5 – Feu, fenêtre et match

10 h 05

Elles atterrirent au 3e étage, devant la statue de la sorcière borgne. Elles se figèrent, bloquant même leur respiration . Deux autres Parvati et Lavande descendaient l'escalier menant au 2e étage. Elles restèrent paralysées, incapables de prendre une décision. Enfin, les autres Parvati et Lavande disparurent et ces Lavande-et-Parvati-ci reculèrent le plus silencieusement possible d'un même mouvement. Lavande ouvrit une porte au hasard. Une porte qu'elle n'avait jamais ouverte. Elles y entrèrent. Les deux jeunes filles ne se trouvaient pas dans une salle, comme elles l'avaient d'abord cru, mais dans un couloir. Au sol, elles remarquèrent une chaîne reliée à trois colliers. Plus loin, ce qui ressemblait à une trappe. Il y avait plein de choses curieuses dans ce château, elles ne se posèrent pas de questions. Elles venaient déjà de vivre une expérience curieuse qui leur fit se poser plein de questions.

- Ho crotte ! s'exclama Parvati une main sur le cœur. Comment l'autre version a fait pour pas nous voir ?

- C'était quelle version ?

- La 4e, annonça Parvati après un instant de réflexion. C'est après qu'on a ensorcelé la porte pour bloquer Black. Là, on descendait pour fouiller le 2e étage pour trouver Peeves.

- Il faut à tout prix qu'on s'évite, où sommes-nous ? Et nous qu'est-ce qu'on fait ?

D'un même mouvement, elles s'installèrent en tailleur sur le sol.

- Déjà nous maintenant : la 5e version, résuma Parvati. Nous devons nous rendre dans le stade assez rapidement. Donc, on doit sortir dans le couloir du 3e étage, rejoindre les escaliers en marbre, puis le hall et passer par la grande porte. Le tout, sans croiser l'une de nos autres versions, sans croiser Black, sans rencontrer Pénélope, Padma... ou n'importe qui d'autre avec qui nos autres versions auront des interactions.

Une fois de plus, elle avait oublié le pauvre Neville.

- J'ai mal au crâne, confia Lavande.

- Notre 1re version, reprit Parvati concentrée, est dans la salle commune, elle descendra bientôt les escaliers pour guetter Eddie à 10 h 20, ce qui nous laisse dix minutes.

- Notre 2e version ne pose pas le moindre problème, rappela Lavande. Elle est dans la bibliothèque, et ne descend que lorsque notre 1re version remonte les escaliers.

- Remonte les escaliers ?

- Oui, notre 2e version voulait prendre la place de la 1re après l'incident mascara. C'était le bon temps, dit Lavande nostalgique.

- Le bon temps, c'est dans 20 minutes.

Elles se regardèrent pour échanger un frisson.

- Dans la 3e version, moi je suis en Padma dans les escaliers à 10 h 11 puis dans le hall et dans la grande salle.

- Et moi en 3e : je suis dans le placard à balai et dans les escaliers à 10 h 15. Je me suis pressée pour être certaine de devancer notre 1re version qui reste stationnaire dans les escaliers.

- Il faut absolument précéder la 1re version, dit Parvati. On doit être dans les escaliers à 10 h 10. Pour passer avant ma 3e version. Quelle heure il est ?

D'un même mouvement, elles consultèrent leurs montres respectives. 10 h 09. Elles se redressèrent avec terreur.

- On range nos écharpes, on met nos capuches, on cache les écussons et on fonce, déclara Lavande.

Lavande ouvrit la porte et toutes les deux galopèrent vers les escaliers en retirant leurs écharpes. Elles stoppèrent avant de s'engager dans les escaliers, contrôlèrent les marches dans un sens et dans l'autre. Rien à signaler à part des élèves qui se pressaient. Une ambiance de jour de match. Elles bondirent dans les escaliers, capuches rabattues. D'une main, elles masquèrent leur écusson et dévalèrent les marches. Elles n'échangèrent pas un mot, ne s'arrêtèrent à aucun moment, même lorsqu'elles virent la longue tresse noire reconnaissable entre toutes. Parvati, 3e version, descendait les escaliers. Elles ne ralentirent pas, se détournèrent lorsqu'elles passèrent à son niveau. Dans le hall, la foule les força à freiner, elles retirèrent leurs capuches en voyant des regards se tourner vers elles. Et continuèrent de se presser vers la grande porte jouant des coudes pour se faufiler entre les élèves.

- Salut Neville, lança Lavande.

- Heu... commença Neville avec un sourire intrigué.

Elles ouvrirent la lourde porte en chêne et la refermèrent derrière elles.

- C'est bon, dit Lavande. On a réussi. Pas de perturbation temporelle. Ton autre toi ne nous a pas vu.

- Ah si ! contredit Parvati. Deux filles qui courent comme des dératés dans les escaliers, je nous ai vus.

- Tu nous as vus ? Dans ta 3e version ?

- Je n'ai pas percuté que c'était nous.

Elles longeaient le chemin menant au stade.

- On est où là ? demanda Lavande. Nos autres nous ?

- Dans le château, dit Parvati. Et nos nous de maintenant : dehors. On va au stade et nous n'avons jamais été au stade. Du coup, on s'en fout.

- On va enfin vivre 11 h 12.

Les deux filles se regardèrent avec satisfaction. Ravies d'enfin voir le bout de leur peine. Elles s'installèrent dans les gradins vides sans pouvoir s'empêcher de continuer d'observer leurs montres avec frénésie.

- Les autres élèves ne vont pas tarder, annonça Parvati en scrutant sa montre. Il est 10 h 45.

- Tu as raison.

Lavande désigna d'un signe de tête deux élèves qui avaient déjà disparu.

- Elles sont reparties, dit Lavande avant que Parvati eût tourné la tête.

- C'était qui ? demanda Parvati.

- Je n'ai pas vu leurs visages, expliqua Lavande.

Elles se regardèrent avec une profonde lassitude.

- C'était nous ? demanda Parvati.

- Je n'ai pas vu leurs visages, répéta Lavande.

Lavande était soulagée de ne pas avoir vu leurs visages. Elle devinait facilement qui pouvaient être ces deux élèves qui apparurent et disparurent si vite. Elles retournèrent leur attention vers le stade alors que des élèves s'installaient dans le stade.

- Ça ne peut pas être nous, dit brusquement Parvati. On est bien organisées. Black va être bloqué dans cette salle de classe. Peeves va le trouver et sonner l'alerte. Et même s'il ne la sonne pas. Black est quand même coincé. Rien ne peut perturber ce plan.

- Et tous les élèves vont être dans le stade, rappela Lavande.

- Et ce n'était pas nous, dit Parvati pour se convaincre.

Les gradins se remplirent de plus en plus et les filles profitèrent de l'ambiance. Les joueurs de Serdaigle entrèrent les premiers sur le terrain. Ils furent bruyamment encouragés par les élèves de leur maison. Suivit l'équipe de Gryffondor que les deux filles acclamèrent ardemment. Les deux équipes se firent face. Harry semblait encore plus gauche que d'habitude. Le coup de sifflet retentit et le commentaire de Lee Jordan aussi.

- Ça y est, c'est parti ! s'exclama Jordan. Le clou de ce match, c'est bien sûr l'Éclair de Feu, monté par Harry Potter de l'équipe de Gryffondor. Si l'on en croit Balai-Magazine, l'Éclair de Feu a été choisi cette année par les équipes nationales qui participeront au Championnat du monde...

- Jordan, vous voudriez bien commenter ce qui se passe sur le terrain ? l'interrompit le professeur McGonagall.

Malgré les recommandations de McGonagall, Jordan se lança dans un exposé détaillé sur l'Éclair de Feu. Les filles tentèrent de s'intéresser au match, mais ne pouvaient s'empêcher de regarder leurs montres.

- 11 h 12 ! clama Parvati victorieuse.

Katie Bell marqua le premier but pour Gryffondor et déchaîna les acclamations du public. Dissimulant les embrassades joyeuses de Lavande et Parvati, célébrant une heure qu'elles n'avaient jamais vécue. Autour d'elle des cris nerveux retentirent, puis un grand « Ooooooh » de déception.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda Lavande en se détachant de son amie.

- Une tentative ratée apparemment.

- Salut Neville, lança Lavande.

Le spectateur retardataire s'installa une rangée devant elles.

Le reste du match fut chargé en rebondissements auxquels les filles commencèrent enfin à être sensibles. Les Gryffondor marquèrent encore sept buts. Puis Serdaigle marqua trois buts coup sur coup. Lee Jordan se fit sévèrement réprimander par McGonagall pour ses multiples commentaires sur l'Éclair de feu.

Dans les gradins, Neville quitta sa place et revint quelques minutes plus tard. Il lança un regard choqué aux deux filles. Elles lui adressèrent un sourire sans savoir quel comportement adopter. Elles tentèrent de se concentrer sur le match, esquivant le visage terrifié de Neville.

Le regard de Lavande se figea. Ses yeux étaient fixés sur le château.

- Oh crotte, murmura-t-elle dans un couinement.

Parvati suivit son regard. Sur la paroi du château, à la hauteur du 3e étage. Un homme escaladait le mur pour passer d'une fenêtre à une autre. Il était trop loin pour qu'on puisse le distinguer, mais son identité ne faisait aucun doute.

- On a oublié la fenêtre, geint Parvati.

Elles échangèrent un regard et sans rien dire, descendirent sous les gradins.

- On doit éviter la tranche 10 h/11 h, suggéra Parvati pendant qu'elle passait sa tête à côté de celle de Lavande. C'est trop dangereux.

- Après, on risque de tomber sur Black, rappela Lavande. Donc avant.

Lavande commença à tourner le sablier pendant que Parvati choquée pointait du doigt l'un des piliers.