2 – Gestes équivoques dans le dortoir des garçons

6 h 55

Les filles observèrent leur nouvel environnement. Il faisait nuit. Elles se trouvaient dans le couloir du 7e étage. À quelques mètres de leur salle commune. Tremblantes, elles retirèrent la chaîne du Retourneur de Temps et retournèrent auprès du Chevalier du Catogan, sans rien échanger d'autre que des regards paniqués.

- Jeunes damoiselles ! On a passé la nuit dehors !

- Palsambleu ! rétorqua Lavande.

Dans la salle commune, les damoiselles s'installèrent auprès du feu, choquées par les événements. Leurs montres avaient remonté le temps. Elles avaient remonté le temps.

- Faut pas qu'on perde trop de temps, dit Parvati en parlant pour la première fois.

Alors qu'elles venaient de gagner 4 heures.

- Un protegio, supposa Lavande.

- Et un sortilège d'imperméabilité, ajouta Parvati. Je crois que les mains de Pénélope luisaient particulièrement. C'est peut-être un liquide qui provoque ça.

Elles établirent un plan d'attaque. Une fois dans le dortoir des garçons, elles ne pourraient communiquer que grâce à leurs échanges de regards certes, éloquents à la lumière du jour, moins dans la pénombre. Elles firent tourner l'escalier tournant pour rejoindre le dortoir des garçons. Elles en connaissaient le chemin, ayant déjà pris le soin de les explorer en diverses occasions. Elles durent empêcher Pattenrond de passer entre leurs jambes pour pénétrer dans le dortoir des garçons.

Elles entrèrent dans le dortoir avec une vieille odeur de chaussette sale saupoudrée d'un effluve de transpiration froide. La veille Ron et Harry avaient vraisemblablement pratiqué du sport. Luttant avec peine contre le dégoût, les filles arpentèrent les affaires de Harry.

- Mais...

Elles se figèrent et se tournèrent doucement vers le lit à baldaquin de Ron d'où provenait l'interaction.

-… Croûtard... murmura le jeune garçon dans son sommeil.

Elles échangèrent un regard soulagé et continuèrent de fouiller dans l'armoire, sous le lit, la malle en vain. L'Éclair de Feu restait introuvable. Introuvable, jusqu'à ce que Parvati se secoue nerveusement. Lavande s'approcha d'elle et toutes les deux purent constater que Harry dormait avec son balai dans les couvertures. Il tenait fermement le manche.

La situation s'avérait délicate : saisir le balai était plus compliqué que prévu.

Lavande agita ses deux mains, puis ses deux index. Parvati répondit en acquiesçant puis montra les dalles froides au sol.

Pour une meilleure compréhension du texte, les gesticulations des adolescentes seront traduites. Reprenons :

Lavande agita ses deux mains, puis ses deux index.

*On ne peut pas prendre le balai, on réveillerait Harry.*

Parvati répondit en acquiesçant, montra les dalles froides au sol et sa poche.

* Je suis d'accord. Nous devons nous cacher et ensuite jeter les sortilèges*

Lavande pointa ses index en l'air. Format un arrondi avec sa main droite. Désigna Harry de son doigt gauche.

* Attends, nous oublions un point capital. Harry tient fermement le manche de son balai. Jeter des sortilèges dans ces conditions pourrait être dangereux.*

Parvati acquiesçait et fit mine de tirer ses poings vers elle en serrant les dents, la bouche ouverte.

*J'approuve tes propos. Nous devons retirer le balai avec moult précautions, Harry ne doit pas se réveiller.*

Lavande pointa son doigt vers la lampe de chevet et un sourire carnassier.

* Au pire on l'assomme*

Parvati secoua la tête en étirant ses lèvres.

* C'est pas le moment de plaisanter.*

Lavande descendit sa mâchoire et se pinça le nez.

* Ça lui apprendra, ça pue ici ! *

Parvati inclina la tête et ouvrit les mains.

* Bon on y va ? *

Les deux filles se mirent à quatre pattes pour se cacher contre le bord du lit. Avec précaution, Lavande déplia les doigts de Harry et Parvati déplaça doucement le balai.

Elles levèrent chacune leur pouce en l'air avec un large sourire forcé.

* On a réussi, nous sommes trop fortes, une vraie masse puante ce Harry ! *

L'une après l'autre, elles murmurèrent des sortilèges de protection sur le balai. L'opération se déroula à merveille. En silence, elles sortirent du dortoir, rattrapant Pattenrond au passage. Une fois dans la salle commune, elles se félicitèrent longuement.

- Maintenant, nous devons nous éloigner d'ici pour éviter de nous croiser, dit Parvati.

- Ou alors, on pourrait aller récupérer le mascara avant que j'en mette.

Les bras de Parvati tombèrent mollement le long de son corps.

- J'en étais sûre, dit-elle. Tu voulais utiliser le Retourneur de Temps pour toi. Pas pour protéger Harry.

- En même temps, s'il meurt aujourd'hui, le Maître des Ténèbres ne peut pas se servir son sang pour revenir.

- Alors déjà, on ne sait pas si c'est une prédiction. Trelawney s'enfumait encore dans ses vapes. Ensuite, si on vole ton mascara, on crée une faille, où je ne sais pas quoi avec le temps, et c'est mal.

- Comment ça ?

Les failles du temps dépendaient d'un mascara et des explications de Pavarti.

- Rappelle-toi le manuel qu'on a piqué à Hermione. Si tu n'as pas cet accident avec le mascara, est-ce que tu insistes pour utiliser le Retourneur de Temps ? Non, donc il y a un problème dans la ligne, la courbe, le machin linéaire du temps.

Contre toute attente, Pavarti s'était montrée convaincante dans ses explications spatio-temporelles au mascara.

Le menton de Lavande retomba sur son torse. Son amie avait raison. Elle devrait vivre avec son humiliation mascaradesque auprès d'Eddie.

- Allons dans la bibliothèque, suggéra Lavande. Peu d'élèves s'y trouveront, on pourra avancer dans nos devoirs sans provoquer la fin des Temps.

Au quatrième étage, elles s'installèrent dans un placard à balai en attendant l'ouverture de la bibliothèque à 8 h. Elles connaissaient bien ce placard. Proche de la salle commune des Serdaigle, elles y retrouvaient souvent Padma.

- Ron est adorable parfois, dit Lavande. C'est rare, mais il a un bon fond.

- Tu dis ça à cause de son rat ?

- Exactement, il a été très bienveillant après la perte de Binky.

Parvati tapota la main de Lavande avec compassion.

Elles sortirent du placard en entendant l'entrée de la bibliothèque s'ouvrir. En traversant la porte, Lavande se figea en regardant le couloir.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Parvati.

- Des gens, mais ils sont repartis.

Rassurées d'être seules à la bibliothèque, elles y passèrent une bonne partie de la matinée.

- On devrait retrouver notre place et aller assister au match, dit Parvati.

- On doit attendre qu'on remonte dans la salle commune, dit Lavande. Il faut qu'on surveille les escaliers.

- Il suffit qu'on sorte de la bibliothèque à 10 h 30 et on guette les escaliers ensuite.

À 10 h 31, elles se postèrent dans le couloir, près des escaliers. Suffisamment loin pour ne pas être vues, mais suffisamment près pour observer les passants. L'œil sur la montre, elles se virent monter les marches à 10 h 38. L'ancienne Parvati guidant Lavande qui soulevait ses cils. Les nouvelles Parvati et Lavande attendirent encore quelques secondes et rejoignirent le hall. Elles se stoppèrent nettes en tombant nez à nez avec Pénélope et Roger Davis en pleine discussion. Discussion qui se stoppa net. Les deux filles s'éloignèrent avec suspicion.

- C'est bizarre, c'est très bizarre, dit Lavande.

Elles se regardèrent, incapables de communiquer non verbalement. Leurs idées n'étant pas claires.

- Il nous faut de l'intimité.

Sans rien ajouter, elles se dirigèrent vers le placard à balais du hall. Celui-là aussi elles le connaissaient bien, mais le fréquentaient moins assidûment que celui du 4e étage.

- Salut Neville, lança Parvati en croisant le garçon.

La bouche entrouverte, il semblait un peu perdu.

- Oui... dit-il en les regardant refermer la porte du placard à balai.

Lavande retourna un seau et s'y installa.

- Il faut qu'on sache si Pénélope a fait quelque chose au balai de Harry, dit Parvati. Parce que même si on l'a empêché, qui nous dit qu'elle ne recommencera pas ?

- Et on doit savoir qui l'a aidée. Elle a forcément été aidée. Pourquoi la préfète en chef saboterait un match de quidditch ?

- Comment savoir ? on ne va pas interroger l'équipe de Serdaigle ?

- Précisément, couina Lavande. On va avoir besoin d'un déguisement. Enfin, tu vas avoir besoin d'un déguisement.

Un râle émergea des profondeurs de l'estomac de Parvati en même temps que la lumière se faisait dans son esprit.

- Non, pas encore, prévint Parvati. On a dit qu'on arrêtait. Et puis de toute façon, c'est trop tard, le match va débuter.

- Ça c'est pas un problème, dit Lavande en sortant le Retourneur de Temps.

- On va pas recommencer, s'offusqua Parvati.

- Est-ce que tu as une meilleure idée ?

Parvati n'avait pas de meilleure idée. Elle glissa sa tête à côté de celle de son amie.