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Chapitre 3
Ne le fais pas devenir comme toi
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« J'ai essayé de dessiner Eddie mais je n'ai décidément pas les talents de Bill, » rit Beverly en sortant son œuvre du sac à dos qu'elle portait tout en marchant dans les couloirs de l'hôpital.

Ben jeta un coup d'œil vers la feuille crayonnée de pastel et fut tout de même surpris par le coup de crayon appartenant à la rousse. Le style était particulier certes, mais les couleurs rayonnantes et on voyait qu'elle avait mis du cœur à l'ouvrage.

« Je le trouve très bien réussi, Bev' ! » s'exclama Ben en haussant les sourcils. « Tu n'as jamais pris de cours de dessin ? »

« C'est pendant mes cours de maths que j'ai appris, » fit-elle amusée.

Chacun avait offert un cadeau pour Eddie durant les deux semaines qui avaient suivies son accident. Bill lui avait fait quelques origamis d'animaux, notamment celui du lion qu'adorait Eddie, Mike avait ramené des pierres qui portaient chance appartenant à sa mère, Stan un attrape-rêve qu'il avait accroché près de la fenêtre et Ben lui achetait les magazines qu'Eddie aimait et qui venaient tout juste de sortir, bien disposés en pile sur sa table de nuit.

Et Richie ? Sa présence continuelle était le cadeau.

« Accroche-le par-dessus le cadre de vieille femme vraiment pas jolie, » lui proposa Ben une fois devant la chambre d'Eddie.

« J'avais pensé à la même chose ! »

Sous cette exclamation, Beverly toqua à la porte 217 et entra aussitôt, plus par automatisme qu'autre chose, mais se figea après avoir fait deux pas dans la pièce. Ben arriva près d'elle et suivit son geste, ses yeux s'ouvrant aussi ronds que des soucoupes.

Alors ça, pour une surprise, c'était une surprise, et une fois remise de ses émotions, Beverly referma la porte derrière elle afin que tout le couloir ne puisse pas être témoin de la scène qui se dévoilait sous leurs yeux curieux.

Richie Tozier était à demi allongé sur le lit d'Eddie, seule une de ses jambes retombait au sol et sa joue était pressée contre son bras suite au manque d'oreiller tandis que ses cheveux étaient bien plus en bataille qu'à l'ordinaire et que ses lunettes étaient déposées sur la table de nuit près des BDs. Sa position ne semblait pas très confortable, mais il semblait dormir profondément au vu son épaule visible qui s'élevait à la lenteur de sa respiration.

Le seul contact qu'il avait avec Eddie –n'ayant surement pas voulu trop l'écraser ou l'éjecter du lit dans son sommeil- c'était sa main pratiquement guérie entourée autour du biceps nu de l'asthmatique.

Bev' ne put s'empêcher de sourire amusée et touchée alors que Ben n'hésita pas une seule seconde pour déposer son sac à ses pieds et en sortir son polaroïd qu'il avait reçu à Noël dernier afin de capter cet instant.

Clic

« Quand Eddie se réveillera, on lui montrera ça, il va adorer, » chuchota Bev' pendant que Ben récupérait le cliché tout droit sorti de son appareil pour souffler doucement dessus.

Puis elle reporta son regard vers les deux jeunes garçons, attendrie par le geste de Richie qui paraissait pourtant toujours de nature assez rude et fonceur. Ben quant à lui, déboucha un feutre noir et inscrivit la date et les prénoms des deux protagonistes dans la marge blanche en dessous de la photo qui prenait petit à petit vie.

« Hé, Rich', » murmura ensuite la rousse qui s'était approchée de Richie afin de le réveiller. « C'est déjà le matin, et je ne pense pas que la mère de ton petit copain soit heureuse de te voir dans cette position. »

Elle le secoua gentiment, et Ben tiqua au mot « petit copain » mais n'en pipa pas mot. Après tout, lui non plus n'était pas aveugle et avait fini par comprendre que les avances douteuses et grossières de Richie tout droit dirigées vers Eddie n'étaient pas que du flan.

Richie finit par grommeler quelque chose en bougeant un peu, mais manqua de tomber en arrière et Bev' le retint juste à temps. Soudain bien réveillé par son cœur qui avait paniqué, Richie fit un bond hors du lit, le souffle court, clignant plusieurs fois des yeux.

« On est samedi. Neuf heures trente du matin, » lui annonça Bev' en époussetant le t-shirt blanc de Richie afin de défroisser ses manches. « Je me demande bien par quel miracle tu as pu passer toute la nuit ici sans te faire chopper. »

Se frottant ensuite ses yeux encore tirés par le sommeil, Richie se remémora son envie de fuir le cocon familial bien fissuré, mais ne se souvenait pas réellement comment il avait fait pour finir sur le lit d'Eddie.

Encore muet par ce réveil plutôt brutal, Richie accepta ses lunettes que lui tendait la rousse puis Ben s'approcha de lui et lui tendit le cliché des deux garçons. Aussitôt, Richie écarquilla les yeux, les joues en feu. Il n'avait pas rêvé, il s'était endormi près d'Eddie. Certes ce n'était pas vraiment nouveau, ils étaient meilleurs potes, mais là, le contexte était tout à fait différent pour Richie qui détaillait le cliché de ses yeux humidifiés par le sommeil.

« Ce n'est pas bien de profiter des gens endormis, » le taquina Beverly après un coup de coude contre ses côtes.

« Nous étions tous les deux consentants durant l'acte, pas d'soucis, » fit Richie d'une voix rapide et rauque pour ensuite se pencher et récupérer le gilet rouge qui s'était surement échoué ici durant son sommeil.

Puis il jeta un rapide coup d'œil vers Eddie, espérant qu'il ouvre les yeux et rétorque à ses propos. Mais comme toujours, il paraissait dormir paisiblement.

« J'avais aussi cette photo à te donner, » reprit Ben en lui tendant un second cliché. « Je l'ai retrouvé mercredi dernier dans mes affaires, et j'hésitais à te le donner tout de suite… »

Richie à la curiosité finalement piquée, accepta le cliché d'un geste déterminé et lorsqu'il vit de quelle photo il s'agissait, il savait qu'il la garderait très longtemps.

À vrai dire, il avait peu de photo dans sa chambre, contrairement à Beverly qui avait la sienne tapissée des photos de ses amis –agrémentée de posters- ou à Eddie et Stan ayant toujours un ou deux clichés du groupe. Mais Richie n'avait rien, trouvant cela ridicule puisqu'il les voyait tous les jours –« et c'est bien assez » leur avait-il rajouté en rigolant-, et cette photo le toucha en plein cœur.

Il se rappela de ce début de janvier glacial, le groupe était allé voir Robin des Bois avec Kevin Kostner, et pour avoir les meilleures places, ils avaient tous attendu dehors dans le froid au beau milieu de la file des gens de Derry. Bill, Stan et Mike étaient partis acheter des boissons chaudes à la caravane installée en face du cinéma, et les autres gardaient la place dans la file.

Et Ben Hanscom avait sorti son appareil. Comme toujours, Richie l'avait appelé Paparazzi et Eddie en avait profité pour passer un bras autour des épaules de Richie de façon amicale pour offrir un sourire joyeux à l'objectif –il avait tant hâte de voir le film lui aussi- et Richie en avait profité pour offrir un magnifique doigt d'honneur au caméraman, pourtant avec le début d'un sourire qu'il ne pouvait pas cacher.

À vrai dire, il avait oublié que ce cliché existait et comme s'il remontait le temps, il pouvait se souvenir du bras chaud d'Eddie contre ses épaules et sa nuque dégagée malgré le froid de janvier.

Ses yeux restèrent rivés vers le sourire si franc et les yeux pétillants d'Eddie Kaspbrak. Son cœur se serra. Ben avait même rajouté au feutre leurs noms et la date précise. Il voulait tant retourner en arrière. Mais les larmes qui lui montèrent aux yeux, il se les refusa de faire couler. Pas avec Eddie et ses amis dans les parages.

« Merci, » fit ensuite Richie à l'adresse de Ben qui hocha la tête de manière entendue. « Et l'autre photo, tu la mettras dans notre album. »

Il rendit la photo d'aujourd'hui à Ben qui hocha à nouveau la tête. C'était lui qui s'occupait de confectionner l'album de leur 9ème année qu'ils regarderont tous ensemble après la soirée de leur bal de promo.

« J'dois y aller, j'ai un repas de famille relou à milles lieues d'ici, » reprit Richie qui se ressaisit soudain, récupérant frénétiquement ses affaires un peu éparpillées dans la pièce.

Ses cahiers de cours, une BD, les restes de son sandwich, sa bouteille d'eau ainsi que la photo de lui et Eddie qu'il rangea précieusement dans son vieux portefeuille. Portefeuille généralement vide où il récoltait le plus de pièces possibles pour la salle d'arcade, dissimulait des chewing-gums piqués à Bill, une ou deux cigarettes ainsi qu'un préservatif pour la convenance, mais surtout, pour faire le gros crac et faire rire ses amis.

« On se voit lundi alors, » lui sourit Bev' de façon réconfortante. « Et surtout n'hésite pas à demander notre aide si tu as besoin pour le contrôle de chimie. »

Richie tira son sac à dos contre ses épaules et leva une main en signe d'accord pour ensuite rapidement se diriger vers la porte de la chambre. Une fois devant, il abaissa la poignée mais osa un regard vers Eddie, puis rapidement vers Beverly, ne voulant pas montrer son trouble, et il leva son pouce à son encontre.

« Pas mal le dessin, tu vas faire de l'ombre à Bill, » lui dit-il d'une façon non ironique ce qui chez lui était rare.

Beverly entrouvrit la bouche, surprise, et finit par hocher la tête pour ensuite baisser les yeux vers le dessin coloré qu'elle avait toujours entre les mains.

O

Sa famille n'était pas nombreuse du côté de sa mère, mais c'était aussi la plus lourde et la plus chiante de tout l'univers, ça Richie en était persuadé. Sa tante les accueillit donc pour manger le midi dans une ambiance de mort suite à la dispute de la veille entre le père de Richie et lui-même, et la tension ne fit que grimper à l'exponentielle lorsque le plus jeune des Tozier remarqua que son stupide cousin Philip était aussi ici avec sa copine.

Lourd.

Sa mère avait une famille similaire à celle de Stan, chrétienne et aux chers principes si bien qu'en voyant Richie arriver avec les cheveux débraillés et habillé sans trop de rigueur, sa tante lui fit les gros yeux. Mais il s'en ficha.

Au repas du midi, sa tante et son cousin parlèrent du cursus de dernière année que suivait son cousin de dix-sept ans, et ils semblaient en être fiers, tout comme sa mère qui avait toujours beaucoup aimé le fils de sa sœur. Sa petite copine en eut le droit elle aussi, déjà à l'université dans une prestigieuse école de commerce que Richie ne prit pas la peine de retenir le nom.

Son père quant à lui, restait plus silencieux, n'aimant pas lui aussi le côté princier de la famille de sa femme, mais il faisait avec et aucune blague salace ne vint perturber le repas de sa part, hormis une ou deux de Richie qui fut très mal vu par sa mère et sa tante. Mais comment pouvait-il s'en empêcher avec cette famille de coincés du cul ?

« Et toi, Richard. Comment se passe ton année en tant que freshman ? » se sentit obliger de demander sa tante alors qu'elle faisait passer le saladier de légumes exotiques.

« Ça passe, » répondit Richie qui triait avec lassitude son assiette, loin de lui l'envie de manger ses morceaux de poulpes grillés qui laissaient entrevoir leurs ventouses.

« Mais encore ? » insista la sœur de sa mère, son cousin étant lui aussi visiblement intéressé.

Intéressé pour l'enfoncer, oui. Phillip junior savait que Richie était devenu un vrai cancre. Ce qui était bien dommage, lui qui auparavant avait de si bonnes notes. Eddie lui faisait souvent remarquer cela d'ailleurs, lui assurant qu'il avait du potentiel.

Et à la pensée d'Eddie, Richie s'assombrit.

« J'me situe entre C- et C, » répondit Richie avec nonchalance. « Mais bon la légende urbaine raconte que c'est la lettre pour dire COOL. »

Sa mère lui fit les gros yeux, mais il l'ignora et continua de trier son assiette, ignorant aussi le petit sourire triomphant de son cousin qui se resservait de poulpe.

« Son meilleur ami est dans le coma actuellement, c'est difficile pour lui, » avoua sa mère en tapotant l'épaule de son fils.

Richie lui lança un regard en biais, sachant que cette dernière lui avait à peine parlé d'Eddie et de son état inquiétant après son accident.

« Ça y est, c'est un assez bon argument à mes vieilles notes maintenant ? » largua Richie avec venin.

« Richard, » fit la grosse voix de son père pour le rappeler à l'ordre.

Après cela, Richie ne pipa plus mot, concédant qu'il était inutile d'avoir une conversation avec ces débiles. À chaque louange de sa tante pour son cousin, il voulait vomir, mais il fit avec.

Et une heure après, il se trouva à prendre l'air sur le côté de la maison, dissimulé ainsi du monde alentour, adossé au crépit frais. Il pluviotait mais il s'en foutait bien. Dans son portefeuille, il récupéra l'une des cigarettes de Beverly qu'il scruta un instant avant de lâcher un « et puis merde » pour ensuite allumer cette dernière avec un briquet bon marché. Et Dieu que ça faisait du bien.

« Depuis quand tu fumes ? »

Richie pivota sa tête sans panique, et vit que son cousin était là avec sa copine, le chien ridiculement coquet et blanc en laisse pour sa promenade habituelle dirait-on. Phillip le regardait avec un certain dégout contrairement à la jeune fille avec lui toujours assez silencieuse.

« Depuis que j'ai revu ta face aujourd'hui, » railla Richie en expirant la fumée blanche avec une certaine lassitude.

Phillip leva les yeux au ciel, et soudain le caniche d'un blanc immaculé aperçu un chat tout au bout du jardin et partit en courant, attirant avec lui Phillip. Il percuta Richie au moment où il tirait plus fort sur la laisse pour l'arrêter et le portefeuille de Richie rencontra le sol.

Pendant que Phillip pestait contre « Pupuce », ce fut la copine –Richie avait vraiment oublié son prénom – qui ramassa son portefeuille toujours en silence pour le lui tendre avec un petit sourire. Richie resta un instant bloqué, se rendant compte que peut-être, cette fille n'était pas à ranger dans la même case que cette famille de cinglés. Elle paraissait douce et plus modeste et son regard bleu était apaisant.

Soudain, Phillip aperçut un petit papier blanc dépasser du portefeuille, et sans avertissement, tira sur ce qu'il pensa être une photo potentiellement intéressante, avant même que Richie n'ait pu récupérer son bien. Le Tozier lui offrit un regard mauvais, mais le laissa regarder la photo n'ayant rien à perdre à le laisser la regarder. Par contre, si jamais il disait du mal d'Eddie, ça allait barder.

« C'est qui ? Le type dans le coma ? » demanda alors Phillip alors que Richie récupérait son portefeuille usé par le temps.

Un petit éclair sournois brilla dans l'esprit de Richie qui récupéra la photo d'un geste vif.

« C'est mon petit ami. »

Qu'est-ce qu'il aimait voir la déstabilisation profonde chez cet idiot de lycéen. Un sourire mesquin naquit sur les lèvres de Richie alors que Phillip détaillait son cousin d'un œil critique.

« Ton petit ami ? » répéta-t-il d'une voix peut-être un peu forte.

Mais Richie se fichait bien qu'on l'entende. En plus, c'était faux, Eddie était toujours son meilleur pote. Il hocha donc lentement la tête avec nonchalance extrême tout en lançant un bref regard vers sa copine qui elle restait impassible, visiblement pas touchée par la nouvelle.

« Tu ne peux pas, » répliqua durement Phillip en attrapant le bras de Richie pour le faire à nouveau tourner sa tête vers lui.

« Comment ça j'peux pas ? T'as cru quelque chose était marqué quelque part m'interdisant de sortir avec ce mec ? » s'énerva Richie entre ses dents, s'étant pourtant douté qu'il aurait affaire à ce genre de morale débile.

« La Bible le dit, » insista Phillip aux traits tirés par l'incompréhension et le dégout. « Richie, tu ne peux pas ! »

Puis il lâcha vivement son cousin comme si le gilet aux manches retroussées de ce dernier l'avait brulé et Richie l'empoigna vivement par le col, s'emportant très facilement en ce moment.

« Ta bible j'te la mets où tu penses, » lui siffla-t-il près du visage.

Fort heureusement, son cousin ne possédait que deux petit centimètres de plus que lui, ce qui lui laissait largement l'avantage. Et puis, il savait que si une bagarre débutait réellement dans le jardin, il remporterait la victoire haut la main.

« Je vais aller le dire à ton père tu sais, » répliqua Phillip gardant pourtant un calme qui répugna Richie.

« Va jouer ton cafteur j'en ai rien à foutre ! »

« Arrête, son père à la main dure, » s'interposa la copine en attrapant le bras de Phillip qui ne repoussait pas la poigne dangereuse de Richie contre son col.

Et ceci étonna quelque peu Richie, cette dernière ayant remarqué ceci en un seul petit repas. Car il ne l'avait jamais connue auparavant. Mais au moment où il allait lâcher son cousin, Phillip reprit d'une voix terriblement vicieuse :

« Et alors, peut-être qu'il lui remettra les idées en place. »

Et là, le coup partit tout seul contre la joue à la peau parfaite de Phillip. Sa copine poussa un cri et Richie reçut un coup rapide tout proche de l'œil, ne s'attendant pas à ce que son cousin reprenne si vite du poil de la bête.

Mais contre toute attendre, une fois rentré, la copine blonde de Phillip assura aux parents respectifs qu'il s'était agi d'une mauvaise blague qui avait mal fini, et aucun des deux garçons ne vint la contredire. Seul le regard menaçant de Phillip dardé vers Richie lui démontrait clairement qu'il n'allait pas oublier de sitôt et qu'il le ferait payer au moment venu.

Richie haussa un sourcil provocateur à son égard, sa menace étant le cadet de ses soucis à cet instant même.

O

Le dimanche soir qui suivit, Richie Tozier rendit visite à Eddie, n'ayant pas pu de tout le week-end à cause de la grosse engueulade et des conséquences suite au coup qu'il avait porté à son cousin dans le jardin.

Ainsi, devant la vitre du couloir, Richie inspecta tant bien que mal son reflet, remarquant que le contour de son œil devenait violet et qu'une partie du blanc entourant la pupille avait pris une couleur rouge acide.

« Eddie va me tuer… » murmura Richie après un soupir pour ensuite s'approcher de la porte et pénétrer dans la chambre numéro 217.

Le dessin de Beverly était accroché par-dessus le cadre immonde qui rendait toujours mal à l'aise Stan, et des BDs avaient été rajoutées près de la table de nuit. Il avait attendu que Mme Kaspbrak soit sortie de l'hôpital avant de rentrer et être sûr qu'il ne serait pas dérangé à l'improviste. Il était même prêt à passer encore une fois la nuit ici, il avait acheté un paquet de chips et une bouteille d'eau au distributeur.

« Eddie me tuerait aussi pour ce que je mange… » rit intérieurement Richie en déposant son sac au pied du lit d'Eddie.

Dans sa main se tenait une fleur de tournesol d'un jaune intense reflété par la lumière qu'avait allumée Richie suite au soleil totalement couché. Il s'approcha de la tête du lit et plaça la fleur sur le barreau de la perfusion, emmêlé par les fils qui lui permirent de trouver une accroche, puis il se rassit sur le bord du lit, détaillant le visage doux de son ami.

Les croutes sur son visage disparaissaient pour laisser place à de la peau rosie et le bandage autour de son front était moins épais.

« T'en a pas marre de toutes ces mêmes fleurs, et qui puent en plus ? » lui demanda Richie en désignant d'un bref signe de la main les diverses fleurs de la pièce apportées en général par les parents et la famille.

D'une main tremblante, il atteignit le visage d'Eddie, hésitant encore à le toucher de la sorte alors qu'il était endormi. Il ne voulait pas transgresser les limites que s'était potentiellement créées Eddie, mais se permit tout de même à retirer quelques mèches de ses cheveux en arrière.

« Pour changer tout ça, j'ai piqué un tournesol près de la clairière, juste à côté de l'endroit où on plongeait. »

Sa main glissa lentement le long de la joue pâle d'Eddie, et il ne put s'empêcher de la caresser doucement, le cœur lourd.

« Bon sang, je ressemble à une vraie gonzesse… » ricana Richie en secouant lentement la tête.

Mais son sourire attisa la douleur acide de son œil au beurre noir et il grimaça pour ensuite se redresser et se gratter nerveusement le crâne.

« Ouais, je me suis encore battu aujourd'hui… Mais la bonne nouvelle est que mes lunettes en sont sorties indemnes. »

Au loin, il y eut des bruits de pas, mais il ne s'en soucia pas, perdu dans la contemplation du visage d'Eddie Kaspbrak et il donnerait cher pour voir à nouveau ses prunelles pétillantes l'observer.

« J'ai dit à mon cousin que tu étais mon mec. Tu aurais dû voir sa tête… »

Les pas s'approchaient des vitres aux stores à demi-poussés.

« Et… Peut-être que j'aurais aimé vraiment l'être. Ton copain. »

Au moment où il se pencha pour offrir un doux baiser contre le front d'Eddie, un peu en dessous du bandage, une ombre apparut derrière les fenêtres du couloir, cette personne s'étant figée pour observer Richie déposer ce bref baiser.

Et quand Richie se redressa, Mme Kaspbrak revenue pour récupérer les clés de la maison qu'elle avait oubliées sur la table de nuit –n'ayant plus trop toute sa tête depuis qu'Eddie était dans le coma-, se retira aussitôt pour se cacher de la vue de Richie bien qu'elle n'avait rien manqué du spectacle.

Et quelques minutes plus tard, Richie quittait la chambre en baillant et se dirigea lentement vers le couloir pour récupérer l'ascenseur numéro 3. Néanmoins, quand il bifurqua un peu avant son objectif, il tomba nez à nez avec la mère d'Eddie debout avec un café en main, et au vu de son regard non surpris, elle semblait l'attendre.

Richie se figea ne saluant même pas Mme Kaspbrak tant il fut dérouté de la voir ici, et visiblement, dans l'attente de le voir.

« On est toujours le week-end, » fit aussitôt Richie sur la défensive.

La génitrice Kaspbrak finit son café cul sec et jeta le gobelet dans la poubelle prévue près de la machine puis reporta un regard sombre à l'égard de Richie.

« Je t'interdis de le faire devenir comme toi, Richard, » lui asséna-t-elle soudain en le pointant d'un doigt accusateur.

Richie resta comme deux ronds de flan, son esprit ralenti par la fatigue qui terrassait ses épaules.

« Comme moi ? » répéta-t-il en arquant un sourcil interrogateur.


Holaaa, après le second film, je suis retombée avec bonheur (et tristesse) dans le fandom It. Et puisque j'avais écris quelques chapitres de cette fic, je suis aussi retombée dessus et j'ai corrigée et réarrangé comme il le fallait :)

J'espère donc que cette histoire vous plaira toujours, mais sachez qu'il n'y aura donc pas de spoil du film numéro 2 puisque cette fic se déroule durant la jeunesse d'Eddie et Richie.

Je vais essayer d'être plutôt active sur cette fic même si j'ai plus beaucoup de temps à moi aiïe (en plus j'ai des Harringrove à écrire jpp, je suis dans la mouise)

Bref, faites moi part de vos avis, et je vous souhaite à tous un bon début de semaine !