Attention ce chapitre est trèèès long ! Vous êtes prévenu. C'est aussi le dernier, avant l'épilogue du moins. Je ferai donc ma conclusion larmoyante au prochain et dernier chapitre.
Pour l'instant profitez bien de cet avant-dernier chapitre, bonne lecture !
Écrit par Cennis
Chapitre Trente
La chaise était difficile à manœuvrer sans l'aide de quelqu'un. Ses bras avaient beau s'être endurcis avec les années depuis l'accident, Docteur avait encore du mal avec le carrelage inégal de la Section V. Certains carreaux avaient entièrement disparu, et d'autres étaient fissurés au point où ils ne pourraient plus être réparés. La forme étroite de ses roues avants aussi se coinçait souvent dessus, menaçant de l'envoyer voler hors de son siège.
De la sueur recouvrait son sourcil. La porte était presque impossible à manœuvrer seul. Une dispute vieille d'un an mais Docteur était toujours agacé chaque fois qu'il devait passer par cette monstruosité en métal lourd. Elle avait été inutile le jour où elle avait été installée et elle l'était toujours aujourd'hui.
Pas étonnant que les patients de Docteur soient autant sur les nerfs, à devoir écouter ce violent claquement chaque fois qu'il venait leur rendre visite.
- Allons, allons, chantonna-t-il, se hissant le long du chemin entre les confinements. Du calme.
V1 se jeta contre le mur en plastique. Son visage se heurta à la surface transparente, le nez aplati en un craquement spongieux. Une trace de sang sur le plastique. Si V1 ressentait une quelconque douleur, Ça ne le montra pas, se préparant à recommencer.
Docteur désapprouva oralement, se dirigeant vers l'enclos de V1.
- Regarde dans quel état tu t'es mis, gronda-t-il gentiment.
Aussi triste que ça l'était, Docteur ne pouvait rien y faire. Après la réunion de Tanaka, être avec ses patients était la dernière chose qu'il aurait dû faire. Malgré les dires de Undertaker, Docteur savait que le sentiment de Tanaka avait concerné tous les patients, pas seulement ceux demeurant dans la section supérieure. Même si Tanaka n'avait jamais pris la peine de se préoccuper de la Section V, ou de reconnaître son existence dans son établissement. Pour leur sécurité, il savait que Tanaka les incluait dans ses inquiétudes, mais une telle préoccupation n'était pas nécessaire.
Docteur ne laisserait jamais aucun mal ne leur être fait.
- Je ne peux pas rester longtemps, j'en ai bien peur. Tout le monde est tellement sur les nerfs dernièrement. Je n'ai même pas le droit d'être dans ce bâtiment actuellement. Vous y croyez ? Dieu sait ce que M. Tanaka pense être en train de faire. Une seule personne ne peut pas donner aux patients toute l'attention dont ils ont besoin.
La voix de Docteur rassembla les patients les plus conscients à l'avant de leur enclos. Même ceux qui étaient blottis dans les coins observaient, le regard vide. V1 continuait à se jeter contre le mur.
- Ce n'est pas comme s'il allait descendre ici de toute façon, reprit sombrement Docteur, son habituel gaieté introuvable. Je peux comprendre que les patients d'en haut soient une priorité, je suppose. Les affaires sont de la politique et ce sont des patients vitrine, ceux sur lesquels le public peut s'apitoyer. Pas de compassion pour les laids, hmm ?
Docteur passa distraitement la main sur l'enclos de V4. Bien que V4 s'était volontiers traîné à l'avant, Ça recula, ses lèvres tremblantes se retirant de ses dents. Si Ça fit un bruit, ce fut noyé sous le hurlement de V3.
- Tout le monde a des défauts mais l'hypocrisie m'a toujours horripilé.
Les mains de Docteur se serrèrent autour des accoudoirs de sa chaise. Malgré la colère dans sa voix, ses yeux étaient doux tandis qu'il observait ses patients.
- Où était l'enquête policière quand trois de mes patients ont disparu l'année dernière ?
Il marqua une pause, regardant son public attentif avec un regard rempli d'espoir.
- Ce Brown. Je sais que c'était lui. Il l'a dit. Il l'a dit jusqu'à ce que je sois rouge de colère, mais à quoi bon ? Et Michaelis, enfin, c'était un accident, bien sûr, mais aucune enquête là non plus !
V9 griffait le sol où le carrelage rejoignait le mur en plastique. Ses ongles avaient été arrachés de sa peau il y a des semaines. Ça ne fit qu'un méli-mélo.
- Ignoble, cracha Docteur, tapant sur l'enclos de V9 pour le distraire. « Qu'une chose pareille ait pu se produire m'écœure », comme s'il pensait que le petit Trancy eût été le premier. Le premier qui lui importe, peut-être, mais certainement pas le premier.
Le vacarme que V1 faisait avait tapé sur les nerfs des autres. V3 le rejoignit rapidement, se jetant contre son propre enclos. V2 braillait entre eux, sa bouche une gueule sans dents. V4 se balançait d'avant en arrière sur le sol, recroquevillé du mieux que Ça le pouvait. V9 continuait à griffer le sol, donner des coups de tête au mur. Les trois autres abandonnèrent leurs coins, faisant les cent pas de manière agitée dans leurs enclos.
Docteur les regarda d'un air affectueux, secouant la tête.
- Où est la justice ?
La sirène retentit.
- Quoi – oh, c'est une blague !
Docteur pensa d'abord que Tanaka avait découvert sa présence dans le bâtiment principal. Même avec les sections en confinement, déclencher l'alarme de sécurité était tout simplement ridicule, surtout alors que Undertaker l'avait rassuré en lui affirmant que la Section V échappait audit confinement. Cependant, sous le cri de la sirène, le bruit de portes se déverrouillant était indéniable. Lorsqu'il l'entendit, l'indignation de Docteur s'évanouit, son estomac se retournant.
- Que… Que se passe-t-il ?
La sirène ne fit qu'exaspérer davantage les patients. La section étant assez petite, le bruit était amplifié. V2 se couvrit les oreilles en vain. V1 et V3 tentèrent de surpasser la sirène. Toutes les attaques contre les murs devinrent plus frénétiques.
Les portes s'ouvrirent brusquement.
L'affection sur le visage de Docteur s'était changée en peur, bien qu'il ne reconnaîtrait pas le serrement immatériel autour de son cœur comme tel. Lentement, il agrippa les rebords à pousser de sa chaise et recula de l'enclos de V9. La porte s'était ouverte avec assez de force pour envoyer voler V9, mais Ça se remettait déjà difficilement sur ses pieds abîmés, la mâchoire déboîtée béante.
Docteur n'avait jamais perçu une quelconque réflexion derrière les actions des patients de la Section V auparavant. Une rage écervelée, une apathie écervelée, une peur écervelée. Rien de plus. Pourtant il y avait une intention dans chacun d'entre eux actuellement, une conscience de leur porte ouverte qu'il n'aurait jamais pu anticiper.
Ils en avaient après lui.
La porte de la section s'était elle aussi ouverte, cette monstruosité d'acier envoyant un nuage de plâtre dans l'air alors qu'elle s'écrasait contre le mur. S'il pouvait rouler jusque là-bas, refermer la porte, alors verrouillée ou pas, ils n'avaient aucune chance de l'ouvrir.
V9 émergea maladroitement de son enclos. Ça n'arrivait pas à tenir sur ses jambes pour plus de deux ou trois pas d'affilé. Le temps que Ça arrive là où Docteur avait été, il s'était déjà hissé hors du danger. Du moins, du danger qu'était V9.
V5 et V6 se déplaçaient avec beaucoup plus de grâce. Si Docteur n'était pas plus au fait de la situation, il aurait pensé qu'ils coopéraient ensemble d'une manière ou d'une autre, leurs mouvements étant une sorte de synchronisation. L'un de chaque côté, ils tendirent la main vers lui alors qu'il passait à toute vitesse, leurs mains cassées effleurant ses épaules, sa gorge.
La porte était à sa portée. Plus que quelques efforts sur ses roues.
V1 bondit hors de son enclos. Le visage recouvert de sang, sa respiration saccadée. Bien que Ça était sorti, Ça ne semblait pas le réaliser. Sans la porte contre laquelle frapper, Ça se jeta à l'enclos opposé, heurtant le mur.
Ça ne se retourna même pas pour regarder Docteur, mais le choc de son apparition le raidit sur place. L'une de ses roues s'était coincée entre les carreaux, mais il continuait à essayer de forcer la chaise à avancer.
Il n'eut qu'un instant pour se rendre compte qu'elle était inéluctablement bloquée avant que V2 et V3 soient sur lui.
Son hurlement disparut avec la sirène.
Soma traînait sa main le long du plâtre effrité. Les marches en pierre étaient froides et couvertes de poussière sous ses pieds nus, la plante de ses pieds noircissant déjà à cause de la saleté. Il avait pris du retard par rapport aux autres, Freckles en avant-dernière empruntant déjà le prochain escalier en bas. Ils étaient tous si pressés, vraiment dans tous leurs états.
Soma avait du mal à se sentir autre chose que distant.
La sirène était plus forte dans la cage d'escalier. Il y avait des haut-parleurs à chaque étage et le bruit faisait écho à lui-même avec chaque cri statique. Un bon quart d'heure environ était passé depuis qu'elle avait commencé et aucun signe ne montrait qu'elle semblait prête à s'arrêter.
Aucun signe de vie non plus.
Est-ce qu'ils peuvent l'entendre depuis l'autre bâtiment ? Son côté enfantin, la partie qui était tout aussi effrayée et désespérée que les autres, ne pouvait s'empêcher d'imaginer Agni débarquer par l'une des portes. Il saurait à quel étage ils devaient se rendre. Il saurait où se trouvait la sortie. Il saurait revenir en arrière et aider Tanaka et trouver Ciel et – Ils ne peuvent pas l'entendre.
Le désespoir d'un enfant. Cela n'avait pas sa place dans cette situation, Soma le savait, et il le réprima avant que cela ne le fasse marcher plus lentement qu'actuellement, où il s'arrêtait presque à chaque porte de l'étage.
- Soma.
Snake avait attendu au milieu des marches, jetant un œil entre le reste des patients et lui d'un air anxieux.
- On va finir par t'abandonner.
Je ne serai pas le seul.
Soma déglutit difficilement, puis il suivit Snake de près pour rejoindre le groupe.
Ils se déplaçaient aussi silencieusement que des fantômes. Ils se faufilaient le long des escaliers, essayant d'être aussi petits, aussi immatériels que possible. Un effort considérable pour un groupe de neuf. Dès que quelqu'un faisait un peu trop de bruit en marchant ou percutait quelqu'un d'autre, ils s'immobilisaient tous, leurs cœurs s'arrêtant.
Contrastant avec leur hystérie, la respiration haletante de Joker semblait plus forte que la sirène.
La main de Beast était serrée en poing à l'arrière de sa chemise trempée de sueur, son bras faisant un effort monstre pour supporter son poids. Il essayait de bouger ses pieds, mais ses pas étaient maladroits, dangereux sur les marches en pierre. La tension de sa mâchoire, un regard de fou, d'autant plus dangereux.
Soma se demandait si cela avait plus à voir avec ce qu'il avait fait plutôt qu'avec sa santé qui se détériorait.
Jumbo s'arrêta devant le groupe.
- Qu'est-ce qu'y a ? demanda Dagger, regardant autour de lui.
Ils avaient atteint une porte, mais les escaliers descendaient encore à un autre étage. Sans aucun signe ou numéro, il était impossible de savoir où ils se trouvaient dans l'Institut.
- La section est au deuxième ou troisième étage ?
Jumbo semblait plus se poser la question à lui-même qu'aux autres, les yeux plissés en direction de la porte.
- À chaque fois qu'on va dans les jardins, on descend… trois escaliers, non ?
Freckles ne semblait pas être sûre d'elle. Elle jeta un œil aux escaliers qui menaient plus bas.
- La sortie s'ra au rez-de-chaussée, pas vrai ?
- Et le sous-sol alors ?
Beast serra les dents, soulevant Joker pour que son bras soit mieux positionné autour de ses épaules. Plus ils restaient là à attendre, plus il devenait lourd.
- La Pièce est au sous-sol.
Joker secoua la tête, sifflant.
- Faut un ascenseur pour aller là-bas.
- J'y suis jamais allé, alors je suis pas sûr… Continuons à descendre, décida Jumbo, hésitant de tout son être. On pourra remonter si on se trompe.
Ils m'ont fait prendre les escaliers, pensa Soma, se souvenant des murs de miroirs, comme sa peau l'avait démangé pour avoir un coup d'éponge, il y aussi des escaliers qui y mènent.
Mais il ne dit rien. Avant que les mots puissent atteindre sa langue, Drocell avait avancé, poussant déjà la porte du plus bas étage de St. Victoria.
La porte donnait sur un couloir étroit bifurquant en deux voies. Aussi négligé que le reste, la poussière se déposait allègrement sur leurs langues, se faufilant le long de leurs gorges à chaque inspiration. Une dizaine d'autres portes jonchaient les murs, toutes ouvertes. Il n'y avait pas de fenêtres, rien n'indiquant où elles menaient.
Drocell emprunta lentement la voie de gauche, observant les portes les plus proches d'un air méfiant.
- Celle-là, dit-il, montrant la porte au bout du couloir. Celle-là pourrait mener dehors.
- Attends ! l'interpella Beast, toujours près des escaliers. On devrait vérifier l'autre côté avant de continuer à s'enfoncer ici, non ?
- Nous pourrons retourner sur nos pas si nous nous trompons. Écoutez, c'est la seule porte qui est différente. Comme les sorties de secours qui ont l'air différentes, raisonna Drocell, déjà à mi-chemin de ladite porte.
Snake se traînait derrière lui d'un air hésitant, bien que non loin du reste du groupe.
- Nous allons juste jeter un coup d'œil, et s'il n'y a pas de sortie apparente, nous rebrousserons chemin.
Soma n'arrivait pas vraiment bien à se rappeler du couloir. Les semaines passées dans La Pièce avaient éclipsé ce qui les précédait. Il ne se souvenait pas de la grande porte en acier, était incapable de dire où elle mènerait, mais il se souvenait qu'ils l'avaient emmené dans la direction opposée, le long de la bifurcation droite.
- Nous devons remonter, dit Soma, mais ce fut étouffé par Joker.
- Non, je dois- lâche-moi, je – je me trompais ! Je dois y retourner !
Bien que ses yeux soient toujours vitreux et que ses jambes peinaient à le soutenir, Joker se dégagea loin de Beast, trébuchant hors de portée de Jumbo, afin de retourner aux escaliers. L'expression tourmentée que Soma avait vue auparavant s'était changée en une inébranlable détermination.
- Joker, non, - Beast tendit le bras vers lui -, C'est fait. Il ira bien-
- Il veut nous aider.
- On peut pas tout risquer pour ça. On peut pas.
Joker gifla la main de Beast, ayant du mal à tenir debout contre la porte. Elle regarda Jumbo, mais il semblait lui aussi n'avoir aucune idée de quoi dire.
- Mais attrapez-le ! hurla Drocell. Nous n'avons pas le temps pour ce genre de choses!
- Désolé, dit Jumbo, puis il prit Joker par la taille, le mettant sur son épaule.
Les coups de poings et de pieds étaient au mieux faibles, fatiguant surtout davantage Joker. Pas assez pour le faire taire, cependant.
- Pensez-y ! Même si on sort, et après ? On va aller où ? Comment on va manger et boire et rester au chaud ? On pourra même pas avoir de boulot, pas avec notre passé, personne voudrait engager des gens comme nous !
Drocell virevolta pour faire face aux autres, les yeux flamboyant.
- Alors nous volerons ! Si nous sommes déjà des criminels, qu'est-ce que cela peut faire ? Que crois-tu que Tanaka ferait pour nous, Joker ? Que penses-tu vraiment qu'il fasse ? Nous laisser partir ?
Drocell lança un rire sarcastique.
- Non. Il pourrait changer les choses ici, virer quelques personnes, changer quelques règles, mais il ne nous laissera pas partir. Il n'a jamais dit qu'il nous laisserait partir !
Soma fronça les sourcils, s'éloignant du groupe sur le côté. Tout le monde se criait les uns sur les autres à présent, débattant avec Joker, avec Drocell, se disputant juste pour aller d'un côté ou de l'autre. Tellement focalisés sur eux-mêmes que, Soma fut le seul à remarquer la personne qui sortit de la lourde porte en acier.
- Nous devons partir, dit-il à nouveau, mais c'était trop bas.
Étranglé. Sa gorge s'était nouée alors qu'il voyait le visage de la personne. Aussi abîmée qu'il l'était, il la reconnaissait tout de même, ou du moins, qui elle avait été.
- Nous devons partir !
V9 avançait aveuglément en titubant. Un œil en moins et l'autre infecté, Ça ne voyait plus grand-chose, mais les cris des patients attirèrent Ça vers eux. Un pas lourd après l'autre, Ça produisit un gargouillement mousseux, sa mâchoire se laissant tomber grande ouverte.
- S'il veut partir, laissez-le ! s'exclama Drocell, perdant patience. S'il est ne serait-ce que capable de remonter les marches tout seul !
- On s'sépare pas !
Dagger se tint au milieu, les séparant comme si le combat était physique. Des larmes de frustration menaçaient de couler, ses mains tremblant.
- On devrait trouver la sortie puis décider quoi faire. C'est mieux que d'rester là à crier !
- Peter ?
Soma ne se rendit pas compte qu'il avait reculé de quelques pas en arrière avant que son dos ne rencontre le mur. Il ne pouvait pas détourner le regard de V9, de sa dure avancée jusqu'à eux. Il ne pouvait même pas pleurer, le choc beaucoup trop important.
Ce n'était pas lui qui avait parlé. Même lorsque Soma avait tenté de crier, sa voix avait été noyée. Mais le murmure de Wendy les avait tous faits taire.
Elle s'avança, les yeux écarquillés.
- Peter.
V9 continuait à se traîner vers eux, à quelques pas de Drocell. Si Ça avait entendu la voix de Wendy, Ça n'en montrait aucun signe.
Jumbo déposa lentement Joker au sol, se mettant à côté de Wendy. Joker, ne réalisant pas ce que les autres voyaient, se dirigea vers les escaliers. Beast jura dans sa barbe et le suivit. La porte claqua derrière eux, les autres ne le remarquant pas.
- Peter…
Jumbo semblait ne pas réussir à se décider entre accueillir V9 ou mettre Wendy en arrière. Elle prit la décision pour lui, dépassant Drocell et tendant une main à V9. Maintenant proche, Ça entendit sa voix sous la sirène, Ça tourna sa tête dans sa direction.
- Qu-Qu'est-ce qu'y t'ont fait ?
Elle prit l'une de ses mains fracturées dans la sienne, levant l'autre afin de la poser sur sa joue.
Puis elle fut au sol.
- Wendy !
Le cri de Wendy fut pire que la sirène. V9 bondit, enfonça ses doigts sans ongles, visa la gorge. Malgré son petit corps, Jumbo eut du mal à dégager Ça de Wendy, peut-être hésitant à utiliser la force contre l'un des leurs. Cette hésitation laissa à V9 le temps de hurler.
Freckles accourut, Dagger juste derrière elle. À eux trois, ils réussirent à éloigner V9 de Wendy, et Snake la prit dans ses bras. Avant qu'il ait l'occasion de savoir quoi faire ensuite, il y eut un cri de réponse au-delà de la porte en acier.
V1 se jeta dans le couloir. Autrefois un homme massif, le gâchis qu'étaient ses muscles possédait encore une once de force, et Ça se servit de tout son potentiel en chargeant Jumbo. L'attrapant directement au torse, ils s'écrasèrent tous deux au sol.
- Jumbo ! Cria Dagger, se précipitant pour l'aider, mais attirant l'attention de V1.
Ça détourna les yeux de Jumbo, se préparant à asséner une autre attaque. Jumbo se releva du sol, prenant Ça par surprise.
- Courez ! hurla-t-il, faisant signe à Dagger de s'éloigner.
Deux autres patients sortirent de la Section V, attirés par le vacarme. Ils étaient recouverts de sang frais.
- J'ai dit courez !
Dagger sanglota mais fit ce qui lui était dit. Il attrapa le poignet de Freckles et se rua vers les escaliers. Snake et Drocell n'étaient pas loin derrière, Wendy pâle et livide dans les armes de Snake.
- Joker et Frangine sont où ?!
Dagger regarda frénétiquement autour de lui, comme s'ils se cachaient quelque part. Il se retourna vers Soma pour avoir une réponse, mais Soma ne faisait que regarder droit devant lui sans expression.
V1 leva son énorme poing, puis l'envoya s'écraser sur le visage de Jumbo.
- Jumbo ! se larmoya Dagger.
Il se retourna pour retourner en arrière, mais Drocell le prit par le col de son t-shirt.
- Il a dit de courir ! Cours !
Cours, pensa Soma, incapable de détourner les yeux des poings ensanglantés de V1. Il y en avait d'autres qui surgissaient de la porte en acier. V9, V4 et V5 se traînaient le long du couloir vers eux, le visage tordu.
Si Agni n'était pas venu pour moi-
Tu dois courir.
S'il ne m'avait pas sorti de La Pièce-
Cours.
Serais-je comme eux ?
Cours !
Soma partit dans l'aile droite du couloir. Les autres l'appelèrent, confus, frustrés, effrayés, mais leurs voix ne parvenaient pas à pénétrer à travers la panique qui s'accaparait du cœur de Soma.
Il n'y avait aucune raison logique à la certitude qui s'emparait de lui. Il n'était pas comme Ciel. Il n'était pas capable de remarquer les petits détails et de remettre toutes les pièces du puzzle à leur place. Il se trompait sans doute. Il se trompait forcément.
Ciel est dans La Pièce.
Voir les patients expérimentaux, voir ce qu'ils étaient devenus et savoir que cela lui serait arrivé, si Agni n'avait pas risqué plus que ce que Soma avait pensé à l'époque pour le sauver. Même s'il se trompait, Soma devait s'en assurer.
Il surgit de l'autre côté de la seule porte qui semblait être la bonne, débouchant sur un couloir de courants d'air. Il n'était pas familier, mais il ne semblait pas étranger non plus, alors il continua.
Des pas derrière lui.
Il serra les dents, courut plus vite.
- A – Attends !
Une main attrapa la sienne, le faisant virevolter si vite qu'il faillit tomber. La porte par laquelle ils étaient passés se referma en claquant, les laissant dans l'obscurité totale.
- Freckles ?
- Tu vas où ?!
- J'dois trouver Ciel, je peux pas partir sans lui, il ne partirait pas sans moi-
- Attends, quoi… De quoi tu parles ? Pourquoi est-ce qu'il serait ici ?
- La Pièce. C'est par là. Ils m'ont emmené par ici quand j'y ai été envoyé.
La main de Freckles se resserra autour de celle de Soma. Ses ongles mordirent la peau de ses phalanges.
- Tu penses qu'il est là-dedans ?
- Où d'autre ?! Tu ne penses pas qu'il nous a abandonné aussi, si ?
- Bien sûr que non, mais… Soma, on peut pas retourner en arrière. Ils – Ils ont tué -
Soma retourna sa paume afin de serrer la main de Freckles. Davantage pour la faire taire que pour la réconforter. Bien qu'il l'ait vu lui-même, il ne pensait pas pouvoir supporter l'entendre.
- Il y a une chance que Ciel soit dans cette pièce, dit lentement Soma, se convaincant autant lui qu'elle d'aller jusqu'au bout. Je ne peux pas juste partir s'il y a une chance qu'il soit ici.
Freckles ne répondit pas pendant une minute. De là d'où ils venaient, il y eut un cri perçant furieux, une voix qu'aucun d'eux ne reconnaissaient. Un cri plus animal qu'humain.
- Allons-y, dit-elle, et elle tira Soma le long du couloir plongé dans le noir.
Une neige poudreuse avait commencé à tomber, quoique l'attroupement de nuages était le signe qu'il y en aurait plus. Elle ne faisait que légèrement recouvrir la pelouse givrée qui s'étendait entre les deux bâtiments.
Sebastian faisait de petits pas prudents. Le sol gelé craquelait sous le talon de sa botte, trop glissant pour aller plus vite.
La sirène était plus forte ici. Si l'on pouvait l'entendre depuis le cœur du bâtiment résidentiel, il pouvait à peine imaginer la cacophonie dans le bâtiment principal. Le reste du personnel l'avait sans doute également entendue, ou peut-être s'y était-il même attendu. Pouvait-il s'agir d'une sorte de représailles contre Tanaka, à cause de la menace imminente de la police qui viendrait au matin ?
Sebastian fronça quelque peu les sourcils, faisant tourner le scalpel entre ses doigts nus et ensanglantés. Il n'avait pas pensé à porter ses gants. Même lorsqu'il avait pris le scalpel, sachant pertinemment ce qu'il comptait en faire, il n'avait pas pensé à ses gants. Lorsqu'il trouverait Ciel, il ne pensait pas que ce dernier apprécierait beaucoup ce qu'il verrait.
Étrangement, Sebastian était plus curieux de voir l'expression qu'il ferait qu'inquiet quant à ce que Ciel penserait. Il ne s'agissait pas du sang d'un patient, après tout, et cela n'avait été que de la légitime défense.
Les portes du bâtiment étaient fermées, mais lorsque Sebastian poussa la vitre, elles s'ouvrirent sans résister.
Environ vingt minutes depuis que l'alarme a commencé. Ils ont déjà dû en profiter. Bien qu'il savait que Ciel n'était pas dans la section, son instinct lui disait de tout de même vérifier. Les chances qu'il avait de tomber sur les autres patients étaient faibles, à moins qu'ils aient eu trop peur de partir. Si ce n'avait pas été Claude, ç'aurait probablement été Angela et Ash. Dans ce cas…
Sebastian contourna les escaliers, traversant le long couloir. Lorsqu'il atteint les deux portes, il choisit celle de droite et rejoignit l'ascenseur. L'ascenseur, aussi, ne nécessitait pas son badge. Dès qu'il eut appuyé sur le bouton, il se réveilla en grinçant, descendant lentement au sous-sol.
Il faisait le trajet jusqu'à la Pièce 1800 pour la troisième fois. La première fois il avait éprouvé de la méfiance, de l'inquiétude et assez de curiosité pour ignorer les autres. La deuxième fois, il n'y avait eu que de la paranoïa, une peur renseignée. À présent, même avec la possibilité de ce qu'il trouverait en bas, Sebastian était simplement impatient.
Son pied tapait contre la grille en métal, les bras croisés sur le torse.
Trouver Ciel. Sauter le mur. Aller vers l'Ouest.
Beaucoup de choses avaient changé en une journée, mais le plan restait le même.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, faisant entrer le cri de la sirène. L'air dans le sous-sol était aussi rassis que celui du Métro, mais en même temps quelque chose de plus désagréable s'y mélangeait. Sebastian s'arrêta, inspirant profondément, mais il n'arrivait pas à savoir ce qu'était cette forte odeur sous-jacente.
Il haussa les épaules et avança.
S'il y a eu une évasion de masse alors la disparition d'un patient ne sera pas plus importante qu'une autre. Le train est une option, tant que nous l'atteignons avant que la police ait une chance d'envoyer des photographes.
Il sortit de la cage de l'ascenseur, s'aventurant dans le couloir étroit. Les lumières étaient éteintes ici, les quelques ampoules qui pendouillaient depuis les plafonds ayant besoin d'être changées depuis bien longtemps. Heureusement, il n'y avait qu'un chemin, et Sebastian se dirigeait vers la porte qu'il savait être au bout du couloir.
Nous nous rendrons à Londres et déciderons du reste là-bas. Il faudra faire quelque chose pour le cache-œil, c'est un critère trop distinguable, mais sinon, nous devrions pouvoir nous fondre dans la masse sans problème.
La vision de Sebastian s'ajusta au noir. Il ralentit, palpant le manche de son scalpel, mis en sûreté dans la ceinture de son pantalon. Il ne pouvait pas voir la porte, ou plutôt, la porte était ouverte. Il y avait le léger contour de l'encadrement, mais à l'intérieur, que du noir. Les miroirs n'avaient rien à réfléchir sans les lumières, alors au-delà de la porte, il semblait y avoir un gouffre sans fond. Pas de sol, pas de murs, et certainement pas de prisonnier.
Sebastian rangea son scalpel, les phalanges blanches.
Alors où ?
Derrière lui, un grondement grave bouleversa la monotonie de la sirène. Comme le ronronnement d'un moteur, le bruit avait du mal à se diffuser, à continuer. Le tintement d'une chaîne tirée, et le grondement se transforma en rugissement.
- Dur de faire le ménage dans le noir, soupira une voix, la mélodie de talons se rapprochant. Mais avec un appel d'aussi bonne heure, je n'ai pas eu le temps de me préparer, alors ce n'est pas plus mal qu'on ne puisse pas me voir comme ça.
Sebastian se jeta contre le mur alors que l'air était fendu par la lame tournante d'une tronçonneuse. Ses dents mordirent au ras du sol en béton, soulevant un foisonnement de poussière et de débris, puis elle fut de nouveau brandie vers Sebastian.
Son esprit se vida, mais son corps se mouva tout de même. Il laissa ses genoux se dérober, s'accroupissant, et lorsque la tronçonneuse vint s'écraser contre le mur au-dessus de lui, il chargea en avant. Il percuta de l'épaule l'individu en plein sur le torse et ce dernier tomba à la renverse, emportant la tronçonneuse au sol avec lui.
Sonnée, la personne ne réagit pas assez vite pour éviter le scalpel lacérant les articulations de sa main. Instinctivement, elle lâcha, et la tronçonneuse tomba au sol.
Assez proche pour sentir le souffle de l'autre, leurs regards se croisèrent.
L'estomac de Sebastian se retourna.
- Sebby !
Grell s'illumina, secouant le sang de sa main meurtrie. Contrairement à ce qu'elle avait dit, ses cheveux et son maquillage étaient déjà faits, et ce n'était certainement pas l'uniforme standard. Le talon aiguille qui piétinait les orteils de Sebastian n'était pas non plus la chaussure basique pour les Aides-Soignants.
Sebastian jura dans sa barbe, trébuchant en faisant un pas en arrière.
- Je ne m'étais pas rendue compte que c'était toi ! cria Grell par-dessus la sirène, ramassant la tronçonneuse des deux mains.
Sa chaîne s'était arrêtée, mais elle n'en était pas moins menaçante.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? Et juste avec ça ?
Elle hocha la tête en direction du scalpel, son regard plus que légèrement moralisateur. Ce n'était clairement rien face à la tronçonneuse.
- Qu'est-ce que tu fais avec ça ? demanda Sebastian, imitant son expression. Ce n'est pas une arme très féminine.
Grell pouffa, tirant d'un coup sec sur la tronçonneuse. La chaîne se remit à tourner.
- N'importe quelle arme choisie par une dame est une arme féminine !
Grell se jeta de nouveau en avant, mais Sebastian anticipa l'attaque et se mit hors de son chemin. Avec le poids de la tronçonneuse et la pénombre du couloir, il lui faudrait une minute pour retrouver ses repères, laissant à Sebastian l'opportunité parfaite de prendre ses jambes à son cou.
Face à une tronçonneuse dans le noir, il ne croyait pas trop en ses chances.
Sebastian plongea avant de pousser Grell à l'estomac pour la déséquilibrer. Alors qu'il entendit ses talons tituber instablement, il s'éloigna d'elle en courant, sa main glissant le long du mur gauche à la recherche de l'ascenseur.
Avant qu'il l'atteigne, la porte tout au bout du couloir s'ouvrit.
- Vite !
- Mais ce bruit !
Soma et Freckles se précipitèrent dans le couloir, main dans la main. Elle tentait de le retenir, plissant les yeux en regardant devant elle, et ils se raidirent tous deux en apercevant Sebastian.
Il faisait trop sombre pour en avoir la certitude, mais il eut l'impression qu'ils n'étaient pas ravis de le voir.
Les retrouvailles n'eurent pas le temps de commencer. Grell avait repris ses sens et elle se dirigeait vers eux. La tronçonneuse était bien au-dessus de sa tête, son visage tordu par un rictus fou. Sebastian se jeta contre le mur opposé, mais elle passa à côté de lui en courant sans essayer de l'attaquer.
Sa cible était évidente.
Soma et Freckles lâchèrent leurs mains et se jetèrent dans des directions opposées. Elle les avait manqués de peu. La tronçonneuse heurta la porte en acier, envoyant des étincelles dans l'air.
- Désolée, Sebby ! Je devrais jouer avec toi plus tard. Le travail passe en priorité, dit Grell, posant un pied contre la porte afin de retirer le guide d'où il s'était coincé. De chaque côté, Soma et Freckles observaient les yeux écarquillés, semblant trop choqués pour en profiter pour fuir.
Charitablement, Sebastian demanda :
- Le travail ? Poursuivre les gens avec une tronçonneuse n'était pas dans l'annonce de mon travail.
Ils prirent le temps qu'il leur faisait gagner. D'abord Freckles, glissant de dessous Grell. Elle donna un bon coup de pied à Soma et il se reprit à son tour, se débattant au sol pour retrouver ses jambes. De tous les chemins envisageables, ils vinrent vers Sebastian, se mettant derrière lui comme s'il était leur bouclier.
Ils avaient quelques mois de retard pour s'attendre à ce qu'il joue ce rôle.
- Nouveaux ordres d'en haut, grogna Grell, libérant enfin la tronçonneuse après avoir tiré particulièrement fort. Nettoyez le sous-sol, qu'il a dit. Quoi, on ne t'a pas dit la même chose, Sebby ?
Oh. Sebastian fit un autre pas en avant, sa main continuant à se traîner sur le mur. Ses doigts trouvèrent la forme de la cage de l'ascenseur. Derrière lui, Freckles et Soma restaient près. Alors je ne suis certainement pas dans la faction d'Undertaker.
La théorie de Ciel ne pouvait plus être débattue dorénavant. Si Undertaker était celui qui avait créé la Section V durant l'absence de Tanaka, alors il n'était que logique que ses subordonnés directs soient ceux qui détruisent les preuves tandis que la menace de la police planait. Grell, et sûrement autre part dans le sous-sol, Will et Ronald avaient à faire.
Si Undertaker en venait à cela, la situation avait vraiment dégénéré.
Sebastian réprima un sourire.
- Tu préféreras retourner de l'autre côté dans ce cas. Je doute qu'il ait voulu parler de nettoyer ces patients.
Grell s'avança nonchalamment, la tronçonneuse pendouillant à ses côtés.
- On m'a ordonné de nettoyer le sous-sol, sourit-elle narquoisement. Vous êtes tous dans le sous-sol.
Chaque minute perdue dans le sous-sol était une minute que Sebastian aurait pu utiliser pour chercher Ciel. Il n'était pas dans la Pièce 1800, et s'il n'y était pas, alors il n'était sans doute tout simplement pas au sous-sol.
Il ne te pardonnerait jamais de les avoir abandonnés.
Tenter de combattre une tronçonneuse avec un simple scalpel équivalait à encourager un carnage. Bien que Sebastian considérait Grell comme une simple nuisance, il ne souhaitait pas particulièrement la tuer, il en avait été de même pour Fautsus.
Il n'a pas à savoir.
La cage d'ascenseur était juste à sa gauche. S'il attendait que Grell charge à nouveau pour se ruer ensuite sur l'ascenseur, il pouvait y arriver tandis qu'elle était distraite par Soma et Freckles. Venir ici était leur tort, après tout, et Ciel s'était préparé à les abandonner pour faire sa propre grande évasion. Quelle différence cela faisait-il réellement qu'ils soient morts ou vivants dans l'Institut si Ciel ne les reverrait jamais ?
Freckles tira sur l'arrière de la chemise de Sebastian, la main tremblante.
- Il était pas dedans, si ?
Grell tira d'un coup sec sur l'accélérateur et courut vers eux.
Connaissant Ciel, il le découvrirait d'une manière ou d'une autre, et la vie de Sebastian ne vaudrait pas la peine d'être vécue. Avec cela en tête, Sebastian soupira, puis il virevolta afin d'attraper Soma d'un bras et Freckles de l'autre. Il s'accroupit, les emportant avec lui, et la tronçonneuse s'écrasa de nouveau contre le mur. Dès que la première bouffée de poussière s'échappa dans l'air, Sebastian se releva, poussant Grell contre le mur d'un coup d'épaule.
Grell ne lâcha pas la tronçonneuse cette fois, anticipant la riposte de Sebastian. Elle se contenta de rire, se laissant heurter le mur avant d'asséner un violent coup de pied.
Il toucha Sebastian en plein milieu de son estomac. Le talon aiguille s'enfonça dans sa peau, l'obligeant à se plier en deux. Il lâcha Soma et Freckles, à bout de souffle, puis il entendit une fois de plus le vrombissement de la tronçonneuse.
- Sebastian !
- Black !
Le scalpel était froid dans la paume de Sebastian, mais plus froid encore était la morsure de la chaîne tournante. Elle déchira son épaule, mettant en lambeaux son uniforme, avant de faire gicler du sang sur son visage.
Il ne put s'empêcher de hurler. C'était une douleur qui n'avait rien à voir avec tout ce qu'il avait connu jusqu'à maintenant. Même les poings de V7 sur sa colonne vertébrale n'avaient pas incendié ses nerfs, pas comme cela.
Les doigts de Sebastian perdirent leur force, le scalpel tombant au sol.
- Le rouge t'ira mieux, Sebby, dit Grell, une sorte d'honnêteté dans son ton, mais ses yeux brillaient avec hilarité.
Jusqu'à ce qu'elle entende le broiement du moteur de sa tronçonneuse. Baissant les yeux avec confusion, elle vit le scalpel, tordu et prêt à se briser, coincé dans l'ouverture où la lame rejoignait le moteur. De la fumée s'éleva tandis que la chaîne continuait à essayer de tourner, mais lorsque le scalpel se brisa, l'un des morceaux fut happé dans le trou et la tronçonneuse s'arrêta brusquement.
- Non, non, non !
Sans aucune précaution, la tronçonneuse fut subitement retirée de la blessure de Sebastian, le laissant s'écrouler au sol dans un cri étranglé. Grell sembla à peine le remarquer, plus préoccupée par son jouet cassé.
La main de Soma était toujours tendue, restant en l'air là où il avait enfoncé le scalpel dans l'arme.
- Debout, haleta Freckles, sa respiration trop rapide et insuffisante.
Ses mains étaient sous les aisselles de Sebastian, tentant de le forcer à se relever.
- Debout !
Le sang coulait à flot et Sebastian était incapable de mouvoir ses doigts peu importe à quel point il essayait. La douleur avait déjà disparu, un engourdissement hostile l'envahissant. Ç'aurait été un soulagement pour lui, si trembler de la tête aux pieds ne faussait pas la réelle ampleur des dégâts qui avaient été causés. Il tenta de reprendre ses pieds, de ne pas tant s'appuyer sur Freckles, mais ses jambes refusaient de coopérer.
J'aurais dû les abandonner, pensa Sebastian, fléchissant contre le mur. L'ascenseur était apercevable mais il tremblait trop pour s'y précipiter. Je le trouverai pas dans cet état. Quand bien même, à quoi bon.
- Qu'est-ce que vous faites ?!
Une voix venait d'au-delà de la porte endommagée. Sebastian ne trouvait pas la force de lever la tête pour voir, mais il entendit l'entrechoc du métal, le grincement de gonds rouillés, la respiration irrégulière de Freckles.
- Nous avons chacun reçus trois cibles ! Ne vous attendez pas à ce que je fasse votre travail à votre place, Sutcliffe.
- Je vous ai dit qu'elle était partie par là. Je peux y aller maintenant ? J'ai déjà fini.
Après quelques efforts, Will réussit à se frayer un chemin par la porte cassée. Ronald le suivait sans se presser, étirant ses bras devant lui en bâillant allégrement. Grell remarqua à peine leur arrivée, grommelant dans sa barbe, le poignet enfoncé dans l'ouverture entre la lame et le moteur.
Les mains de Freckles se tendirent autour de Sebastian. Soma tira sur l'arrière de son t-shirt, avançant très lentement en direction de la cage d'ascenseur. Toutefois, Sebastian n'arrivait pas à se mettre sur ses pieds. Sa chemise était trempée de sang. Les doigts de sa main droite restaient immobiles.
Grell leva enfin les yeux, grimaçant de mécontentement.
- Ils l'ont cassée !
Will regarda la tronçonneuse avec dérision.
- Parfait. J'ignore pourquoi vous choisiriez quelque chose d'aussi inefficace.
- La forme plutôt que le fond, pas vrai ? Pas aussi cool que la mienne, par contre. La mienne ne se casserait pas aussi facilement.
Trouver Ciel. Sauter le mur. Aller vers l'Ouest. Trouver Ciel. Sauter le mur. Aller vers l'Ouest. Trouver Ciel. Sauter le mur. Aller vers l'Ouest. Trouver Ciel -
Sebastian souffla du nez, appuyant sa main valide contre son épaule blessée. La douleur l'aveugla de part ses paupières fermées, la sirène devenant un bruit de fond à ses oreilles. La douleur le transperça froidement, un réveil acéré, et lorsque Sebastian rouvrit de nouveau les yeux, sa vision s'était éclaircie.
Trouver Ciel. Trouver Ciel. Trouver Ciel. Trouver Ciel. Trouver Ciel.
Le reste du plan n'avait pas d'importance. Sans Ciel, tout cela n'aurait aucune importance. Il devait être quelque part dans l'Institut. S'il n'était pas dans le sous-sol, alors plus haut, dans l'une des centaines de pièces vides du bâtiment. Désarmé, saignant, Sebastian fouillerait jusqu'à la dernière.
- Attends ! feula Freckles, mais Sebastian l'ignora, titubant sur ses pieds.
Ils étaient restés invisibles jusqu'à présent mais ils avaient désormais l'attention de Will et Ronald. Un coup d'œil à l'état de Sebastian et Will en revenait aux affaires.
- Ce ne sont pas vos cibles. Arrêtez de nous donner plus de travail et faites ce que l'on vous a ordonné de faire, pas ce qui vous chante ! réprimanda-t-il, le même ton d'agacement que l'on emploierait à l'égard d'une imprimante qui refuserait de coopérer dans un bureau.
- Ouais, vous n'êtes pas censée attaquer ceux d'en haut, acquiesça Ronald, faisant une grimace. Mais maintenant ceux dont vous deviez vous occuper sont montés par les escaliers. Vous allez d'voir les chercher.
- Avec quoi ? Ils l'ont cassée ! s'exclama Grell, remuant la main dans la tronçonneuse.
Elle semblait s'être emparée du morceau de scalpel, mais avec le poing fermé, elle ne pouvait pas faire ressortir sa main par l'ouverture.
- Ça m'est égal, dit Will, se retournant.
Il se mit à marcher en direction de la porte d'où il venait.
- Finissez-en.
- À plus ! sourit Ronald, les saluant de la main alors qu'il suivit Will.
Maintenant ! Sebastian s'élança depuis le mur afin d'atteindre la cage. Le monde s'effondra sous ses pieds, s'enfonçant comme des sables mouvants, mais quoique ses genoux tremblaient, il continua en chancelant. Derrière lui, Freckles et Soma chuchotaient entre eux, de frénétiques petits sifflements. Puis ils furent de chaque coté de lui, prenant chacun un bras, le tirant vers la bouche de l'ascenseur.
Sebastian s'écroula sur ses genoux, les lignes de la grille appuyées contre sa peau. Grell les poursuivait-elle ? Les portes de l'ascenseur se fermèrent avant qu'il puisse voir.
Tout devint statique.
- Sebastian ! Quel étage ? On va à quel étage ?!
- Le secoue pas, tu vas donner un coup à son épaule !
Il respira par le nez, mais il n'arrivait pas à avoir assez d'air. Il retenta. Ce fut pire, cette fois. Il tremblait de tout son être.
- Sebastian, dis-nous où aller. Où est la sortie ?
Soma semblait grave. C'était inquiétant. Avait-il l'air si mal en point ?
- Black, tu cherchais Smile, nan ? On le trouvera. On doit te sortir d'ici d'abord, par contre. Hoche la tête si je dis le bon, d'accord ? Le premier étage ?
Il essaya d'acquiescer de la tête mais ne fit que glisser le long du mur. Lorsqu'il tenta d'ouvrir les yeux, la faible lumière de l'ascenseur l'aveugla. La bile inonda sa bouche.
- Appuie sur le premier. Si on se trompe, on reviendra juste.
- Parce que ça a tellement bien marché la dernière fois !
La deuxième fois qu'il ouvrit les yeux, ce ne fut pas si horrible. Toujours trop lumineux, mais c'était à s'y attendre.
Trouver Ciel.
Ces deux-là ne le trouveraient pas. Ils ne pouvaient même pas choisir un étage où aller sans se disputer.
Dois trouver Ciel.
Sebastian laissa son corps tomber en avant, se rattrapant de son bras valide avant que son visage ne heurte la grille. L'ascenseur était étroit. Il était déjà à portée de bras des boutons. Soma l'attrapa par dessous le bras et le mit droit, peut-être pour l'aider, peut-être pour se rattraper, Sebastian n'était pas sûr.
- Quel étage ? dit-il, ses yeux ambres intenses.
Sebastian tendit le bras, appuyant sur le bouton du plus haut étage de l'ascenseur.
- Joker, c'est trop tard. Retournons avec les autres, implora Beast, le poursuivant dans les escaliers.
Beast tendait la main au-dessus de son dos alors qu'il chancelait de nouveau sur le côté.
Bien que son teint se soit empiré, sa détermination l'emportait sur son mal-être. Ce fut avec un peu d'aide qu'il atteint le troisième étage, faisant une entrée fracassante par les portes de la cage d'escalier.
Tanaka était toujours là où ils l'avaient laissé, couché sur l'un des canapés. Le peu de sang qu'il y avait eu avait déjà séché, et tandis que Joker examinait la blessure qu'il avait infligée au vieil homme, elle n'était pas aussi terrible que ce qu'il avait imaginé.
Beast faisait la sentinelle à la porte de la section, surveillant le couloir. Elle lança un regard nerveux à Joker par-dessus son épaule.
- Échange avec moi, dit-elle, s'éloignant du seuil de la porte. Tu peux pas le porter.
Joker acquiesça, s'écartant pour lui laisser de la place. Sans problème, elle souleva Tanaka dans ses bras, l'ajustant jusqu'à ce que sa tête soit positionnée contre son épaule. L'expression de ce dernier était si sereine, il aurait très bien pu être endormi. Difficilement le monstre de leurs cauchemars.
- D'accord, allons-
Beast se retourna et heurta directement Joker. Elle tituba, fit quelques pas en arrière, et vit ce qui l'avait rendu immobile.
L'entrée était bloquée par Ash. Ses cheveux étaient en bataille et ses pieds nus, un simple t-shirt blanc ainsi qu'un jogging prenant la place de son habituel uniforme impeccable. Vêtu ainsi, il aurait pu être l'un d'eux. Au vu de la lueur enragée dans ses yeux, il en avait clairement toutes les caractéristiques.
- Où sont les autres ?
Sa voix était aussi tendue qu'un fil de fer, s'efforçant à être entendue par-dessus la sirène.
- Le couvre-feu est passé. Pourquoi n'êtes-vous pas dans vos chambres ?
Il pénétra dans la section, balayant la pièce du regard comme s'il avait peut-être juste raté les autres patients. Mais non, juste Joker et Beast, le Directeur évanoui dans ses bras.
Les poings d'Ash se serrèrent.
- Retournez dans vos chambres sur le champ !
C'était du jamais-vu. La sécurité n'avait jamais failli à St. Victoria auparavant. Ash avait lui-même été en mesure d'entrer dans le bâtiment sans son badge. S'il pouvait s'y introduire alors les patients pouvaient sortir. Peut-être étaient-ils déjà sortis ? Il n'en restait plus que deux dans la section, le surpassant en nombre.
L'ordre devait être maintenu. Si les patients avaient déserté le bâtiment alors il les retrouverait et les ramènerait. Tout simplement.
D'abord, ces deux-là.
- Reposez le Directeur et retournez dans vos chambres. Comme vous n'avez pas quitté la section, tous les deux, vous ne serez pas punis, dit Ash, prétendant être calme. Fermez vos portes et restez-y jusqu'à ce que la faille de la sécurité soit résolue. Je me suis bien fait comprendre ?
Joker et Beast observèrent son approche graduelle, ses paroles semblant à peine les toucher. Lorsqu'il eut finit de parler, plutôt que de répondre, Beast baissa Tanaka au sol.
- Beast !
Joker la regarda, tombant des nues.
- Pas ça-
Mais elle ne retourna pas à sa chambre comme ordonné. À la place, elle défit la ceinture de Tanaka, faisant glisser l'épais cuir hors des boucles de son pantalon. Elle enroula la boucle autour de sa main, la serrant de manière à ce qu'elle soit attachée à ses phalanges.
Elle passa par-dessus Tanaka, mettant Joker derrière elle.
Ash grogna.
- J'ai dit dans vos chambres ! Si vous continuez à me désobéir, vous serez-
Il dût brusquement tourner la tête alors que le cuir brutalisa sa joue. La force du coup l'envoya à genoux, un large trait rouge pointant le bout de son nez sur son visage. Du sang fit son apparition aux extrémités, une douleur terne.
- Tu vas devoir le porter, dit Beast.
Quoiqu'elle se prépara à une autre flagellation, personne ne semblait plus étonné qu'elle par son geste.
- Descend pas autant que tout à l'heure, d'accord ?
Joker se remit de son choc puis fit ce qui lui était dit. Ce fut avec beaucoup moins de délicatesse que Beast qu'il souleva Tanaka, le mettant sur son épaule avec un seul bras. Le poids le déséquilibra et il tomba à genoux plus d'une fois tout en se dirigeant vers les escaliers.
Ash ne fut pris au dépourvu qu'une fois. Après le premier coup, il recula avec le deuxième, et le suivant, et le suivant. Beast ne pouvait pas toucher à nouveau, mais Ash ne pouvait pas non plus l'atteindre. Elle rebroussa chemin dans la section tout en frappant dans l'air devant elle avec la ceinture, repoussant toutes tentatives d'Ash de l'attraper.
Lorsqu'elle entendit la porte des escaliers s'ouvrir bruyamment, elle se retourna et courut. Joker avait posé Tanaka au sol, tendait la main pour celle de Beast.
Ash était juste derrière.
- Si vous ne retournez pas à vos chambres, vous serez punis ! Vous êtes les seuls responsables ! cria-t-il après elle, ses pieds nus résonnant sur le sol en linoléum. Vous n'irez jamais mieux à ce train là !
Beast vola à travers les portes et Joker les claqua derrière elle. Il prit sa main, dégageant la ceinture, puis il l'enroula autour des poignées qui dépassaient. Ils finirent de fermement nouer la boucle à l'instant où Ash s'écrasa contre les portes.
Un cri étouffé, puis plus rien.
Ils ne perdirent pas une minute de plus ici.
Le tuyau traînait le long du sol, des planches du repaire de Kelvin au lino lisse de l'institut. Des gouttelettes de sang s'écoulaient comme des miettes de pain avec le réveil de Ciel, ses pieds déformés par le verre des écrans. Le long des couloirs, des marches, d'un escalier à l'autre.
Je l'ai tué.
Son esprit était drôlement calme à présent. Dans la salle de surveillance, cela avait été le chaos. Beaucoup trop d'informations, trop nombreuses pour être emmagasinées, rationalisées, et assimilées, jusqu'à ce qu'il ne le supporte plus. Mais avec les écrans en morceaux et Kelvin mort à terre, tout était devenu parfaitement calme dans son esprit.
Je l'ai tué de mes propres mains.
Ciel avait tué par le passé, d'innombrables manières. Il avait tué ses parents en requérant leur protection. Il avait tué les habitants de Renbon en provoquant le feu. Il avait tué Alois en manquant de voir sa chute en flèche. Il avait tué l'homme que Sebastian été autrefois en se servant de lui jusqu'à ce que tout ce qu'il avait de bon pourrisse. En un sens, il avait tué tous ceux que Sebastian avait tués, la procuration ne suffisant pas à laver le sang de ses mains.
Mais c'était la première fois que Ciel avait pris une vie de ses propres mains. Pas par erreur, apathie ou égoïsme, mais avec une arme entre ses mains et le désespoir dans son cœur.
Il s'agissait d'une toute autre sorte de monstre.
Ciel passa les portes de l'escalier droit, le tuyau se traînant derrière lui. La sirène était loin de s'arrêter, étant devenue depuis longtemps un bourdonnement dans ses oreilles. Sans en prendre consciemment la décision, Ciel se retrouva au troisième étage, prenant le chemin vers les quartiers.
Il y avait un battement sourd sous la sirène, son origine apparaissant alors que Ciel tourna à un angle.
Ash chargeait les portes de l'escalier gauche, alternant entre ses poings et faire le bélier avec ses épaules. Son visage était en sang, une tache assortie sur la porte.
Ciel s'arrêta non loin.
- Ouvrez cette porte ! Vous devez retourner à vos chambres immédiatement, ou il y aura des répercussions ! rugit Ash, se jetant contre la porte.
Les portes fléchissaient sous son poids, une ouverture apparaissant entre elles, mais quelque chose les retenait ensemble de l'autre côté. Peu importe avec quelle force il les chargeait, le verrou fait maison ne se casserait pas.
- L'ordre doit… doit être maintenu !
Le tuyau gratta contre le sol alors que Ciel passait d'un pied à l'autre, observant Ash sans réellement le voir. Au fond, il savait qu'il aurait dû retourner sur ses pas avant qu'Ash le remarque, mais le brouillard dans son esprit ne laissa pas cette pensée devenir une action.
Ash se retourna brusquement, l'apercevant.
- Toi.
Ce ne fut qu'un peu plus qu'un grognement. Il observait Ciel avec une franche hostilité, les lèvres retroussées. Il avança d'un pas raide, les épaules voûtées.
- C'était toi.
Tu dois fuir.
- C'est toujours toi, grimaça Ash, de plus en plus près. L'exception à chaque règle. Qui se croit supérieur à nous. Toujours en train de comploter. Tu ne te rends donc pas compte de ce que tu fais ? Tu ruines tout ! Pour toi, pour les autres patients, à saboter les progrès de tout le monde !
Fuis. Fuis, idiot !
La main de Ciel se serra autour du tuyau, les pieds cloués au sol. Il voulait fuir. Il devait fuir. Mais il était incapable de convaincre ses jambes de coopérer.
- Nous vous aidions tous, mais tu te devais de tout ruiner. Enlever Joker de son traitement, se débarrasser du jardinier avant que l'expérience puisse finir, et maintenant tu as-
Le brouillard se leva. Ciel croisa le regard de Ash.
- Le jardinier ?
- Ne fais pas comme si tu ne savais pas ! Nous savons que c'était toi ! explosa Ash, fonçant vers Ciel. À mettre ton nez là où ça ne te regarde pas, à interrompre le procédé ! Ça aurait pu tous vous aider, si tu n'avais pas agi. En enterrant profondément les souvenirs dans l'esprit, si profondément qu'ils auraient très bien pu ne jamais s'être produit, n'avoir jamais existé. Laver l'esprit des choses qui vous rendaient malade, des choses qui vous ont amenés ici. Penses-y, un remède ! Mais tu l'as ruiné !
Ash se mit en mouvement pour attraper Ciel. Pour Ciel, ces mains ressemblaient à des serres, aussi bestiales que la rage dans les yeux de Ash.
- Ne me touchez pas !
Le tuyau bougea avant que Ciel s'en rende compte, frappant aux genoux de Ash. Il vacilla, tombant au sol. De nouveau, le corps de Ciel se mouva par automatisme, soulevant le tuyau haut au-dessus de sa tête comme il l'avait fait pour Kelvin.
Non ! Ciel prit une inspiration, les bras tremblants. Non.
Il courut.
- C'est ta faute ! Tout est de ta faute ! cria Ash après lui, mais Ciel ne regarda pas derrière lui.
J'allais le tuer.
C'était de la légitime défense. Seul un imbécile croirait que Ash avait autre chose que de mauvaises intentions au point où ils en étaient. Avec les rideaux fermés sur les méfaits de St. Victoria ainsi que la perte du contrôle méticuleux de Ash et Angela, il n'y avait plus de filet de protection en-dessous de Ciel dorénavant.
Mais même en légitime défense, il ne pouvait pas se résoudre à finir Ash avec le tuyau comme il l'avait avec Kelvin. Ce n'était pas pareil. Ash était un odieux personnage, mais l'impact qu'il avait eu sur la vie de Ciel était moindre comparé aux choses que Kelvin avait faites. Il n'y avait aucune justification pour le battre à mort. Ciel ne voulait pas observer la vie quitter les yeux de Ash, de le surplomber alors qu'il connaissait son dernier souffle.
Il ne me laissera pas partir, pensa Ciel alors qu'il empruntait en courant la porte de la section principale, le tuyau se traînant toujours derrière lui. Ash avait arrêté de hurler, mais sa voix était toujours audible, un faible bourdonnement sous la sirène. Et… une autre ? Deux voix. Angela était arrivée sur les lieux depuis l'escalier non bloqué.
Ils ne me laisseront pas partir. S'ils en ont la possibilité, ils nous garderont tous. Je dois le faire.
Mais pas avec le tuyau. Pas comme ça. Ce n'était pas ainsi que Ciel faisait. Quelle salissante, brute manière de faire les choses. Trop de preuves qui resteraient. Il devait penser aux preuves maintenant, parce que ce n'était pas une finalité. Il fallait penser au lendemain, et au surlendemain, et au jour d'après.
Aux jours suivants St. Victoria.
Ciel courut dans sa chambre, refermant d'un coup de pied la porte derrière lui. Bien qu'elle ne se verrouillerait pas, c'était toujours un obstacle momentané pour les Chefs Aide-soignant.
Réfléchis.
C'était ce qu'il faisait de mieux. Qu'avait-il sous la main qui pourrait servir ? Qu'est-ce qui serait le plus efficace, le plus rapide, le plus discret ? Il connaissait mieux sa chambre que n'importe quel autre endroit, avait un inventaire mental de tout ce qu'elle contenait. Rien. Des jouets d'enfants, des livres, des meubles. Rien d'utile. Rien de mortel.
Réfléchis !
Il y avait toujours quelque chose. Ce n'était qu'une question d'utilisation.
L'œil de Ciel se posa sur la lampe de sa table de chevet. Il marcha en sa direction, s'accroupissant afin de suivre des doigts la prise. Son ongle s'enfonça dans la ligne où le plastique rejoignait le mur. Le plâtre s'effritait sous le plus délicat des touchers, déposant de la poussière sur le bout de ses doigts.
Jetant de nouveau un œil vers la porte, il envoya le tuyau contre le mur. Le plâtre céda facilement, tombant en ruine sous le coup. Un ensemble de fils s'y trouvaient, s'étendant comme des veines sous la peau de l'Institut.
Cela pourrait marcher. Un sourire courba petit à petit les lèvres de Ciel.
Ciel agrandit le trou jusqu'à ce qu'il touche la moquette. Satisfait, il trotta jusqu'à la salle de bain. Tout d'abord, il posa le tuyau pour attraper une serviette. Tournant les deux robinets de l'évier, il la laissa tremper, se tournant vers la baignoire. Il refit la même chose, tournant les robinets au maximum. Les tuyaux protestèrent, l'eau arrivant lentement au départ, puis ruisselant dans la baignoire.
La serviette était complètement trempée. Il l'emmena dans la chambre, la posant prudemment sur le trou. Seul le bout du bout était à l'intérieur. Elle touchait à peine les fils, et Ciel s'empressa de la lâcher au cas où.
Combien de temps était passé, se demanda-t-il. Lui restait-il assez de temps avant que Ash et Angela viennent à sa poursuite ?
Ciel se précipita à nouveau dans la salle de bain, reprenant le tuyau en main. L'évier débordait, l'eau se répandant au sol, mais la baignoire n'était qu'à moitié remplie.
Trop lent.
Mettant un pied en arrière, Ciel frappa avec le tuyau aussi fort qu'il le pouvait contre les tubes sous l'évier. Un coup ne suffisait pas à les casser, mais c'était un bon début, des fissures se manifestant sur le plastique. Il planta fermement son pied droit sur le sol, s'élançant pour un nouveau coup. La fissure s'agrandit, l'eau commençant à gicler dans l'air. L'écoulement des différents robinets faiblit.
Encore et encore et encore. Il en fallut plus que ce que Ciel avait anticipé, le temps semblant ralentir alors qu'il savait qu'il lui filait trop vite entre les doigts. Mais après un coup particulièrement fort qui secoua l'articulation du poignet de Ciel, le tuyau céda.
Pile au moment où la voix d'Angela atteignit Ciel, criant dans toute la section.
Ciel courut avec l'eau qui se propageait. L'évier et la baignoire ne donnaient plus une goutte, toute l'eau interceptée par le tuyau cassé. La salle de bain fut inondée avant que Ciel atteigne la porte et la chambre n'attendit pas longtemps.
La piscine grandissante atteignit la serviette juste à temps pour que Ciel saute sur son lit, des empreintes de pas humides s'éparpillant sur la couette.
Il prit le cou de la lampe, observant l'eau se répandre dans la chambre. Au-delà de son lit, au-delà de son bureau. La moquette s'assombrit, l'ombre saignant vers l'extérieur. Elle n'atteignit pas vraiment la porte avant que cette dernière soit brusquement ouverte, heurtant le mur dans un lourd fracas.
- Qu'est-ce que tu as fait ?
Angela n'avait d'yeux que pour Ciel. Si l'un d'eux avait regardé en bas, les choses auraient pu finir d'une toute autre manière, mais leurs rages ne les laissèrent pas faire cela. Ils ne pouvaient voir que des années de travail en ruine et la personne qu'ils avaient choisi de blâmer.
- Qu'est-ce que tu as fait ?!
Elle s'avança, le bras de Ash autour de ses épaules. Il boitait lourdement à côté d'elle. Ciel observa leurs pieds plutôt que leurs visages. Angela ne s'arrêta qu'une fois qu'elle fut dans l'eau, baissant le regard en direction de ses chaussons trempés, confuse.
- Quoi-
Ciel alluma la lampe.
Sebastian n'avait jamais été friand du travail en équipe. Quelque soit son travail, il n'avait jamais été un soutien, jamais été relégué au second rang, jamais laissé son travail être attribué à quelqu'un d'autre que lui. Comme pour tout, St. Victoria s'avérait être l'exception.
- Vérifiez-les, ordonna-t-il en serrant les dents, se dégageant de l'épaule de Freckles afin de s'appuyer contre le mur.
Ils étaient au dernier étage de l'institut, entourés de ses portes ouvertes et de ses salles non éclairées.
- Un rapide coup d'œil dans chacune.
La nausée s'était évanouie et l'hémorragie s'était presque arrêtée, pourtant Sebastian ne se sentait clairement pas bien. Il avait froid, ravagé par des frissons, et son corps prenait de plus en plus de temps à réagir. Le strict minimum auquel s'attendre après avoir rencontré de si près une tronçonneuse.
À en juger par la manière que Soma et Freckles avaient de constamment le regarder, Sebastian supposa que son apparence était pire que son ressenti. Bon eh bien, ils pouvaient faire le travail. Il n'avait pas d'énergie à perdre, bien qu'il sentait qu'il aurait besoin du peu qu'il lui restait s'ils trouvaient Ciel.
- Rien, dit Soma, le premier à revenir.
Freckles n'était pas loin derrière, sa recherche tout aussi vaine.
Cela éliminait le dernier étage. Le suivant fut également un échec. Quoique les pièces étaient plus vivantes, il n'y avait aucun signe montrant que quelqu'un les avait utilisées récemment, abandonnées assez longtemps pour que la poussière s'y installe.
- Les quartiers sont au prochain étage, dit Sebastian, la main appuyant fermement sur son épaule meurtrie.
La pression soulageait quelque peu la douleur, dégageait assez son esprit pour refuser l'offre d'aide silencieuse de Freckles.
- S'il est sorti de peu importe où il était, il y a une chance qu'il ait pu y retourner.
Alors qu'ils pénétraient dans l'escalier droit, la sirène se coupa brusquement, le silence qui suivit plus fort que son cri. Ils s'arrêtèrent, abasourdis. Puis un autre bruit, un sifflement montant. Il leur fallut un moment pour remarquer que, en même temps que le sifflement, les ampoules au-dessus de leurs têtes brillaient de plus en plus. Alors que le sifflement atteint son paroxysme, les lumières trépassèrent.
- Qu- Qu'est-ce qui se passe ?
Sebastian n'était pas sûr de savoir lequel d'entre eux avait posé la question, bien que Soma était définitivement celui dont les mains s'agrippaient à l'arrière de sa chemise. Dans le noir complet, l'escalier était un gouffre sans fond. Un faux mouvement pouvait finir avec leur crâne ouvert sur la pierre.
- Freckles, dit Sebastian, se baissant lentement afin de s'asseoir sur les marches.
Soma en fit de même, se tenant toujours fermement à la chemise de Sebastian.
- Cherche avec tes mains la marche du haut. Tu pourras rejoindre la porte comme ça. Regarde si les lumières sont aussi éteintes dans le couloir.
Pieds nus, il était difficile de l'entendre bouger, même dans le silence assourdissant. Il y eut une légère agitation, des mains et des pieds cherchant prudemment leur chemin en avant. Puis le grincement de la porte. Sebastian sut la réponse avant même que Freckles parle.
- Elles sont éteintes. Dans toutes les pièces aussi. Je peux rien voir.
Sebastian acquiesça, puis se rappela qu'elle ne pouvait pas le voir.
- Referme la porte et assis-toi. Nous allons attendre une minute, voir si les lumières reviennent. Si ce n'est pas le cas, nous continuerons quand même.
Sebastian ferma les yeux. Il n'y avait que peu de différence entre ce qu'il pouvait voir et l'arrière de ses paupières, de toute façon.
Ça doit faire… environ trois quarts d'heure maximum depuis que la sirène a commencé. Ce n'était pas Tanaka, et au vu des ordres de dernière minute pour nettoyer, ce n'était sans doute pas non plus Undertaker. Dans ce cas, ça pourrait être le personnel qui limite les dégâts.
S'ils savaient que les patients étaient en liberté dans l'asile, et Sebastian devait partir du principe qu'ils savaient maintenant, alors les plonger dans l'obscurité était une méthode viable. Le personnel avait l'avantage de connaître la disposition du bâtiment, tandis que les patients courraient à l'aveuglette juste pour essayer de sortir. Encore plus dans le noir.
Will et Ronald n'étaient pas un souci. Will avait bien fait comprendre qu'il ne suivrait que ses ordres. Ronald semblait juste contre l'idée de faire des heures supplémentaires. Ces deux-là en ayant déjà terminé, Sebastian n'imaginait pas les recroiser. Grell, d'un autre côté, était sans l'ombre d'un doute toujours en train de rôder. Bien que la tronçonneuse soit hors-jeu, Sebastian ne souhaitait pas vraiment retomber sur elle.
Sur les autres non plus. Ash et Angela connaissaient le bâtiment mieux que quiconque, avec leur titre commun de Chef Aide-soignant. Puis il y avait Grey, Phipps et Brown. Sebastian ignorait toujours tout sur eux. À quelle faction ils appartenaient, jusqu'à quel point ils étaient impliqués, ce qu'ils feraient maintenant qu'il y avait champ libre dans l'institut. Ils étaient un livre fermé, et dans son état actuel, Sebastian ne voulait pas prendre de risque.
- J'arrive à mieux voir maintenant, chuchota Soma, lâchant enfin Sebastian.
- Ouais, moi aussi. J'aime pas rester plantée là. En route, répondit Freckles, descendant les marches sur son postérieur.
Sebastian rouvrit les yeux, les laissant lentement s'ajuster à la pénombre autour d'eux. Il pouvait à peine voir les faibles contours des marches. Assez pour descendre avec prudence.
Les lumières ne revinrent pas alors qu'ils descendirent lentement en traînant les pieds sur les marches du troisième étage. Les haut-parleurs restaient eux aussi silencieux, seul l'écho lointain de la sirène dans leurs têtes. Quoiqu'ils étaient sur leurs gardes en s'attendant à une attaque, rien ne bondit hors des ombres. Du moins jusqu'à l'odeur.
- Qu'est-ce que c'est ?
Soma fut le premier à remarquer. Il inspira profondément, mais l'odeur se déposa à l'arrière de sa gorge, assez forte pour l'étrangler. Elle fit larmoyer ses yeux, un goût de cendre sur sa langue.
- Est-ce que c'est-
- De la fumée.
Venant du dessous des portes du troisième étage, un épais nuage de fumée s'échappait depuis l'ouverture. Il amenait de la cendre dans l'air, et avec chaque inspiration que le trio prenait, la cendre se déposait lourdement sur leurs langues. Au loin, il y eut un grognement grandissant. Puis une toux sèche.
- Ciel !
Instantanément, ils reconnurent tous les trois la respiration sifflante, la connaissant d'un moment ou un autre. Soma plongea vers la porte, tirant les poignées, mais quelque chose les retenait ensemble. Elles ne s'ouvraient qu'un peu, et cela ne permit qu'à plus de fumée d'entrer dans la cage d'escalier étroite.
- Ciel, c'est toi ? Tu vas bien ?
- Smile, cette porte est bloquée ! Tu peux aller à l'autre escalier ? hurla Freckles, ses paroles fondant en toux.
Sebastian les poussa tous deux hors du chemin. Il ne pouvait toujours pas bouger les doigts de sa main droite, mais avec sa gauche, il tira les poignées de porte. Ses doigts trouvèrent rapidement l'obstacle, bien qu'il ne pouvait pas le voir clairement à travers la fumée.
- Enlève ça, ordonna Sebastian, attrapant aveuglément la main de Soma pour la mettre sur la ceinture attachée.
Il ne lui fallut qu'un moment pour réaliser de quoi il s'agissait et il manœuvra rapidement la boucle. Elle tomba au sol dans un bruit sourd.
Ensuite, les portes nécessitaient une légère aide pour s'ouvrir. Elles volèrent s'écraser contre le mur, la fumée s'accélérant dans la cage d'escalier. Soma et Freckles s'accroupirent, ayant du mal à retenir leur toussotements, mais Sebastian relevait son col sur sa bouche ainsi que son nez. Ça n'aidait pas vraiment ses yeux à arrêter de couler, mais il pouvait assez bien respirer pour l'heure.
- Ciel !
Étouffée comme elle l'était, sa voix ne porta pas bien loin. Ciel ne releva même pas la tête. Il était hors de la section, d'où la fumée s'échappait, mais juste à peine. Plié en deux au sol, Sebastian n'arrivait à voir que le haut de sa tête, ses cheveux couverts de sang séché.
Il se rua vers lui, à moitié accroupi, tentant de rester sous la fumée. Plus il s'approchait de Ciel et de la section, plus la chaleur s'intensifiait. Ce fut sans grande surprise qu'il vit que l'origine du feu était la chambre de Ciel. La chambre n'était rien d'autre qu'une fournaise à présent, ses flammes se répandant dans le foyer.
Sebastian lâcha son col afin de tirer Ciel contre lui, retenant son souffle. Il lutta pour trouver le t-shirt de Ciel, tirant dessus au niveau du visage.
- Je ne peux pas te porter, tu dois te lever, dit Sebastian près de l'oreille de Ciel, appuyant son nez contre les cheveux de Ciel pour essayer de ne pas respirer autant de fumée.
D'aussi près, il était en mesure de sentir l'agonie du souffle de Ciel, sentir qu'ils étaient beaucoup trop proches. Son œil était fermé, la peau autour de son nez noircie après avoir inspiré la fumée.
Pas d'autre solution.
Sebastian resserra son bras autour de Ciel puis il le souleva contre lui. Bien positionné, il mit sa main sous les jambes de Ciel. Être bougé ramena Ciel à lui-même, du moins assez pour qu'il ait le réflexe de passer un bras autour de l'épaule de Sebastian. Sa main effleura la blessure de Sebastian, et il réprima un grognement, entamant une course basse jusqu'à la porte.
Soma et Freckles ne perdirent pas de temps à claquer les portes derrière eux, la ceinture bien attachée autour des poignées.
Wendy respirait encore, mais faiblement. Elle était lourde comme du plomb dans les bras de Snake, le sang autour de sa gorge lacérée, noir. Il vérifiait constamment, se penchant en avant afin d'entendre le faible souffle. C'était un maigre réconfort alors que les lumières n'étaient plus, que la sirène se taisait.
- Ça doit être le bon étage, non ?
Drocell n'était plus aussi sûr de lui. L'ourlet du t-shirt de Snake était pincé entre ses doigts, laissant Dagger mener la marche.
- Si c'était le sous-sol, ça doit être le bon étage.
- Ta gueule.
Ce fut la première chose que Dagger avait dit depuis qu'il avait traîné les autres dans la cage d'escalier, claquant la porte sur les patients expérimentaux. Sur Jumbo et Peter ainsi que Soma et Freckles, tous dispersés ou perdus. Il les avait silencieusement menés, ne s'arrêtant pas même lorsque le couloir s'était assombri.
- Juste. Ta gueule.
Pour une fois, Drocell se tut. Ils continuèrent en silence, seulement perturbé par la respiration sporadique de Wendy.
Ils étaient plus proches des portes qu'ils ne s'en doutaient. S'ils étaient sortis par l'autre escalier, elles auraient été juste devant eux, la faible lumière de la lune leur montrant le chemin. Cependant, ils étaient sortis par l'escalier de gauche, laissant un couloir en fer à cheval entre eux et la liberté.
Le plafond se mit à grogner lorsqu'ils furent à la courbe du milieu. Ils s'arrêtèrent, levant tous les yeux vers la pénombre au-dessus d'eux. Avant qu'ils aient l'occasion de parler, il commença à pleuvoir de la poussière, enfin était-ce réellement de la poussière ? Drocell en retira une partie de son épaule, frottant la matière entre ses doigts et son pouce. Plus épais que la poussière. La texture n'avait rien à voir.
Sa poitrine se serra, sa bouche s'asséchant.
- Bougez.
L'ordre se perdit dans le fracas. Le plafond s'écrasa autour d'eux, plâtre et fumée tombant plus vite que les débris. Des morceaux de brique et de bois, des meubles roussis, ainsi qu'une terrible chaleur. Tout s'entassa, créant une barrière au milieu du couloir. D'un côté, Snake et Drocell avaient évité le pire. De l'autre, Dagger s'était jeté en avant, glissant au sol pour être en sécurité.
La poussière se stabilisa. Depuis le trou du dessus, un feu impressionnant ardait, la chaleur qui s'en émanait faisant vibrer l'air tandis que les flammes dansaient. Ce n'était pas seulement l'étage du dessus qui s'était affaissé, mais celui encore plus haut, là où la fumée était la plus épaisse. À en juger par les craquements qui n'en finissaient pas, le reste du plafond ne tarderait pas à céder à son tour.
- Qu'est-ce qu'on fait ?
Snake tint Wendy contre son torse, les phalanges blanchies. Il fixa le cratère au plafond, la sueur perlant au-dessus de sa lèvre supérieure.
- Je…
Drocell eut du mal à se remettre sur ses pieds, écartant le plâtre dont il était recouvert. Il tira sur les épaules de Snake, l'aidant à se lever sans trop déranger Wendy.
- Les gars ! Vous allez bien ?!
La barricade entre eux et Dagger était absolue. Si ce n'avait été que briques et meubles ruinés, ce n'aurait pas été un problème, mais parmi cela se trouvaient les tiges en acier qui n'avaient pas été capable de supporter le béton. Des pièces d'armatures rouillées percées les débris, dangereusement pointues. S'ils tentaient de les escalader, surtout en portant Wendy, un faux pas et ils périraient.
- Essayez de trouver le morceau le plus simple pour faire un trou, d'accord ?! Je vais essayer de ce côté ! cria Dagger.
Une lointaine agitation suivie, mais aucun des tas ne fut perturbé de leur côté, aucun signe d'où Dagger essayait de creuser.
- Pour l'instant, posons-la, dit Drocell.
Snake regarda Wendy. Son visage avait perdu tant de couleur que ses veines formaient comme une toile d'araignée d'un bleu saisissant juste sous sa peau. Snake resserra sa prise autour d'elle.
- Mais… si ça tombe plus, on ne la rejoindra pas à temps, protesta docilement Snake.
Drocell la regarda, mais il n'y avait que honte dans ses yeux.
- Ça va tomber. Nous devons aller de l'autre côté si nous comptons sortir. Pose-la par terre.
Snake retroussa les lèvres, au point où elle perdirent toute couleur, puis secoua la tête.
- Snake, nous devons creuser ! Elle est déjà-
Dagger parlait. Sa voix les atteignit doucement, le contenu difficile à saisir par-dessus le rugissement grandissant du feu au-dessus. Notamment parce qu'il n'était absolument pas en train de crier. Drocell et Snake échangèrent un regard confus.
Un pied de chaise descendit de la barricade. Près du milieu de la pile, les morceaux de plâtre et de brique commencèrent à bouger. Pas plus qu'un soubresaut au départ, puis davantage de débris furent dégagés de l'amas, un trou commençant petit à petit à se former.
Drocell se précipita, plongeant ses mains dans le trou. Poussant, tirant, tordant pour désencombrer. Les mains d'une autre personne effleurèrent les siennes depuis l'autre côté, un effort commun.
À l'arrière du couloir, une autre partie du plafond croula, s'abattant au sol dans un nuage de plâtre et de fumée. Snake se hâta en avant, les épaules levées afin de mieux protéger Wendy.
Le trou s'agrandit.
- Il devrait être assez grand maintenant ! Essayez de l'escalader, je m'assurerai que rien ne vous touche !
Drocell et Snake se raidirent. La voix qui les atteignait n'était pas celle de Dagger. Plus grave, plus âgée, tout aussi familière. Lorsqu'ils ne répondirent pas, un visage apparut dans le trou.
- Vite, le plafond ne tiendra pas très longtemps ! dit Agni d'un ton grave.
Ses yeux ruisselaient à cause de la fumée, les plus longues mèches de ses cheveux collées contre son visage et son cou avec la sueur. Il tendit une main couverte de poussière, ses doigts ensanglantés après avoir gratté les décombres.
- Faites-la passer en premier !
Drocell fit un pas en arrière. Il fixa la main tendue comme s'il s'agissait d'une bête prête à bondir. Il était plus sûr de reculer vers le brasier, vers le plâtre qui craquelait loin du trou. Une vive chaleur lécha l'arrière de son cou, la peau rougissant en un instant. Mieux valait cela que de prendre la main d'Agni.
- Allez, vite ! les interpella Dagger, jetant un œil près d'Agni.
Il se penchait contre l'Aide-soignant sans hésitation, sans inquiétude. Parmi eux, il était celui du mauvais côté de la barricade.
- Attention, dit Snake à voix basse, tenant bien l'arrière du crâne de Wendy alors qu'il la passa d'abord par les pieds à travers le trou.
Il ne vacilla même pas lorsque les mains d'Agni heurtèrent les siennes, et dès que Wendy fut passée sans encombre et dans les bras de Dagger, Snake accepta également la main d'Agni.
- Non !
Drocell se rua en avant et tira à l'arrière du t-shirt de Snake. Le pied de Snake glissa sur un morceau de brique qui ressortait de la pile. Il regarda par-dessus son épaule en arrière, sa main toujours tenue par Agni.
- Est-ce que tu voulais y aller en premier ? demanda Snake avec étonnement.
Il ne lâcha toujours pas, et lorsqu'Agni tira à nouveau sur sa main, Snake s'apprêta à se baisser dans le trou.
- Non, Snake !
Avant que Drocell le tire brusquement en arrière, assez fort cette fois pour lui faire lâcher prise avec Agni. Snake tituba, tombant contre le torse de Drocell.
- Snake, il est avec eux, on ne peut pas !
- Sois pas con ! hurla Dagger, regardant par le trou. Dépêchez-vous de passer, le toit va pas tenir longtemps !
- Je ne vous blesserai pas, je le promets ! s'exclama Agni, tendant à nouveau sa main. La sortie est juste au tournant ! Plus vite je vous fais tous les quatre sortir, plus vite je peux trouver les autres. Je vous en prie, dépêchez-vous !
- Il ment, chuchota Drocell, s'agrippant à Snake.
Ce n'était plus seulement à cause de la fumée que ses yeux larmoyaient à présent.
- Ils mentent toujours. On ne peut pas lui faire confiance.
Le plafond gronda à nouveau. Plus fort, plus longtemps. Des fissures firent voler en éclats le plâtre. La fumée s'échappant du trou s'assombrissait, plus noire que grise.
Snake jeta un œil entre Drocell et le trou. Plus que la chaleur du feu, il sentait à quel point son t-shirt s'était durci avec la sang de Wendy. Avec difficultés, il força Drocell à bouger ses mains.
- Nous n'avons nulle part d'autre où aller, raisonna-t-il, retournant vers le trou.
Il tendit la main pour que Drocell la prenne, espérant qu'il s'agisse d'une perspective plus prometteuse que celle d'Agni avait été. Derrière lui, Agni et Dagger tendaient aveuglément la main. L'un d'eux, il n'était pas sûr de savoir lequel, attrapa son poignet.
- Tout va bien. Nous sommes presque dehors. Encore un tout petit peu.
Drocell ferma les yeux, la lèvre inférieure tremblant. Les larmes ne coulèrent pas, mais Snake était parfaitement habitué à la manière dont son corps tremblait.
- Tu n'as pas à le croire lui, implora Snake, une jambe passée dans le trou, le corps plié pour rentrer dans l'ouverture.
Agni avait un bras bien placé au-dessus de lui, s'assurant que rien ne tombe.
- Juste moi.
Drocell extirpa sa main de Snake, reculant brusquement de quelques pas. Il ne parla pas, se contenta de secouer la tête.
- Drocell !
Snake tendit le bras vers lui, observant la cendre pleuvant depuis le trou au-dessus. Puis rien d'autre que des cendres. Plus de briques, plus de plâtre. Le feu dévorait les étages au-dessus, et Drocell s'était mis juste en-dessous.
- Drocell, viens ic-
Le toit céda. Agni mit un bras autour de la taille de Snake, le tirant à travers le trou pour le mettre en sécurité, mais pas avant qu'il voit Drocell disparaître sous la fumée et les débris.
Ils entendirent le grondement du bâtiment depuis la cage d'escalier. Bien que de la fumée s'infiltrait jusqu'aux coins, il faisait toujours frais à l'intérieur, la lourde pierre épargnée par la chaleur du feu. Pour le moment. Alors qu'ils avaient du mal à descendre les marches dans le noir, Ciel sur le dos de Freckles et Sebastian à moitié traîné par Soma, les fracas des étages supérieurs cédants étaient amplifiés.
Lorsqu'ils arrivèrent au rez-de-chaussée, Soma et Freckles marquèrent une pause, se regardant avec incertitude. Le métal de la porte était chaud, une lumière s'introduisant sous la fente.
- Sebastian, est-ce que c'est le bon étage ? demanda Freckles, sa gorge rauque à cause de la toux.
Une main derrière elle pour soutenir Ciel, elle attrapa la poignée de porte.
Bien que toujours conscient, Sebastian semblait dans un pire état que Ciel. Sa peau avait pris une teinte cireuse et ses yeux étaient vitreux. Le contour de son nez et de sa bouche était noirci par la fumée. Il prit un moment pour répondre, et même lorsqu'il le fit, ce ne fut qu'un simplement hochement de tête.
- Allons-y.
Soma mit sa main sur celle de Freckles, poussant la porte pour elle.
La pénombre fut chassée par la lumière dansante des flammes. À travers les énormes cratères dans le plafond, le feu brûlait vivement, dévorant les étages supérieurs de St. Victoria. Le couloir était jonché de décombres du dessus, bloquant presque entièrement leur chemin. À mi-chemin du couloir, il y avait un amas qui atteignait le plafond.
- On ne peut pas passer, dit Soma, la mâchoire se relâchant.
Il avança en avant, marchant prudemment sur les débris. Il était assez simple de se frayer un chemin jusqu'au milieu du couloir, mais avec cette énorme barricade prête à leur faire face, il était impossible d'avancer.
Freckles sursauta alors qu'une main apparut dans son champ de vision. Ciel pointait du doigt devant eux en tremblant, sa respiration un sifflement agonisant contre le creux de son cou. Bien qu'il tentait de parler, ses mots étaient vagues.
Elle suivit son doigt, plissant les yeux à travers le brouillard de fumée.
Son visage s'illumina.
- Y a un trou !
Comment parmi leur groupe de trois, Ciel était celui qui l'avait remarqué, Freckles l'ignorait, mais il était là. Étroit, et désagréablement près de la fournaise en haut, mais un échappatoire quoi qu'il en soit.
- Allons-y !
Il était dur de résister à l'envie de se contenter de s'y précipiter. Si ce n'était pas pour Ciel et Sebastian, ils l'auraient probablement fait, au diable le danger que posaient les amas de débris. Ils trébuchèrent tout de même plusieurs fois dans leur hâte, Sebastian faisant presque une mauvaise chute sur une tige de métal qui ressortait.
Il était plus simple d'y passer que cela en avait l'air. Freckles passa en première. Lorsqu'elle fut passée sans encombres, Ciel et Sebastian furent aidés pour traverser l'ouverture, puis Soma ferma la marche. L'autre côté de la barricade était en bien meilleure condition. Des bouts du toit étaient également tombés de ce côté, mais la proportion des débris du couloir mettait plus en faveur ce dernier.
Lorsqu'ils tournèrent à l'angle et virent les portes ouvertes menant à l'extérieure, plutôt que le soulagement ou l'excitation, une autre sensation les submergea tous les quatre. Ce qu'ils ressentirent alors fut un très mauvais présage. Les poils à l'arrière du cou de Soma se hérissèrent. Un frisson se glissa dans le sang de Freckles, la chair de poule se manifestant sur sa peau. Pour Sebastian et Ciel, c'était une sensation familière, un poids lourd plombant leurs estomacs.
Ciel ouvrit l'œil, cherchant à travers la fumée la source de leur mal-être. La sortie était juste là, le chemin et l'herbe ainsi qu'une neige tombant doucement, juste devant leurs yeux. Pourtant aucun d'eux ne s'en approcha.
V1 se traînait près de la porte.
C'était aussi endommagé qu'eux. Du sang, du plâtre et de la cendre recouvraient en plusieurs couches épaisses sa peau, son nez anormalement tordu. Ça était plus confus qu'enragé maintenant. Bien que Ça était près de la porte, Ça faisait face au mur, se poussant contre ce dernier sans réfléchir.
- Pas un geste.
Seul Sebastian ne regardait pas V1 avec surprise ou peur. Il y avait une reconnaissance dans ses yeux qui disait à Ciel tout ce qu'il devait savoir sur la provenance de cet homme ruiné. La terreur que Soma et Freckles étaient incapables de dissimuler le confirmait.
- Pas un geste, répéta doucement Sebastian, bien qu'aucun d'eux n'en ait fait.
D'en haut, du plâtre voleta dans l'air. Une fissure commença à se former sur le plafond juste au-dessus de leurs têtes. Cette fissure fut leur seul avertissement, et ils réussirent à se jeter en avant de justesse avant que cela tombe.
V1 se tourna pour leur faire face.
- Pas un geste, dit Sebastian, mais il était déjà en train de s'éloigner de l'épaule de Soma, se déplaçant afin de se tenir devant eux.
Ciel se tortilla pour descendre du dos de Freckles, regardant autour de lui à la recherche de quelque chose que Sebastian pouvait utiliser.
V1 produisit un lamentable gémissement. Ça s'approcha brusquement d'eux, un pas maladroit après l'autre, sans une once de la force que Ça avait utilisé contre Jumbo plus tôt. Ça agissait par instinct, incapable de faire plus.
Ciel partit en flèche en avant et V1 en fit sa cible.
- Smile !
- Qu'est-c'que tu fais ? Reviens !
Sebastian ne l'appela pas. Il avait vu la lueur dans l'œil de Ciel, vu ses mains se tendre avant lui. Alors à la place, Sebastian courut pour rejoindre V1 avant que Ça puisse atteindre Ciel, heurtant Ça avec assez de force pour les envoyer tous les deux au sol.
- Sebastian ! hurla Ciel, puis quelque chose glissa au sol vers lui.
L'une des pièces de l'armature, broyée par la chute du plafond, aussi tranchante que n'importe quel couteau.
Sebastian la prit en mains, levant les yeux pour croiser celui de Ciel.
- Ne regarde pas, dit-il, puis il leva la tige en l'air.
Regarde, se dit Ciel, retournant vers Freckles et Soma. Il couvrit les yeux de chacun d'une main, mais garda son propre œil ouvert. Regarde ce que tu as fait de lui.
Malgré l'épaule meurtrie de Sebastian, il trouva la force de forcer V1 à se soumettre. La tige s'abattit sur son crâne jusqu'à ce que ses doigts aient leur tout dernier soubresaut. Chaque fois que Sebastian levait son bras pour refrapper, la gorge de Ciel se nouait un peu plus, une pression étouffante pesant lourdement sur sa poitrine. Il prit une profonde inspiration et la bloqua aussi longtemps qu'il le put, comptant les secondes qui passaient.
À vingt, Sebastian laissa tomber la tige. Il regarda par-dessus son épaule, une éclaboussure du sang de V1 dégoulinant sur sa joue. Pendant un bon moment, il se contenta de fixer Ciel, le visage vide. Puis il sourit. Un travail misérable, implorant sa disparition, pas même l'ombre du sourire que Ciel avait fini par connaître.
Les bras de Ciel abandonnèrent Soma et Freckles, bien qu'ils gardèrent les yeux bien fermés un peu plus longtemps. Le bras de Sebastian était recouvert de sang, frais et sombre, et Ciel se demanda si la marque de la morsure qu'il avait laissée là tous ces mois en arrière se trouvait toujours dessous.
Ciel tendit sa main, les doigts tremblants.
Après un moment, Sebastian se mouva vers lui. Il tendit la main, sa main ensanglantée qui plana au-dessus de celle de Ciel. Il ne fit aucun mouvement pour la prendre, se contenta de baisser les yeux vers Ciel avec cet affreux petit sourire. Le mettant au défi de faire cet ultime geste.
Dégoûtant. Une goutte de sang goutta sur la paume de Ciel, un rouge contrastant avec sa peau pâle. Ecœurant. Sa peau le démangeait en sentant cette fraîcheur humide, en pensant à à quel point la main de Sebastian serait glissante. Bestial. Si la cicatrice que Ciel lui avait fait était là, elle était perdue sous tout ce sang.
Ciel prit une autre inspiration, puis saisit la main de Sebastian. Il les noua ensemble, cette horrible sensation glissante entre leurs doigts faisant battre la chamade au cœur de Ciel, à cent à l'heure.
Les doigts entremêlés, ils se dirigèrent vers la sortie.
Il neigeait de plus belle, des traînées de blanc perçant le voile de la nuit. Il aurait dû faire sombre, pas de lampadaires à des kilomètres, mais le feu dévorant St. Victoria éclairait mieux le ciel que ce dont n'importe quelle invention humaine aurait pu rêver. Il n'y avait pas une seule fenêtre qui n'était pas illuminée par les flammes, et une douce lueur se projetant sur les jardins.
Les survivants se tenaient, observant leur prison brûler.
Dagger s'agrippait à Beast, sa tête posée contre sa poitrine, ses épaules se soulevant. Joker se tenait contre sa jambe, regardant d'un air hagard le bâtiment, ne voyant pas réellement. Tanaka était allongé, inconscient à ses côtés, bien que ses paupières commençaient à sautiller. À côté de lui se trouvait Wendy, Agni penché au-dessus d'elle, nouant la manche déchirée de sa chemise de nuit autour de sa gorge.
Soma ravala un sanglot en le voyant. Sans un mot, il prit de l'élan sur l'herbe gelée, se jetant contre Agni alors que l'homme se relevait pour l'accueillir.
Freckles serra l'épaule de Ciel puis marcha sur ses pas, une marche d'abord hébétée, puis une course tandis que Beast et Dagger criaient son nom. Même Joker sembla revenir à lui à cet instant, ayant du mal à se rasseoir.
Snake se tenait sur le côté, ni avec le groupe ni loin d'eux. Il regardait le bâtiment, les yeux vides. Ce fut Dagger qui l'approcha, le visage marqué par les larmes. Ciel était trop loin pour entendre ce qu'il dit, mais quoi qu'il s'agissait, cela persuada Snake de le suivre. Avec une certaine hésitation, il rejoignit le groupe, tiré vers le bas dans une embrassade à un bras par Joker.
- Jumbo et Drocell, murmura Ciel, incapable de trouver leurs visages dans le rassemblement.
- Je me serai attendu à plus, répondit Sebastian, ajoutant les patients de la Section V au compte. Je doute que qui que ce soit sorte maintenant.
Un bruit de fracas au loin. Quelques briques hautes dans le mur commençaient à tomber en ruines.
- Où es-tu allé cette nuit-là ? demanda Sebastian. Comment le feu a-t-il bien pu commencer ?
- Je te dirai plus tard.
Ciel cligna de l'œil, puis un sourire se mit à se former petit à petit sur ses lèvres.
- Plus tard.
Sebastian leva les yeux alors qu'une fenêtre s'effondrait, les flammes montant plus haut.
- Mm. Plus tard alors.
Leurs mains étaient toujours entremêlées, le sang séchant sur leurs doigts. Sebastian attendit que Ciel se libère, mais il n'en fit rien.
