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Chapitre 4
Je ne suis pas passé sous un bulldozer, non
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Richie resta comme deux ronds de flan, son esprit ralenti par la fatigue qui terrassait ses épaules.
« Comme moi ? » répéta-t-il en arquant un sourcil interrogateur.
« Les gens parlent, tu sais, Tozier. Tes parents font peut-être la sourde oreille mais pas moi. »
Ses paroles étaient dures et venimeuses, mais ceci n'atteint pas réellement Richie qui savait ce que disaient les élèves du collège et du lycée en son égard. Il était un coureur de jupons certes, et une grande-gueule, mais aussi un « pédé » selon le mot plus souvent employé, et un type qui considérait filles et garçons comme bout de viande. Bien sûr ce n'était que des rumeurs dues à ses blagues persistantes qui étaient rarement prises au sérieux quand ça sortaient des murs de l'école, surtout quand s'était dirigé vers le comique de service qu'était Richie, mais Mme Kaspbrak n'allait surement pas laisser passer ça si ça concernait son fils de près ou de loin.
Pourtant, Richie s'était pris à s'amuser des rumeurs. Il en riait. Mais les parents n'avaient pas la même vision des choses.
« Et je t'ai vu aujourd'hui, » insista-t-elle en montrant d'un vague geste de la main le couloir derrière Richie.
Richie resta pourtant silencieux, les poings serrés. Il devait à tout prix éviter de rapporter d'autres ennuis en plus, et voilà que la mère d'Eddie le choppait la main dans le sac le jour où il rapportait une fleur à son fils. Génial.
Putain de génial.
« Des médecins m'ont dit que tu venais régulièrement le voir, et j'ai laissé passer, mais dorénavant c'est terminé, tu m'entends ! Tu ne t'approche plus de lui ! »
Richie lui aurait bien répondu, mais à vrai dire, il resta sous le choc, ne s'attendant pas à se faire accoster de la sorte par la mère de son meilleur ami. Et pourtant, combien de fois lui avait-elle fait la morale quand il trainait trop longtemps avec Eddie, le faisant rentrer tard ou quand il prenait racine dans sa chambre à des heures incongrues.
« Eddie n'est pas un morceau de viande ! » insista-t-elle, rouge de colère, essayant pourtant ne pas trop hausser le ton dans les couloirs calmes de l'hôpital à la périphérie de Derry.
« Je ne l'ai jamais considéré comme de la viande, soyez en rassurée, » se permit tout de même de glisser Richie en restant relativement calme, ce qui n'était pas coutume, bien qu'un peu insolant.
« Ne prends pas ce ton avec moi ! Sale petit efféminé ! »
Ça par contre, il ne pouvait pas le laisser passer, et son cœur fit un bon à cette insulte tout droit dirigée vers lui. Il en avait eu pourtant de la part de Sonia, allant de « branleur » à « sale petit con », mais jamais elle ne l'avait attaqué de la sorte. Elle n'était pourtant pas du genre à cracher sur les autres, mais quand il s'agissait de près ou de loin à son fils, elle devenait un vrai tyran.
« Je ne changerai pas Eddie, croyez-moi ! » s'exclama soudain Richie aux poings serrés. « S'il se trouve à aimer les mecs, ça sera comme ça et vous ne pourrez rien y faire ! »
Et le coup partit tout seul. La pensée d'Eddie préférant les garçons avait dû être de trop pour elle et considérait les propos de Richie comme réels affronts à l'égard de la famille Kaspbrak.
Sa paire de lunettes glissa sur le sol, les deux verres éclatèrent aux pieds de Richie, tandis qu'un goût de fer vint emplir sa bouche, un liquide épais s'échappant de sa lèvre coupée nette. Le plat de cette grande main avait pratiquement recouvert la partie droite de son visage.
Plaquant sa paume contre son nez et sa pommette brûlante, Richie ne cria pas, ne répliqua pas mais offrit un regard choqué à Sonia qui reculait d'un pas, partagée entre colère, dégoût et surprise. Certainement ne s'attendait-elle pas à en venir aux mains face à Richie Tozier.
Mais avant qu'il ne perde son calme suite à la douleur croissante et acide, Richie passa prestement près de la mère d'Eddie et quitta l'hôpital, mâchoire contractée à son maximum.
La nuit n'était pas la seule gêne ce soir-là, Richie étant dans l'incapacité de voir correctement à plus d'un mètre de lui suite à ses lunettes brisées qu'il n'avait même pas pris la peine de récupérer. À quoi bon, la monture semblait en plus tordue et les deux verres étaient brisés, elles étaient à coup sûr irréparables.
« Putain ! » cria-t-il entre ses dents une fois qu'il eut retrouvé son vélo échoué près du grillage du parking, à l'abri des regards.
Ce soir-là, il rentra à pied, à côté de son vélo, étant incapable de rouler sans se prendre un potentiel poteau, voiture ou soulèvement de terrain. Il serait le guidon de sa bicyclette avec tant de force qu'il aurait pu déformer les deux poignées.
Une fois devant sa maison, il jeta son vélo en avant avec rage, se rendant soudain compte que des larmes de douleur s'étaient échappées de ses yeux pour couler le long de ses joues et venir titiller la coupure de ses lèvres souillées de sang.
Comme tout dimanche soir, ses parents regardaient un feuilleton ringard, plateau télé sur leurs genoux, et ils ne remarquèrent même pas que leur fils était de retour, ce qui était en un sens une bonne nouvelle, il ne voulait pas que sa mère le voit dans cet état.
Il s'enferma dans la salle de bain, et hésita un instant avant de regarder son visage dans le miroir. Et lorsqu'il croisa enfin son regard dans la glace au-dessus du lavabo, il eut un haut-le-cœur. Son œil au-beurre noir était toujours là, et à présent, la partie droite de son visage était rougies et meurtrie.
Sa lèvre était coupée et il cracha d'un coup sec dans le lavabo blanc le tâchant ainsi de cette hémoglobine collante puis observa à nouveau l'œuvre de Mme Kaspbrak. Sa pommette était gonflée et du sang séché se trouvait juste sous ses narines, signe que son nez avait aussi pris cher. Il renifla un bon coup et grimaça, affirmant ainsi sa supposition.
Il en avait marre. Il en avait marre de toujours en prendre plein la tronche alors qu'il ne le cherchait pas forcément. Il en avait marre de cette injustice qui l'envoyait dans un cercle vicieux. Sans Eddie, il était incapable de trouver d'autres accroches. Il était en train de couler.
Et puis, hormis son visage –et il avait dû se rapprocher vraiment du miroir- il ne voyait pratiquement rien, tout était flou.
Poussant un second juron, il se tourna d'un seul coup vers le mur carrelé et y encastra son poing droit, désillusionné et dégoûté. Néanmoins, il poussa un cri de douleur et retira vivement sa main, ayant frappé bien plus fort que la dernière fois dans la chambre d'Eddie.
Il se laissa tomber contre la porte et enferma son poing contre sa main gauche, dents serrées, tête penchée en avant.
La douleur était la seule chose que son cœur pouvait ressentir à présent.
Stan va me tuer… pensa-t-il dans un instant de lucidité en se laissant somnoler dans la salle de bain aux allures d'hôpitaux.
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Il avait enroulé trois mouchoirs autour de ses phalanges bleutées et rougies par les croûtes épaisses et par-dessus, avait enfilé des mitaines noires et usées pour ne pas attirer l'œil de Stan et de ses amis. Son visage allait être une assez bonne raison d'engueulade, il le sentait.
Plusieurs fois, il jura tout haut, ayant un champ de vision bien trop faible, ce qui le conduisit plusieurs fois à frapper les meubles de sa chambre du bout de son pied ou bien contre son tibia ou ses hanches. Et puis, il mit une bonne dizaine de minutes à retrouver son portefeuille et perdit un temps précieux dans la salle de bain à essayer d'arranger sa pommette gonflée, son nez rougi et sa lèvre douloureuse pour ensuite ordonner ses cheveux vraiment en pagaille. Le tout le nez à dix centimètres du miroir.
« Putain de merde. »
Il descendit les escaliers, gavé par tout ça, n'ayant pratiquement pas dormi de la nuit une fois sorti de la salle de bain. Il n'avait qu'une envie, tout faire voler en éclats, hurler et s'enfermer seul dans la chambre d'Eddie pour le secouer jusqu'à temps qu'il se réveille. Car bon sang, il avait mal.
Et la pire des douleurs était finalement mentale.
« Richie… Qu'est-ce que tu as encore foutu ? »
Son père était dans la cuisine à lire le journal de la veille, et avait arqué un sourcil à la venue de son fils qui récupérait avec lassitude un morceau de pain sur le plan de travail pour ensuite couper des carreaux de chocolat.
« J'me suis battu pour une meuf, » répondit vaguement Richie en entreposant les carreaux de chocolat dans le pain qu'il plia en deux pour croquer à pleines dents dedans.
« J'espère qu'elle valait le coup, » reprit son père en se replongeant dans sa lecture.
Richie garda le pain entre ses dents tandis qu'il enfilait ses converses rouges échouées près de la porte de la cuisine et haussa les épaules en tant que réponse. Il n'avait pas réellement pour habitude de discuter avec son père dès le matin. Très peu en temps normal d'ailleurs.
« Arrange quand même un peu tout ça avant que ta mère ne te voit ce soir, » glissa tout de même Mr Tozier en tournant la page de son journal sur la rubrique sportive.
« Il me faudrait de nouvelles lunettes aussi, » répondit Richie après avoir avalé un morceau de son petit-déjeuner rapide.
« Ah ça, tu verras avec elle. »
« C'est bien pour ça que je ne te l'ai pas demandé directement. »
Son père claqua sa langue contre son palais, mais ne répondit pas, visiblement habitué ou lassé et Richie tira son sac de cours contre son dos, finissant par la même occasion son pain au chocolat. Il lança un vague « à ce soir » à Mr Tozier qui leva légèrement la main en guide de réponse, puis il quitta la maison en t-shirt au vu du soleil qui pointait le bout de son nez –et parce qu'il savait qu'il allait s'énerver à chercher sa veste-.
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« Richie ?! Tu es passé sous un bulldozer ?! »
Il avait mis du temps à arriver jusqu'au collège sans son vélo chéri, mais curieusement, il n'était même pas en retard. Peut-être était-il partit trop tôt, en réalité il n'avait pas fait attention, ayant été automatisé comme un zombie ce matin.
Et ses amis tous réunis dans le couloir bruyant près de leurs casiers, faisaient de bien drôles de têtes. Des têtes presque horrifiées. Et Richie avait oublié que les Losers n'avaient pas encore vu son œil au beurre noir, ce qui intensifiait surement leur horreur et inquiétude.
« Techniquement, un bulldozer m'aurait réduit en charpie, » lâcha Richie avec un sourire ironique, tout en ouvrant son casier afin de récupérer un bouquin d'histoire.
« Techniquement tu n'es pas censé revenir le visage tuméfié après un simple petit week-end, » répliqua sèchement Stan en poussant Richie sur le côté et refermant brutalement le casier de son ami avant même qu'il n'ait pu récupérer son bien.
Et visiblement, les autres Losers étaient du même avis, recherchant des yeux des réponses claires.
« Et tu as cassé tes lunettes par la même occasion, hein ? » lâcha Beverly qui espérait de tout son saoul que ce n'était pas son père qui l'avait frappé de la sorte.
L'esprit de Richie réfléchissait à toute vitesse, recherchant une blague ou un mensonge mais au final, il se dit que c'était surement ridicule de leur cacher ça. Il ne voulait pas de leur pitié, mais au fond, ça faisait du bien de se confier.
Alors, malgré le brouhaha ambiant des élèves qui commençaient à rejoindre leurs classes, Richie leur raconta l'affaire avec son cousin Phillip ainsi que sa rencontre avec Sonia Kaspbrak le dimanche soir qui avait suivi, tout en évitant quelques précieux détails, n'ayant jamais avoué tout haut à ses amis qu'il avait compris être attiré par la gent masculine. Certes, ils avaient surement leur petite idée sur la question, mais ce n'était pas le sujet principal.
« M-Mais c'est terrible, » souffla Bill après le discours, ses yeux aussi ronds que des soucoupes. « Tu ne peux p-pas rester comme ça on doit-… »
« Non, surtout, vous gardez ça pour vous ! Je ne veux pas qu'Eddie soit au courant que sa mère m'ait frappé au visage ! » s'exclama soudain Richie en pressant son index contre ses lèvres pour appuyer ses dires.
Ben et Beverly se lancèrent un regard lourd de sens.
Aujourd'hui, Richie Tozier venait de démontrer un amour pur et véritable envers Eddie Kaspbrak.
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« Je vois… vraiment que dalle, » râla Richie devant la salle d'histoire, essayant de lire le titre du bouquin entre ses mains.
« Combien j'ai de doigts ? » lui fit Stan avec un petit air amusé, essayant de détendre cette boule de nerfs que devenait son ami.
Richie était tendu. Ce qui était normal après ce qu'il avait visiblement vécu ce week-end. Mais les Losers savaient une chose très claire à propos de leur ami il détestait lire la pitié dans leurs yeux. Bon, certes il aurait du mal à lire quoi que ce soit de toute la journée, mais ils savaient que ça ne servait à rien de plaindre Richie ou essayer de lui offrir des paroles réconfortantes. Il fallait vivre. Et lui faire penser à autre chose.
« Certainement le nombre de doigts que j'ai dû utiliser la nuit dernière avec la mère d'Ed-… » commença Richie avec un sourire qui se voulut salace.
« Stop, » le coupa net Stan en levant les au ciel, abaissant donc sa main.
« Après ce qu'elle t'a fait, tu continues de blaguer sur elle, » lui chuchota tout de même Beverly qui avait du mal à rester indifférente suite à l'histoire de Richie.
« Elle va pas gâcher mes bonnes vieilles blagues non plus, hein. »
De plus, c'était étrange de voir Richie sans ses lunettes aujourd'hui. Son visage bien que blessé, paraissait plus éclairé et ses taches de rousseur semblaient infinies tandis que ses yeux, d'un noir immensément intense. La plupart des autres élèves pensaient qu'il avait opté pour des lentilles de contact ce qui était totalement faux. La famille de Richie n'avait surement pas les moyens et l'envie de perdre de l'argent pour de telle futilité.
Beverly allait lui offrir un commentaire gentil vis-à-vis de son visage qui était bien plus étincelant sans lunettes quand Richie rouvrit la bouche, s'adossant au mur derrière lui.
« Et puis qui sait, ça sera peut-être ma future belle-mère, je dois m'y habituer, » ricana-t-il avec le plus de naturel possible.
Stan leva à nouveau les yeux au ciel, pourtant conscient qu'au fil du temps qui passait, les paroles de Richie s'éloignaient de plus en plus d'une blague. Et les deux semaines qui avaient suivi l'accident d'Eddie pouvaient clairement en témoigner.
« Si tu ne me fais pas demoiselle d'honneur, je te le ferais regretter jusqu'à dans ta tombe, Rich', » lui assura Bev' avec un petit sourire complice.
« T'en fais pas, je t'ai déjà en tête. Avec Bill en robe à côté de toi, » rit Richie, lui avec un sourire vicieux. « Stan tu seras le prêtre. Ça te va ? »
« Suis-je dans l'obligation de te répondre ? »
« Veux-tu briser mon cœur ? »
Et les trois Losers se mirent à rire gaiment, heureux de retomber dans leur routine habituelle. Il ne manquait plus que le rire d'Eddie lui aussi présent dans la classe 1C. Puis le prof d'histoire arriva après dix minutes de retard que ne manqua pas de lui faire remarquer Richie.
Mais les deux heures furent terribles pour Richie qui avait même du mal à voir ce qu'il écrivait ou dessinait sur son cahier. Il se demanda même s'il avait ouvert le bon bouquin. Et il avait fini par être irrité, ressassant les souvenirs de la veille et tout ce qui allait avec. Si bien que lorsque le prof de maths demanda à Richie de se rendre au tableau pour compléter un exercice, il refusa aussi sec, ignorant le coud de pied qu'il reçut de la part de Stan juste derrière lui.
« J'vois que dalle, alors comptez pas sur moi pour faire vos exos', » insista Richie avachi sur sa chaise.
Si Eddie le voyait ainsi, il aurait reçu la règle en fer de ce dernier derrière la nuque et il aurait changé d'attitude dans la seconde.
« Tozier, change d'un ton et viens au tableau remplir les cases, c'est écrit assez gros pour toi je pense. Surtout que ta myopie repose seulement sur ne pas voir de loin, » riposta le professeur de mathématiques lui aussi agacé suite à l'élève avant Richie qui avait mis bien trop de temps à résoudre un exercice si facile au tableau.
« J'ai dit que je ne les ferais pas, ça sert à rien d'insister. »
Ce fut au tour de Beverly de faire les gros yeux à Richie, concédant qu'il avait attiré assez d'ennuis pour toute une année.
« C'est ton dernier mot, Tozier ? » lâcha son professeur avec menace.
« Dernier mot, Turner. »
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Visiblement, son professeur de mathématiques n'avait pas du tout eu pitié de son visage blessé, et lui avait aussitôt collé une détention pour la fin de l'après-midi, ce qui tout compte fait, faisait bien chier Richie. Certes, il n'avait pas réellement envie de rentrer chez lui, et argumenter avec sa mère, mais rester coller à faire de l'anglais allait être une vraie torture.
Il était le premier dans la salle, ce qui était rare, mais il venait de quitter le club des Losers et il n'avait pas très envie de déambuler à l'aveuglette un peu partout dans l'établissement.
La professeure d'anglais, aux courbes généreuses, toute nouvelle de cette année, rangeait des feuilles dans son porte-document mais Richie l'ignora totalement bien que ça lui avait pris plusieurs fois d'un peu la reluquer pour faire comme les autres garçons de son âge. Mais il avait des pensées plus lourdes et il se contenta de crayonner sur une feuille quelques visages tirés dans la douleur, essayant de se souvenir des cours de Bill.
« Tozier, j'espère que tu ne laisses pas celui ou celle qui t'a fait ça s'en tirer si facilement, » fit soudain la jeune professeure qui s'était approchée de sa table, désignant d'un geste du menton le visage de Richie.
Elle avait toujours été très attentionnée vis-à-vis de ses élèves, mais il ne pensait pas que cette dernière se soit aussi préoccupée de son cas. À lui, le je-m'en-foutiste et celui qui ne suivait jamais rien en cours.
Mais Richie haussa simplement les épaules sans lâcher ses yeux son dessin vraiment pas proportionné et sans saveur, seulement crayonné avec colère, et la jeune femme –Mlle Delphine- s'accroupit devant la table de Richie et plaça ses avant-bras contre le rebord de celle-ci. Cette fois-ci, Richie jeta un regard curieux vers elle, retirant son crayon du papier qu'il déchirait presque.
Elle était assez proche pour qu'il puisse voir les détails de son beau visage sans aucune imperfection, bien maquillée, bien peignée, et au petit sourire triste qui lui fit un drôle d'effet. C'était toujours étrange de voir les profs sortir de leur personnage.
« C'est moins pire que ça en a l'air, » lui assura finalement Richie sans pourtant la lâcher des yeux. « C'est ça les contrecoups d'être un héros. »
Cette fois-ci, elle laissa échapper un petit rire, qui pourtant, ne sonnait pas réellement comme un vrai. Surement savait-elle qu'il ne lui disait pas la vérité.
« Il te manque, n'est-ce pas ? » reprit-elle à voix un peu plus basse au cas où les autres élèves de la future détention venaient à arriver dans la salle de classe.
Richie se rappela vaguement de cette prof jouant les psychologues le mois dernier avec Beverly qui avait eu des problèmes avec son oncle et sa tante, et voilà que c'était son tour visiblement. Mais Richie resta silencieux, haussant un sourcil interrogateur à son égard même s'il savait de qui elle faisait allusion.
« Je parle de Kaspbrak, » détailla-t-elle sérieusement. « Je connais les amitiés des classes où j'enseigne, tu sais. »
Oui, il lui manquait. Oui il lui manquait atrocement et parfois, Richie voulait juste se lever et hurler à plein poumons. Oui, voir tous les jours de la semaine la chaise vide d'Eddie était douloureux. Oui c'était injuste.
« Et je sais que depuis deux semaines, tu en fais voir de toutes les couleurs à mes collègues, » reprit-elle plus doucement.
« Même à vous ? » articula Richie, se rendant soudain compte avec horreur que sa voix déraillait un petit peu.
« Tu as plus de répondants, je dirais. »
Richie se sentit un peu désolé pour elle, Mlle Delphine étant si gentille, si belle et presque captivante durant ses cours quand il ne durait pas plus de quinze minutes. Il détourna simplement les yeux, délaissant son crayon qui roula contre sa trousse.
« Écoute, je suis de tout cœur avec toi. Je sais que ce que tu traverses est difficile… » reprit la jeune femme. « Mais grandis et mûris sans lui, juste le temps qu'il se réveille. Car je doute qu'il apprécierait de te voir dans cet état. »
Jamais il ne l'admettra, mais les paroles de sa professeure le touchèrent en plein cœur. Elle avait entièrement raison. Eddie s'en voudrait surement s'il voyait dans quel état il était par le manque qu'il produisait en Richie.
« J'vais essayer, mais j'vous garantis rien, » fit simplement Richie en prétendant s'intéresser au poster des molécules du vivant accroché au mur.
Mais elle parut satisfaite par la réponse de Richie, étant très observatrice. Elle se redressa donc, et à ce moment-là, trois autres élèves de détention entrèrent dans la pièce, dont l'ancien ami blond de Henry Bowers, à mâcher un chewing-gum avec nonchalance extrême.
Une fois installés, l'heure de la détention commença et Richie se maudit encore une fois ne pas avoir pris une montre car l'horloge était trop loin et illisible pour lui. Il avait déjà demandé une bonne dizaine fois l'heure en plein cours et il ne voulait pas vraiment embêter Mlle Delphine qui avait été si prévenante.
« Le thème : Le poème, » fit-elle en écrivant ses dires sur le tableau vert à l'aide d'une craie bien blanche.
Richie en bâillait déjà. Il détestait écrire.
« Je veux que vous écriviez un poème d'au moins quinze lignes, respectant les consignes vues en début d'année. Et ce poème devra traiter d'un éloge. »
Le cœur de Richie fut pris d'un petit sursaut.
« J'peux faire sur ma p'tite sœur ? » demanda une des filles de détention aux couettes bien hautes perchées sur son crâne.
« Oui bien sûr, ça pourrait être un joli cadeau, » lui répondit Mlle Delphine en lançant ensuite un regard lourd de sens vers Richie.
Et cette fois-ci, Richie comprit que cette détention était en partie tournée pour son bénéfice. Il ne savait pas ce que savait sa professeur quant à ce qu'il pouvait potentiellement ressentir envers Eddie, mais elle jouait là-dessus.
« Moi je kifferai parler d'mon chat. »
« Eh bien, fait le Chris. »
Richie Tozier allait écrire un putain de poème pour Eddie Kaspbrak.
J'adore écrire sur Richie… !
Bon, chapitre un peu tristounet, et aux sujets assez sensibles peut-être que je monterai le rating en M du coup.
Promis, Eddie arrive bientôt x) pour le moment je me concentre sur l'énorme vide en Richie qui impactera sa vie.
Corvino pour te répondre, le rythme de parution sera plus long, j'en suis désolée mais j'ai beaucoup de travail en cette rentrée ^^ Alors je pense que ça sera un chapitre tous les week-ends, mais si je peux, j'en posterais aussi en semaine bien sûr ;)
Allez, à très vite ciaou !
