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Chapitre 6
Ne te fais plus souffrir pour moi
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« Tu vas lui dire ? »

Stan et Richie s'étaient arrêtés au carrefour, le soleil couchant dans le lointain éclairant les alentours d'une douce lumière orangée. Le Juif allait prendre le chemin de retour jusqu'à chez lui alors que l'autre garçon allait se rendre à l'hôpital comme il l'avait promis à Eddie afin d'avoir un temps de répit, Mme Kaspbrak ne ratant pas ses heures bénéfiques de sommeil.

« Dire quoi ? » fit Richie, pied à terre, sac à dos hissé sur ses épaules.

« Tu sais bien, » insista Stan en haussant un instant ses sourcils.

Restant quelques secondes silencieux à observer son ami aux bras croisés, assis sur la selle de son vélo, Richie réfléchit à sa potentielle réponse. Il savait ce que voulait dire Stan, il avait deviné les sentiments qu'il portait envers Eddie, n'est ce pas ? Mais jamais il n'avait dit tout haut à ses amis et avec honnêteté la pureté de ses sentiments.

Des sentiments amoureux, ça, il n'en doutait plus à présent.

Mais à Stan, il avait l'impression qu'il lui avait déjà tout dit, et qu'il savait tout.

« Ta religion t'autorise à traîner avec des gens de mon type ? » ne put s'empêcher de lui dire Richie, plissant les yeux à son encontre tout en tentant de rester le plus tranquille possible.

Mais en réalité, il était nerveux. C'était bien la première fois qu'il se rangeait avec franchise dans une case.

« De ton type… Tu plaisantes ? » ricana Stan, plus amusé qu'autre chose.

Mais Richie restait extrêmement sérieux, penché en avant sur son guidon, ses yeux rivés vers ceux de son ami. Ainsi le Juif détailla un peu sa réponse d'un air flegmatique.

« Mes parents seront surement plus préoccupés par le fait que tu nous embarques toujours faire les quatre cent coups et que tu te jettes vite dans des bagarres plutôt que-… »

Il se coupa cependant et Richie retint sa respiration. Étaient-ils sur la même longueur d'onde ?

« Plutôt que par le fait que tu sois attiré par les garçons, » finit-il, son regard pourtant parfaitement établie dans celui de son ami.

Richie fut déstabilisé par la facilité avec laquelle Stan semblait en parler alors que l'année 1991 avait beau devenir tolérante, de nombreuses injustices régnaient, surtout dans une petite ville comme Derry.

Et le visage stupéfait de Richie quant aux informations que possédaient le juif à son égard le poussa donc à continuer dans ses explications, tel un parent parlant à son petit enfant.

« Tu as beau tenter de reluquer les filles et lâcher des commentaires outrant à leur propos, rien n'est plus véritable que lorsque tu tentes de cacher le fait que tu reluques un garçon. »

« Et tu ne penses pas qu'il serait grand temps de me dire que c'était si flagrant que ça ? » largua aussitôt Richie en se redressant sur son vélo.

Il se fichait bien du regard des autres, mais si ça devenait trop évident, Eddie finirait par le découvrir avant qu'il ne puisse le lui avouer de vive voix. Et puis, Henry Bowers pourrait rapidement devenir une vraie épine dans le pied pour lui.

« On est juste très observateur. »

« On ? » répéta le Trashmouth en plissant les yeux avec méfiance.

« Bev' et moi. »

« Bev' sait aussi ? »

« Tout le monde le sait, Rich'. »

« Pardon ? »

« Sauf Eddie évidemment. Ça aurait été trop facile sinon. »

Richie se retint de plaquer une main contre son visage et il poussa un long soupir. Mais étrangement, il se sentit en un sens délivré. Jusque-là, ça ne le dérangeait pas vraiment de vivre dans le secret, -ayant peur de perdre Eddie si jamais il venait à avouer jusqu'à son orientation sexuelle- mais à ce jour, savoir son secret partagé était apaisant.

« Eh non, je ne lui dirais rien tout de suite, » lui répondit enfin Richie tout en observant un point invisible devant lui, tout en passant une main nerveusement dans ses cheveux en bataille. « J'ai déjà failli le perdre une fois à cause de ce foutu accident, je ne veux pas qu'il me passe entre les doigts une seconde fois. »

« Tu crois il te fuira si tu lui avoues que tu as des vues sur lui depuis un petit moment déjà ? »

Ce petit moment se résumait à l'époque où Pennywise était apparu dans leur vie, si Richie se souvenait bien. La peur et la crainte de perdre ses amis avaient intensifié des sentiments étrangers envers son meilleur ami qu'il pensait à l'époque être temporaire.

« Tu ferais quoi toi si j'te balançais ce genre de truc à la figure alors que tu viens à peine de te réveiller de trois bonnes semaines de coma ? » lâcha Richie avec un petit sourire en coin.

« Je pense que je te frapperais parce que tu l'auras avoué d'une façon stupide ou crue. Mais jamais mon amitié ne cessera envers toi. »

Cette petite phrase raviva le cœur de Richie qui hocha lentement la tête, méditant là-dessus. Mais pourtant, il savait que tout ne sera jamais plus comme avant. S'ouvrir à Eddie était un point de non-retour, et deux chemins diamétralement opposés allaient se procréer face à lui en fonction de la réponse de son ami. Et jamais ça ne sera comme avant.

« Tu penses qu'Eds peut potentiellement ressentir un truc plus qu'amical pour la pauvre âme que je suis ? » glissa tout de même Richie après quelques secondes de silence, le cœur battant.

Stan semblait savoir tant de chose après tout.

« Eddie est le plus difficile à lire tu sais, » lui avoua Stan en lui offrant un sourire désolé.

Ça c'était étonnant. Lui qui avait pourtant l'air si simplet et quasiment incapable de garder un secret plus de dix minutes.

« Et qui est le plus facile du groupe ? » tenta donc le Tozier, curieux.

« Toi. »

« Putain de parfait. »

« Et Bill aussi. »

« Le duo des bolosses. »

Le soleil commençait à ne pas être assez puissant pour éclairer le carrefour et Richie concéda qu'il était temps d'aller à l'hôpital avant qu'il ne fasse totalement nuit. Il se hissa donc sur sa selle et fit un geste de la main à son ami en guise de au revoir. Ils se verraient le lendemain au collège de toute manière.

« Fais attention en vélo, tu ne saurais pas différencier une vieille dame d'un lampadaire, » rit Stan en répondant à son signe de main, prenant le chemin de droite.

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Eddie Kaspbrak était seul depuis une bonne vingtaine de minutes – sa mère étant rentrée à la maison et il se sentait délivré d'un lourd poids-. Il avait tenté de marcher un peu avec un infirmier et il se débrouillait plutôt bien pour quelqu'un d'inactif pendant plus de trois semaines et à présent, il se trouvait sur le rebord du lit, jambes nues pendantes dans le vide, portant une nouvelle blouse des patients de l'hôpital toute propre suite à la douche vivifiante qu'il venait de prendre.

Il allait commencer à lire une des BDs quand on toqua à sa porte de chambre. Soudain sur le qui-vive, espérant que ça ne soit pas encore sa mère qui vienne le sermonner pour ne toujours pas dormir, il lâcha un « oui » rapide et la porte s'ouvrit.

Un large sourire éclaira le visage d'Eddie quand il vit qu'il s'agissait de son meilleur ami, mais rapidement, ce sourire se fana quand il remarqua que le menton de Richie était salement écorché et que sa main droite saignait encore un peu.

« Rich' ! Qu'est-ce que tu t'es fait ?! » s'exclama Eddie qui se leva d'un bond suite à cette hausse de tension. « Tu t'es pas encore battu dis-moi, ou sinon je-… »

« Je suis tombé de vélo, » le coupa Richie avec un faible rire, tout en s'approchant de lui, ne pouvant s'empêcher de simplement observer le corps de son ami se mouvoir.

Il était en vie bon sang. Et il tenait debout ! Certes dans cette tenue ridicule d'hôpital, mais il était vivant !

Alors que Richie plaçait ses mains sur les épaules de l'asthmatique pour le faire reculer et le rasseoir sur le bord du lit, Eddie lui lança un regard plus que suspicieux. Ainsi, une fois Eddie assis, Richie leva les mains en signe de reddition.

« Je suis malheureusement très sérieux, » lui assura-t-il.

N'ayant pas vu le trottoir, son pneu avait glissé le long de ce dernier et son menton ainsi que sa main gauche avait bien pris.

« Mais pourquoi tu fais du vélo sans lunettes ?! » s'exclama Eddie, ses yeux agacés levés vers Richie tout en faisant de grands gestes.

« Je t'ai dis, j'attends ma nouvelle paire. »

« Fait de la marche à pied dans de cas-là ! »

Richie tira le tabouret à roulettes jusqu'au lit pour être à la hauteur du plus jeune et haussa les épaules, sourire tendre sur les lèvres. Mais Eddie resta sur sa position, totalement effaré par la maladresse et les malheurs de Richie Tozier.

« Si tu continues comme ça, toute ta peau va devenir de la chair à vif ! »

« Tu as vu trop de films, Eds. »

Eddie lui lança un faible « idiot » et « arrête avec ce surnom » puis Richie jeta un coup d'œil vers le radioréveil positionné la table de nuit, sachant qu'il n'était pas raisonnable de retenir trop longtemps Eddie. Stan lui avait répété maintes fois, ayant déjà eu un oncle dans le coma pendant trois mois. Le sommeil réparateur d'une nuit normale était important.

« J'espère que tu n'as pas fait de truc bizarre pendant que je dormais, » glissa soudain Eddie après un petit moment de silence, maintenant calmé.

« Oh rien de très spécial. Une petite fiesta ici, tu servais de table. Et puis je me suis servi de ton corps pour approfondir mes cours d'anatomie. »

« Deg', » lâcha Eddie en donnant un coup de pied contre le tabouret, faisant rouler Richie à l'autre bout de la pièce, ce dernier riant gaiement.

Mais finalement, Eddie suivit le rire joyeux de son ami, ayant comme l'impression que l'humour particulier de Richie lui avait manqué alors que techniquement, il n'avait fait que dormir sans sentir le temps qui passait.

Puis, Richie s'amusa à rouler dans la pièce au sommet du tabouret, Eddie le suivant de ses yeux presque envieux. Il avait envie d'en savoir plus. De comprendre les paroles de sa mère. Savoir comment elle était venue à la conclusion que Richie préférait les garçons.

Mais jamais il n'oserait lui poser la question tout haut, ou du moins pas tout de suite. Ainsi, il préféra jouer la carte de la sureté.

« Sinon, quoi de neuf dans ta petite vie mouvementée, Rich' ? » lui demanda-t-il alors que son ami revenait vers lui en tournoyant.

Mais Richie ne savait pas trop quoi lui dire. Qu'il avait passé les trois semaines les plus horribles de sa vie, qu'il n'avait jamais autant utilisé de désinfectants, pansements et bandages ou bien qu'il ne pouvait même plus compter sur ses doigts le nombre d'heures de détention qu'il avait eues ? Mais non, il ne voulait pas lui dire tout cela, ni même lui avouer qu'il s'était senti comme une vieille loque durant cette période de temps.

« J'ai pris un centimètre ce mois-ci, » lui répondit Richie d'une voix tranquille. « J'ai aussi recueilli un chat blessé pendant quatre jours. Sinon mis à part mes parents qui me foutent la pression pour les notes, rien à déclarer. »

Mais Eddie savait pourtant pertinemment qu'il y avait bien plus que cela. Néanmoins, il comprit que Richie ne souhaitait pas en parler, ou du moins, pas maintenant. Alors il respecta sa volonté et hocha lentement la tête. Puis soudain, le visage du Tozier s'illumina et il pressa ses deux paumes de main contre le rebord du tabouret pour se pencher vers son ami.

« Première chose que tu fais en sortant d'ici, avant une bonne petite branlette, j'te montre la nouvelle machine de la salle d'arcade ! »

« Oh. Quel jeu ? »

« Un tout beau tout parfait Mortal Kombat. »

C'était bien tentant, et puis, Richie avait hâte de retourner à la salle d'arcade avec Eddie. Le plus jeune hocha la tête positivement, son regard intense plongé dans celui de Richie.

Et à ce moment-là, Richie aurait voulu absolument tout lui dire. Lui avouer pour son cousin stupide, le coup de sa mère, son inefficacité en cours, l'indifférence de ses parents, et tous les sentiments si forts qu'il lui portait. Il aurait voulu lui hurler tout ça, vider son sac. Mais il se retint, Eddie venait tout juste de se réveiller après tout.

« Bon on a un niveau à finir ! » reprit soudain Richie en se penchant pour récupérer la Game Boy dans son sac.

« Ça marche, mais avant ça, j'ai à te réparer un peu, » déclara le plus jeune en montrant d'un geste de la tête le menton rougi de Richie.

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L'écran de la machine d'arcade se reflétait dans les lunettes toutes neuves de Richie qui semblaient être identiques aux dernières. Elles étaient simplement plus propres et plus ajustées sur son nez. Eddie sur pieds après plus d'une semaine de réhabilitation, se tenait derrière lui à observer lui aussi l'écran avec exaspération évidente. Richie était toujours trop fort, et il avait grimpé les échelons du tournoi mode « cauchemar » bien trop facilement alors que lui avait été viré il y a trois combats.

Nuls doutes que Richie avait déjà passé un bon bout de temps sur cette machine et puis, il avait passé une bonne demi-heure à entrainer son ami sur toutes les nouvelles techniques et combo qu'il avait appris tout seul après des heures de gameplay.

« Il te reste une pièce pour que je me lance une partie de Commando ? » lui demanda Eddie qui devait avouer que ce jeu lui manquait.

Il n'aimait pas réellement ce lieu un peu trop bruyant, là où tout un tas de mains se posaient sur les machines, mais Eddie avait fini par apprécier l'atmosphère, étant toujours accompagné de ses amis quand il pénétrait en ses lieux. Et puis, il prenait toujours soin d'essuyer les manettes avec un mouchoir et après chaque partie, utilisait son gel désinfectant pour nettoyer ses mains.

« Ouais, j'crois bien, regarde dans mon portefeuille, » lui fit Richie, totalement absorbé par le dernier match du tournoi.

Ainsi, Eddie récupéra le portefeuille en question qui dépassait de la poche arrière du short en jean de son ami et vu la lourdeur du contenant, il devait lui rester quelques pièces.

« Tes mains sont toujours aussi baladeuses, Eds, » ne put s'empêcher de glisser Richie en plaçant ensuite sa langue entre ses dents pour se concentrer plus amplement, ses gestes devenant plus vifs.

« Et toi toujours aussi en manque, imbécile. »

Mais lorsqu'il ouvrit le portefeuille de son meilleur ami, il eut un temps d'attente, et son cœur s'accéléra. Il ne s'attendait pas à voir une photo s'échapper presque du portefeuille usé et jeta un rapide coup d'œil vers Richie pour voir si ce dernier avait vu sa surprise. Mais non, il resta concentré entièrement sur l'écran de la machine.

De ce fait, Eddie reporta son regard vers la photo qu'il replaça entre les deux pans du portefeuille, et un petit sourire qu'il tenta pourtant de masquer vint éclairer son visage beaucoup moins pâle que la semaine dernière –il reprenait des couleurs après tout avec le soleil de début juin qui commençait à taper-.

Le cliché qui avait surement été pris par Ben les avait capturés tous les deux, lui et Richie, et Eddie devait avouer que la photo était vraiment belle. Elle était le parfait résumé de leur relation.

Néanmoins, ne voulant pas que Richie l'attrape la main dans le sac, il reprit sa mission, et fouilla le portefeuille à la recherche de pièces pouvant potentiellement lancer une partie de son jeu. Mais cette fois-ci, ce fut autre chose qui s'échappa du faux cuir pour tomber aux pieds d'Eddie. Et ses sourcils se froncèrent aussitôt.

C'était une cigarette quelque peu déformée par le voyage et le rangement infructueux, et Eddie sentit un pincement au cœur avant même que la colère ne vienne brûler ses entrailles. Il se souvint de quelques paroles que lui avait dites Stan à propos de l'attitude de son ami durant son coma de trois semaines.

Il se pencha pour récupérer la cigarette entre ses doigts tremblants, et quand il se redressa, Richie se retournait vers lui tout sourire, le pouce droit levé.

« Et ça y'est, le tournoi est remporté par King Richie ! » s'exclama le jeune garçon.

Mais il ne put pas longtemps savourer sa victoire car il remarqua l'expression terne d'Eddie et aussi, ce qui se trouvait dans sa main. Seuls le brouhaha ambiant et les sons sourds de la victoire de Richie sur Mortal Kombat se faisaient entendre, Richie soudain un peu morveux. Et ce fut Eddie qui brisa le silence pesant entre eux, sourcils froncés.

« Tu as fumé ? » lui demanda-t-il d'une voix presque menaçante.

« Un peu, » avoua Richie, immobile, sachant que son ami faisait référence aux trois semaines terribles qu'il avait passées.

« Mais qu'est-ce qu'il t'est passé par la tête ? Tu veux bousiller tes poumons en devenant dépendant et flinguer tout ton fric en achetant chaque semaine un paquet de clopes ?! » s'exclama soudain Eddie en brandissant la cigarette devant lui.

Il savait qu'Eddie allait réagir comme cela. Il n'avait fumé une seule fois avant l'accident de son ami, et Eddie avait senti l'odeur de nicotine sur lui le soir même, alors que Richie avait dissimulé les effluves avec un parfum bon marché.

Eddie n'avait pas vraiment été content ce jour-là, assurant au groupe que ce truc allait tous les tuer s'ils commençaient.

« En réalité, j'en ai fumé pas plus de cinq en ton absence, j'te le jure, » lui assura Richie en levant ses mains en signe de reddition.

Peut-être n'était-ce pas une bonne idée de lui avoir dit cela avec autant de franchise –mais sa bouche parlait plus vite que son esprit- car Eddie le regarda sous le choc, comme s'il lui avait annoncé qu'il avait été diagnostiqué cancéreux.

« Je n'ai pas repris depuis ton réveil, » se permit d'ajouter Richie plus lentement.

Eddie plissa à nouveau les yeux et jeta ensuite la cigarette à ses pieds pour écraser le mégot encore inutilisé sous son talon, et reporta un regard très sérieux vers son ami. Richie pensait qu'il allait de nouveau le sermonner sur les effets néfastes de la nicotine et sur le comportement idiot qu'il avait eu, mais Eddie dériva vers tout autre chose.

« Stan m'a dit que tu t'étais fait du mal. Plusieurs fois. »

Cette phrase électrisa le corps tout entier de Richie qui entrouvrit la bouche, pourtant incapable de dire quoi que ce soit. Stan lui avait dit ça ? À Eddie ? Il voulait sa mort, c'est ça ? De plus, le visage d'Eddie s'était totalement modifié, laissant place à une certaine tristesse et amertume bien qu'il gardât un regard profondément audacieux plongé dans le sien.

« Je te demande de ne pas te faire souffrir pour moi, OK ? Ni pour personne d'autre, » ajouta Eddie à voix un peu plus basse, laissant les sons des machines d'arcade, la musique en arrière-plan et les discussions lointaines porter par-dessus sa voix.

Mais Richie entendit clairement ses paroles, et sa main droite qui avait assez souffert sembla le brûler. Pourtant il ne gardait plus que d'étranges taches rouges sur les doigts dues à la peau qui cicatrisait difficilement, et la douleur était partie depuis un moment. Mais il ne baissa pas les yeux pour observer cette main martyre, ne voulant pas attirer le regard de son ami sur elle.

« Je te laisserai fumer ce que tu veux, » reprit Eddie soudain plus fort en faisant un second pas devant lui, cette fois-ci tout proche de Richie. « Boire ce que tu veux. Mais tu peux me faire cette promesse, hein ? »

Richie déglutit, totalement perdu dans les pupilles intenses de son ami. Pupilles qu'il avait été tant désireux de revoir. Et l'attitude protectrice d'Eddie –qu'il avait pourtant toujours eu envers les Losers- toucha énormément le cœur du Trashmouth.

« OK, » lui fit Richie après une inspiration nerveuse.

« OK quoi ? »

« T'es lourd. »

Mais Richie lui sourit légèrement et Eddie haussa un sourcil à son égard, déterminé à entendre son ami.

« OK je ne me ferais plus mal volontairement, » céda Richie en hochant lentement la tête.

Et puis, il n'aura surement plus l'occasion d'agir de la sorte, parce qu'Eddie était de nouveau sur pieds et que son humeur était radieuse depuis une semaine. Ses professeurs en avaient été sidérés et avaient très rapidement mis en lien ceci avec le réveil du jeune Kaspbrak.

« Hé, les mecs, on peut vous déranger ? »

Ne s'étant pas rendus compte qu'ils se tenaient tous les deux l'un devant l'autre plongés dans un silence pourtant loin d'être gêné, les deux amis tournèrent vivement la tête vers Beverly et Mike tout fraichement arrivés ici.

Au vu de la sueur sur leurs fronts et joues, il devait faire chaud dehors et Bev' tira ses lunettes de soleil contre son crâne pour ensuite lancer un sourire en coin tout droit destiné à Richie qui mima l'indifférence.

« Déjà debout et la première chose, c'est d'aller geeker à la salle d'arcade, » rit Mike à l'encontre d'Eddie qui avait refermé le portefeuille de Richie pour le dissimuler derrière son dos. « Richie déteint vraiment sur toi. »

« Il faut lui apprendre le monde à cet enfant, » ricana Richie en tapotant vivement l'épaule du plus jeune du groupe qui rouspéta.

« Si je ne l'accompagnais pas aujourd'hui, j'ai cru il allait me piquer une crise digne d'un enfant de quatre ans devant la porte de ma maison, » glissa Eddie avec un regard en biais à l'adresse de Richie.

Et évidemment, Mme Kaspbrak n'était pas au courant de la présence de son fils aux côtés de Richie dans un endroit rempli de microbes. Cette dernière avait comme tous les premiers samedis du mois, une après-midi complète dans un centre de soins de peau. Et cela depuis le tout jeune âge de son fils.

Qu'est-ce qu'il avait toujours apprécié les premiers samedis du mois.

« On venait vous faire part de notre idée concernant l'anniversaire de Bill vendredi prochain, » annonça ensuite Beverly avec un semblant d'excitation. « Le même soir il y a une petite soirée au terrain vague derrière le vieux bâtiment de sport, et on pourrait y traîner Bill ! »

« Petite soirée ? » répéta Richie en haussant un sourcil, septique. « Si c'est celle à laquelle je pense, elle sera loin d'être petite. »

Il s'agissait en réalité d'une fête des jeunes que Derry organisaient sans le consentement de la ville afin de profiter un dernier coup de la liberté avant les concours et examens finaux. L'année dernière, Richie y était passé en coup de vent pour voir de quoi il s'agissait pendant que ses amis révisaient plus ou moins comme des acharnés pour valider leur année, et il avait pu fumer un joint pour la première fois –il ne l'avait jamais avoué à Eddie- et avait chipé trois bières au passage.

« C'est celle où des cinglés font un grand feu ? » se hasarda Eddie qui avait lui aussi ouï dire que c'était le genre de fête mémorable et aussi assez dangereuse selon son point de vue.

« Ouais, c'est elle, » acquiesça Richie en lui lança un regard plein d'espoir.

Est-ce que Eddie accepterait de venir ?

« Tu comptais y aller ? » coupa ensuite Bev' à l'adresse du garçon aux lunettes.

Beverly savait que Richie aimait ce genre d'ambiance où il en profiterait pour boire, manger, le tout, gratuitement. Beverly elle, aimait bien ce genre de soirée plus pour la danse et les rencontres bien qu'elle préférait y aller avec ses amis.

« À vrai dire j'avais un peu oublié l'existence de cette soirée après tout ça, » lui répondit-il en haussant les épaules, ayant remarqué l'hésitation chez Eddie. « Mais je pense que Bill kifferait. »

Il venait à peine de sortir de l'hôpital, et même si Richie mourrait d'envie de le pousser à venir avec eux, il refusait de le forcer de la sorte.

« Et toi Eddie ? » reprit Mike en reportant son regard vers le plus petit du groupe. « On sait que c'est pas trop ton truc, mais ça serait sympa. »

Cette fois-ci, Richie croisa le regard hésitant de son ami, comme s'il cherchait son approbation ou son avis sur la question.

« Avec toi, ça risque de plomber l'ambiance, » plaisanta donc Richie, pourtant voulant de tout cœur qu'Eddie accepte.

En plus, Eddie n'aimait pas sentir la nicotine, ni boire de l'alcool et encore moins se trouver au milieu d'une foule comme celle potentiellement présente dans les champs du terrain vague.

Mais pourtant, Eddie ne tint pas compte des paroles de Richie et n'en fut pas vexé. Il avait appris depuis le temps comment marchait l'ironie de son ami, et il haussa les épaules.

« Qu'aucun mec torché ne vienne me vomir dessus alors, » accepta donc Eddie avec un petit sourire en coin à l'égard de Richie pour reporter son regard vers Beverly et Mike visiblement satisfaits par sa réponse.

Richie resta quelques secondes comme deux ronds de flan, ne s'attendant pas à ce qu'il accepte si facilement. En temps normal, il lui aurait supplié à genoux, jouer de quelques petites blagues et ensuite bouder pour partir en courant après lui avoir dérobé son sac ou sa pochette.

« Je te protégerais, t'en fais pas, » finit par dire Richie au large sourire.

Beverly fit une œillade complice à Mike près d'elle, mais les deux concernés ne virent rien de tout cela, et Eddie prit un air faussement outré.

« Tu plaisantes ? » dit-il face à son ami. « C'est moi qui vais devoir garder un œil sur toi. On le sait tous les deux. »

« T'as raison, sans mon garde du corps, Derry aura raison de moi, » ricana Richie en ébouriffant vivement les cheveux du plus jeune qui râla et le repoussa.


Hellow. Je sais ça fait super longtemps, j'en suis désolée, j'ai vraiment pas eu le temps d'update cette fic. J'espère qu'elle va être toujours actualité, j'ai retrouvé le dernier chapitre que je viens de corriger, et j'aimerais continuer.

Je m'excuse donc à nouveau et j'espère que ce chapitre vous a plu ! Je vous dis à très vite (:

PS : Si je n'ai pas répondu à vos reviews, je vous remercie donc ici. Vraiment un GRAND merci, vos messages sont une batterie pour moi et l'écriture. Kiss!