Chapitre 21 : Tragédie

Forêt de la Mélancolie…

Les troupes Nohriennes et Hoshidiennes se regardèrent. Et soudainement les soldats pouvant attaquer à distance passèrent à l'attaque. Flèches, dagues et sorts plongèrent vers leurs ennemis… Et se désintégrèrent sur un champ de force érigé entre les deux troupes.

Chrom sourit en voyant la réaction instantanée de Daraen. Sa femme abaissa les mains, sans pour autant effacer son bouclier.

_ Vous êtes tous complètement cinglés où quoi ?!

Les regards convergèrent vers Daraen, étonnés ou indifférents en fonction de chacun. La jeune femme croisa les bras, les toisant un a un avec un certain méprit.

_ Vous ne vous servez donc jamais de vos têtes ? Je n'ai rien contre le fait de frapper d'abord et poser les questions ensuite, mais là… Vous agissez sans même attendre les ordres de vos leadeurs respectifs ! Kamui et Corrin n'ont donc pas leur mot à dire ? Les suiviez-vous juste par principe pour trucider tranquillement le camp ennemi sans chercher plus loin ?! Vous auriez fait quoi si l'un des jumeaux s'était fait tué par votre inconscience ! Je sais que l'un comme l'autre n'aspire qu'à la paix, et vous, vous vouliez tout foutre par terre ?

_ Da… Daraen, calmez-vous !

La jeune femme regarda Kamui et expira lentement. Elle ne l'aurait avoué pour rien au monde, mais elle avait eut peur. Terriblement peur. Il s'en était fallut d'une fraction de seconde pour que son champ de force n'apparaisse que trop tard. Elle avait pratiquement put imaginer le corps transpercé de son Chrom ! Et quand elle avait peur, elle savait qu'elle devenait presque incohérente. C'était l'une de ses faiblesses que Chrom parvenait généralement à couvrir.

_ Pardonne-moi, Kamui…

Elle abaissa le bouclier, mais en plaça un particulièrement solide autour de Chrom, au cas où.

Kamui détourna le regard de la jeune femme et le tourna vers sa sœur jumelle, si proche de lui. La main de Niles exerça une légère poussée dans son dos. L'archer lui adressa un sourire et désigna Corrin du menton.

Le jeune prince se précipita alors vers sa jumelle qui n'eut que le temps d'ouvrir les bras avant qu'il ne s'y jette.

_ Kamui ! Mon Kamui adoré ! Je suis si heureuse !

_ Corrin, tu n'es pas blessée ?

_ Non, tout va bien…

Les jumeaux se regardèrent sans se lâcher. Ils pouvaient voir dans les yeux de l'autre à quel point ils s'étaient manqués durant tout ce temps. Se retrouver enfin, voir que l'autre était sain et sauf… Cela suffisait à leur faire oublier les innombrables souffrances qu'ils avaient rencontrées.

Kamui sentit ses yeux le piquer. Il enfouit son visage contre l'épaule de sa sœur et laissa ses larmes de soulagement couler silencieusement sur ses joues.

Les deux troupes se regardèrent avec animosité, sans pour autant recommencer à s'attaquer.

Kaden sorti des rangs Hoshidiens, les yeux rivés sur Keaton. L'Ulfhedin le rejoignit à mi-parcours et le serra de toutes ses forces dans ses bras. Il avait un sourire éblouissant et sa queue s'agitait follement dans son dos.

_ Maintenant tu es à moi, Kaden ! Rien qu'à moi ! Je suis si heureux ! Je vais te chérir et te protéger pour toujours, maintenant !

_ Tu ferais mieux de te préparer, tu sais ? Parce que c'est moi qui vais te choyer comme personne ne le fera jamais. Je serais toujours à tes côtés, Keaton… Après tout, toi et moi sommes unis à vie !

Kaden sourit et frotta son nez contre celui de Keaton.

Pendant ce temps, les deux troupes s'étaient avancées l'une vers l'autre. Les soldats se mélangeaient un peu, sans pour autant s'adresser la parole.

Elise se surprit à scruter les visages Hoshidiens à la recherche de celui de Ryoma. Mais le prince ainé était absent. La jeune princesse sentit une sourde angoisse naitre en elle, sans vraiment comprendre pourquoi.

Daraen profita de l'agitation pour enfin rejoindre son mari. Elle se jeta dans ses bras et Chrom la souleva du sol en la faisant tournoyer.

_ Oh, mon chéri… Si tu savais comme tu m'as manqué !

Chrom la reposa sur ses pieds sans pour autant relâcher son étreinte.

_ Ma reine, je ne peux pas t'avoir manqué autant que toi, tu m'as manquée…

_ Ça reste à prouver, Chrom !

Le jeune homme sentit Daraen se mettre à rire contre lui.

_ Nous ne nous séparerons plus, Daraen ?

_ Non, Kamui et Corrin ne mérite pas d'être une nouvelle fois arrachés l'un à l'autre. Et moi-même je n'arriverai plus à m'éloigner de toi. Par Grima ! Tu m'as manqué mon amour !

Chrom embrassa longuement sa Daraen. Il regarda ensuite les jumeaux toujours aussi étroitement accrochés l'un à l'autre.

Kamui releva la tête et sourit. Corrin essuya les larmes de son frère avec douceur et l'embrassa sur la joue. Elle avait toujours ça fait pour le consoler, quand il était enfant. Le sourire de Kamui se fit plus lumineux.

_ Corrin, tu sais, je suis…

_ Voyez-vous ça… Quelle charmante petite réunion de famille. Kamui, tu me déçois grandement. Je n'aurais pas cru que tu finirais par trahir Nohr comme ta chienne de sœur !

Les deux troupes tournèrent la tête en tout sens à la recherche de la provenance de cette voix qui semblait venir de l'obscurité même de la forêt.

Kamui trembla de frayeur mais il n'avait pas le droit de se laisser aller alors que Corrin était là. Le visage de sa sœur s'était décomposé en entendant cette voix.

Corrin savait à qui elle appartenait. Elle aurait reconnu cette voix entre des millions.

Kamui tira Yato par prévention.

_ Qui va là ?!

_ C'est bien imprudent de ta part de parler ainsi à un inconnu dans l'obscurité.

Corrin scruta la pénombre, le cœur battant à tout rompre. Cette voix était si froide.

Un épais nuage de fumée d'un violet malsain envahi soudain la forêt, s'insinuant entre les arbres sinistres comme une vague prête à tout engloutir. Des mottes de terres furent projetées en tout sens par une force qui n'avait rien de naturel.

Le bruit sec des sabots d'un cheval claqua au milieu du nuage de fumée.

D'abord, il ne fut qu'une vague silhouette indistincte. Puis en se rapprochant, ses traits furent plus précis, plus net. Et finalement, il apparut en entier, monté sur son étalon caparaçonné, vêtu de sa solide armure noire.

Corrin sentit son cœur se briser. Jusqu'au bout elle avait espéré se tromper.

Malgré la colère qui assombrissait son visage, il était toujours aussi beau.

_ Léo…

Le prince Nohrien passa sa main sur son tome, Brynhildr, dont émanait une lueur violacée. Son visage n'exprimait que la rage froide qui grondait en lui.

_ La loi de Nohr est claire au sujet des traitres de votre espèce. Tous connaissent la même sentence…

Le regard glacial de Léo se riva sur Corrin.

_ La mort.

Corrin sentit une boule se former dans sa gorge et son corps se mettre à trembler. Léo était devant elle, et alors qu'il n'aspirait qu'à la voir morte, elle ne rêvait que de se jeter dans ses bras et oublier tous ce qu'elle avait vécus depuis leur séparation à la frontière entre Nohr et Hoshido.

Kamui s'écarte de sa sœur pour s'approcher de son petit frère.

_ Léo, qu'est-ce qu'il t'arrive ?

_ Je suis venu régler mes comptes avec la traitresse Corrin. Et il semblerait que je doive t'éliminer aussi. Cet endroit où nous allons livrer bataille n'est-il pas un signe ? Ce cimetière sera votre dernière demeure.

Son regard se posa de nouveau sur Corrin.

_ Après tout, c'est tout à fait approprié… La sœur que j'aimais de tout mon cœur est morte.

Ses yeux revinrent sur Kamui et un sourire carnassier étira ses lèvres.

_ Et le frère que je croyais encore avoir aussi.

Takumi s'avança alors et se plaça aux côtés de Corrin et posa une main protectrice dans le dos de sa sœur. Ce simple geste alluma une lueur mortellement dangereuse dans les yeux de Léo. Pourtant il garda le silence, le menton fièrement relevé.

Le prince Hoshidien toisa le prince Nohrien.

_ Quel beau discours pour un déchet dans votre genre !

_ Remarque très pertinente venant de la part d'un pleutre n'attaquant qu'à distance, bien à l'abri derrière son arc. Mais soit, s'il faut tous vous tuer, je ne vois pas de problème à ça. Mais je me demande combien de temps vous, Hoshidiens, vous tiendrez dans les ténèbres. Car dans cette forêt où nulle lumière ne peut pénétrer, vous êtes aussi faible que des enfants immatures ! Alors Corrin, dis-moi… quel effet cela-t-il fait de laisser croupir dans les ténèbres la famille qui t'as aimée pour aller te gaver de cette lumière que vénère ta soi-disant famille de sang !? Quel effet cela fait-il de me trahir ?!

Corrin se précipita vers Léo, de grosses larmes roulant sur ses joues.

_ Léo ! Je t'en pris, ne dis pas ça ! Je… Je t'en supplie, laisse-nous passer ! Je ne veux me battre contre toi, Léo ! Tu… Tu es mon petit frère et…

_ Oh, mais moi j'ai très envie de t'affronter en duel ! Xander, Camilla, Elise… Ils n'en avaient que pour toi ! Si tu savais comme je te hais pour ça ! Toujours ton nom à la bouche ! Faire semblant d'être ton gentil petit frère… J'ai tut mon ressentiment pendant toutes ses années ! Mais c'est finit, maintenant.

Corrin hoqueta, sans parvenir à calmer ses sanglots.

_ Léo… Tu ne le penses pas… Ce n'est pas possible… Nous étions plus proche que quiconque… Tu ne m'as vraiment jamais aimée ? Dis-moi !

Léo la regarda serrer les poings pour empêcher ses mains de trembler. Il regarda les larmes couler librement sur ses joues. Il ferma les yeux un instant. Une brève fraction de seconde durant laquelle il les revit tout les deux, dans la forteresse du nord, à rire aux éclats, blottis dans les bras l'un de l'autre.

Léo rouvrit ses yeux sombres, ravalant ses propres larmes.

_ Je ne te donnerais pas la satisfaction de répondre à cette question ! Je vais me contenter de te tuer !

Le prince Nohrien balaya l'air de sa main, serrant dans son poing le parchemin donné par Iago.

Les troupes de Kamui et de Corrin se retrouvèrent repoussée alors que Corrin se trouvait complètement isolée face à Léo.

Des dizaines de Sans-Visages sortirent du sol et de la fange, déchainés, prêts à tuer.

Léo regarda alors Odin et Niles. Ces vassaux aussi l'avaient trahi. Aucun d'eux ne faisait le moindre geste pour venir vers lui. Qu'à cela ne tienne. Eux aussi mourraient.

Le prince Nohrien regarda de nouveau Corrin. Ses immondes vêtements blancs à la mode Hoshidienne… Elle était si belle, ainsi vêtue… Et ses cheveux courts soulignaient son adorable visage… Et cette rose…

_ Quel plaisir j'aurais à maculer de rouge cette tenue si blanche…

_ Léo ! Tu… Tu penses vraiment ce que tu as dis ? M'as-tu toujours détestée ? Parce que… Moi… Léo, je t'ai toujours aimé, moi !

Léo dut se faire violence pour ne pas réagir à ces mots désespérés qu'il avait toujours rêvé d'entendre. Mais même s'ils n'avaient pas été en train de se préparer à s'affronter jusqu'à la mort, il savait que le sens qu'il donnait à ces mots était différent de celui de Corrin. Elle, elle aimait le petit frère. Pas l'homme.

_ Je ne vois pas en quoi répondre nous servirait à quoi que ce soit. Tout est finit !

Et le mage lança le plus violent de ses sorts.

_oOo_

Daraen regarda Léo ériger une barrière autour de lui et Corrin pour empêcher quiconque de se mêler de leur combat. C'était elle qu'il voulait, et personne d'autre. Le voir se déchainer sur sa sœur qui tentait difficilement de lui tenir tête lui faisait mal. Elle posa sa main sur le bras de Chrom.

_ Il est aveuglé par la rancœur et la haine…

_ Est-il possédé comme Takumi ?

_ Non, mais c'est bien pire. Une possession peut être contrée, là, aussi puissant soit mon pouvoir, je ne peux rien faire.

_ Mais qu'est-ce qu'il a ?!

Daraen se tourna lentement vers Kamui et esquissa un sourire triste.

_ Il a le cœur brisé.

Kamui regarda son petit frère et sa jumelle se livrer bataille. L'un d'eux devrait mourir, il le savait. Pourtant…

_ Je ne comprends pas… Léo est tellement puissant. Pourquoi Corrin est-elle encore en vie ?

Daraen sourit en hochant la tête.

_ Mon petit Kamui, tuerais-tu Niles de sang froid, même s'il te trahissait ?

_ Non !

La jeune femme inclina la tête alors que la réponse faisait jour dans l'esprit de Kamui. Il regarda de nouveau son frère et sa sœur et sentit son cœur se serrer. Pourquoi fallait-il qu'ils souffrent à ce point ?

_ Bon, ce n'est pas tout ça, mais il faut combattre, Kamui.

Daraen claqua des doigts et ses vêtements changèrent, une solide mais légère armure recouvrit son corps sous son manteau à l'aspect plus… puissant. Chrom sourit en voyant sa compagne se montrer sous sa véritable classe de Maitre Stratège. Mais si elle avait fait ça, c'était qu'elle se préparait à un combat terriblement difficile.

La jeune femme balaya le champ de bataille du regard. Sans les ordres de Corrin, les Hoshidiens étaient perdus. Elle prit alors les choses en main, donnant des ordres précis, formant des duos tout en combattant. Elle organisa la contre-attaque en un battement de cil.

Les Sans-Visages étaient certes trois à quatre fois plus nombreux qu'eux, mais sous la houlette de Daraen, les deux troupes réunis leurs tinrent tête sans réelles difficultés.

Chrom fronça les sourcils en constatant que de nouveaux Sans-Visages remplaçaient ceux tombés.

_ Daraen…

_ Je sais. Pour l'instant, tout va bien mais… Le seul moyen d'endiguer le flot de ces monstres et de rompre le sort. Seulement il s'agit d'un sort ''éternel''. Je t'en ai expliqué le principe un jour, tu t'en souviens ?

_ Oui. Tant que le mage qui a jeté le sort est en vie, il sera effectif. Mais alors…

_ Alors le seul moyen de gagner, c'est de tuer Léo.

Daraen repoussa un Sans-Visage à coup de Thoron.

La troupe commençait à s'essouffler et les monstres étaient de plus en plus nombreux.

Pendant ce temps-là, Corrin perdait pied face à Léo. Elle fondait sur lui sans relâche mais se refusait à le blesser. Lui, en revanche, ne semblait pas éprouver de remord à souiller de rouge la tenue immaculée de la jeune femme.

Daraen reporta son attention sur la bataille qui faisait rage.

Niles se jeta sur Kamui pour le protéger, le serrant fermement dans ses bras avant de décocher de nouvelles flèches.

Takumi criblait de ses flèches vertes les Sans-Visages, couvrant Azura qui les repoussait de sa lance bénie.

Mais la partie devenait de plus en plus inégale.

_ Daraen !

La stratège tourna la tête vers Chrom et secoua la tête.

_ Je ne peux que gagner du temps avant la prochaine vague de ces monstres, offrir un instant de répit aux nôtres. Mais le véritable combat se joue entre Corrin et Léo.

_ Fais-le, mon aimée…

Daraen rangea sa rapière et étendit les mains devant elle. Aussitôt elle se retrouva entourée de runes anciennes et de pentacles lumineux.

Léo ressenti une puissance effroyable se libérer à proximité. Il perdit sa concentration et la lame de Corrin s'enfonça jusqu'à la garde dans sa jambe, le jetant à bas de son cheval. Même à terre il ne pouvait détacher son regard de Daraen. Avec une telle puissance en elle, cette mage aurait dût être consumée de corps et d'esprit depuis longtemps ! Elle ne pouvait pas être humaine pour supporter autant de force.

Et soudainement, Daraen relâcha la quasi-totalité de sa puissance magique. Un champ de force d'une résistance inégalable recouvrit les Nohriens comme les Hoshidiens. Léo le sentit s'étendre autour de lui également, brisant sans la moindre difficulté les défenses dont le mage noir s'entourait.

_ MJÖLNIR !

La foudre s'abattit sur la forêt, déchainant un enfer d'éclairs et de tonner comme si c'était la fin du monde. Jamais Léo n'avait vu une telle puissance à l'œuvre.

Ensuite, il sentit Daraen s'attaquer à son sort, cherchant un moyen pour le briser. Et avec une puissance comme la sienne, Léo ne doutait pas un seul instant qu'elle y parviendrait à un moment ou à un autre.

Le prince Nohrien se releva et tira son épée. Il fit face à Corrin et esquissa un sourire mauvais avant de se jeter sur elle. Leurs lames s'entrechoquèrent violement, faisant reculer la jeune femme sous l'impact.

Jamais Corrin n'avait livré un tel combat, plus violent que jamais. Léo la forçait à lui porter des coups pouvant lui être mortel. Elle voyait du sang jaillir sous ses yeux, le sien ou celui de Léo, elle ne le savait pas.

Léo sentit Corrin le frapper au bras avec une force insoupçonnée et il lâcha son épée. Sa jambe blessée se déroba sous lui et il chuta lourdement dans la boue de la forêt de la Mélancolie. L'adrénaline du combat avait chassée au loin la douleur de ses innombrables blessures, mais maintenant qu'il était désarmé, elle l'assaillait et lui donnait envie de hurler. Mais sa dignité l'en empêcha. Sa vision se dédoubla alors qu'il regardait Corrin, debout devant lui, sans blessures sérieuse. Il l'aimait beaucoup trop pour véritablement chercher à la tuer, il s'en rendait compte seulement maintenant. C'est parce qu'il souhaitait la voir vivre qu'il renonça à lancer un sort qui les aurait tous emmené dans la tombe.

Mais il fallait que la bataille cesse. Les Sans-Visages revenaient, malgré Daraen.

Le jeune prince riva ses yeux à ceux de Corrin. Il avait toujours aimé leur belle couleur rubis. Mais aussi profond soit son amour pour elle, aussi insoutenable soit la douleur de son cœur brisé et de son corps déchiqueté, son visage resta impénétrable. Corrin pleurait mais même cela ne lui arracha pas la moindre expression.

_ Finissons-en, Corrin. Tu sais très bien que le seul moyen de les sauver et de me tuer.

Le mage sentait la fange s'infiltrer dans son armure, glaciale. Le sang qu'il perdait de ses nombreuses blessures se mêlait à la boue. Il ne survivrait pas, il le savait. Il avait laissé Corrin lui porter des coups fatals pour ne pas avoir à la tuer lui-même.

Corrin leva Yato au-dessus de sa tête, ses larmes s'intensifiant.

_ Je t'aime, Léo…

L'expression du prince changea soudainement. Il parut être terriblement heureux d'entendre ces mots.

Corrin abattit son épée et Léo ferma les yeux.

Pourtant il ne ressentit rien. Un bruit de succion l'intrigua et il rouvrit les yeux. Corrin était penchée au dessus de lui, ses larmes tombant sur son visage et se mêlant à son sang. Elle avait plantée son épée dans la fange à côté de sa tête.

_ Je ne peux pas… Te tuer est au-dessus de mes forces, Léo… Je t'aime tellement… Depuis toujours, même quand je te croyais encore mon frère de sang… Je n'ai jamais aimé que toi…

Léo lui sourit alors, du sang s'écoulant de la commissure de ses lèvres. Il tendit une main tremblante et effleura la joue de sa sœur. Mourir ainsi, en sachant que ses sentiments étaient réciproques… Il n'avait aucun regret.

_ Oh Corrin… Je… t'ai menti… Pardonne-moi… Si tu savais… à quel point… je… t'aime…

Sa main retomba lourdement dans la boue.

Et les deux seuls sorts liés à sa vie qu'il avait lancés cessèrent. Les Sans-Visages disparurent. La rose dans les cheveux de Corrin commença à se faner. Ses pétales blancs se fripèrent et certain tombèrent sur le corps inanimé du prince Nohrien. Corrin sentit son corps trembler violemment. Elle souleva celui de Léo dans ses bras et des flots de sang et de boue s'échappèrent de son armure noire.

_ LEEEEEEOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO !

Son hurlement déchirant rompit le silence de la forêt de la Mélancolie, perçant même la voute des arbres.