique, quelque chose qui me ferait garder les pieds sur terre. Tu es le seul à qui je peux faire confiance pour être ce quelque chose.
Ciel se surprit lui-même avec cet aveu. Cela avait été plus proche de la vérité que ce qu'il avait prévu, après tout. Il n'eut pas le temps de regretter, cependant. Vérité ou mensonge, intentionnel ou pas, cela avait fonctionné.
Sebastian l'approcha lentement, comme s'il lui laissait une chance de retirer tout ce qu'il avait dit, de faire la poule mouillée et d'annuler l'offre. Il n'en fit rien, observant simplement Sebastian s'avancer lentement vers lui. Il ne monta pas sur le lit comme Ciel s'y était attendu, à la place il s'agenouilla devant lui. Mettant ses mains avec précaution sur les genoux de Ciel, Sebastian se permit un autre petit sourire, et lança espièglement :
- Un conseil; lorsque tu pratiques le subtil art de la séduction, essaye de ne pas en faire un contrat.
Ciel n'eut pas le luxe de répliquer à cette agaçante remarque avant qu'il soit tiré par les genoux hors du lit et contre le torse de Sebastian. Il se laissa glisser au sol, le dos reposant contre le côté de son matelas.
L'homme aux cheveux noirs se rua sur lui, comme s'il s'apprêtait à embrasser le garçon placé entre ses jambes. Avant que Ciel puisse le gronder pour être sur le point de transgresser la toute première règle pas même cinq minutes après qu'elle ait été établie, Sebastian changea de direction, posant ses lèvres contre le cou du garçon à la place. Plutôt qu'une langue titilleuse, ce furent des dents qui s'affairèrent sur la peau, mordillant d'une douleur timide. Génial. Comme embrasser et baiser, Ciel ne voyait pas ce qu'il y avait d'excitant dans le fait d'être léché, avoir quelqu'un baver sur lui n'était pas sexy.
Un frisson commença à parcourir la peau de Ciel, un léger manteau de dégoût le recouvrant et grouillant sur sa chair, semblable à de minuscules insectes avec beaucoup trop de pattes. Sebastian n'était même pas (encore) en train de se servir de ses mains, ses dents titillant simplement son cou, mais déjà l'écœurement frappait à la porte, déterminé à se frayer un chemin chez lui.
Respire.
Ce fut alors la soudaine envie de s'échapper qui lutta contre le dégoût. Ses mains mouraient d'envie de se presser contre le torse de Sebastian – pas pour le toucher, pas pour sentir, mais pour pousser, pousser l'homme et ses touchers loin de lui et libérer un chemin vers la porte de sa chambre et la liberté. C'était suffocant, avoir le torse de Sebastian toucher le sien, et il tenta de se raisonner, il t'a à peine touché. Il y a assez de distance entre vous pour respirer.
Lorsque le raisonnement ne fonctionna pas, n'accueillit pas l'air dans ses poumons compressés, il en vint à la discipline.
Arrête ça. Tu as voulu cela, tu vas l'accepter. Tout va bien, Ciel, d'accord ? Il ne te fait pas de mal, il n'essaye même pas, et si tu lui dis d'arrêter,il le fera.
Ce fut d'une certaine aide. Il répéta encore et encore dans sa tête – si tu lui dis d'arrêter, il le fera – et l'effrayante suffocation s'atténua. Une touche n'était pas si intimidante que cela lorsque l'on pouvait la contrôler, et Ciel était en contrôle de la situation.
Il devait tester ce contrôle, cependant. S'assurer qu'il était réellement celui qui décidait de ce qu'il se passait et de quand cela s'arrêtait, alors il prit une poignée de cheveux de Sebastian et tira l'homme loin de son cou.
- Arrête de jouer la vierge effarouchée et mords-moi.
Il espérait que Sebastian prenne son souffle haleté pour de l'excitation plutôt que la panique qui commençait à disparaître, et si le regard vitreux et le sourire désireux étaient une bonne indication, son espoir n'était pas en vain. Les mains de Sebastian se posèrent légèrement sur ses hanches alors qu'il souffla :
- Oui, monsieur.
Il se pencha à nouveau afin d'enfoncer efficacement ses dents dans la clavicule de Ciel. Ce n'était pas une morsure joueuse comme les autres semi-mordillements, une morsure douloureuse que Ciel ne détesta pas. Ce n'était pas de la romance et voir que Sebastian ne prétendait pas que cela en était, c'était soulageant.
Le dégoût du début commençait à s'évanouir et son corps se mettait à réagir à Sebastian. L'une des mains de l'homme avait glissé entre leurs corps, sa paume malaxant la bosse grandissante dans le pantalon de Ciel. L'autre main se baladait près de l'ourlet de son haut, la pulpe de ses doigts suivant légèrement la courbe de son estomac, un toucher qui chatouillerait d'ordinaire mais sur le moment, alors que la chaleur montait dans le creux de son estomac, il ne fit que le brûler davantage.
Même lorsque l'excitation de Ciel amplifiait, la petite voix au fond de sa tête se faisait savoir, lui ordonnant de fuir avant que les choses empirent. Le dégoût avait presque entièrement disparu, cependant, et il était plus facile de la faire taire.
Je vais m'y habituer, parce que je dois m'y habituer, pour nous deux.
La main jouant avec son estomac s'apprêta à retirer son haut et Ciel réagit pour la première fois au toucher, attrapant fermement la main baladeuse. Sebastian le regarda avec curiosité, l'autre main continuant ses massages taquins, le tissu contre la peau ne rendant le frottement que pire – enfin, meilleur.
- Mon haut reste, ordonna Ciel, sa voix heureusement pas aussi haletante qu'il le redoutait.
Sebastian ne répliqua pas, laissant une dernière morsure au cou de Ciel avant de se baisser au maximum dans sa position et de se débarrasser de ce fichu bout de tissu entre eux. L'homme ne se servit pas de ses mains cette fois, se penchant assez et rendant Ciel défait sous lui seulement à l'aide de sa langue.
Ciel ne se mit pas à gémir comme un écolière dévergondée, quelque chose que Sebastian trouva plus que satisfaisant. Mais il n'était pas non plus silencieux sous les bons soins de Sebastian. Avec chaque trait que sa langue laissait sur la chair, de petit et presque inaudibles grognements s'échappaient des lèvres fermement scellées de Ciel, le souffle plus fort à chaque instant. Lorsqu'il atteint le point de non-retour, ce fut dans un grommellement forcé, le garçon tentant de rester silencieux mais en étant finalement incapable.
Son visage d'un rouge délicieux, Ciel reprit son souffle. Pendant un moment, il fut incapable de croiser le regard de Sebastian, regardant partout sauf vers l'homme entre ses jambes, mais une fois que sa respiration lui fut revenue, la honte partit également.
Leurs yeux se croisèrent intensément et Ciel dit seulement :
- Je ne ferais pas cela. C'est indécent.
Le garçon ne tenta pas d'en faire des tonnes comme les amants passés de Sebastian l'avaient fait, pas d'actions théâtrales, pas de tentatives voulues d'avoir l'air sensuel. Pourtant lorsque Ciel passa sa langue contre la paume de sa main, laissant une traînée brillante, le pantalon de Sebastian se resserra quelque peu, et il dût admettre qu'au moins à ce moment-là, il y avait quelque chose de très attirant chez Ciel pour lui.
Ciel garda ce regard intense alors qu'il déboutonna le pantalon de Sebastian et descendit la braguette, glissant sa main dans le boxer de l'homme. La salive sur sa paume était à la fois enivrante et exaspérante lorsqu'elle toucha la chair brûlante de Sebastian, et il lui fallut de peu pour ne pas se relâcher dans la main du garçon. Ciel était sans pitié avec ses caresses, intentionnellement lentes et prolongées, et le minuscule sourire presque imperceptible mais sans aucun doute sournois, rendait clair le fait que le rythme infernal était calculé.
Malgré le fait qu'il se soit déjà fait la même chose tout seul de nombreuses fois comme Ciel le faisait à présent, savoir que ce n'était pas sa main qui provoquait cette exquise exaltation était beaucoup plus excitant. La paume de Ciel était douce, épargnée par le travail manuel qui avait durci celle de Sebastian et laissé de dures callosités sur ses doigts, et l'homme se rendait bien compte de cette douceur alors qu'elle lui passait dessus avec une lenteur atroce.
Lorsque Ciel eut finalement pitié et accéléra, donnant à Sebastian le même moment d'euphorie qu'il avait lui-même accordé au garçon plus tôt, ce ne fut pas avec la même retenue déterminée dont Ciel avait fait preuve. Ciel avait réussi à se contenir grâce à l'envie de rester silencieux. Sebastian dût mettre son visage contre le creux du cou de Ciel afin d'essayer d'étouffer sa voix.
Alors que Sebastian reprenait son souffle, redescendant du moment de plaisir, Ciel se dégagea de sa position entre l'homme et le lit et disparut dans la salle de bain. Il revint aussi vite qu'il était parti, essuyant sa main avec un torchon humide, le jetant à Sebastian lorsqu'il eut fini.
- Ton tour devrait bientôt finir, dit le garçon en resserrant la ficelle de son pantalon.
Sebastian n'avait jamais été du genre à rester sans voix, une réponse toujours prête à sortir quelque soit la situation, alors ce fut extrêmement frustrant lorsqu'il ne put trouver aucun mot à dire en s'essuyant avec le torchon. Cependant, il n'était pas non plus du genre à laisser quelqu'un d'autre avoir le dernier mot, alors tandis qu'il finissait de se remettre en ordre et de commencer à partir, il dit :
- Si nous allons vraiment faire... cela, alors j'ai moi aussi une règle.
Sceptique, Ciel répondit avec hésitation.
- Vas-y.
- Tu vas devoir te mettre à te coiffer. J'ai des standards, tu sais.
