Le dernier chapitre est là, j'ai encore un peu de mal à y croire. M'enfin bref, tout le bla bla de fin sera eh bien, à la fin du chapitre, donc je vous reverrai en bas !

Bonne lecture !


Écrit par Cennis

Inertia Creeps : Épilogue

Le hall était décoré de flocons de neige en papier ainsi que de guirlandes lumineuses. Chaque table était ornée d'un ensemble d'orchidées, blanches et roses, entourées de feuilles argentées brillantes. La vaisselle était débarrassée et les tables poussées sur les côtés afin de donner plus de place à la piste de danse. Le hall grouillait de gens et ils se trémoussaient au rythme de la musique, certains en groupe, d'autres en paires, tous mis sur leur 31.

Ciel tira sur sa cravate, n'ayant pas l'habitude d'avoir quelque chose aussi près de sa gorge. Une main gifla la sienne, ajusta de nouveau la cravate.

- Arrête d'y toucher, j'ai eu assez de mal comme ça pour la faire, gronda Sebastian.

Alors que Ciel portait un costume qui ne le seyait pas, il était vêtu d'un jean et d'un pull-over. Une écharpe en mousse plaquait son bras droit contre son torse, des bandages épais pansaient la blessure de son épaule. Cette dernière commençait déjà à démanger, au début de la guérison, mais il ne pourrait plus jamais se servir du bras. Trop de dégâts faits aux nerfs, avaient dit les Docteurs.

- Je ne vois pas pourquoi je dois porter ça, dit brusquement Ciel, observant son reflet dans les vitres de la porte.

Il s'agissait d'un costard bas de gamme loué, fait pour quelqu'un de plus large d'épaules, et il avait l'impression de ressembler à un enfant qui se déguisait. Devoir retrousser les jambes du pantalon et voir le sourire narquois de Sebastian avait été le dernier clou dans le cercueil de sa dignité.

- Je ne compte pas rester longtemps. N'importe quoi aurait fait l'affaire.

- Tu n'es même pas invité, fit remarquer Sebastian, s'appuyant contre l'un des piliers du balcon. Le moins que tu puisses faire est de ne pas ressembler à un vieux chiffon.

Effectivement, il s'agissait d'un lieu grandiose, comme l'on pouvait s'y attendre de la part des Midford. N'importe quel endroit demandant un trajet de dix minutes en partant du portail à l'entrée exigeait un peu plus qu'un survêtement bon marché de chez Primark.

Ciel tira sur le col de la chemise, prenant une profonde inspiration.

- Je ne serai pas long.

- J'attendrai ici.

Il pénétra à travers les portes du balcon.

Il y avait quelques visages familiers parmi les invités, bien que Ciel était incapable d'associer un nom sur plus d'un quart d'entre eux. Entre les années qui étaient passées et son indifférence d'enfant vis-à-vis d'eux, ils ne valaient pas mieux qu'un étranger à présent, sauf quelques uns.

Il trouva d'abord ses parents, Alexis et Francis Midford, à peine touchés par les années. La simple vue de sa Tante noua l'estomac de Ciel, cette intimidation enfantine qu'il avait toujours ressentie refaisant surface de plein fouet. Il baissa la tête, comme si cela le cacherait s'ils regardaient dans sa direction, et il chercha dans la foule un autre visage.

Il ne fut pas compliqué de la trouver, star du spectacle ce jour-là. Il s'arrêta, observant depuis l'autre côté du hall alors qu'elle parlait à son frère. Ses mains se mouvaient dans tous les sens, un grand sourire rayonnant sur son visage.

Dans sa lettre, elle avait parlé de ses aspirations pour ce jour. Contrairement à elle, Ciel n'avait jamais imaginé à quoi le jour de leur mariage aurait pu ressembler. Il avait été trop jeune, sa capacité de concentration trop courte pour faire réellement attention aux plaisanteries de leurs parents. Mais s'il l'avait imaginée, c'était à cela qu'elle ressemblerait. La robe blanche, ses boucles blondes à moitié attachées et à moitié en cascade, le bijoux en émeraude faisant ressortir ses yeux. Tout cela.

Ciel tira de nouveau sur sa cravate, sa gorge trop serrée. Une profonde inspiration, deux, trois, quatre, puis une lente expiration. Quelle sorte de questions poserait-elle ? Voudrait-elle ne serait-ce que le revoir après toutes ces années ? Et si elle appelait ses parents, son époux, ou bonté divine, son frère ? Ciel ne voulait pas être confronté à l'un d'eux, n'était pas certain d'en être capable.

Grognant avec agacement, Ciel défit la cravate, la fourrant dans la poche de son pantalon. Assez cogité. Il se força à marcher, un pied devant l'autre, traversant le hall.

Edward remarqua Ciel en premier. Il lui fallut une minute pour le reconnaître, puis il bafouilla, faisant des signes dans sa direction. Lorsque Ciel les eut rejoints, Lizzie s'était déjà retournée.

- Mais qu'est-ce que tu- Ils t'ont laissé sortir ? demanda Edward, les yeux écarquillés.

Il s'apprêta à se mettre entre Ciel et Lizzie, mais elle posa une main sur son torse, l'interrompant.

- Pardonne-moi de venir sans y avoir été invité, dit Ciel, espérant que cela ne semblait pas aussi gênant pour elle que pour lui.

Le silence s'ensuivit, Lizzie se contentant de le regarder d'un air neutre, ce qui était d'autant plus embarrassant.

- … J'ai eu ta lettre.

Edward les regarda tour à tour, serrant tendrement le poignet de Lizzie. Le regard qu'il lança à Ciel était beaucoup moins sanguinaire que lorsqu'ils avaient été enfants, plus confus qu'autre chose.

Lizzie regarda les pieds de Ciel.

- Sont-elles confortables ?

Étrange choix de question pour leurs premières retrouvailles en presque huit ans, mais Ciel avait une petite idée d'où cela mènerait. Il répondit en dissimulant pitoyablement une grimace.

- Aussi confortables que cette discussion.

Lizzie sourit enfin, ses fossettes aussi marquées que dans les souvenirs de Ciel. Elle tendit la main et il la prit, l'emmenant vers la piste de danse. Il se débrouilla pour qu'ils soient inapercevables depuis le balcon. La dernière chose dont il avait besoin était que Sebastian soit témoin de ce qui allait suivre.

- Te souviens-tu des pas ?

- Non.

- Si tu marches un peu sur mes pieds ce n'est pas grave.

- Dur de trouver tes pieds sous tout ce tissu.

Lizzie mena, son bras enlaçant le torse de Ciel, le sien sur son épaule, et leurs mains liées ensembles. Un, deux, trois. Un, deux, trois. Une bonne mesure passa avant qu'il écrase accidentellement ses orteils, et elle eut l'amabilité de ne grimacer qu'un peu.

- Qu'est-il arrivé à ton œil ?

Ce n'était pas la première question à laquelle Ciel s'était attendu, mais c'était un départ en douceur, au moins.

- Le courant n'est pas tout de suite bien passé avec l'un des autres patients, répondit-il honnêtement. Il s'en est voulu plus tard, cependant.

- C'est affreux.

Lizzie fixa le cache-œil, horrifiée. Ciel avait presque oublié à quoi ressemblait une réaction normale. Si cela suffisait à la faire pâlir, il était incapable d'imaginer lui parler un jour du personnel.

- Pourquoi ne l'ont-ils pas arrêté ? Une telle chose n'aurait jamais dû se produire !

- Non, en effet, dit Ciel en haussant les épaules, regardant leurs pieds.

Autour d'eux, d'autres personnes dansaient la même valse, plus d'un coup d'œil curieux jeté sur eux alors qu'elles se demandaient qui était l'inconnu avec la mariée.

- Le bouquet d'orchidées était-il à ton goût ?

Elle resserra la main autour de la sienne, mais elle laissa le sujet être changé, n'insistant pas plus. Il en fut reconnaissant. L'interrogatoire menée par la police en ce moment même était beaucoup moins compréhensif.

- Oui. Ann est allée toucher deux mots au fleuriste de son mariage, - les yeux de Lizzie s'illuminèrent -, T'a-t-elle déjà prévenu ?

- Pour le bébé ? acquiesça Ciel, souriant quelque peu. Elle doit être bien avancée, non ? Connaît-elle la date de l'accouchement ?

- Vers la mi-février, je pense ! Arthur a déjà pensé à une dizaine de noms. Il y en avait un ridicule qui commençait par un M sur lequel Ann a tout de suite posé son veto.

La musique changea. Un rythme plus lent prit place et les danseurs ralentirent eux aussi. Lizzie mit ses bras autour du cou de Ciel. Elle était toujours plus grande que lui, elle le serait même sans ses talons. Il plaça ses mains sur sa taille, imitant son lent balancement.

- Tu devrais me montrer les autres lettres un jour, dit Ciel à voix basse, l'obligeant à se pencher pour entendre. Je feindrai m'intéresser à tes amis que je ne connais pas et à toutes les choses que tu ne te souviens pas avoir écrites.

Le sourire de Lizzie en réponse était éblouissant.

- Et je ferai comme si je croyais en cet intérêt. Je pense vraiment ce que j'ai dit, tu sais. Vouloir te connaître, peu importe qui tu es maintenant.

Ciel regarda sur le côté. Un homme aux cheveux noirs les observait, inclinant la tête. Son costume était plus mince que ceux autour de lui, sa cravate assortie à la couleur du bijou de Lizzie. Il ne les approcha pas, mais il croisa curieusement le regard de Ciel.

- Je ne suis pas sûr que tu apprécies l'homme que je suis devenu, dit Ciel, en revenant à Lizzie. Je ne suis pas sûr de moi-même vraiment l'apprécier.

Lizzie se contenta de hausser les épaules, une imitation de la réponse apathique de Ciel plus tôt.

- C'est à moi de voir, tu ne penses pas ?

La musique se termina. Ils s'éloignèrent l'un de l'autre, affichant tous les deux une sorte de demi sourire semblable. Ils continuèrent à se tenir les mains un moment, les paumes chaudes.

- Es-tu heureuse, Lizzie ? demanda Ciel.

Il n'y eut aucune hésitation.

- Oui, je le suis.

Elle serra sa main.

- Peux-tu l'être ?

Instinctivement, Ciel regarda en direction des portes du balcon, vers la silhouette apercevable à travers la vitre.

- Je pense que je pourrais l'être, répondit-il. Dans un sens du terme.

Ils se lâchèrent. Lizzie regarda par-dessus l'épaule de Ciel, ses yeux suivant quelqu'un de l'autre côté de la salle. Elle se mit derrière lui, le cachant.

- Ann est là. J'imagine que tu ne vas pas dire bonjour ?

Plus de questions, plus de réponses, l'offre inévitable de logis qu'elle ferait. Son mari et son bébé en route. Le bonheur familial. La gorge de Ciel fut à nouveau serrée, bien que la cravate soit toujours dans sa poche.

- Une autre fois, dit-il, puis après un instant : Peut-être février.

- Je te présenterai à Leo alors.

De toutes les choses à faire, elle sortit son poing, son petit doigt tendu. Ciel soupira, faisant la moue, mais cela ne fit qu'agrandir son sourire.

- Promets-le !

Tout à fait réticent, Ciel mit son propre auriculaire autour du sien, la promesse faite.

- Février ?

- Février.


- Vous êtes drôôôôlement mal habillé, Michaelis.

Sebastian ne sursauta même pas. Il ne s'était pas exactement attendu à ce que cette voix gazouille beaucoup trop près de son oreille, mais ce n'était pas non plus inattendu. Il avait eu l'impression que la voiture était suivie, mais avec Ciel qui s'avérait être plutôt nerveux au volant, il avait préféré ne pas le faire remarquer. Ils auraient sans l'ombre d'un doute fini encastré dans un arbre.

- Les non invités n'ont pas besoin de plus, répondit Sebastian, tournant la tête afin de faire face aux nouveaux venus. Et je n'étais pas friand à l'idée d'essayer de faire passer ce bras dans un costume.

Grey et Phipps étaient très bien habillés pour l'occasion. Peut-être un peu trop. Ils portaient tous les deux un costume blanc, bien que celui de Phipps soit un peu plus conventionnel que celui de Grey. Vraisemblablement aucune arme que Sebastian pouvait distinguer, à moins que Grey comptait le poignarder à l'aide d'une brochette de l'un des hors-d'œuvre qu'il avait dérobés. Sebastian n'attendrait pas moins de lui.

- Des excuses, des excuses. Comment va le bras, d'ailleurs ? Une méchante égratignure, apparemment.

Grey sauta pour s'asseoir sur le muret en pierre, tandis que Phipps s'y appuya, regardant intensément le bras indemne de Sebastian.

- Vous savez qu'il y a un trou dans votre pull-over, n'est-ce pas ? fit remarquer Phipps, fronçant les sourcils.

- Ah bon ? - Sebastian ne baissa même pas le regard pour tenter de le trouver -, Quelle horreur.

- Allons, allons ! Assez parlé. On ne peut pas traîner. John attend devant avec la voiture, et si on le laisse trop longtemps, il va toucher aux stations de radios. Je ne réécouterai pas Juice FM.

Grey finit de sucer un pic à cocktail jusqu'à ce qu'il brille puis il l'envoya voler dans les jardins en bas. Il poussa Phipps du pied.

- Donne-lui, il est avec lui de toute façon.

- Je préférerai la remettre directement au destinataire, protesta Phipps, mais il sortit l'enveloppe de la poche intérieure de sa veste quoi qu'il en soit. Assurez-vous de la donner à Phantomhive.

Il s'agissait d'une simple enveloppe blanche avec C. Phantomhive soigneusement écrit au devant. Elle n'était décorée de rien d'autre, pas de timbre ou d'adresse de retour. Sebastian la prit prudemment, attendant l'inévitable.

Rien ne se produit. La lettre remise, Phipps et Grey commencèrent à partir, ne jetant même pas un dernier coup d'œil à Sebastian.

- C'est tout ? ne put s'empêcher de demander Sebastian. Pas de sinistres avertissements. Pas de menaces. Pas de blessures corporelles. Juste une lettre ?

Grey virevolta sur un talon pour refaire face à Sebastian.

- Quand avons-nous un jour blessé quelqu'un ? demanda-t-il, une main posée contre son torse pour feindre l'indignation. Je peux personnellement attester de n'avoir jamais levé la main sur qui que ce soit, sauf en cas de légitime défense. Et toi, Phipps ?

- Mes mains sont propres, répondit-il facilement. Celles de John aussi. Nous ne pouvons pas parler au nom des autres membres du personnel, mais nous avons joué nos rôles comme il nous l'était demandé, ne faisant de mal à personne.

Sebastian regarda la lettre, la sensation du papier onéreux sous le bout de ses doigts.

- Et quel était votre rôle, exactement ?

Phipps continua à partir comme si Sebastian n'avait pas parlé, mais Grey marcha en arrière, un grand sourire tordu déformant sa bouche.

- Nous étions des observateurs, Michaelis.

Et ainsi ils disparurent. Les voir se volatiliser en tournant à l'angle apportait une sorte de fin, les voir hors des murs et de l'uniforme de St. Victoria. Il fallut à Sebastian toute trace de contrôle de soi qu'il possédait encore pour ne pas les poursuivre et s'assurer qu'ils étaient partis. Encore plus pour ne pas déchirer l'enveloppe et lire la lettre.

Cinq minutes passèrent avant que Ciel revienne, n'ayant jamais eu l'air aussi peu fatigué devant Sebastian. Il fixa la lettre qu'il lui donna, passant ses doigts sur la texture de l'enveloppe, mais plutôt que de l'ouvrir, il se contenta de la fourrer dans sa poche.

- Nous avons encore quelques arrêts à faire, dit Ciel, descendant les marches, Sebastian à ses côtés. Mais d'abord, j'enlève ce ridicule costume.


Il s'agissait d'une Volkswagon Beetle tricolore, pas exactement le modèle le plus ancien, mais loin d'être neuve. Elle n'était pas tricolore par sa couleur, mais en ayant connu de nombreux propriétaires et en ayant été impliquée dans nombres d'accidents, elle était devenue le monstre de Frankenstein des voitures. Le capot était bleu, les côtés rouges et le coffre jaune. Même le cuir ne s'harmonisait pas. Les sièges avants étaient d'un cuir marron, les sièges arrières blancs. Au moins les sièges avants pouvaient se vanter de leur ceintures, bien que Sebastian était obligé de tenir la sienne en place pour qu'elle cesse de heurter le côté de la voiture.

Cela porta ses fruits lorsque Ciel sous-estima la pression qu'il mettait sur l'accélérateur et que le capot bleu de la Beetle s'écrasa en plein dans le mât d'une tente.

- Qui a eu la brillante idée de laisser le borgne conduire ?!

- J'ai fait l'erreur de penser que tu serais capable de garder cet œil ouvert.

- Ce truc est sorti de nulle part.

- Ciel, nous avons roulé sur un terrain plat pendant cinq bonnes minutes. Ce n'est pas s'il t'avais sauté dessus.

La tente que la voiture avait percutée tenait encore, quoiqu'à un angle étrange à présent. Elle était aussi sens dessus-dessous que la voiture elle-même. Différentes couleurs de tissu toutes grossièrement cousues ensemble, régnant au-dessus d'eux et s'élevant avec le rude vent d'hiver.

- Ciiiiiiiel !

Ce fut le seul avertissement que Ciel eut avant qu'on lui rentre dedans, des bras l'enveloppant fermement autour des épaules et un visage graisseux collé contre le sien.

- Qu'est-ce que c'est que ça ? Tu m'en mets partout, grommela Ciel, se débattant dans l'étreinte de Soma.

De la peinture violette barbouillait la joue de Ciel, les cercles élaborés de Soma s'étalant.

- D'gage.

Soma rit, le lâchant.

- Comment tu te sens ?

Il le disait avec un sourire, mais l'inquiétude dans le regard de Soma était évidente. Freckles et lui s'en étaient sortis plus ou moins sans peine judiciaire. Ciel et Sebastian n'avaient pas eu autant de chance.

- Tu as ton inhalateur sur toi ?

Ciel tapota les poches de son pantalon, le poids réconfortant de la bosse bien là.

- Et ton bras guérit bien ? demanda Soma, jetant un oeil derrière Ciel.

Sebastian se contenta de sourire poliment, donnant une petite tape à l'écharpe comme s'il s'agissait d'une réponse en soi. Soma n'insista pas. Il n'était plus vraiment capable de regarder Sebastian dans les yeux.

Soma les emmena vers un trio de caravanes le long du champ. Des rangées de vêtements étendus entre eux, des tenues colorées ainsi que des chemises à volants mises à sécher. Les auvents de chaque caravane étaient regroupés ensemble, et sous leur ombre, un méli-mélo de chaises de jardin s'y trouvait. Cela ne ressemblait pas à l'aménagement du foyer, aussi intentionnellement différent que possible.

- Eh, Smile ! Black ! J'me demandais quand est-ce que vous vous pointeriez, salua joyeusement Dagger, sautant hors de son transat afin de leur donner chacun une tape sur le dos.

Sebastian réussit à peine à dissimuler son gémissement.

Les autres furent également appelés. Beast avait sans doute fait le maquillage de Soma étant donné qu'elle était entourée de maquillage et de ce qui allait avec, peignant méticuleusement avec une brosse le dessus de l'œil gauche de Freckles. Soma prit une chaise à côté d'Agni, qui leur adressa un sourire tout en essayant de démêler un ensemble de guirlandes électriques. Snake était assis par terre à côté de lui, déterminé à défaire le nœud de l'autre bout.

- Est-ce que Joker est dans les parages ? demanda Ciel une fois que tous les bonjour et comment ça va furent échangés.

On lui avait demandé quatre fois comment se portait sa poitrine avec le temps plus froid, si sa tête guérissait correctement, et il avait fini par ne plus avoir de réponses diversifiées. Il appréciait leur inquiétude, mais essayer de la réciproquer ne faisait que l'embarrasser.

- Il est à l'intérieur, juste là, répondit Freckles, inclinant la tête vers la caravane derrière Ciel.

Il hocha la tête en guise de remerciement, laissant Sebastian avec les autres pour entrer à l'intérieur.

Bien qu'elles soient petites, les caravanes étaient très accueillantes. Chacune semblait pouvoir loger trois personnes, et leur présence se remarquait dans chaque petit détail. La caravane dans laquelle Ciel entra était sans l'ombre d'un doute celle de Freckles et Beast. Il arrivait à voir Freckles dans les papiers de bonbons éparpillés, Beast dans les vêtements parfaitement étendus à l'extérieur. Leur premier aperçu d'un luxe depuis des années, mais ils s'en accoutumaient modestement.

- C'est pas un problème. Tant que c'est pas un hôpital, d'accord ?

La voix de Joker s'échappait de la première pièce à gauche, la porte entrouverte. Ciel ne prit pas la peine de frapper, rentrant simplement à l'intérieur.

Joker et Tanaka étaient assis dans le coin, leurs têtes baissés à l'unisson. Wendy était allongée sur le lit, le cou enveloppé dans des bandages, une intraveineuse la surplombant à ses côtés. Ses yeux étaient fermés, mais son torse se soulevait et se baissait en rythme.

- Smile.

Le regard de Joker n'était pas tout à fait surpris. Il se leva, sa manche droite pendouillant, vide. Il avait un bien meilleur teint que la dernière fois que Ciel l'avait vu. Il se remettait bien de l'amputation.

- T'as l'air en forme. Black est avec toi ?

- Il est dehors. Nous ne resterons pas longtemps, nous avons un autre arrêt à faire après celui-là.

Ciel jeta un œil à Tanaka, qui sourit placidement et hocha la tête.

- Je vais attendre dehors. Je suis content de voir que vous allez bien, Phantomhive.

Ciel ne répondit pas, attendant que la porte se soit fermée derrière Tanaka avant de s'asseoir dans le siège qu'il avait libéré.

- Alors. Un cirque.

Le large sourire de Joker parut quelque peu timide. Il se rassit, une jambe pliée en-dessous de lui. Beast s'était déjà occupé de son visage, remarqua Ciel, bien que la trace le long de son œil était bleu sarcelle plutôt que violette. Elle ressemblait à une larme exagérée.

- C'est un peu un rêve d'enfant que j'avais. J'me suis toujours vu comme un clown. Les gens ont l'air d'être d'accord, ricana-t-il. Ça devrait être amusant, t'sais ? On va commencer ici, trouver not' équilibre, tester quelques trucs. Puis quand on s'ra prêt, on prendra nos cliques et nos claques, puis la route.

Ciel sourit. Il n'arrivait pas à imaginer Joker, ou l'un des autres, rester au même endroit pour l'instant. À Londres qui plus est, où leurs visages étaient connus, les journaux les étouffant avec pitié. Ils étaient déjà une attraction. Pourquoi ne pas rendre cela lucratif ?

- Et Tanaka finance tout ça ? La culpabilité ça paye bien à ce que je vois, dit Ciel.

La même offre lui avait été proposée durant son séjour à l'hôpital, les semaines suivant l'incendie. Bien que Ciel n'avait pas été présent pendant les déclarations de Tanaka, Freckles lui avait raconté les détails, et quoique Ciel ne se méfiait pas du vieil homme, il ne lui faisait certainement pas confiance non plus. L'ignorance n'était pas une excuse suffisante pour les choses qui leur avait été infligées. Aucune assurance de stabilité ne changerait cela.

- Tu l'as dit. Il va pas intervenir pour l'instant, qu'on a dit. On s'est mis d'accord sur une visite par semaine. Je le déteste pas, dit Joker. Et je le blâme pas complètement. On verra comment se passent les choses. Peut-être qu'on le f'ra jongler pour nous dans qu'ques mois, eh ?

- Tu ne jongleras certainement plus. Que vas-tu faire ?

- J'ai d'autres tours ! Tu savais que j'étais en fait assez souple ? Je peux lécher mon coude. Je pourrais être le contorsionniste de la troupe.

Ciel résista à l'envie irrésistible de demander une démonstration.

- J'ai toujours pensé que tu étais plutôt arriéré.

Joker rit, puis mit sa main devant sa bouche, regardant Wendy. Le bruit ne l'avait pas réveillée. Elle n'avait même pas bougé.

- Comment va-t-elle ? demanda Ciel à voix basse, regardant par-dessus son épaule.

Elle avait toujours été petite, mais elle semblait encore plus petite parmi les couvertures. Il ne l'avait jamais vue avec les cheveux lâchés, mais ils s'étendaient sur l'oreiller, libérés de leur natte.

- Elle est dans un état stable. Elle s'est réveillée la semaine dernière, quand elle était encore à l'hôpital. Elle a pété un de ces plombs, ils ont dû lui donner un calmant. Ça nous a pas plu. Tanaka a réussi à nous laisser l'amener ici, à condition qu'un professionnel vienne tous les jours. Une gentille dame, du nom de Paula. Ça pourrait être pire.

Ciel acquiesça. Il mentirait s'il affirmait avoir été mort d'inquiétude, mais il avait naturellement pensé à Wendy après avoir appris ce qui était arrivé. L'absence de Jumbo et Drocell aussi. Ça pourrait être pire, c'était certain, mais ç'aurait pu être beaucoup mieux aussi.

- Tu peux rester, t'sais.

Il fallut un moment à Ciel pour se rendre compte que Joker continuait à lui parler, il l'avait dit si bas, ses yeux fixés sur Wendy.

- T'as pas à te produire ou quoi. Dur de t'imaginer en funambule. Mais… faire ta part dans les coulisses, je sais pas, les réservations ou un truc du genre. C'est… bizarre que tu sois pas avec nous. T'es l'un des nôtres.

- Je suis l'un des vôtres, répondit Ciel, se penchant en avant sur son siège. Que je sois là ou non.

Joker rit, mais ce fut silencieux cette fois, une expiration plus qu'autre chose. Il tendit la main entre eux, et un moment passé, Ciel la prit. Une poignée de main ferme.

- C'est pas faux. Essaye juste de te rappeler que t'as toujours une place avec nous.

Ciel lâcha en premier.

- Je tâcherai de m'en souvenir.

- Nous oublie pas, Smile.


Ils roulaient depuis environ trois heures. Sebastian s'endormit tandis que la côte défilait par la fenêtre, étant au moins à moitié persuadé que Ciel puisse s'en sortir sur l'autoroute sans instructions, et lorsqu'il rouvrit ensuite les yeux, ils étaient dans un paysage de campagne longé par des arbres. Le ciel était sombre, mais en plein hiver cela n'indiquait pas particulièrement l'heure qu'il était.

- Un peu plus de quatre heure, dit Ciel à voix basse, avant que Sebastian ait l'occasion de demander. Nous y sommes presque. J'ai vu un panneau un peu plus tôt.

Presque , Sebastian n'en avait pas la moindre idée. La réception de mariage n'avait pas été très surprenante, et il s'était dit qu'ils visiteraient les autres à un moment ou à un autre, mais Ciel était muet comme une carpe quant à leur destination finale. Ils étaient bien loin de Londres à présent, c'était une certitude au moins.

- Tu as fait le plein ?

Sebastian regarda la jauge d'essence. Elle se maintenait vers le milieu. Peu importe où ils se rendaient, il vaudrait mieux qu'il y ait une station service où ils puissent se ravitailler.

- Nous en remettrons sur le chemin du retour, - Ciel haussa les épaules, ajustant ses mains sur le volant -, Tu peux poser les questions maintenant, si tu veux.

Sebastian leva un sourcil.

- Questions ?

- On est plus tard maintenant, non ?

Sebastian fronça les sourcils, confus, avant de comprendre. Il s'adossa, se mettant plus à l'aise dans son siège. Il pouvait quelque peu voir son souffle, l'air dans la voiture froid, alors il bidouilla les petits ventilateurs sur le tableau de bord.

- Je suis venu te chercher comme nous l'avions prévu, commença-t-il. Mais quand je suis arrivé aux quartiers, les lumières dans le couloir étaient éteintes. Puis lorsque j'ai tenté de me servir de mon badge, je ne pouvais pas ouvrir la porte de la section. Le lendemain, Tanaka a laissé échapper que tu avais disparu. Alors, que s'est-il passé ?

Sebastian savait déjà pour ce Noah Kelvin qui rôdait dans les combles comme une sorte de goule façon Bronte, mais il l'avait appris par le biais de la police ainsi que des journaux, pas de Ciel lui-même. En ce qui concernait Sebastian, si ce n'était pas Ciel qui lui disait alors ces informations ne valaient rien.

- Alors ça a été les lumières pour toi aussi, hein ?

Ciel secoua la tête, la lèvre se courbant.

- Je commençais à perdre patience en t'attendant. Tu prenais ton temps pour venir-

- J'étais parfaitement à l'heure. En avance, même, protesta légèrement Sebastian. Mais continue.

Ciel lui lança un regard agacé.

- Quoi qu'il en soit, tu étais en retard. Lorsque la porte s'est enfin ouverte, ce n'était clairement pas toi. Ce n'était personne. Personne n'était là. Mais les lumières du couloir étaient allumées, alors je suis allé voir. La porte de ma chambre s'est refermée derrière moi.

- Je l'aurais parié.

- Oui, Sebastian. Si seulement tu avais été là. Tu sais, comme nous l'avions prévu. Je suis sûr que les choses auraient eu une toute autre tournure.

- Si ç'avait été moi, je n'aurais pas brûlé le bâtiment.

- C'était un accident ! dit brusquement Ciel.

Sebastian lui donna un coup de coude afin qu'il garde son œil sur la route. Il avait déjà un assez mauvais palmarès après s'être pris tant de choses même en regardant où il allait.

- Mais j'y reviendrai. Bref, je ne pouvais plus rentrer dans ma chambre et alors les lumières du couloir ont commencé à s'éteindre. Une par une, clairement intentionnellement. Je les ai donc suivies. Ce n'est pas la meilleure idée que j'ai eue, je l'admets, mais cela semblait en être une à ce moment-là.

- Je n'en doute pas.

- Tu connais la suite grâce aux rapports de la police, n'est-ce pas ?

- J'ai entendu ce qu'ils avaient à dire. Je préférerai entendre ta version.

Ciel acquiesça, un air approbateur dans son regard. S'il avait recherché une réponse particulière, Sebastian était certain d'avoir donné la bonne.

Alors Ciel lui raconta. Du chemin de lumières, aux combles de l'institut, jusqu'au faux Troisième Directeur. Il lui raconta ce qu'il n'avait pas dit à la police ou aux autres patients, qu'il avait connu Kelvin avant l'institut, et surtout, il lui parla des caméras qui enregistraient tout ce qui se déroulait entre les quatre murs de St. Victoria.

- Alors… as-tu mis le feu pour détruire les preuves ? demanda Sebastian, troublé.

Il comprenait tout le reste, mais détruire les preuves ne faisait qu'entraver leur propre position dans l'enquête en cours.

Ciel se tût. D'abord, Sebastian pensa qu'il cherchait ses mots, mais lorsqu'il le regarda, il vit que les lèvres de Ciel étaient retroussées et que ses joues avaient changé de teinte.

- … Tu as dit que c'était un accident. Comment brûle-t-on accidentellement un bâtiment ? sourit narquoisement Sebastian.

- Écoute, je ne m'étais pas rendu compte que les rideaux étaient aussi proches des fils. Avec toute cette eau, qui aurait pu croire qu'un feu prendrait ?! s'exclama Ciel, embarrassé.

Alors Ciel lui parla d'Angela et Ash, et de leur sort. De toutes les réactions, il ne s'était pas attendu au rire. Hystérique qui plus est.

- Oh, je suis vraiment content de voir que l'on peut rire des meurtres de chacun maintenant, dit Ciel, impassible, secouant la tête. Je suis tellement content que nous en soyons arrivés là, Sebastian.

- Tu les as électrocutés, tous les deux ! Qui aurait pu y penser ? Tu avais un tuyau, - Sebastian s'essuya les yeux, brillant avec hilarité -, Je te félicite pour la mise en scène, mais bon sang, tu aurais pu te faciliter la tâche.

- Clairement, j'ai tort de ne pas vouloir battre les gens à mort.

- Je pense que nous devrions tous les deux éviter les jugement moraux dorénavant, Ciel. Aucun de nous n'est un bon modèle, fit remarquer Sebastian, son rire se calmant.

Bien que ses paroles soient dégrisantes, elles ne lui pesèrent pas sur la conscience comme elles l'auraient dû, comme ç'aurait été le cas autrefois.

Il examina l'expression de Ciel pour voir si elles avaient un effet sur lui. Ses doigts serrèrent un peu plus le volant, mais autrement, il n'y eut pas plus de changement. Une simple acceptation du fait.

- Tu n'as pas tort, dit Ciel après un moment, fixant droit devant lui la route sombre. Nous sommes presque arrivés.

La Beetle indiqua à gauche et tourna dans un chemin de terre qui s'emmêlait entre les chênes. Les arbres étaient si épais que ce ne fut qu'en arrivant à la sortie de la forêt que Sebastian vit le village.

Il s'agissait d'un petit coin de paradis, avec des maisons en bois de bouleau, de la verdure à tous les coins, une grande tour horloge au centre. Le genre d'endroit que l'on trouverait sur des cartes postales. Une arche de fer et de fleur se trouvait à l'entrée, Bienvenue À Renbon gravé sur une pancarte suspendue.

Ils sortirent du véhicule, observant les rues désertes en face. Les lumières étaient allumées dans les maisons, mais personne ne marchait sur les chemins, aucune voiture sur les routes, il n'y avait pas un chat. Seul le vent soufflait le long des rues.

- Ils l'ont bien rebâti en huit ans, murmura Ciel, plus à lui-même qu'à Sebastian, puis il leva la voix et dit, Nous vivions de l'autre côté du village. La plupart de ces maisons sont nouvelles, elles ont dû être construites après l'incendie.

- Un autre incendie ?

Ciel sourit narquoisement, faisant dos au village pour être face à la forêt.

- Les gens vont commencer à me traiter de pyromane à ce train-là.

Ciel se dirigea vers les arbres et Sebastian suivit, bien qu'il ne put s'empêcher de regarder par-dessus son épaule une ou deux fois. S'il plissait vraiment les yeux, il pouvait voir la ligne où le nouveau village finissait et où l'ancien commençait, les bâtiments qui y étaient encore noircis.

Il avait beaucoup plus neigé au Nord. Londres avait été fortement touchée au départ, mais rapidement cela s'était changé en neige fondue, et lorsqu'ils étaient partis ce matin-là, il ne restait plus que quelques parcelles. Dans la forêt de Renbon, le sol était encore recouvert d'une épaisse couche. Le froid pénétrait dans les chaussures de Sebastian, ses orteils s'engourdissant après les dix premières minutes de marche.

Ciel ne se plaignit pas du froid, mais il frottait sa poitrine en fronçant les sourcils de temps à autres, prenant de plus lentes et profondes inspirations. Sebastian remarqua que sa main descendait constamment vers l'inhalateur dans sa poche et il se demanda si cela n'était dû qu'au froid ou à leur localisation, Renbon coupant le souffle de Ciel.

Il fallut environ vingt minutes pour en finir avec les arbres. Une clairière apparut devant eux, un petit terrain de jeu délabré au centre. Un toboggan rouillé, des balançoires n'ayant plus de sièges ou jetées par-dessus le haut de la barre, un manège sortant de son axe. Un cauchemar pour la santé et la sécurité.

La neige autour du parc était intacte. Pas une seul trace de pas d'enfant ne perturbait le manteau de blanc. Sebastian n'avait jamais vu un terrain de jeu sans aucun enfant auparavant, même lorsque le temps était mauvais, et cela donnait une impression fantomatique. Le froid le piquait à la nuque.

- Mes parents ont déménagé à Renbon lorsqu'ils ont appris qu'ils allaient m'avoir. Ils étaient tous les deux très jeunes, et leurs familles n'étaient pas d'accord. Ils leur disaient qu'ils n'avaient pas la stabilité ou l'argent, du moins c'est ce que ma tante m'a dit. C'est elle qui leur a trouvé une maison ici. J'imagine que c'est pour cette raison qu'elle se sent aussi responsable de moi, qu'elle a continué à me rendre visite toutes ces années. Je ne lui en ai jamais voulu, mais je suppose que ça n'a pas d'importance si elle s'en veut elle-même.

Sebastian sursauta lorsque Ciel prit la parole. Il n'avait pas dit un mot pendant tout le trajet à travers la forêt, et dans le silence de la clairière, sa voix semblait plus forte qu'elle ne l'était. Il passa le portail grinçant, errant jusqu'au terrain de jeu et jusqu'aux balançoires. Il y en avait une qui avait encore son siège, et il s'y baissa prudemment, relevant l'œil vers sa structure alors qu'elle protesta. La balançoire tint, et il balança les pieds distraitement, perturbant la neige.

Sebastian ne s'y tenta pas, se tenant à côté de la balançoire.

- Tu n'as pas à me raconter ça, dit-il, observant Ciel lentement se balancer sur la balançoire. Je ne dois pas tout savoir.

- Je ne suis pas obligé, non. Mais je vais le faire. Tu mérites d'avoir toutes les informations, peu importe à quel point elles n'ont plus d'importance maintenant.

Ils se regardèrent, tout aussi prudent l'un que l'autre. Une partie de Sebastian ne voulait pas savoir. Ce serait le dernier clou dans le cercueil, la dernière et la plus solide des chaînes liant Sebastian à Ciel.

Ciel l'offrait, sa silencieuse patience laissant à Sebastian la chance de refuser, de faire un pas en arrière et de garder cette petite distance entre eux. Et Sebastian pensa à refuser. Qu'importe ce qui adviendrait ensuite, il ne pouvait pas imaginer une vie en sécurité pour l'un d'eux, pas dans leur situation actuelle, avec les choses qu'ils avaient faites.

Mais il ne pouvait pas non plus imaginer un lendemain sans Ciel. Il savait ce que Sebastian avait fait, qui il était devenu. Il s'en tenait pour responsable et avait refusé de détourner le regard de la réalité. Non, cette information, cette dernière partie de lui-même que Ciel offrait, ce n'était pas ce qui les lierait. Ils étaient liés depuis le moment où Sebastian avait fait sortir Ciel des quartiers pour sauver Joker, lorsque Ciel avait attaché leurs poignets ensemble avec un morceau déchiré de son t-shirt.

Sebastian se rapprocha, appuyant sa hanche contre le squelette des balançoires, puis acquiesça.

Ciel ne sourit pas, mais le givre qui était entré dans son œil commença à fondre.

- Renbon a été un paradis pendant dix ans. Il n'y avait pas de crime grave, pas plus qu'un enfant volant des bonbons de la boutique du coin. Personne n'était recherché pour quoi que ce soit. La vie n'était pas chère, la production était bonne. C'était un village agricole, alors ils fournissait toutes les villes avoisinantes. La communauté était très unie. Tout le monde se connaissait. Père avait pour habitude de dire que l'on pouvait laisser sa porte d'entrée ouverte et être sûr que personne ne viendrait voler. Et c'était vrai. Ils adoraient cet endroit, mes parents, et moi aussi. Leurs familles ont vu qu'ils s'étaient trompés, ils se sont tous réconciliés, mais mes parents ne voulaient pas partir d'ici. C'était juste si parfait.

Ciel parlait avec un calme détaché, comme s'il narrait la vie de quelqu'un d'autre. Peut-être était-ce ainsi qu'il le voyait, songea Sebastian, comme si celui qu'il était avant St. Victoria était quelqu'un qu'il connaissait autrefois. Une vieille connaissance et rien de plus. Peut-être était-ce plus simple.

- Trop parfait ? suggéra Sebastian lorsque Ciel sembla ne pas savoir comment continuer.

Il fronçait les sourcils et il recommençait à se frotter la poitrine.

- Qu'est-ce qui a changé après la dixième année ?

Ciel acquiesça, s'accrochant aux questions pour continuer.

- Beaucoup trop parfait. Les gens ne sont pas aussi bienveillants, aussi généreux, sans recevoir quelque chose en retour. Je ne le savais pas à cette époque. Grandir dans ce genre d'environnement, cela m'a rendu naïf. Je croyais tout ce que l'on me disait, je faisais confiance à tous les gens que je rencontrais, je faisais ce que l'on me demandait. Les choses marchaient ainsi ici. Tout avait avoir avec la communauté. On existait comme une partie d'un élément, comme une partie de Renbon.

- Cela ressemble à un culte, lança Sebastian, plissant le nez.

- C'était un culte, acquiesça Ciel. Mais je ne le savais pas encore. Mes parents commençaient à peine à s'en douter durant la dixième année également. Les choses changèrent pendant cette dixième année. Les villageois ont commencé à être inquiets. Les ventes ont chuté. Il y a eu une inondation qui a ruiné la végétation. Et puis le maire s'est suicidé.

- Où était Kelvin dans tout ça ? demanda Sebastian. C'était un ami de la famille, d'après toi ?

- Eh bien, ami. C'était ce qu'il pensait. Il était notre voisin. Je ne sais pas quelle était leur relation avant ma naissance, mais de ce dont je me souviens, Mère ne l'aimait pas. Les seules moments où je me souviens l'avoir vue mal à l'aise était quand il était présent. C'était de l'instinct, je suppose. Il ne faisait rien, mais elle n'avait pas confiance en lui. Père finit par être comme elle. Mais à ce moment-là, il s'était déjà immiscé dans nos vies. On ne pouvait pas ne plus fréquenter quelqu'un à Renbon. Ça n'arrivait tout simplement pas. Tout le monde s'entendait, et je vois maintenant que c'était tout autant un fait qu'une règle.

- Tout cela fait très Orwellien. Y avait-il un conseil des anciens dans ce village aussi ?

La petite pique que les mots suggéraient n'y était pas. Sebastian n'aimait simplement pas le regard hagard qui s'écoulait sur le visage de Ciel, le sifflement dans ses mots. Un peu plus de légèreté était nécessaire, mais il tapota également la poche de Ciel du pied.

Ciel sortit l'inhalateur, aspirant puis retenant son souffle. Ses doigts tapèrent contre sa jambe, comptant les secondes jusqu'à ce qu'il puisse expirer. Encore quelques fois, puis il fut prêt à reprendre.

- On ne peut pas vraiment les féliciter pour l'originalité, acquiesça Ciel. Les dystopies qui se font passer pour des utopies existent depuis des lustres. Mais c'était ainsi. Ce n'était pas comme s'il y avait un groupe de personnes qui imposait ce mode de vie. C'était juste… appris. La plupart des gens à Renbon étaient nés et élevés là. Ils ne connaissaient rien d'autre. Et mes parents avaient été dans une mauvaise situation, ayant des difficultés à trouver un endroit où commencer leur vie ensemble, alors quand ils ont trouvé Renbon, ils ont fait tout ce qu'ils pouvaient pour s'intégrer à leur tour. Ce n'était pas nocif, ce mode de vie, pas jusqu'à la dixième année. Et jusque là, Renbon était devenu leur chez eux. Ils avaient tous les deux un travail, des amis, un hypothèque. Les mauvaises choses sont venues si graduellement, au moment où ils ont réalisé de quoi il en retournait, c'était trop tard.

- Et quelles étaient ces mauvaises choses ? Qu'est-il arrivé la dixième année ?

Ciel tira de nouveau sur l'inhalateur, puis il le remit dans sa poche. Il se balança doucement sur la balançoire, observant la forêt.

- Si tu trouvais cela cliché jusqu'ici, tu vas lever les yeux au ciel avec la suite, dit-il, tentant un sourire ironique.

Sans succès.

- Tu as appelé ça un culte. C'est… exact. Très exact. Pas dans le sens où ils vénéraient une divinité spécifique. Ce n'était pas intrinsèquement religieux. Ils vénéraient une idée, plutôt. L'idée de la communauté. Le bien commun. Que tout le monde devait travailler ensemble pour maintenir ce bonheur qu'ils avaient à Renbon. Et pour ce faire, parfois un sacrifice devait être fait. Pas pour apaiser un quelconque Dieu, mais pour la nature elle-même.

Sebastian regarda par terre, tirant la mousse de son écharpe. Il avait une petite idée de ce qui allait suivre, mais il ne fit pas d'interruption cette fois. Ciel n'avait plus de problème à trouver quoi dire.

- Je n'ai pas été choisi pour une raison particulière, malgré ce que Kelvin semblait croire. C'était simplement parce que notre famille était nouvelle à Renbon, et ils ont décidé que c'était notre chance de payer notre dû. Pour remercier la communauté du bonheur qu'elle nous avait apporté jusqu'ici. Ils ont été très polis, prévenant mes parents quelques jours à l'avance, ricana Ciel avec dérision. Je ne me souviens pas très bien de ce qui est arrivé entre l'annonce et ce jour, mais ils se préparaient sans doute. Ils ont retiré tout leur argent de la banque, acheté une voiture d'occasion pas chère, contacté les Midford, des amis de la famille, pour arranger un séjour avec eux un temps. Toute cette préparation, mais tout s'est effondré lorsque Kelvin a découvert ce qu'ils faisaient.

- Si Kelvin… se préoccupait de vous trois, dans un sens du terme, alors pourquoi a-t-il interféré ? demanda Sebastian lorsqu'une pause apparut. Pourquoi ne vous a-t-il pas laissés vous échapper ?

- Parce qu'il était tout aussi endoctriné par la communauté que tous les autres. Il voyait le fait que je sois choisi comme un honneur. Et lorsque mes parents comptaient fuir, à ses yeux, ils me prenaient cet honneur, - Ciel haussa les épaules, donnant un coup dans la neige avec plus de force -, Pour faire court, c'était un lunatique. Et c'est moi qui dis cela.

Sebastian ricana doucement.

- Alors il a dit aux autres leur plan. Et ensuite ?

- Ensuite ce fut la nuit du jour J. Je me souviens de Mère me réveillant. Elle m'avait fait mettre mon manteau par-dessus mon pyjama, et je me souviens m'être dit que c'était très étrange, que l'on sorte et que je ne sois pas bien habillé. Père m'a porté à l'extérieur, et ils se sont dirigés en direction de la forêt. Je pense qu'ils avaient dû laisser la voiture sur la route en attendant. Ils ne pouvaient pas l'avoir dans le village, parce que les gens l'auraient remarquée Personne n'avait vraiment de voiture à part les fermiers. Quoi qu'il en soit, nous avons traversé le bois. Nous ne marchions que depuis quelques minutes lorsque les voix ont retenti.

Ciel se leva de la balançoire, soufflant sur ses mains gercées. Sebastian mit sa main valide sur celles de Ciel, les réchauffant quelque peu.

- Je ne me souviens pas vraiment de ce qui s'est passé ensuite. Mère est partie en première. Je ne sais toujours pas si elle voulait les raisonner ou simplement les retarder. Quoi qu'il en soit, elle y est retournée en courant, et Père a continué avec moi. Quand ils ont commencé à nous rattraper, Mère n'était pas avec eux, et Père m'a posé par terre. Il… Il m'a donné sa bague, et m'a dit de les attendre dans le parc. Que si quelqu'un d'autre venait, je devais fuir. Je ne comprenais pas ce qu'il se passait, où elle était partie, où il allait, pourquoi tout était devenu soudainement aussi terrifiant. Il neigeait et il faisait froid et j'ai attendu dans ce parc jusqu'à ce que je ne puisse plus respirer à cause du froid et je me suis évanoui. Lorsque je me suis réveillé, j'étais de retour à Renbon, dans la mairie.

La main de Sebastian s'immobilisa sur celles de Ciel. Elle arrêta de frotter se contenta de serrer légèrement. Il se rapprocha de Ciel, le protégeant du rude vent qui soufflait.

Ciel continuait à parler avec ce ton neutre, mais il prit à nouveau l'inhalateur. Un nerf bondissait dans sa mâchoire.

- Je n'irai pas dans les détails. Ils m'ont blessé. Ils portaient des masques, mais je les connaissais tous. J'avais grandi avec eux. L'un d'eux était un professeur de l'école. C'était celui avec le couteau. Je n'arrêtais pas de demander où étaient mes parents mais ils ne me parlaient pas. Même lorsque je hurlais, ils ne répondaient pas. L'incendie n'était pas volontaire, mais je ne m'en excuserai pas. J'ai vu le couteau descendre et je me suis débattu, fait tomber l'un des chandeliers, et l'endroit a pris feu.

Ciel inspira profondément par le nez, posant son front contre le torse de Sebastian. Sebastian n'était pas sûr de savoir si ses tremblements ne venaient que du froid. Il mit son bras valide autour des épaules de Ciel, ignorant si le toucher était le bienvenu, s'il s'agissait de la bonne chose à faire. Ciel ne l'accueillit pas, mais il ne bougea pas non plus.

- Je suis sorti. Pas eux. Et je n'en suis pas désolé.

- J'ai perdu la bague, interrompit Sebastian.

Pourquoi à cet instant, il ne savait pas, mais il devait soudainement le dire.

- Faustus l'a volé, et même quand j'ai eu l'occasion de la ramasser, j'ai été distrait par la sirène. Je suis désol-

- Ne me demande pas pardon. Et je ne te demanderai pas pardon.

Ciel se redressa, croisant les yeux de Sebastian.

- J'ai attendu dans ce parc jusqu'à ce que je sache qu'ils ne viendraient pas et j'ai ensuite attendu encore plus longtemps. Et puis j'ai été à St. Victoria et j'avais toujours cette bague et je les attendais toujours. Je savais qu'ils étaient morts et j'attendais encore. Ils me manquent. Je les aime. Mais j'en ai fini d'attendre.

Sebastian était en mesure de voir que c'était exact. Durant tout ce temps où il avait connu Ciel, il y avait toujours eu une ombre sur lui. L'impression d'être tenu en l'air, jamais réellement stable, jamais vraiment à terre, quelque chose juste au-delà de sa portée. Il compensait ce quelque chose en ayant autant de contrôle que sa situation le lui permettait. Une influence sur le personnel, un simple lien avec les autres patients tout en continuant à être d'une manière ou d'une autre au-dessus de la mêlée, le sang-froid qu'il maintenait si désespérément. Mais quelque chose manquait tout de même, et cela le hantait.

Mais avec cette déclaration, il y avait une paix chez Ciel qui n'avait jamais été là auparavant. Les fantômes de ses parents, de Renbon, étaient soulevés de ses épaules après huit ans.

Ciel inspira profondément, glissant à nouveau l'inhalateur dans sa poche. En faisant cela, sa main effleura quelque chose d'autre, et il le sortit.

Ciel déchira l'enveloppe pour l'ouvrir, tirant hors de cette dernière le papier plié à l'intérieur. Sebastian s'approcha de plus près et ils lurent ensemble, leurs regards examinant intensément la lettre.

Cher Ciel,

La seule manière de commencer ceci est en présentant mes plus sincères excuses, en sachant pertinemment que cela ne signifiera rien pour toi et tes camarades patients, et que cela ne pourra absolument pas soulager les souffrances que vous avez tous endurées durant votre séjour dans l'établissement de St. Victoria. Néanmoins, j'offre ces excuses venant du fond de mon cœur.

Le but de cette lettre n'est pas d'apaiser ma propre culpabilité. Je porterai cette culpabilité méritée, c'est le moins que je puisse faire. Au lieu de cela, je t'écris à toi et à tes camarades patients afin d'expliquer le rôle que j'ai joué dans tout ce que vous avez subis.

En 2010, des rumeurs de fautes professionnelles dans l'un des établissements privées de Londres ont commencé à courir. En faisant quelques recherches, mon bureau a découvert que le Directeur de cet établissement, M. Tanaka, n'était plus le seul actionnaire. Malade, il avait nommé un autre Directeur. Cet homme, qui se fait appeler Undertaker, était dans le radar de mon bureau depuis quelques temps. Quoique jamais directement responsable, d'étranges événements planaient autour de ses pompes funèbres. Des disparitions, des rapports de tapage nocturne, et plus encore. Alors lorsque j'ai découvert qu'il avait commencé à être impliqué dans la gestion d'un foyer pour enfants vulnérables, tu peux comprendre quelle était mon inquiétude. D'autant plus lorsque les rumeurs de fautes professionnelles ont débuté peu après.

Cependant, comme St. Victoria était une institution privée, ma position gouvernementale ne me permettait pas d'enquêter. Je l'avoue, la suffisance m'a motivé, Ciel, plus que mon inquiétude pour toi et tes semblables. Si j'avais mis votre bien-être en priorité, peut-être que les choses auraient été bien différentes. Le recul n'est pas une jolie chose, et cela ne s'associe pas bien avec ce genre de choses. Je reconnais mon erreur, et je ne cherche pas le pardon.

Ma chance s'est présentée lorsqu'un troisième Directeur fut engagé à St. Victoria. Son nom était alertant au vu de son association avec les rapports de Renbon, et après des recherches plus approfondies, je comprenais qu'il s'agissait d'un homme velléitaire. C'était l'opportunité parfaite. Il n'en fallut que peu pour l'influencer, et rapidement, j'avais pris sa place de troisième Directeur. Symboliquement, et non physiquement.

Désormais, dans cette position, j'aurais certainement pu agir. Je ne le nierai pas. Tu dois comprendre que tuer une seule guêpe ne sert à rien si le nid existe encore. Il en viendra d'autres, elles se répandront davantage, rendant le premier meurtre inutile. J'aurais pu faire fermer St. Victoria avec les preuves que j'avais enregistrées via les caméras, mais ce n'était pas les preuves dont j'avais besoin pour enfin acculer Undertaker. Bien que je connusse l'existence des expériences du sous-sol, aucune caméra n'y étaient placées, et ainsi, il s'en sortirait indemne une nouvelle fois. Même disposer mes associés dans l'établissement – Phipps, Grey et Brown – ne fut pas d'une grande aide. Undertaker a dû se douter de mon implication puisqu'ils n'ont jamais pu s'approcher du sous-sol.

Vois-tu, Ciel ? Comprends-tu pourquoi je devais attendre ? Le décès d'Alois Trancy était une véritable tragédie, mais il s'agissait également d'un mal pour un bien. Je n'ai jamais été censée être impliquée avec St. Victoria, de ce fait, je ne pouvais pas donner l'alarme moi-même. Mais M. Tanaka débutant lui-même une enquête policière fut la meilleure tournure d'événements que j'aurais pu espérer. Si seulement le matin était arrivé sans accrocs, tout se serait parfaitement regroupé.

Le feu a détruit toutes les preuves, et pas seulement cela, mais encore plus de patients ont été perdus. J'ai le cœur brisé, Ciel. Bien que mes intentions aient été bonnes, j'aurais pu faire plus pour vous protéger. J'aurais dû faire passer votre sécurité en premier. Je ne l'ai pas fait, et désormais il y a eu une plus grande perte de patients que nécessaire, et Undertaker s'est échappé sans une seule preuve.

Comme je l'ai dit, je ne m'attends pas à être pardonnée, et je n'oserai pas demander une telle chose. Cependant, je continuerai à traquer Undertaker jusqu'à ce qu'il soit amené à la justice pour le mal qu'il a commis. Si cela veut dire que je dois le suivre dans le monde souterrain de Londres, alors je le ferai. Tu peux être certain que St. Victoria est une anomalie qui ne devra jamais exister à nouveau, et que tous les responsables seront traînés en justice pour le tort qu'ils vous ont causés.

Mes regrets les plus sincères,

V.*

Le papier ne contenait aucune indication de l'envoyeur. Il n'y avait pas de lettre à en-tête, pas d'adresse de retour, pas même de date d'estampille. Bien sûr que non, puisqu'elle avait été remise personnellement par les assistants de l'envoyeur.

- Penses-tu que Joker et les autres en ont reçu une ? demanda Ciel, examinant la lettre une troisième fois.

Son cœur battait la chamade dans sa poitrine, ses paumes humides malgré le froid.

- Sans doute, répondit Sebastian, mais il ne semblait pas sûr. Si c'est le cas, ils ont dû la recevoir après notre visite. Ils en auraient certainement parlé.

- V, - le pouce de Ciel effleura la dernière ligne de la lettre -, Qui est V ?

- Je n'en ai aucune idée. Une sorte de fonctionnaire, semblerait-il. Il n'y a pas de nom de famille.

Sebastian détourna les yeux de la lettre. Il n'était pas aussi surpris qu'il aurait dû l'être en découvrant que Ciel commençait à arborer un grand sourire. Il y avait une lueur dans son œil qu'il n'avait pas vu depuis des mois, la même sorte que lorsque Sebastian représentait un certain défi quand ils jouaient aux échecs.

C'était contagieux. Sebastian se rendit compte que ses propres lèvres se courbaient, le frisson d'un mystère germant dans sa poitrine.

- Que veux-tu faire ? demanda-t-il, connaissant déjà la réponse.

Ciel plia la lettre, la remettant dans sa poche. Il se mit à marcher vers l'entrée du parc, Sebastian à ses côtés. Il ne regarda pas en arrière le terrain de jeu, l'endroit où avaient débuté ses longues années d'attente. Il n'en ressentait plus le besoin. Il y avait quelque chose de nouveau, quelque chose d'intéressant, éloignant son attention du passé.

Il regarda Sebastian avec un grand sourire alors qu'ils retournaient à la voiture.

- Je veux trouver V.

Fin


(*Note de traduction : J'ai traduit la lettre au féminin, seulement nous ignorons si V est un homme ou une femme, et l'anglais étant une langue neutre, ça ne m'a pas aidé. Mais, étant donné que V parle de ses associés Grey, Phipps, et Brown, j'en déduis qu'il doit s'agir de la reine Victoria. Je n'en ai cependant absolument aucune certitude, et j'ai donc envoyé un message à l'auteur afin de savoir de quoi il en retournait. Je ne suis pas sûr de recevoir un jour une réponse, alors pour l'heure, V est une femme.)

Et voilà, c'est enfin terminé ! Ç'aura été beaucoup plus long que prévu. Quand j'ai commencé cette traduction en 2017, je pensais honnêtement la finir en 1 an, voire 2. C'est beau la naïveté…

Pour être franche, j'ai détesté cette histoire de nombreuses fois, parce que je ne me voyais pas avancer assez vite à mon goût alors qu'il restait tant de chapitres à traduire, et surtout parce que la manière d'écrire de l'auteur (qui est d'ailleurs très bonne) m'aura donné du fil à retordre plus d'une fois. Surtout au début, quand je n'étais toujours pas très familière avec les expressions anglaises ainsi qu'avec le vocabulaire.

Mais ça reste une belle expérience et je suis contente d'être arrivée jusqu'au bout malgré tout. C'est tout de même la première traduction multi-chapitres que je termine, c'est pas rien ! Je dois d'ailleurs impérativement remercier deux personnes en particulier, mes deux bêtas-lectrices YuuKyun et Paeshtian. Yu a été présente depuis le tout premier chapitre et elle a accepté de m'accompagner dans ce projet sans broncher, sans jamais se plaindre des horribles fautes que j'aurais pu faire ! Paeshtian ne nous a rejointes que l'année dernière, en 2019, mais son aide aura été tout aussi précieuse étant donné qu'elle s'est occupée de relire tous les chapitres depuis le début à la recherche de fautes de traduction. Je vous suis incroyablement reconnaissante, et je vous remercie mille fois, vous deux !

Et pour continuer dans les remerciements, j'aimerais également remercier toutes les personnes qui auront d'une manière ou d'une autre soutenu l'histoire, que ce soit en commentant, ou simplement en ajoutant l'histoire dans leurs favoris et en continuant à la lire. Vous m'avez tous été d'un grand encouragement. Voici donc des listes non exhaustives de toutes ces personnes, sur Fanfiction et Wattpad. Merci à tous !

Fanfiction :

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Au plaisir de vous revoir sur une autre traduction~