Un cri.
C'est ce qui réveilla Aesop. Puis un brusque coup de pied poussant sur sa hanche le fit tomber du lit. Une voix aiguë gronda, complètement outrée.
- Que diable fais-tu dans ce lit ?! Comment-oses tu ?!
Aesop se frotta les yeux, reprenant doucement ses esprits. Il leva les yeux vers la source de son réveil et un sourire illumina son visage.
- Bonjour mon amour. Quelle joie de me réveiller auprès de toi.
Le Hunter fit des yeux ronds, plein de stupeur, de colère et de scandale.
- Je rêve ! Tu me fait l'affront de t'immiscer dans mes draps et tu oses me parler avec ce ton mielleux !?
Il était rouge carmin, tremblant de rage. Comment avait-il osé ? Ce parfait inconnu se permettait de venir dans sa chambre alors qu'il dormait, il avait osé le toucher, se coucher près de lui, alors qu'il était en position de faiblesse et débraillé. Il s'était complètement incrusté dans son intimité sans en avoir reçu quelconque invitation ! Qu'est-ce qui lui assurait qu'il n'avait pas fait de choses étranges avec lui. Et si il l'avait souillé ? Si jamais il avait profité de lui ? Ses dents grinçaient, il était si outré et en colère qu'il en avait presque les larmes au yeux. De quel droit cet individu effrayant se permettait-il se genre de fourberies ?
- Si... Si jamais je découvre la moindre trace suspecte sur mon corps, je te promet que je t'égorge !
Aesop pencha la tête sur le coté.
- Tu sais... Je n'ai rien fait mon amour. Jamais je ne t'infligerais le moindre mal.
- Bien sûr que si ! C'est déjà fait d'ailleurs ! Tu n'as pas le droit de faire ce genre de chose ! Comment oses tu ?
- Je voulais juste rester près de toi, j'avais envie de m'assurer que tu étais en sécurité. Tu dormais si sereinement. Répondit-il avec une voix douce.
- Foutaises ! Je n'ai pas besoin de toi pour veiller sur moi ! Je ne te connais pas ! Quand vas-tu imprimer cela dans ton esprit !?
Il se tourna rageusement et attrapa son veston. Il quitta la pièce en grondant.
- Je t'interdis de m'importuner est-ce que tu m'entends ?
Il s'en alla en claquant la porte brutalement. Ses bruits de pas rageur s'estompant dans les couloir. Aesop se releva doucement. Il l'avait su hier en prenant le risque de dormir avec lui, qu'il allait l'énerver. Il l'avait un peu chercher. Mais il était sûr qu'un être aussi merveilleux que lui allait lui pardonner. Il n'avait pas pensé à mal après tout. Il se tiendrait sage et discret comme il le voulait, il était sur qu'en se comportant gentiment, il allait laisser cet incident de coté. Il se lava et quelques heures après son réveil, la faim le titilla, il se mit en quête de la cuisine. En s'approchant de cette dernière, il sentit une douce odeur lui chatouiller les narines. Il s'approcha discrètement et c'est alors qu'il aperçu son cher et tendre, s'affairant devant les fourneaux, il semblait calme. Peut-être sa colère s'était estompé ? Il sourit même en l'entendant humer très discrètement un petit air. Puis il se cacha en le voyant tourner les talons. Il s'était promis d'être sage puisque son amour lui avait demandé de ne pas le déranger. Il fallait qu'il montre qu'il était sincère et de bonne volonté. Quand le Hunter apparut dans la salle a manger et qu'il le vit, ses sourcils se froncèrent doucement. Puis il sembla prendre une inspiration et son expression se détendit à nouveau.
- As-tu faim ?
La question surpris un peu Aesop.
- Il est midi et je trouve cela impoli de ne cuisiner que pour moi sachant que quelqu'un d'autre est ici. Or... Je t'ai préparé un couvert au cas où. Tu n'es pas obligé de manger si tu n'as pas envie mais au moins tu es prévenu.
Aesop se mit à rougir. Son cher amour lui avait... Préparé un repas... Pour lui ?
- Hé bien. Tu ne parles pas ? : Demanda t-il en s'approchant, posant le premier couvert sur la table. Est-ce parce que je t'ai demandé de ne pas m'importuner ?
Il déposa l'assiette contenant une omelette décorée d'herbes et de baies, avec des couverts en argent et un verre en cristal.
- Écoutes... Je ne comprend absolument pas pourquoi tu te comportes ainsi. C'est extrêmement perturbant. T'en rends tu-compte ?
L'embaumeur le regarda silencieusement dans les yeux, buvant chaque mots qui sortait de sa bouche.
- Mais... Tu es peut-être juste ... Maladroit... Et très sot. Est-ce cela ? Tu es un nouveau n'est-ce pas ?
Face au mutisme du survivant, le Hunter secoua la tête en ajoutant.
- Tu ... Tu es étrange et j'aimerais que tu ne fasse plus de choses bizarres. Mais... Écoutes, nous allons devoir nous côtoyer dans ce manoir jusqu'à la prochaine chasse, qu'on le veuille ou non alors...
Il posa ses propres couverts et son plat et il s'assit doucement en regardant la table.
- Alors... Faisons comme si rien ne c'était passé et ... Pourquoi ne pas parler un peu, ça tuera le temps. Hmmm Par exemple... Euh... Quel est ton nom ?
Le survivant sentit une pointe de joie dansante naître dans sa poitrine. Le Hunter l'avait donc pardonné aussi vite ? Il avait raison, il était beaucoup plus doux qu'il ne voulait paraître.
- Je m'appelle Aesop... Aesop Carl.
- Aesop... Répéta le jeune Hunter.
Entendre l'amour de sa vie prononcer son nom lui donna une bouffé de chaleur qui se répandit sur son visage et il eut du mal à cacher ses rougeurs. Le Hunter s'esclaffa.
- Qu'est-ce que tu as encore ?!
- Hmm rien... Rien du tout. Il cacha du mieux qu'il puisse son sourire maladroit. C'est la nourriture qui me fait ça... C'est délicieux.
Le Hunter se pinça les lèvres. Il savait qu'il mentait mais il ne savait vraiment pas comment réagir face aux réactions disproportionnées du survivant, ce dernier demanda timidement.
- Et toi...
- Comment ça moi ?
- Hé bien.
Il releva doucement les yeux pour le regarder. Il posa sa question avec une pointe d'excitation.
- Puis-je savoir ton prénom ?
- Oh...
Le Hunter se détendit et il répondit d'une manière solennelle.
- Je m'appelle Joseph Desaulnier. Comte de la maison Desaulnier.
Aesop se mordit la lèvre. Ah ... Il connaissait enfin son nom. Joseph... Il s'appelait Joseph.
- S'il te plait cesse d'avoir des réactions étranges... Demanda Joseph avec dépit. Tu ne vas pas rougir ou te muer dans le silence à chaque fois que je vais dire le moindre mot non ?
- Je suis désolé, c'est plus fort que moi.
Il allait surement ajouter un autre mot d'amour pour ponctuer sa phrase mais il se retint.
- Desaulnier c'est... C'est un nom étranger n'est-ce pas ? Et tu as un accent plutôt atypique. Tu es français ?
Joseph soutint son regard.
-Oui c'est cela.
Aesop sourit tendrement, chaque détail qu'il apprenait à propos de lui le ravissait. Joseph évita son regard quand il vit l'expression charmée du survivant et il continua.
- Mais j'ai passé le plus gros de ma vie en Angleterre donc bon...
L'embaumer fronça doucement les sourcils. Le Hunter se pinça les lèvres avant de se racler la gorge.
- Et toi. Dis-moi, d'où viens tu ?
Aesop sentit une pointe de déception, il préférait que son amour lui parle de lui plutôt que de parler d'une vie ennuyeuse comme la sienne. Mais bon, s'il voulait gagner son affection, mieux valait ne pas chipoter.
- Je viens de York, une ville dans le nord.
-Oui je vois. Tu as fais un long voyage alors pour venir au manoir.
'' Oui, j'ai fais tout ce chemin. Pour toi mon bien-aimé.'' Ces mots lui brûlèrent la langue mais il se contenta simplement d'acquiescer en le regardant avec amour. Joseph n'était pas dupe et il sentait clairement le regard du survivant le scruter avec intensité, il chercha un sujet pour tenter d'oublier sa gène.
-Mmh ... Au fait ! Pourquoi ce masque ? Tu le portes quasiment en permanence. Ce n'est pas très commun.
- Ah ? Hé bien...
Il posa ses mains sur la table.
- Disons que c'est un équipement de travail.
- C'est à dire ?
Il hésita un instant. Aesop n'avait jamais menti à personne, il n'avait jamais ressentit la timidité, la honte ou la gêne. Pourtant, d'un coup, il sentit les mots se bloquer dans sa gorge. Les gens avaient toujours trouvé son métier... Repoussant. Il s'était toujours fichu de l'avis de tout le monde. Mais c'était l'amour de sa vie en face de lui. Et si il trouvait lui aussi que son art était sale, malsain ? Malgré tout, mentir n'était pas son genre, alors il répondit d'une petite voix.
- Je suis embaumeur.
À cette nouvelle, Joseph redressa la tête ce qui surprit un peu le survivant. Cela dit, dans son charmant regard bleu, il ne vit aucun dégoût, seulement une intense curiosité.
- Ah bon ?! Voilà qui est fort intéressant.
Le cœur d'Aesop rata un battement. Intéressant ? Joseph trouvait cela intéressant ...Cela lui fit tant plaisir, car après tout, Aesop avait toujours trouvé en son métier, une sorte de passion.
- Je sais que c'est un métier que beaucoup trouvent angoissant mais... Sans vouloir paraître arrogant, j'ai toujours considéré ce que je faisais comme de l'art. L'art de rendre hommage en embellissant un moment précédant la mort.
Pour son plus grand plaisir, il vit le regard de son bien-aimé scintiller d'intérêt.
- Ce n'est pas arrogant, je trouve que c'est un art plutôt noble, les gens sont juste trop étroit d'esprit pour saisir tout l'enjeu de ce genre d'activité. Évidement toucher aux morts, lorsque c'est dit tel quel, cela peu paraître étrange mais, au final, faire partir les défunts en les rendant présentable, c'est plutôt une attention délicate.
Aesop déglutit en rougissant. Joseph regarda par la fenêtre, fixant le ciel, il avait un léger sourire sur les lèvres.
- C'est comme si tu permettais aux futurs anges de se présenter sous leur meilleur jour devant dieu. Je pense que ces mêmes anges aurait de quoi te remercier d'avoir pris soin d'eux.
L'embaumeur resta muet. Des compliments venant du chasseur le bouleversait totalement, un point chaud brûlait dans sa poitrine. Le Hunter perdit son air rêveur en ressassant ses propres mots dans sa tête et il balbutia.
- Hum. Tu vas penser que je m'emporte à déballer mes belles lettres. C'est juste que je n'ai pas pour habitude de dénigrer l'art en général. J'ai passé mes jeunes années à toucher à tout. Bon je n'ai jamais pratiqué ton activité, je l'admet. Mais cela ne veut pas dire que je ne m'y intéresse pas où que cela me rebute. J'ai à de multiples reprise côtoyé des embaumeur qui me permettait de faire mon travail à moi, donc j'avoue avoir du respect pour cette profession.
- Ah oui ? Aesop se redressa sur la table. Et que pratiquais tu comme métier ?
Joseph replaça avec élégance une mèches de cheveux derrière son oreille. Chacun de ses gestes était ponctué d'un charme qui faisait frémir le survivant.
- Je suis photographe. Ça m'est arrivé à de nombreuses reprises d'avoir des demandes de la part de clients désirant des portrait posthume de leurs défunt proches. C'était fascinant car après le travail des embaumeur, je pouvais prendre des clichés emplis de vie. Et cela faisait comme si ces même personnes était encore vivantes et resplendissantes.
Il posa son coude sur sa table, soutenant sa tête d'une main avec un air songeur.
- De mon temps, la photographie était quelque chose de récent. Si tu n'étais pas fortuné, tu ne pouvais pas te faire tirer un portrait pour n'importe quelle occasion et n'importe quand. Le souvenir des personnes que tu pouvais rencontrer dans ta vie finissait par s'effacer. Tu oubliais tes amis, les personnes que tu avais chéri dans ton enfance. ˋˋ
Une nostalgie amère imprégna son visage.
- Alors imagines au combien ce fut merveilleux de pouvoir d'un coup pouvoir immortaliser chaque moment heureux dans une vie. De pouvoir garder pour toujours auprès de toi, l'image des gens auquel tu tenais et de savoir qu'ils ne mourront jamais vraiment car en fin de compte, il restera une trace d'eux quelque part.
Il ferma les yeux, le visage emprunt de mélancolie. Aesop ne le quitta pas des yeux, il sentit une pointe d'inquiétude naître dans sa propre poitrine. Sans pouvoir s'en empêcher, il ne sut se retenir de cueillir une mèche de cheveux blanc, caressant cette dernière dans un geste réconfortant. Joseph sursauta à ce geste et repoussa le survivant d'un mouvement sec.
- Que... Je t'interdis de faire ce genre de chose !
Il allait sûrement encore cracher une réplique pleine de colère quand son visage se figea en une moue surprise. Il eut l'air embarrassé.
-Je... Oh je n'aurais pas du dire ça en premier lieu. Ça ne te regarde pas en plus.
Toujours avec les sourcils froncés il ajouta en croisant les bras.
- Mais ne va pas croire que j'ai besoin d'une quelconque sympathie venant de toi. Je me suis juste rendu compte que j'allais un peu trop dans des histoires privées. Qu'est-ce qu'il me prend d'ailleurs de te parler comme ça ?
L'attitude bougonne de son cher et tendre le fit rougir une fois de plus. Il était si mignon. Un silence gêné s'installa. Aesop chercha nerveusement quoi dire. C'est en réfléchissant qu'il tiqua soudainement sur un détail.
- Attends... Tu avais bien dis à ton époque ?
Joseph se tourna lentement vers lui.
-Oh. C'est vrai tu es nouveau.
Il se redressa élégamment et dis d'un ton solennel.
- Tu n'as pas pu t'en rendre compte si ça fait peu de temps que tu es ici. Mais l'une des particularités de ce jeu étrange est que l'espèce de maléfice qui nous a emprisonné traverse les âges et conserve tout. Certains survivant sont là depuis tant d'années qu'il ne devraient même plus être de ce monde.
Aesop sembla très surprit. Il regarda Joseph de haut en bas. C'est vrai que... Les vêtements qu'il portaient étaient assez atypique de son point de vu. Était-ce une tenue du quotidien ? Mais... À quelle époque était-il coutume de porter ce genre de vêtements ?
- Je ne sais pas de quelle date tu viens mais en ce qui me concerne, j'ai vécu dans les années 1800.
Le survivant eut l'air intensément surprit. Le chasseur eut un sourire léger et il fronça les sourcils.
- Tu as l'air sans voix. Tu doutes ?
- N... Non.
C'était incroyable, une centaine d'années les séparaient tout les deux. Et à ce constat, une pensée douce et pleine d'espoir s'incrusta dans son esprit.
- C'est juste que... Tu viens de si loin.
Oui de beaucoup trop loin. Ils n'auraient jamais pu se rencontrer. C'était impossible. Joseph n'aurait pas pu encore exister au moment où Aesop était né, parce qu'un gouffre que l'être humain n'était pas en mesure de traverser aurait du normalement les séparer. Et si le jeune Aesop n'avait jamais su que l'amour de sa vie avait vécu un siècle avant sa naissance ? Et si il avait passé sa vie sans jamais le voir, le toucher, le sentir ? Mais la force du destin et la force de son amour avait quand même parvenu à les réunir. Créant l'impossible pour qu'ils soient ensemble. N'était-ce pas la plus belle preuve que l'amour brûlant qu'il ressentait depuis l'ouverture de cette lettre était bien réel et écrit ?
- Est-ce que tu te rends compte ?
Le chasseur aux cheveux blancs resta muet et curieux.
- Cette rencontre au final. Elle est empreinte de magie.
Joseph se pinça les lèvres en reculant légèrement et il gronda doucement.
- Argh ! Ne recommence pas !
- Mais réfléchis !
Il lui saisit les mains. Ces mains à lui, si douces, blanches et délicates. Les belles mains de poupée de son cher amour. Jamais en temps normal il n'aurait pu les tenir ainsi, mais le destin. avait voulu qu'il le rejoigne car auprès de lui, il avait une raison de vivre. Ah il l'aimait tellement. Joseph tenta de reculer un peu plus, il déglutit.
- Lâches-moi !
- Il y a peu, j'ai reçu une lettre. Dès le moment où je l'ai touché j'ai senti que je tombais amoureux de quelque chose. C'est absurde hein ? C'est totalement fou !
Il souriait avec extase.
- Mais n'est-ce pas aussi totalement fou de me trouver face à un être qui à vécu 100 ans avant ma naissance ? N'est-ce pas aussi impossible ?
Joseph continua à se débattre pour se dégager, mais le survivant s'acharnait à le tenir, à s'accrocher à lui.
- N'est-ce pas une preuve que nous étions fait pour nous trouver ? Ne me crois tu pas quand je te dis que c'est l'amour qui m'a amené jusqu'à toi.
- Je... Je ne veux plus entendre de sornettes ! C'est de la folie pure ! Tu es fou ! Totalement fou !
- Sûrement oui. Je suis sûrement fou.
Il avait l'air si heureux.
- Je suis complètement fou de toi. Chaque secondes près de toi, chaque mots de toi... Me fait tant de bien.
- Assez !
Joseph se leva si fort qu'il fit tomber la chaise. Il y avait une pointe de panique sur son visage. Maintenant il le savait, il avait peur. Était-ce encore une fourberie du jeu ? Était-il la '' récompense '' de ce survivant ? Seulement Joseph avait passé assez de temps dans le jeu, il avait apprit sa leçon, il savait que les récompenses n'étaient jamais rien de bon. Était-ce un nouveau piège ?
- Tu ferais mieux d'arrêter de croire à tes rêves fantaisistes ! Je t'ai déjà dis d'abandonner ta lubie obscène ! Les autres survivants ont-ils eut la bêtise de ne pas te dire qu'il valait mieux chercher à partir ?
Aesop se leva aussi, il se jeta à nouveau sur lui pour l'enlacer.
- Je sais que tu es confus. Je ne t'en veux pas. Je t'aime, je te laisserais tout le temps pour comprendre... Mon amour.
Joseph sentit ses joues rougir. Il ne savait pas quoi faire. Qu'est-ce que cette situation grotesque signifiait ?
- J'ai dis bat les pattes ! Cria t-il le repoussant d'un coup de coude. Il inspira d'un souffle tremblant et, la gorge serrée il déclara.
- Ce jeu est un piège tu m'entends ? Une malédiction ! Si tu crois que je suis une quelconque récompense, un quelconque prix et bien tu te trompes ! Le but ultime de ce qui se tapis dans l'ombre et qui est à l'origine de tout ce cauchemar, c'est de jouer à nous faire sombrer dans le désespoir.
Des souvenirs amers remontèrent et il grinça des dents.
- On te fait croire que tu auras quelque chose qui te rendra heureux, on te fait croire que tu trouvera le bonheur absolu. Mais c'est un cadeau empoissonné ! Ne t'accroches pas à ces sentiments car c'est un piège, un piège sadique !
Il s'approcha d'un pas rageur vers le survivant et vociféra. Ses habits redevenaient noirs et blancs, son visage se craquela sous l'effet de la colère.
- Tu crois que c'est un bonne chose de m'aimer ? Tu ne vas faire que souffrir espèce d'idiot. Tu m'insupportes avec ta mièvrerie et tes effluves sorties de nul part. Je ne comprend même pas pourquoi je ne te tue pas !
Il empoigna la main du survivant et la plaça sur sa propre poitrine.
- Je ne te rendrais jamais tes sentiments. Je n'ai pas de cœur !
Il lâcha brutalement sa main et tourna les talons en partant d'un pas lourd.
Aesop resta prostré dans la pièce, fixant en silence la porte par laquelle Joseph était parti. Une pointe profonde de tristesse le traversait et des larmes muettes perlèrent son regard.
Mais ça n'était pas le rejet qu'il s'était prit qu'il le firent pleurer.
Il l'aimait, il l'aimait follement et irrémédiablement. Il se fichait de se faire insulter ou piétiner. Et même si c'était frustrant, il ne l'obligerait même pas à lui rendre son amour. Tant qu'il pouvait être prêt de lui, ça lui convenait. Alors non ce n'était pas les mots emplie de venin vers sa personne qui l'émouvait.
C'était juste parce qu'il savait qu'il mentait. Il essayait peut-être de paraître insensible et haineux, mais il avait vu une étincelle de détresse en lui. Il le savait depuis qu'il rêvait de lui que quelque chose chez son amour avait besoin de son aide. Il savait qu'il souffrait. Et savoir que son tendre ange souffrait lui était insupportable.
Il essuya ses yeux d'un revers de manche et il quitta la cuisine.
Le soir arriva sans qu'il ne puisse croiser son précieux bien-aimé. Et ce simple fait le faisait se sentir mal. Il ne l'avait plus vu et cela lui serrait le cœur. Où était-il allé ?
Il déambula dans le couloir quand il vit de la lumière provenant d'une pièce. Il s'approcha et entrouvrit la grande porte de ce qui semblait être le salon principal du manoir. Le soulagement l'envahit quand il vit Joseph assit dans un fauteuil, installé devant la cheminée allumé. Il avait l'air de lire. Aesop resta dans l'encadrement de la porte, silencieux, il le regardait. Il pouvait bien entrer dans le salon, le rejoindre. Mais en cet instant il voulait juste s'imprégner de la douceur de sa silhouette. Son image brilla au fond de son regard, celle d'une belle créature, douce, calme, les reflets de flammes oranges scintillaient sur ses cheveux blancs et sa peau pâle. Le simple fait de le regarder le faisait se sentir mieux, il sentait, l'apaisement, la sérénité l'envahir.
Non il n'était pas fou, il savait qu'il avait l'air de l'être. mais dans ce cas, si il était fou, tout le monde était fou. Cet univers n'avait rien d'explicable, depuis quand les maléfices et la magie étaient censé exister dans un monde cohérent ? Alors si tout ça existait, les sentiments fous qu'il éprouvaient existaient aussi.
Joseph se redressa doucement et il se racla la gorge.
- Tu n'es pas possible ... Je sais que tu es là.
L'embaumeur sursauta, il resta immobile un instant avant d'avancer dans la pièce. Le bruit d'un bouquin se refermant brusquement claqua dans le salon. Le Hunter se tourna pour le toiser avec dépit.
- Tu me cherchais ? Après ce que je t'ai dis ? Je ne te comprend vraiment pas.
Il souffla et se massa les tempes.
- Je t'en supplie. Je suis trop fatigué pour commencer à te remettre à ta place une nouvelle fois. Alors... Ne recommence pas avec tes discours enflammés. Je n'ai pas du tout la foi de jouer avec toi.
Aesop resta muet, continuant d'avancer.
- Tu veux que je ne dise rien. C'est tout ?
Joseph haussa un sourcil en le fixant.
- Je me tairais, je te promet. Je veux juste rester un peu. Je peux ?
Le chasseur soupira avec lassitude encore une fois. Misère, mais quel survivant étrange.
- Je m'en fiche, fais ce que tu veux mais ne me déranges pas.
L'embaumeur sourit discrètement et il s'installa silencieusement sur un fauteuil libre. Il attrapa d'un geste maladroit un bouquin qui traînait, zieutant régulièrement son bien-aimé du coin de l'œil : Joseph s'était replongé dans sa lecture, ses yeux tombaient doucement. Il semblait se laisser bercer par le silence et la douce chaleur de la cheminée. À quelques reprises, le regard curieux du survivant croisait les yeux bleus. Ces mêmes yeux qui chaque fois se détournaient rapidement avec gène, comme si le chasseur essayait de cacher une curiosité malvenue. Il semblait perturbé par quelque chose, cela se voyait. Mais il ne disait rien. Aesop sentait une légère tension monter dans sa gorge. Il voulait tant lui parler mais il avait aussi peur de le déranger. Au bout d'un moment il se rendit compte que Joseph ne lisait même plus, il était sûrement trop déconcentré, alors il se jeta à l'eau et s'osa à demander.
- Tu sembles... Perturbé par quelques chose.
Le Hunter leva les yeux vers lui, le regard surprit. Puis il souffla et grommela.
- Évidement que je suis perturbé. Je sais que tu me regardes depuis tout à l'heure. Qui cela ne dérangerait pas hein ?
Il se coupa dans ses mots, se mordant doucement la lèvre avant d'ajouter d'une petite voix, tout en détournant son regard dans lequel brillait une pointe de gène.
- Tu as vu ta tête en plus ? J'ai bien vu que tu avais les yeux rouges. Essais- tu de m'apitoyer ?
Aesop hoqueta de surprise. C'était donc ça qui le perturbait ? Mince, le survivant n'avait même pas noté ce genre de détail, il avait juste voulu passer du temps dans la même pièce que lui. Il n'avait pas cherché à le mettre mal à l'aise...
Mais... Est-ce que l'optique d'avoir fait pleuré Aesop mettait Joseph mal à l'aise ? Cette pensée le fit frémir. '' Curieux de réagir ainsi pour un monstre sans coeur ''.
- Pas du tout ! Je ne venais pas pour ça...
- Bien, de toute façon je ne comptais pas m'excuser. Bougonna t-il en remettant son nez dans son bouquin. L'embaumeur sentit un soupçon d'amusement le titiller, il avait une façon d'être si adorable. Le chasseur défronça lentement les sourcils, sans perdre pour autant son expression grave.
- Je ne vais pas m'excuser alors que j'ai juste exposer la réalité. Si tu comprenais, ça serait bien plus bénéfique pour toi en plus.
Le survivant perdit son sourire, le silence s'installa. Il sentit à nouveau l'inquiétude le titiller. Joseph avait-il peur de quelque chose ? Il valait mieux ne pas poser plus de questions, il l'avait sûrement assez embêté pour aujourd'hui. Le chasseur s'étira lentement et il bailla.
- Mmmh. J'irais bien boire un thé avant de dormir.
A cette réflexion, Aesop rétorqua quasi instantanément.
- Je vais aller en préparer.
En le voyant se lever si promptement, le Hunter balbutia gêné.
- Que ? Mais je ne te demande rien. J'allais le faire moi-même.
Il sentit le rouge lui monter aux joues. Pourquoi avait-il l'impression de lui avoir donné un ordre ? Ce n'est pas ce qu'il avait fait.
- Tu n'es pas mon domestique, rassied-toi, je comptais y aller.
Mais l'embaumeur se retourna vers lui et il lui fit un sourire gentil.
- Cela ne me dérange absolument pas. En plus je le prépare très bien, je reviens très vite.
Il ne laissa pas le temps à son bien-aimé d'ajouter plus de protestations et il se rua vers la sortie. Joseph resta muet, ne sachant que dire, puis il soupira en se rasseyant.
- Très bien... Si tu insistes. Merci je suppose...
Une expression très joyeuse se dessina sur le visage du survivant quand il entendit le remerciement discret. Puis il gambada jusqu'à la cuisine avec un air pensif. Quelque chose dans l'attitude de Joseph lui disait que le Hunter n'était pas ce qu'il voulait prétendre être. Il voulait lui faire croire qu'il se fichait pas mal de lui, qu'il n'avait pas de cœur et qu'il était insensible. Mais il était très mauvais pour le cacher. Il n'avait pas l'air antipathique. Il avait surtout l'air d'avoir peur de quelque chose, comme si il mettait des barrières entre lui et le survivant par crainte. Après tout, si il y avait bien un point sur lequel son bien-aimé avait raison, c'est qu'ils ne se connaissaient pas. D'ailleurs, comment une créature qui se comportait de façon si humaine pouvait avoir fini dans le rôle d'un chasseur, d'un '' monstre '' ? En étant resté près de lui en cette journée, il n'avait à aucun instant eu le sentiment d'être en présence d'une personne censée être dangereuse.
Il fit bouillir le thé et commença à préparer la boisson que son amour avait demandé, sans quitter ses réflexions internes : De quoi avait-il voulu parler en évoquant un piège du jeu ? Il y avait-il un contre-coup à l'obtention d'une récompense ? Pourquoi avait-il parlé de fourberie sadique ? Qu'avait-il expérimenté dans cet univers étrange ?
Il y avait tant de questions qu'il voulait poser.
Si il y avait un piège quelque part dans l'amour qu'il ressentait pour Joseph, dans ce cas là que pouvait-il bien être ? La seule chose qu'Aesop pouvait envisageait était que Joseph n'allait peut-être jamais l'aimer en retour.
Il posa la théière après avoir rempli les tasses. Il fronça les sourcils en sentant un pincement à son cœur. Que ressentait-il à la pensée que Joseph ne lui rendrait jamais son amour ?
Il resta immobile et silencieux pendant quelques minutes, rassemblant ses pensées : Exclamer que ça ne faisait pas mal serait mentir. Il avait tant envie de pouvoir lui prendre la main, de pouvoir caresser son visage, ses cheveux. Il voulait le faire rire, et se poser près de lui. Il avait envie de l'embrasser... Peut-être même faire plus...
Mais si Joseph ne le voulait pas, et bien il ne pouvait se résigner à le blesser. Mais il savait aussi qu'il n'aurait jamais ces choses dont il avait tant envie...
Mais...
Il secoua la tête en fronçant les sourcils.
Si Joseph ne l'aimait pas, ça n'était pas grave. Il n'était pas obligé de l'aimer. Il pouvait le traiter comme il voulait, tant qu'il pouvait rester avec lui.
Oui le plus important pour Aesop au final, c'était de pouvoir rester prêt de lui, de pouvoir lui servir à quelque chose, de pouvoir le regarder. Si il n'avait droit à aucune marque d'affection en échange ce n'était pas grave. Il voulait juste être là avec lui. Alors quel piège pouvait-il y avoir là dedans ? Après tout Aesop n'avait pas besoin de grand chose. Sa vie n'avait aucun sens depuis toujours, il le savait. Maintenant il avait enfin un vrai chemin à suivre, et même si le monde pensait qu'il n'y gagnerait rien, ils se tromperaient, car il aurait le peu qu'il lui fallait. Son tendre bien-aimé.
Il se redirigea vers le salon en portant le plateau d'argent. Oui... Il n'avait besoin de rien d'autre que d'être avec lui. La seule chose qu'il désirait c'était de pouvoir rester. Même si il se taisait et qu'il se fondait dans le décors. Il refusait de partir.
Il entra dans le salon et le silence y régnant l'intima de ne pas faire de bruit. Il s'avança à pas léger du fauteuil où Joseph était installé. Ce dernier ne bougea pas d'un pouce. En s'approchant encore, le survivant se rendit vite compte que son ange s'était endormi.
Il posa le service à thé sur le guéridon et s'agenouilla près de lui. Il était si beau et attendrissant quand il dormait. Le feu de la cheminé crépitait doucement, il décida de rajouter deux ou trois bûches silencieusement. Il ne voulait pas l'énerver à nouveau et il savait que ce soir il n'arriverait pas à le mettre au lit sans le réveiller comme les chambres se trouvaient en haut des escaliers. Ses yeux se posèrent sur une couverture qu'il attrapa d'un mouvement de la main et il retourna près du chasseur afin de le couvrir. C'est à ce moment que Joseph balbutia de léger mots dans son sommeil. Il remarqua alors que son expression semblait... Triste. Il abordait une mine abattue, désespérée. La lumière de la cheminée fit scintiller le rebord de ses yeux humides.
Aesop se hâta de s'asseoir à ses cotés. Le scrutant avec une boule dans la gorge. Il murmura très doucement.
- Joseph...
Le chasseur respirait profondément, parfois il s'agitait doucement. Aesop finit alors par étendre un nom que son bien-aimé sanglota dans son sommeil.
- Claude...
Il fronça les sourcils, rongé par le soucis. À qui ce nom appartenait-il ?
Dans un geste se voulant réconfortant, il caressa doucement sa joue, remontant vers ses paupières pour ressuyer les larmes silencieuses qui perlaient sur son visage.
Depuis longtemps déjà, il savait que quelque chose clochait. Il avait sentit en touchant la lettre que quelque chose avait besoin de lui. Il avait déjà rêvé qu'il devait prendre soin d'un être blessé. Un être qui ne savait pas se relever seul et qui avait besoin qu'on lui tende les bras. Beaucoup de choses prenaient sens depuis qu'il l'avait trouvé. Mais quelque chose le titillait. Pourquoi Joseph était-il un chasseur ? Pourquoi était-il dans ce rôle, celui d'un monstre qui chasse sans pitié. Il n'avait rien d'un monstre, ce rôle ne lui allait pas. Pas alors qu'il avait l'air si sensible.
Il l'avait épargné après la chasse. Il lui avait ouvert la porte. Il lui avait fait un repas, il avait échoué à cacher qu'il s'en était voulu de l'avoir fait pleuré. Et maintenant, il avait l'air vulnérable et il pleurait dans son sommeil en appelant avec détresse le nom d'une personne. Que lui était-il arrivé ? Perdu dans ce jeu. Était-il tombé dans l'un de ces '' piège '' qu'il avait mentionné ? Était-ce pour cela qu'il insistait pour qu'Aesop s'en aille ?
Voulait-il... Lui éviter de souffrir ?
Il lui saisit la main avec douceur. Ses yeux se fermèrent lentement alors qu'il déposait un baiser sur son poignet, sur sa peau douce.
Il sentait au fond de lui que Joseph avait besoin de lui. Et jusqu'à maintenant, ses sentiments ne l'avaient pas trompé.
Peut-être qu'il était ici, dans ce jeu parce qu'il fallait qu'il se porte à son secours. Cela aurait été plutôt logique. En ayant trouvé l'amour de sa vie, Aesop avait été sauvé de sa vie inutile et sans saveur, alors peut-être qu'en échange, il devait réparer les morceaux du cœur brisé de son bien-aimé. Peut-être était-ce pour cela qu'il étaient fait l'un pour l'autre. Restant près de lui ce soir là, il murmura.
- Je te promet que je te sauverais.
