Partie 3
« Endoloris ! Potter était au ministère et vous ne me l'avez pas apporté ! Glappit Harry d'une voix suraiguë. Vous l'avez laissé parler et se présenter aux élections ! Vous ne valez par mieux que des moldus ! Vous m'avez déçu. »
Il leva sa baguette et laissa les deux mangemorts recroquevillés à ses pieds avant de sortir en trombe de la pièce. Le garçon était bien plus téméraire qu'il l'avait imaginé. Et quel était ce sort de feu ? Il n'en avait jamais entendu parler. Et son nom moldu qu'il avait tant haï avait été dit devant tout le monde, quelle honte ! Il allait falloir multiplier les attaques pour rappeler à tous pourquoi il était le plus grand sorcier du monde. Son regard tomba sur le tract chiffonné dans sa main, celui de Potter. Il commencerait pas Godric's Hollows où il détruirait les maisons, et peut-être même le cimetière.
A bout de souffle Harry se releva du sol où il venait de tomber. Heureusement, il avait réussi à s'éloigner de la fête pour aller dans la cuisine lorsqu'il avait senti la douleur dans sa cicatrice augmenter de manière fulgurante. A ses côtés, Ron et Hermione l'aidèrent à se relever. Ils avaient suffisamment d'expérience maintenant pour reconnaître les signes avant-coureurs d'une vision. Hermione lui tira une chaise et le força à s'asseoir pendant que Ron lui apportait un tasse de thé.
« Harry ? Ça va ? demanda Bill qui n'avait jamais vu Harry avoir une vision de Voldemort auparavant.
- Voldemort n'est pas content, je je l'ai vu, balbutia Harry, il est furieux parce que je n'ai pas été arrêté au ministère. Il veut... »
Harry ferma les yeux en essayant de se concentrer sur ce qu'il venait de voir.
« Il veut rappeler pourquoi il faut avoir peur de lui. Il commencera par Godric's Hollow.
- Comment as-tu vu cela ?
- Ma cicatrice. »
Il n'eut pas le temps d'en dire plus avant que Bill sorte sa baguette.
« J'ai toujours voulu examiner ta cicatrice, je peux ? »
Harry hocha la tête tout en prenant une gorgée de sa tasse.
« Avec plaisir, je ne crois pas avoir déjà été examiné.
- Tu l'as sûrement été le soir où tu l'as eu, répondit l'aîné des Weasley en agitant sa baguette dans des moulinets compliqués.
- Peut-être mais je n'en suis pas sûr. De ce que j'ai compris, c'est Hagrid qui m'a retiré des décombres de la maison et il m'a directement emmené chez les Dursley sur ordre de Dumbledore. »
Bill fredonna distraitement en continuant son analyse. Ron et Hermione prirent place à côté d'Harry, toujours fidèles, en regardant avec intérêt les mouvements de baguette.
« Et après avoir lui avoir parlé des douleurs dans ma cicatrice quand je suis allé à Poudlard, je n'ai jamais été examiné non plus.
- Fleur, peux-tu venir une minute mon amour ? Appela Bill par dessus son épaule.
- Tu as trouvé quelque chose ? s'inquiéta Ron en ne reconnaissant pas le timbre de voix de son frère.
- Je pense qu'Albus a commis une grave faute en ne faisant rien. La magie de l'esprit est particulièrement fluctuante et il était dangereux de t'imposer des cours d'occlumencie sans chercher à en savoir davantage sur la connexion. Tu peux scanner Harry comme nous l'avons fait pour Ginny, s'il te plaît ? Ajouta-t-il d'une voix douce à sa femme qui venait d'entrer, baguette en main. »
Fleur s'exécuta immédiatement pendant que Ginny entrait également dans la cuisine. Elle reconnu les mouvement de baguette et se tourna vers Hermione en levant un sourcil. Celle-ci lui fit signe de ne pas intervenir. Pas encore. Pendant ce temps Harry commençait à s'inquiéter. Qu'avaient-ils trouvé ?
« Il y a une forte trace de magie noire, expliqua Fleur en le regardant dans les yeux. La même que celle sur le médaillon, ajouta-t-elle en clignant précipitamment des paupières pour en chasser les larmes.
- Je suis un Horcruxe, chuchota Harry avec horreur. »
Bill, Fleur et Ginny s'installèrent autour de la table.
« Personne ne doit savoir, dit immédiatement Hermione.
- Je suis d'accord, il va falloir qu'on fasse des recherches à ce sujet. Quoi ? Il m'arrive de lire, tu sais, grogna Ron en voyant le regard surpris d'Hermione dans sa direction.
- Bill et moi fouilleront dans la bibliothèque de Gringott, dit Fleur avec un calme qu'elle ne ressentait pas.
- Très bien, je me charge de celle des Black, répondit Hermione. Je pense qu'il faudrait le dire à quelqu'un d'autre pour m'aider là-bas.
- Nous le dirons à Lupin, il s'y connaît en force du mal, il aura peut-être une idée, dit Ginny qui agrippait la main d'Harry comme si cela pouvait le protéger.
- D'accord, dit Harry, je vous fais confiance à ce sujet mais si à la fin de la guerre je suis le dernier Horcruxe, je compte sur vous pour me tuer ou me faire tuer. Je veux vivre, ajouta-t-il précipitamment en voyant leur visages se décomposer, mais je ne peux pas le faire au détriment de tous. »
Et c'était vrai, peu importe combien il voulait profiter de sa liberté, s'il devait la passer en regardant sans arrêt par dessus son épaule, cela n'en valait tout simplement pas la peine. Mais cela renforça sa détermination. Si le temps lui était compté, alors il allait devoir se dépêcher.
Comme on pouvait s'y attendre, la réaction de Lupin fut explosive mais il se révéla très motivé pour faire des recherches, bien décidé à aider le fils de James et Lily. Il prit cependant Harry à part.
« J'avais des nouvelles importantes à te donner. Je sais que ce n'est pas le moment, mais je ne veux pas attendre.
- Des nouvelles ? Lesquelles ?
- Tu sais que Tonks et moi sommes mariés ?
- Oui, et je t'en veux toujours de ne pas m'avoir invité à ton mariage. Je suis le fils de James et le filleul de Sirius !
- Je suis désolé à ce sujet, nous pensions que ce serait plus sûr de cette façon. Mais j'aimerai que tu sois le premier au courant. Tonks est en train de l'annoncer à ses parents en ce moment même. Elle est enceinte.
- C'est génial ! s'écria Harry avec un immense sourire en oubliant aussitôt son agacement. Félicitations !
- Je te remercie. »
Il posa ses deux mains sur les épaules d'Harry et le regarda droit dans les yeux.
« Harry, je veux que tu sois le parrain. Tu es un homme extraordinaire et je ne peux pas penser à une meilleure personne pour prendre soin de l'enfant et pour être un exemple pour lui.
- J'en suis honoré, Remus. Merci. Je serais toujours là pour bébé Lupin. »
Remus serra ses épaules avec un sourire triste, reconnaissant la remarque implicite.
Pendant que les recherches se poursuivaient, la course ministérielle battait son plein. Il était en réalité impossible de tricher aux élections en éliminant les votes des concurrents car les urnes, apprit Harry, fonctionnait comme la Coupe de Feu. Cependant, contrairement à cette dernière, elles étaient utilisées fréquemment et leur magie était donc régulièrement activée. Un sort de confusion, aussi puissant soit-il ne suffirait pas pour truquer les élections. C'était la raison pour laquelle Voldemort éliminait ses opposants à défaut de leur vote. Pourtant la candidature de Harry avait fait grand bruit. Annoncée dans l'Atrium du ministère, les urnes l'avaient automatiquement enregistrée. A présent, diverses interviews au Chicaneur accompagnées de photos d'Harry et de l'Ordre répondant à des appels de détresse avaient renforcées sa position. Les gens espéraient à nouveau et voyaient en lui un nouveau Dumbledore. Harry ne se sentait pas très flatté par la comparaison, mais si cela lui permettait de remporter les élections, il l'accepterait bon gré mal gré. C'était un pari risqué, mais sur les conseils d'Hermione et d'autres membres d'Ordre, il avait dévoilé la prophétie au grand public. Le fait de sous entendre dans une interview que « le pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore » était peut-être la force ministérielle acheva de convaincre les plus sceptiques. Peu importe combien son opposant, un sang-pur du nom de Pius Thicknesse, avait essayé de le décrédibiliser en le présentant comme un écolier assoiffé d'attention, le fait que l'Ordre arrive plus rapidement que les aurors en cas d'attaque avec Harry à leur tête suffisait pour lui assurer la victoire.
Le 17 août, malgré ses efforts, le camp de Voldemort perdit les élections et Thicknesse, lui, perdit la vie en raison de son échec. La première action de Harry en qualité de ministre fut de convoquer le Magenmagot. Surfant sur sa nouvelle popularité et flanqué de deux aurors, il se fit voter les pleins pouvoir en raison de la situation exceptionnelle qu'ils étaient en train de vivre.
Sa patience avait enfin payé. Personne ne pouvait légitimement lui dire quoi faire à présent. Harry monta sur l'estrade et fit face au Magenmagot et à la foule d'employés du ministère.
« Chers amis, je vous remercie pour votre confiance, et je vous promets de m'en montrer digne. Le ministère est là pour servir la population, et non l'inverse. Pour cela, il nous faut nettoyer nos rangs de ceux qui ne se sont pas montré à la hauteur de la tâche qui leur a été confiée. Moi, je n'ai rien à me reprocher, dit-il en relevant ses manches pour leur présenter ses bras dénués de la marque des ténèbres. Et vous ? »
Les membres de l'Ordre présents relevèrent leurs manches à leur tour et furent imités peu à peu par leurs collègues. Ceux qui refusèrent furent bombardés de sortilèges et leurs manches remontées de force. Certains avaient la marques. Beaucoup d'entre eux à vrai dire. Plus que ce que Harry craignait.
« Aurors ! Appela-t-il. Arrêtez les. Lors de la dernière guerre certains d'entre eux on prétendu agir sous imperium, si c'est vrai alors ils n'ont rien à craindre et accepteront de prendre volontairement du véritasérum. Dans le cas contraire, forcez les à le boire, qu'ils disent tout ce qu'ils savent. Je laisserai le Magenmagot décider de leur punition. A partir d'aujourd'hui, chaque personne arrêtée sera interrogée sous véritaserum. »
Il entendit un tollé de protestations. Il savait qu'il bafouait leurs droits mais Lupin lui avait expliqué comment leur faire accepter sa décision.
« Un jour j'ai rencontré un homme. Il avait été arrêté, on lui avait pris sa baguette et il fut envoyé à Azkaban sans procès car ses accusateurs ne pensaient pas qu'il le méritait. Cet homme était innocent et il a passé 12 ans à Azkaban pour des crimes qu'il n'a pas commis. Cet homme, c'était mon parrain, Sirius Black. Et j'aurais aimé qu'à l'époque quelqu'un lui fasse boire cette potion pour l'innocenter et lui rendre sa liberté. Ce qui lui est arrivé a brisé sa vie et cela ne doit jamais se reproduire.»
Les contestations se firent plus faibles après cela.
Voldemort n'était pas connu pour son calme et sa patience, mais sa colère froide en apprenant les premières actions de Harry en temps que Ministre avait été mémorable et avait provoqué la mort de deux mangemorts. Il avait pensé que le décès de Dumbledore lui permettrait de s'emparer facilement du monde des sorciers mais le poulain du directeur s'avérait plus redoutable encore. En refusant d'être ministre le vieil homme avait permis à des personnes influençables de gouverner, ce qui lui avait donné l'occasion de les manipuler. Mais Potter ? Potter ne laisserait personne lui dire quoi faire sans vérifier ses intentions au préalable. Et Lucius qui ne pouvait plus aller parler aux bonnes personnes pour les menacer et les inciter à faire ce qu'il voulait ! De toute évidence les informations de Severus et de Drago à son sujet étaient fausses. Il les fit appeler. Sa victoire venait d'être repoussée et de nouvelles personnes allaient devoir répondre de cet échec. Comment cela faisait-il que personne n'ait su ce dont le nouveau ministre était réellement capable !
Au ministère les politiciens les plus rusés découvraient le goût amer de leur perte de pouvoir, d'autorité et de prestige. Le Ministre Potter, avaient ils découvert, ne se souciait pas de politique mais de résultats. Le sénateur Greengrass avait été incapable de lui faire comprendre que l'utilisation éhonté de la potion de vérité allait créer un précédent qu'il serait bien difficile de retirer en temps de paix, même pour des affaires de moindre envergures. Le foutu garçon l'avait regardé comme s'il était un idiot.
« Si vous avez des choses à vous reprocher, ce n'est pas mon problème Monsieur le Sénateur, avait-il dit d'une voix glaciale.»
En ce qui concernait le Sénateur Odgen, il s'était heurté à un mur en proposant de faire passer une loi interdisant la baisse du prix de l'alcool afin de s'éviter le risque de faire faillite.
« Des gens meurent et votre plus grande préoccupation c'est ça? Avait aboyé Potter. Commencez par participer à l'effort de guerre avant de réclamer des faveurs ! »
De son côté Percy avait dégringolé tout en bas de l'échelle et était à présent dans un cagibi en train de classer de la paperasse. Il avait bien sûr essayé d'expliquer à Potter qu'il pourrait l'aider puisqu'il connaissait bien les rouages du ministère mais la réponse l'avait laissé au bord des larmes.
« Si être un laquais de Fudge et complimenter Ombrage font partie des ficelles du métier, je crois que je vais me passer de tes services. Et ne t'attend à aucune faveur de ma part simplement parce que tu es le fils du nouveau Sous-Secrétaire d'État. »
Il savait qu'il aurait dû se réjouir pour son père, mais il n'arrivait pas à se débarrasser du sentiment qu'il lui volait son rêve.
Fudge était peut-être le seul politicien content de la situation. Le garçon allait enfin se confronter à l'exercice difficile du pouvoir et à la nécessité de faire des concessions pour contenter les bonnes personnes afin d'être réélu. Il était jeune, il ferait des erreurs, beaucoup d'erreurs et en temps qu'ancien ministre, il n'hésiterait pas à le pointer du doigt dès que cela serait le cas. Potter n'avait aucune expérience et ils étaient en guerre. Il lui suffirait de critiquer suffisamment le nouveau ministre pour attiser l'opposition sans attirer l'attention sur lui. A la fin de la guerre, le public verrait qu'il avait essayé d'empêcher Potter de commettre des bêtises et il n'aurait qu'à se baisser pour ramasser des voix.
Mener une guerre avec les ressources du ministère se révélait être une expérience très nouvelle pour Harry. Il s'était attendu à ce que ce soit particulièrement difficile mais il était si bien entouré et habitué à être dans des situations tendues qu'il ne s'en sortait pas si mal. Dans les couloirs, les gens s'écartaient pour le laisser passer et tout le monde écoutait son opinion avec la plus grande attention. Si Ron, Hermione et Ginny n'étaient pas là pour le faire redescendre sur Terre, il était certain qu'il aurait été étonnamment facile de devenir un nouveau Fudge. Mais c'était la guerre, et il avait tellement de travail et de responsabilités qu'il n'avait pas le temps de philosopher sur l'effet du pouvoir sur lui. Il comptait sur ses amis pour le ramener à la raison si nécessaire. Pour la première fois de sa vie, il s'autorisait à compter sur d'autres personnes car il était celui qui fixait les règles. Il n'aurait de toutes façons pas pu chercher les horcruxes et mener la guerre en même temps, songea-t-il en sortant de l'ascensseur, flanqué de sa garde habituelle d'aurors. Harry frissonna en pensant à ce qui aurait pu se passer s'il n'avait pas été élu. Profondément plongé dans ses pensées en marchant en direction de son bureau, Harry ne remarqua pas la silhouette qui se glissa derrière lui et ses aurors.
« Hem, hem. »
