_-''-_
Chapitre 5
Il est réveillé !
_-''-_

« Au petit matin, jusqu'au soleil couchant, je me suis pris à rechercher ton cardigan. »

Jamais mais alors là, jamais, Richie n'aurait dû faire lire son poème à Ben, Bill et Stan le mardi qui suivit. Il voulait leur avis et aussi leur montrer que finalement, ils avaient tort quand il disait que Richie ne pouvait pas aligner plus de deux mots cohérents à l'écrit. Néanmoins, lue tout haut, cette poésie faisant l'éloge d'Eddie avait l'air ridicule.

« Tu n'es pas obligé de le lire tout haut, tu sais, » râla Richie en lui arrachant la feuille des mains.

Mais Bill riposta aussitôt et récupéra le poème sous le rire de Ben et le juron de Richie. Fort heureusement à l'heure de la pause, il n'y avait pas grand monde dans les couloirs et seuls ses amis pouvaient avoir ouï de sa prose.

« Est-ce qu'il y a un sens dans ce que tu as écrit ou tu as juste craché des mots au hasard ? » rit Stan de façon sarcastique.

« Est-ce que ta vie elle-même a un SENS, Stanley… ? » grogna Richie en lui jetant un regard haineux.

« Toujours je t'observe, t-oujours je te pr-préserves, » lit à son tour Bill, léger sourire aux lèvres, tout de même assez attendri, n'ayant jamais rien lu venant de Richie lui-même.

« Tu comprends ce que tu écris ? » l'interrogea Stan sous le ton de la plaisanterie.

« Mec, chercher des rimes c'est pire que de déchiffrer l'écriture de Mike ! » s'exclama Richie avec exaspération.

« Le coup du cardigan par contre j'en reviens pas. »

« Il me restait trente seconde pour trouver un mot ! »

Puis Stan récupéra la feuille des mains de Bill tandis que Ben les écoutait avec amusement, se rappelant que lui aussi avait eu du mal dans ses débuts poétiques.

« Hé, ce paragraphe est mon préféré, » reprit Stan avec vigueur pour ensuite prendre un ton de voix plus grave pour instaurer un certain dramatisme. « Parfois tu m'exaspères à un point, néanmoins pour toi je serais prêt à grimper tout en haut d'un pin. »

Bill ne put s'empêcher d'éclater de rire, suivi très rapidement par Stan, et Richie ne prit même pas la peine de leur dire encore une fois qu'il s'était agi d'un problème de vers. Pas facile aussi quand notre seule lecture se réduisait à des BDs rigolotes, des comics de super-héros ou des dialogues de jeux vidéo.

Cependant, cette petite joie émanant de ses amis, Richie l'accepta et s'en revigora. Il aimait faire rire, c'était une sorte de mission qu'il se donnait tous les jours pensant qu'enjouer ses amis était une assurance pour les garder pour toujours.

« Donnez-moi ça, » fit ensuite Richie en leur arrachant la feuille des mains. « Toi qui es doué, Benny. Je fais quoi ? Je le fous au feu ou j'le donne à Eddie ? »

« Tu devrais lui donner, » lui assura aussitôt Ben en souriant. « Venant de toi, il en sera d'autant plus surpris. »

« Enlève juste le petit con écrit à la fin, » lui conseilla tout de même Stan.

« C'est affectif, » répliqua Richie en pliant la feuille.

« Ah, au temps pour moi ! »

Ainsi, il se donna pour objectif qu'un jour, quand il sera réveillé, il lui offrira ce poème durement écrit en détention au titre très recherché : « Eddie Riquiqui ».

O

Une semaine était passée, et les beaux jours arrivaient. Richie passait plus de temps dehors, et ses blessures commençaient un peu à guérir. Sa mère lui avait commandé des nouvelles lunettes qu'il espéra vite recevoir, commençant à avoir sérieusement mal à la tête à se concentrer deux fois plus pour voir plus nettement.

Ce mardi-là, il était dans la salle d'arcade, s'entrainait à la nouvelle machine qui portait de bien plus beaux designs. Bientôt, il serait imbattable à « Mortal Kombat » et Mike pleurerait à ses pieds. Soudain, des pneus de vélo crissèrent près de la porte d'entrée ouverte pour aérer la salle, et un Bill Denbrough en nage pénétra à l'intérieur pour presque se jeter sur Richie qui sursauta à sa venue.

« Ça va pas ?! J'ai failli choisir le mauvais perso' et c'est ma dernière pièce ! » S'exclama Richie en le repoussant tandis que son ami gardait une main contre son épaule pour se retenir et respirer plus convenablement.

« Ton p-père m'a dit que je… te trou-trouverais ici ! » s'exclama Bill entre deux halètements sourds.

Richie se raidit soudain, et quitta à nouveau l'écran des yeux pour lancer un regard interrogateur à l'égard de Bill. Que lui voulait son père ? Ça c'était étrange. Il espéra qu'il n'avait pas bu ou qu'il n'avait pas fait une connerie plus grosse que lui.

« Il a re-reçu un appel de ta voisine, » reprit Bill plus lentement après un reniflement. « Eddie s'est réveillé ! »

« QUOI ?! »

Son cœur avait fait un bond si puissant dans sa poitrine qu'il avait l'impression d'avoir chuté de dix étages en l'espace d'une seconde. Quelques têtes se tournèrent vers lui suite à son cri, mais il s'en foutait bien, totalement pendu aux lèvres de son ami.

« Il s'est réveillé y'a t-trois heures, » ajoura Bill avec un large sourire. « Je pass-ssais devant chez toi en vélo q-quand ton père m'a demandé d'aller te d-dire ça. Et apparemment, il n'a aucune perte d-de mémoire ! »

« Oh putain ! » s'écria Richie en sautillant sur place, le cœur battant.

Et pour la première fois depuis l'accident d'Eddie, Richie Tozier voulait hurler de joie.

O

Néanmoins, une fois dans l'hôpital après que Bill les y ait menés en vélo, Richie devint soudain nerveux.

« P'tain, j'ai pas le droit d'le voir. Si je tombe sur sa mère c'est fichu, » marmonna-t-il en passant le pas de la porte principale.

Durant toute la semaine, il avait dû redoubler d'ardeur pour aller voir Eddie, et avait même dû renoncer parfois. Mais d'ici peu, Eddie serait dehors et plus rien ne pourrait l'empêcher de le voir. Hormis peut-être la fenêtre de sa chambre.

Soudain, Bill agrippa le bras de Richie pour le tirer en arrière au moment où Mme Kaspbrak traversait le hall, porte-monnaie dans les mains. Richie plaqué contre le mur près de Bill, reconnut ce rituel, ayant bien souvent attendu qu'elle quitte les lieux pour aller voir son ami. Sonia se rendait très certainement dans le second bâtiment pour s'acheter un café, ce qui leur offrait un petit peu de temps.

Ainsi, les deux garçons purent sans mal regagner l'étage en question, et le cœur de Richie se mit à battre à la chamade. Il crut vivre un rêve éveillé. Il lui semblait que ça faisait une éternité qu'il n'avait pas vu les prunelles d'Eddie le fixer.

Mais une fois devant la porte 217, Richie remarqua que son ami ne l'avait pas suivi jusque-là, et il lui lança un regard intrigué. Bill fit du vent avec sa main et lui sourit.

« Je te laisse ouvrir le bal, Rich', » lui dit-il, sachant que son ami méritait bien des retrouvailles plus intimes avec Eddie.

Richie en fut intérieurement enchanté, et hocha la tête à son encontre pour ensuite tirer sa main tremblante jusqu'à la poignée et ensuite pousser la porte.

Faites que ça ne soit pas un rêve.

La première personne qu'il vit, ce fut une des infirmières assise près du lit, qui discutait avec…

Le sang de Richie ne fit qu'un tour et il resta figé devant la porte, le regard perdu dans la contemplation d'Eddie Kaspbrak en position assise sur le lit, hochant la tête aux directives de la jeune infirmière à la peau chocolat. Eddie bougeait. Eddie bougeait !

Et enfin, son meilleur ami quitta des yeux l'infirmière pour voir le nouveau venu et Richie sentit son cœur battre si fort qu'il retentissait contre sa tempe et sa respiration devint erratique. Croiser le regard d'Eddie lui fit l'effet d'une douche brûlante et il déglutit. Eddie quant à lui, vit son sourire s'effacer aussitôt en découvrant le visage encore blessé de Richie.

L'œil au beurre-noir avait beau avoir presque disparu, sa pommette droite restait gonflée et des croutes de sang parsemaient toujours sa peau. Seule sa main restait pourtant un peu douloureuse –ce qui était ironique- mais Stan en avait pris encore une fois soin, ayant remarqué sa blessure malgré la mitaine quand il l'avait vu tenir étrangement son crayon.

« Je vais vous laisser, je reviendrais au temps du souper, » lui fit la jeune infirmière en quittant le tabouret, hochant la tête en guise de bonjour à l'encontre de Richie.

Néanmoins, le Tozier était bien trop absorbé par la contemplation de son ami pour répondre à l'infirmière qui n'en tint pas compte et quitta la pièce.

« Richie… » commença Eddie au visage soudain attristé à la vue des blessures de son ami.

D'un coup sec, activé par le son de la voix d'Eddie qu'il avait tant désiré entendre à nouveau, Richie se dirigea vers le lit, s'assit sur le rebord et sans avertissement, attrapa le corps d'Eddie pour le serrer dans ses bras puissants.

« J'crois t'as assez dormi pour les cent ans à venir, » maronna Richie en plaquant son front contre l'épaule d'Eddie, fermant les yeux pour humer cette odeur caractéristique d'Eddie bien que mélangée avec des produits d'hôpitaux.

Eddie ne dit rien, mais répondit à cette étreinte sans attendre, et passa ses bras autour des hanches de son ami. C'était si bon de le retrouver.

Mais ce fut Eddie qui brisa en premier cette étreinte, visiblement préoccupé par l'état dans lequel se trouvait Richie. Encore heureux qu'il ne l'avait pas vu une semaine avant cela.

« Qu'est-ce qu'il… est arrivé à ton visage ? »

Les doigts d'Eddie virent effleureur la pommette rougie et violacée de Richie qui en oublia sa colère contre Mme Kaspbrak et d'une main, il obligea celle de son ami à rester plus longtemps contre sa peau. Doucement, Eddie se laissa faire et sa paume chaude vint se presser sous la blessure, près de la mâchoire de Richie.

Ses phalanges étaient glacées, et Richie ne pouvait accepter cela. Il voulait sentir Eddie vivre et étincelant près de lui. Ainsi, le plus âgé des deux enferma plus fermement ses doigts autour de la main d'Eddie demeurant toujours contre sa joue, et il ferma les yeux, la gorge serrée.

Il ne voulait pas pleurer devant lui, non, il se l'interdisait. C'était lui le bonhomme et le je-m'en-foutiste du groupe, de plus, Eddie n'avait pas besoin de cela.

Si Eddie fut surpris ou bien gêné par son geste, il ne le montra pas, et laissa sa main glacée profiter de la chaleur de la joue de son ami. C'était bonifiant et contre toute attente, envoyait des petits frissons dans tout son cœur, faisant battre son organe vital plus vite.

« Comment tu te sens ? » demanda finalement Richie en rouvrant les yeux tout en lâchant la main d'Eddie pour éviter de le rendre mal à l'aise.

Mais Eddie paraissait toujours égal à lui-même, bien que quelque peu pâle et aux cernes proéminents, et il détailla plus amplement son visage tuméfié.

« Qu'est-ce qui est arrivé à ton visage ? » répéta Eddie qui détestait voir son ami comme cela.

Car il savait que trop bien que son père pouvait avoir la main dure sur son fils.

« Selon Stan, j'ai simplement trop ouvert la bouche devant la bande à Tucker. »

« Seulement selon Stan… ? » le taquina Eddie avec pourtant un sourire un peu triste.

Richie haussa simplement les épaules, ne voulant surtout pas dire à Eddie que sa mère était la créatrice de cette œuvre. Eddie venait à peine de se réveiller il n'avait pas besoin de ça.

« J'ai hâte de revenir au collège pour avoir un œil sur toi, » avoua ensuite l'alité en détournant les yeux pour prétendre observer l'un des bouquets de fleurs. « Sans moi, ce que tu peux faire des choses stupides. »

« J'ai hâte moi aussi. »

Puis, le silence se fit entre les deux garçons. Eddie aux yeux rivés vers des objets aléatoires de la pièce et Richie –qui étant dans l'incapacité de voir très loin- restaient à fixer ses mains pendant qu'il s'arrachait la peau autour de ses ongles. Bill avait raison, tout ce qui se rapprochait à Eddie le changeait. Jamais le grand Richie Tozier n'était pris au dépourvu ou à court de mots.

Néanmoins, il devait s'avouer que ce silence était loin d'être un silence pesant, ou du moins pour lui. C'était reposant, et au vu des traits finalement relaxés d'Eddie, s'en était de même pour lui.

Soudain, il y eut des bruits de pas dans le couloir adjacent et à travers la vitre aux stores à demi-fermés, Richie pu voir quelques personnes passer tout en discutant. Eddie remarqua que son ami s'était redressé dans l'anxiété, visiblement aux aguets de quelque chose.

« Pourquoi tu es à l'affut comme ça ? » lâcha Eddie en suivant son regard, mais finalement le groupe de personnes s'était éloigné et n'était pas entré dans la pièce. « Qu'est-ce que tu as encore foutu ? »

« Je ne suis pas vraiment le bienvenu ici figure-toi, » lui avoua Richie en prenant un air soudain plus lassé, ou du moins, c'est ce qu'il prétendit.

Mais Eddie garda ses yeux dardés vers lui bien que Richie n'émît aucun contact visuel avec lui, occupé à fixer le store. Il savait que la mère de son ami n'allait pas tarder à revenir, la cafétéria avait beau être dans le second bâtiment et sa circonférence assez élevée, elle n'allait pas mettre une heure pour revenir.

« Mais je te raconterais tout très prochainement Eds ! » s'exclama soudain Richie en se retournant vivement vers lui, faisant presque sursauter son ami. « Bon sang, qu'est-ce que j'aimerais avoir mes lunettes pour voir mieux ta p'tite frimousse ! »

Mais contre toute attente, Eddie ne grimaça pas à son surnom pourtant intensément disputé avec lui. Le plus jeune des Losers sembla détailler le visage de l'autre garçon, n'ayant jamais remarqué que sans ses lunettes, son visage laissait entrevoir bien plus de taches de rousseurs s'étalant jusqu'aux contours de ses yeux intensément noirs.

« Je me demande bien comment tu as fait pour arriver jusqu'ici sans avoir eu un accident, » ricana finalement Eddie qui connaissait son ami comme ayant de très gros problèmes de vue sans lunettes.

« Quand on veut, on peut, t'sais. »

Eddie esquissa un léger sourire et détourna à nouveau les yeux. Et Richie crut se retrouver quelques semaines en arrière avant l'accident. Avant ça, lui et Eddie avaient vu leur relation se modifier étrangement, mais comme s'écoulant au cours de l'eau d'une rivière. Rien n'était forcé ni gêné.

Il y avait simplement eu ses petits moments de silence lourd de sens entre eux, comme si personne n'osait ouvrir la bouche ou laisser échapper quelque chose qu'il avait sur le cœur. Ou bien des instants de réelles pauses où le temps semblait s'être arrêté lorsque leurs regards se croisaient.

Oui, Beverly avait eu raison quand elle avait annoncé à Richie que quelque chose changeait entre eux. Leur relation amicale évoluait dans un sens… que Richie espérait être réciproque.

« Tu peux t'approcher si tu veux voir mon visage, » dit soudain Eddie en osant un regard hésitant vers Richie. « Bien que je ne dois pas être sous mon plus beau jour. »

Le cœur de Richie rata un battement mais en rien il ne montra qu'il avait été déstabilisé par la proposition pourtant platonique de son ami. Il rit donc à ses paroles et haussa les épaules. De plus, ça ne le déplaisait pas de voir plus en détail le visage d'Eddie qui était encore trop parsemé de flou jusque-là.

Ainsi, sans geste brusque comme pour ne pas réveiller le monstre qui dormait, Richie s'avança sur le bord du lit, restant tout de même à l'affut si jamais quelqu'un venait à entrer dans la chambre. Il avait déjà été pris la main dans le sac quand il s'était endormi près de lui et heureusement que ça n'avait été que Beverly et Ben ce jour-là.

Eddie resta figé, les joues quelque peu rosies à observer Richie s'approcher de lui et placer une main contre son genou pour prendre légèrement appui et approcher son visage vers le sien. Mais Richie garda quelques bons centimètres de sécurité, sachant que la distance était suffisante pour apercevoir bien mieux les traits du visage de son ami.

Eh oui, c'était bien lui. La fatigue le terrassait peut-être, mais il reconnaissait bien là la frimousse adorable et presque habituellement boudeuse de son très grand ami. Et ses yeux bien qu'hésitants, étaient gorgés d'intensité. Eddie ignorait totalement la main de Richie contre son genou –Richie l'avait-il même remarqué ?- ou du moins, tenta de l'ignorer et se racla la gorge.

« Une infirmière m'a dit qu'un certain excité vulgaire portant des lunettes était venu me voir tous les jours… Est-ce que c'est vrai ? » lui dit-il, lui aussi en train de détailler le visage de Richie qu'il n'avait surement jamais vu d'aussi près.

Richie sentait le souffle chaud du plus jeune contre son visage, contre ses lèvres. Un frisson vint parcourir toute sa colonne vertébrale et son cœur se serra. Oui il était bien réveillé. Son meilleur ami était de nouveau sur pied et rien n'avait changé entre eux.

Richie Tozier allait pouvoir continuer son flirt furtif…

« C'est grâce à moi que tu ne t'es pas fait chier pendant ton coma, crois-moi, » ricana Richie en souriant plus amplement.

Et cette affirmation sembla toucher Eddie qui hocha fébrilement la tête pour baisser les yeux vers ses mains qu'il avait serrés inconsciemment autour du drap tiré sur ses hanches. Puis soudain, le baiser chaud que lui planta Richie contre son front le réveilla.

Durant leur jeunesse, Richie avait souvent eu la fâcheuse manie d'embrasser parfois Eddie sur les joues ou le front, et c'était le seul Loser à recevoir ce genre de présent. Ça avait été au début par pure moquerie, puis plus amical, mais à ce jour, Eddie sentait que ce genre de baiser avait une tout autre symbolique.

Cependant, ni Eddie, ni même Richie n'était prêt à mettre le sujet sur le tapis.

Puis, Richie se redressa, sourire toujours gravé sur ses lèvres, considérant qu'il était temps de partir avant que Mme Kaspbrak ne revienne avec son café et ses brownies, et il sauta hors du lit.

« J'dois filer, si ta mère me vois encore ici elle va péter un câble, » rit jaune Richie, espérant qu'Eddie ne se doute de rien.

« Je pourrais sortir d'ici une semaine, » lui assura Eddie avec un petit sourire. « Attends-moi avant de faire une connerie. »

« Je passe te revoir ce soir, t'inquiète. Y'a un niveau de Wizard et Warrior que j'arrive pas à passer, » lui fit Richie après un bref signe de la main tout en se dirigeant vers la porte. « Embrasse ta mère sur la fesse gauche de ma part ! »

Et pourtant, qu'est-ce qu'il avait envie de passer la journée entière avec lui. Cependant, loin de lui l'envie de croiser la mère de son ami.

O

Durant la journée Eddie Kaspbrak eut la visite de tous ses amis, de ses cousines, de deux de ces profs et aussi de sa mère d'innombrables fois. Pendant les temps morts, il lisait les BDs de Mike ou regardait la télévision, mais il attendait la venue de Richie avant tout.

Un peu avant le repas du soir, sa mère vint arroser les fleurs de sa chambre et Eddie remarqua qu'un tournesol reposait dans un haut verre d'eau et cette belle fleur lui rappela le champ tout près de la clairière où ses amis avaient l'habitude d'aller se baigner en été.

« Et cette fleur ? Qui l'a ramené ? » l'interrogea l'asthmatique en désignant l'entité jaune du bout du doigt.

Sonia se raidit et observa un instant le tournesol. Bien sûr qu'elle connaissait le donateur.

« Une de tes tantes, » lui mentit-elle en vidant la bouteille d'eau dans le dernier bouquet aux lilas.

Eddie resta dubitatif mais n'insista pas, et inspecta à nouveau sa chambre, touché par les cadeaux de ses amis. Mais aussi profondément ému par toutes les visites de Richie.

« Eddie, il faut que je te parle un instant de Richard. »

À son prénom, Eddie coupa son souffle et se retourna vers sa mère, ne l'ayant jamais entendu dire du bien de Richie. Il resta donc silencieux à attendre qu'elle s'asseye sur le tabouret près du lit.

« Il commence à devenir violent et incontrôlable. Selon la petite Stéphanie, il aurait presque eu dix heures de détention en trois semaines, » lui expliqua posément sa mère, fixant son fils droit dans les yeux comme pour ne pas perdre une miette de ses réactions futures.

Mais Eddie n'était pas surpris. Il l'avait tant souvent arrêté avant de faire des conneries. Mais en ce qui concernait la violence, Eddie savait pertinemment que Richie n'était pas fautif et que sa mère aggravait toujours la situation.

« Il change, Eddie, » insista-t-elle en fronçant les sourcils.

« Il reste mon meilleur ami, » répliqua Eddie qui savait pourtant que les débats incluant Richard Tozier étaient perdus d'avance.

« Il aime les garçons. »

Cette phrase sortie de but-en-blanc glaça le sang d'Eddie, mais plutôt vis-à-vis du ton qu'avait employé sa mère.

Comment pouvait-elle être au courant de ça ? Étaient-ce des stupides rumeurs que Sonia avait encore prises au sérieux ? Il s'empêcha à nouveau de respirer, regardant sa mère comme si elle était un extraterrestre. Pourquoi lui disait-elle cela ?

« Ce n'est pas si étonnant que ça, tu sais, » ajouta-t-elle d'une voix plus acerbe.

Déglutissant, Eddie se mit à se poser tout un tas de questions. Et si pendant son absence Richie avait obtenu un petit copain et s'était mis à sortir avec lui au grand jour, ce qui expliquerait pourquoi sa mère en parlait ainsi ? Et Eddie n'aima pas le petit pic de jalousie acide qui vint brûler son ventre.

Il osa un regard terne vers sa mère, pourtant toujours effrayé qu'un jour elle puisse lire dans ses yeux et apprendre toute la vérité.

« Tu es encore trop jeune pour réellement voir les mauvaises influences que peuvent t'apporter Richard, mais aussi cette Marsh et-… »

« J'aurais seize ans en septembre, » coupa Eddie en serrant les poings contre le drap. « Je suis assez grand pour choisir avec qui je souhaite traîner, m'man. »

« Richard et ses penchants sont à éviter, Eddie. »

« Mais qu'est-ce que tu as avec Richie ?! Ce ne sont pas tes affaires ! »

Eddie s'était redressé d'un coup brusque, tirant par la même occasion sur le cathéter de son bras, et il grimaça en plaquant une main contre sa peau irritée par le pansement. Sa mère se leva avec inquiétude et inspecta le bras d'Eddie qu'il tira rapidement vers lui, étant en colère contre sa mère.

« Je suis fatigué, m'man. L'infirmière a dit que je devais dormir au moins onze heures par nuit pour récupérer un vrai sommeil, » fit Eddie sans la regarder, sourcils froncés.

Sonia lui lança un regard éreinté et agacé, mais finit par hocher la tête pour ensuite déposer un baiser contre le crâne de son fils.


Eddie est réveillé, enfin ! Je pensais pas mettre autant de temps pour le sortir de là ^^

Je vous souhaite un très bon Week-end en espérant que vous ayez aimé ce chapitre et le super poème de Rich' XD

Ciaou !