Chapitre 23 : Conciliation

Daraen vit Kamui passer en courant devant elle puis, quelques instants plus tard, Corrin. La jeune femme haussa un sourcil étonné et leva les yeux vers Chrom, tout aussi incrédule qu'elle.

_ Mais qu'est-ce qu'ils trafiquent ?

_ J'en sais rien, mon chéri… Mais j'adore ce pays ! Il se passe toujours quelque chose d'intéressant !

_oOo_

Léo toisa Niles avec sévérité, les mains croisées dans son dos. Son vassal se tenait debout devant lui, tête basse, avec un air contrit qui ne lui ressemblait pas. Mais devant la colère froide de Léo, l'archer faisait profil bas.

_ J'avais été clair, Niles. Je t'avais interdit d'embêter Kamui. Et encore moins d'en faire ton amant ! Tu n'as donc aucune considération, aucune morale ?! Tu t'es forcément rendu compte de l'innocence de mon frère ! Qu'est-ce que tu cherches, avec lui ?! Tu peux me répondre !? Qu'est-ce que tu veux faire avec Kamui ?! En tant que vassal, j'ai une confiance absolue en toi et ta loyauté ; mais en tant qu'homme, personne ne peut te faire confiance ! Tu es volage, infidèle, pervers et sadique ! Je te préviens, je ne te laisserais pas approcher encore une fois de mon frère. Je refuse que te le souille et lui fasse perdre sa candeur. Je t'interdis de toucher ne serait-ce qu'un seul de ses cheveux ! Est-ce bien clair ?!

Niles hocha pitoyablement la tête, les poings serrés. Léo venait de lui jeter en pleine face ce qu'il se disait chaque jour, à chaque fois que Kamui s'approchait de lui. Mais l'entendre de Léo était blessant.

Léo soupira en regardant Niles sortir de la tente. Il regrettait déjà de lui avoir parlé aussi durement. Il était son maitre, certes, mais n'avait absolument pas le droit d'être aussi dur avec Niles. Il savait que l'archer, malgré ses nombreux travers, était quelqu'un digne de confiance. Mais il avait eut un tel choc en voyant son frère dans les bras de son vassal. Et Kamui qui s'était enfuit dès qu'il les avait vus… Il espérait que Corrin réussirait à le rattraper.

_oOo_

Kamui s'arrêta de courir et s'effondra contre un tronc d'arbre. Il ne savait absolument pas où il se trouvait. Il avait courut droit devant lui, sortant du camp sans y prêter attention.

_ Kamui !

Il sursauta et se remit sur ses pieds, prêt à prendre la fuite. Corrin se jeta sur lui et le plaqua au sol pour l'en empêcher.

_ Kamui, attends !

_ Non ! Tu vas…

_ Je ne vais rien du tout ! Je veux juste qu'on discute un peu, tout les deux ! Tu es mon frère, je ne t'ai pas vu depuis très longtemps et j'ai énormément de retard à rattraper en câlins!

Kamui la regarda, étonné.

_ Tu… Juste ça ? Alors que tu m'as vu avec Niles ?

Corrin sourit et le relâcha doucement avant de s'asseoir au pied de l'arbre avec lui.

_ Qu'est-ce que ça change ? Tu es amoureux, non ? Et c'est tout ce qui compte ! Et je te signale que je suis tombée amoureuse de notre petit frère… Je peux difficilement te faire des leçons de morale !

Kamui esquissa un sourire incertain, respirant bien mieux, tout d'un coup.

_ Je… C'est vrai ? Tu ne trouve pas ça bizarre ou dégoutant ?

_ Pas du tout ! Mais raconte moi plutôt tout ce que tu as fait depuis qu'on s'est séparés !

Kamui sourit un peu plus sereinement, rassuré. Et il raconta à sa jumelle son périple, ses batailles, ses rencontres… Il lui parla de Daraen, de ses amis. De Niles aussi, beaucoup.

Et quand il eut finit, Corrin lui raconta tout à son tour. Kamui fut très triste d'apprendre la mort de Flora.

Les jumeaux se regardèrent en souriant et la jeune femme posa sa tête sur l'épaule de son frère.

_ Tu m'as manqué, Kamui…

_ Toi aussi… Je suis content pour toi et Léo !

_ Moi aussi je suis heureuse pour Niles et toi… Mais il a intérêt à bien prendre soin de toi !

Corrin lui adressa un clin d'œil complice et l'embrassa sur la joue.

_oOo_

Daraen regarda Chrom dormir et sourit. La nuit s'était installée et chacun se reposait avant de reprendre la route le lendemain, Léo étant enfin en état de voyager.

La jeune femme caressa les cheveux bleu nuit de son mari et l'embrassa délicatement. Il lui avait affreusement manqué. Un bruit feutré à l'extérieur de sa tente attira son attention. Elle se leva sans déranger Chrom et se glissa hors de leur tente.

_oOo_

''Il courait. Une lumière devant lui perçait l'obscurité qui essayait de l'engloutir. Plus il se rapprochait de la lumière, plus il sentait ses jambes devenir lourde, jusqu'à être incapable de faire un pas.

Quelque chose l'attrapa par derrière et le projeta au sol. Les coups pleuvaient sur lui sans relâche, les rires gras résonnaient. Et la lumière continuait de s'éloigner…

Et une main aux longs ongles parfaitement vernis s'approcha de son visage, tendue, avide…

Puis tout devint rouge sang…''

_oOo_

Niles se redressa en retenant un cri. Son corps tremblait et il manquait d'air. Il rejeta ses couvertures et se leva, chancelant sous son propre poids. C'était dans des moments comme ça qu'il remerciait les dieux de l'avoir empêché de partager ses nuits avec Kamui. Il ne voulait pas que le jeune prince le voit dans cet état d'effroi total. De toute façon, avec l'interdiction de Léo, il ne risquait pas de se passer quoi que ce soit.

L'archer avança entre les tentes jusqu'à s'éloigner du camp.

_ Bonsoir Niles. Encore un cauchemar ?

Niles sursauta légèrement et se retourna. Daraen le regardait, la tête légèrement penchée sur le côté. Elle ne portait que son léger pantalon gris et son haut à fine bretelle de la même couleur. Pas même de bottes, d'où le silence absolu qui avait surprit Niles. Ses longs cheveux paraissaient noirs dans l'obscurité de la nuit. Ils s'agitaient mollement sous l'effet d'une légère brise, totalement lâchés.

_ Vous ne dormez pas, Daraen ?

_ Non… Vous faites des cauchemars presque toutes les nuits. Je vous vois errer comme une âme en peine entre les tentes… Je vous envie.

_ Vous m'enviez ? Etre sujet aux cauchemars n'est pas quelque chose de…

_ Si. Vous avez des cauchemars parce que vous avez des souvenirs, terrible certes, mais bien existant…

_ Vous n'avez pas de souvenirs ?

Daraen secoua la tête. Niles vit une tristesse indicible briller dans ses yeux. Il n'eut même pas envie de la provoquer ou de profiter de la voir souffrir.

_ Ma tête est vide. Je ne sais même pas à quoi ressemble ma mère. J'ai tout oublié de ma vie avant de rencontrer mon mari… Ce que j'ai vécu, ce que j'ai gagné, ce que j'ai perdu… Les personnes que j'ai rencontrées, aimées ou méprisées… Vous pensez peut-être qu'il vaut mieux oublier les horreurs de votre passé mais elles font de vous l'homme que vous êtes aujourd'hui. L'homme dont Kamui est tombé amoureux. Moi, je ne sais pas qui je suis…

_ Daraen… Je suis désolé.

_ Vous n'y êtes pour rien. Ce n'est pas vous qui avait détruit mes souvenirs.

Elle lui sourit et essuya une larme qui avait échappé à son contrôle. Niles la regarda. Son passé était plein d'horreur mais face à Daraen qui pleurait ces souvenirs perdus, il se sentait… impuissant.

_ Niles, ne laissez pas Léo décider à votre place, au sujet de Kamui.

L'archer ne chercha même pas à savoir comment la jeune femme pouvait bien être au courant de ça. Il s'était habitué avec le temps à son côté omniscient.

_ C'est mon maitre, je lui dois obéissance.

_ C'est une des raisons pour laquelle Chrom et moi refusons d'avoir des vassaux… tant d'abnégation et de sacrifice, c'est écœurant…

_ Il n'y a pas que ça, Daraen. Messire Léo à raison. Un homme tel que moi : sale, abject et dépourvut de la moindre empathie, ne peut décemment se tenir au côté d'un prince aussi pur que Messire Kamui.

_ D'accord, mais vous le saviez déjà, ça. Ça ne vous a pas empêché de déclarer vos sentiments à Kamui.

_ Je ne pensais pas qu'il me répondrait !

Daraen chercha quelque chose du regard et se dirigea vers une caisse sur laquelle elle s'assit. Elle sentait que la discussion allait durer longtemps.

_ Daraen, vous ne pouvez pas comprendre… Je ne suis pas celui qu'il faut à Kamui. Je ne pourrais pas faire son bonheur !

_ Ça, ce n'est pas à vous d'en décider ! Personne, pas même vous, n'a le droit de décider à la place de Kamui de ce qui fait son bonheur ! Il vous aime, Niles, comme j'ai rarement vu quelqu'un aimer une autre personne. Et croyez-moi, j'en ai vu des couples ! J'en ai même formé un certain nombre, sur le champ de bataille.

_ Mais je…

_ Mais rien du tout. Si Kamui s'éloignait de vous en prétendant qu'il n'est pas capable de faire votre bonheur, comment réagiriez-vous ?

Niles ouvrit la bouche mais fut incapable de trouver quoi que ce soit à répondre. Il savait que la jeune femme qui le toisait du haut de sa caisse avait raison. Il ne l'aurait pas supporté.

_ De toute façon… Messire Léo m'a interdit de l'approcher.

_ Qui est-il pour vous interdire quoi que ce soit ? Un dieu ? Un saint ? Non Niles, Léo n'est qu'un simple humain, comme vous et moi. Il est prince mais il n'en reste pas moins qu'il va mourir, comme nous tous. Il a du sang royal dans les veines ? La belle affaire ! Coupez lui le bras et vous ne verrez aucune différence entre son sang et le votre. Prince, roi, empereur… ça ne change rien.

_ Qu'y connaissez-vous en royauté, Daraen ? Rien ! J'ai connu beaucoup de nobles. Il faut leur obéir ! Messire Léo m'a tout donné, il m'a laissé la vie sauve alors qu'un autre m'aurait tué. Jamais je ne lui désobéirais !

_ Au détriment du bonheur de l'homme que vous aimez ? Vous savez, moi, pour le bonheur de Chrom, je ferais n'importe quoi. Je défierais les dieux s'il le fallait. Alors un simple prince…

Daraen se laissa glisser de sa caisse et repoussa ses cheveux lâchés dans son dos.

Niles la regarda s'éloigner.

Daraen tourna à l'angle d'une tente et s'arrêta devant un jeune homme qui avait épié toute la conversation. Le visage de la stratège était glacial quand elle toisa Léo.

_ Vous avez tout entendu, n'est-ce pas ? Alors que vous nagerez dans le bonheur avec Corrin, gardez dans un coin de votre tête que vous êtes responsable du malheur de votre vassal dévoué et de votre frère adoré.

Léo regarda la jeune femme partir, sans un mot.

Il soupira et s'approcha de Niles, perdu dans ses pensées.

_ Niles…

_ Qu… Messire Léo ! Que puis-je faire pour…

_ Répondre à une simple question… Est-ce que tu aimes Kamui ?

L'archer pencha légèrement la tête et soutint le regard de Léo.

_ Plus que tout. Je n'ai jamais aimé quelqu'un à ce point.

Léo sourit doucement et hocha la tête.

_ Alors tu as intérêt à le choyer et à le couvrir de tout l'amour qu'il mérite.

_ Messire Léo… Merci.

Léo secoua la tête.

_ Je suis désolé, Niles. Je n'aurais pas dût m'énerver. Mais Kamui étant terriblement… naïf ; et toi… tu n'es pas un enfant de cœur… Bref… Pardonne-moi.

Niles retrouva son sourire en coin et plissa son œil.

_ Ce n'est rien. C'est à moi de vous demander pardon. Parce que je vous aurais désobéit dès demain. Je n'arrive pas à rester loin de lui, c'est viscéral. Et en parlant avec Daraen, j'ai comprit que même avec tout le respect que je vous dois, je n'avais pas le droit de repousser Kamui s'il me veut à ses côtés autant que je le veux aux miens. Donc je serais retourné auprès de lui, malgré votre interdiction.

Léo sourit et tendit la main à son vassal. L'archer la serra sans hésitation.

_oOo_

Kamui regarda le contenu de son assiette, sans appétit. Le jour s'était à peine levé et la troupe réunie se préparait à partir. Ils prendraient la direction de l'Abime Eternel pour retrouver Ryoma et chercher l'entrée d'un autre monde. Beaucoup étaient septique quand à son existence mais Azura, avec l'appui de Takumi, Corrin, Kamui, Daraen et Chrom avait réussit à au moins les faire réfléchir à la question. Ils en reparleraient le moment venu.

Kamui soupira. Niles l'avait évité depuis qu'ils s'étaient fait surprendre sous la tente. Et même si cela s'était passé la veille, l'archer lui manquait déjà affreusement. Le voir de loin n'était pas suffisant.

_ Kamui ?

Le jeune prince sursauta et leva les yeux. Un sourire s'épanouit sur son visage quand il vit Niles devant lui. L'archer lui répondit d'un air un peu incertain.

_ Pour hier, je suis désolé. On peut de dire de moi ce qu'on veut, et à raison. Je suis un dépravé, un assassin et un homme cruel. Vous, vous êtes tout le contraire de moi. Mais je vous aime, aussi étrange cela soit-il. Je ne veux plus jamais me séparer de vous. Si vous voulez toujours de moi…

Kamui se jeta dans ses bras avant même la fin de sa phrase.

Daraen sourit et se blottie contre Chrom. Elle laissa dériver son regard sur la famille Hoshidienne des jumeaux. Ils n'avaient pas l'air enchanté de voir leur frère embrasser un homme comme si c'était leur dernier baiser avant la fin du monde.

Chrom suivit le regard de sa compagne et sut immédiatement ce qu'elle pensait.

_ Ils ont réagit pareil avec Kaden. Je crois qu'en Hoshido, les couples d'hommes ne sont pas bien vus.

_ Ils sont chiant.

_ Daraen !

_ Quoi ? C'est vrai !

Chrom sourit et l'embrassa sur le sommet de la tête pour la calmer.

_oOo_

La troupe reprit la route moins d'une heure plus tard.

Niles prit la main de Kamui dans la sienne, n'ayant plus l'intention de le laisser s'éloigner, quelle qu'en soit la raison, et rattrapa Daraen.

La jeune femme marchait aux côtés de Chrom, dont le bras était passé autour de sa taille.

_ Daraen, j'aimerais vous poser une question.

_ Je vous écoute.

_ L'autre nuit… Pourquoi avoir dit que vous refusez d'avoir des vassaux ? Seuls les nobles peuvent en avoir, non ? Je… J'ai fait des recherches sur vous, mais je n'ai rien trouvé.

_ Je me disais bien qu'un homme aussi intelligent que vous finirez par fouiner dans mon passé. Et bien sûr que vous relèveriez le moindre de mes propos. Niles, je suis l'unique stratège au service de la couronne Ylissienne, je suis bien placée pour parler de lien de vassal à maitre, et autres broutilles de ce genre. N'est-ce pas, mon chéri ?

_ Euh… oui.

Daraen afficha un sourire étrangement innocent. Niles secoua la tête. Il n'était pas convaincu mais il savait très bien que personne ne découvrirait quoi que ce soit sur Daraen si elle ne le voulait pas. Mais au fond, ce n'était pas si grave. Si elle n'avait pas était là, les choses aurait était dramatiquement différente.

_ Vous n'êtes pas simplement la stratège de votre pays, n'est-ce pas ?

Daraen lui adressa un sourire entendu mais ce fut sa seule réponse.

_oOo_

Ouest de l'Abime Eternel, côté Nohr…

Xander mit pied à terre et aida Mozu à descendre de cheval en la soulevant par la taille. La jeune fille n'avait presque plus peur de lui. Les quelques jours passés ensemble avait fait leur œuvre et la paysanne Hoshidienne faisait plus facilement confiance au seigneur Nohrien.

_ Nous voilà arrivé à l'Abime Eternel. De l'autre côté des ponts, c'est Hoshido.

_ Oh… Je… Merci de m'avoir reconduite à la frontière…

La jeune fille fit quelques pas et se retourna soudainement.

_ Seigneur Xander ? Me… Me permettriez-vous de… De rester en Nohr ? Et… avec vous ? Je ferais toutes les corvées que vous voudrez ! La cuisine, le ménage… Je…

Le prince ainé cligna des yeux avec étonnement.

_ Mozu… Je…

Une explosion toute proche l'empêcha de finir sa phrase. Elle provenait du côté Hoshidien du gouffre. Xander tira Mozu vers lui et la fit passer derrière lui pour la protéger. Un homme apparut de l'autre côté, luttant contre des hommes en armures Nohriennes.

Mozu risqua un coup d'œil.

_ Mais… C'est Messire Ryoma !?

_ Ryoma ? Mais que fait-il ici ?!

Xander vit alors un mage apparaitre derrière Ryoma. Il reconnut instantanément Iago, prêt à frapper dans le dos le prince Hoshidien. Pour l'inflexible seigneur Nohrien, un tel acte était la pire des lâchetés.

Il tira Siegfried, son épée sacrée, et balaya l'air devant lui de sa lame. Une lueur rougeâtre entoura l'arme et se précipita vers l'autre côté du gouffre, percutant Iago de plein fouet.

Ryoma se retourna, surprit, regarda Iago, puis Xander. Le prince Nohrien avait-il cherché à l'aider, ou bien avait-il simplement manqué sa cible ?

Il n'eut pas le loisir de s'interroger d'avantage. Les hommes Nohriens l'attaquèrent alors que Iago se téléportait loin du champ de bataille.