Chapitre 3 : Une vie à deux

Le lendemain matin, Hitsugaya et Harry se rendirent sur les terrains de combat réservé aux membres de la dixième division. Le haut gradé aimait s'y rendre pour superviser ses soldats et, sa présence et ses conseils étant appréciés, beaucoup guettaient le moindre signe de sa part pour s'inscrire ou non à la session d'entraînement. Il était rare qu'une seule place soit vacante et, parfois même, certains moins chanceux qui n'avaient pas de travail venaient en simples spectateurs. Harry ou pas Harry, il se devait d'agir comme n'importe quel capitaine et assurer ses engagements.

Ce jour-ci, il fut surpris d'y trouver également Ukitake, le capitaine de la treizième division.

- Bonjour Histugaya, lança Ukitake à leur approche.

- Ukitake, le salua-t-il. Que faites-vous ici ?

Son collègue se fendit d'un grand sourire amical en rejetant ses longs cheveux blancs derrière ses frêles épaules.

- Comme je me sentais un peu mieux, je souhaitais rencontrer votre protégé, répondit-il en faisant un petit signe de la main à l'enfant qui lui répondit aussitôt en riant. On ne parle que de lui dans tout le Seireitei. Peut-être pourriez-vous me le confier pendant l'entraînement ?

Hitsugaya réfléchit quelques instants avant de concéder qu'il serait plus simple pour lui si le petit ne restait pas coller contre lui. Restait à savoir si le principal concerné accepterait.

- Regarde ce que je t'ai amené, Harry, reprit Ukitake en présentant sous le nez de l'enfant une pleine boite de biscuits au parfum délicieux.

- Vous essayez de l'acheter ma parole… marmonna le capitaine aux cheveux blancs en levant les yeux au ciel.

La tactique sembla pourtant porter ses fruits et, bientôt, l'enfant changea de bras pour dévorer l'une des friandises. Il était visiblement heureux.

- Je vais prendre soin de lui. Partez l'esprit tranquille !

Avec une pointe d'appréhension, le plus jeune finit par rejoindre ses soldats.

Une petite dizaine de minutes plus tard, il avait totalement repris son rôle de capitaine et rangé la présence d'Harry dans un recoin de son esprit.

Trois heures plus tard, il décréta la fin de l'entraînement et félicita les nouvelles recrues à qui il venait de faire passer des tests de niveau. Après la dispersion de ses troupes, il se dirigea vers les gradins et Ukitake. Plusieurs autres spectateurs l'avaient rejoint, dont Kyoraku, capitaine de la huitième division, Nanao, sa vice-capitaine, ainsi qu'Hinamori, la vice-capitaine de la cinquième division et son ami d'enfance. Cette dernière faisait actuellement sauter le petit Harry sur ses genoux. Aux anges, l'enfant riait aux éclats.

- Aucun de vous n'a de travail ? lança-t-il en croisant les bras.

En entendant sa voix, Harry réclama à descendre de sur Hinamori et trottina vers lui pour s'accrocher à sa jambe en babillant.

- Tu es bien entouré, lui fit remarquer Hitsugaya en posant une main sur sa tête afin de maintenir son équilibre encore précaire.

Il leva ensuite les yeux vers Ukitake qui le regardait avec un sourire doux qui piqua le jeune capitaine.

- Merci de vous en être occupé.

- Ce fut un plaisir, répondit le shinigami. Harry est très mignon.

- Cela change un peu des brutes que nous côtoyons tous les jours, ajouta Kyoraku en abaissant légèrement son chapeau de paille.

- Capitaine ! le réprimanda Nanao. Maintenant que vous avez fait votre pause, il est tant de repartir travailler !

- Mais ma Nanao… commença ledit capitaine.

La jeune femme le saisit par l'oreille et l'entraîna à sa suite, visiblement énervée.

- Shiro, si jamais tu as besoin que je garde ce petit amour pendant que tu dois travailler, pour une réunion ou quelque chose comme ça, j'en serai ravie, déclara Hinamori en souriant à l'enfant.

- Vous pouvez aussi compter sur moi, ajouta Ukitake alors qu'Hitsugaya reprenait son amie d'enfance sur l'utilisation de son surnom.

- Je vous remercie, mais Harry est sous ma responsabilité et je m'occuperai de lui.

Pour le moment, il se sentait largement d'assurer le bien-être de l'enfant et ses devoirs. Il verrait plus tard.


Malheureusement pour le petit capitaine, « plus tard » arriva très rapidement. Bien qu'Harry soit jeune et ne comprenne pas le langage un peu trop sophistiqué des shinigamis l'entourant, Hitsugaya savait qu'il ne pouvait pas l'emmener partout avec lui. Il allait devoir se résoudre à le confier à quelqu'un lorsqu'il était amené à quitter la division ou lorsqu'une réunion requerrait sa présence. Certes, Ukitake et Hinamori s'étaient proposés, ainsi que Matsumoto, mais la réunion qui le préoccupait aujourd'hui était une réunion où les capitaines et les vices-capitaines se devaient d'être présents. À qui pouvait-il confier Harry sans craindre pour sa sécurité ?

Il réfléchissait à cette question épineuse quand la réponse se présenta d'elle-même à son bureau. Après en avoir reçu l'ordre, la troisième siège de sa division, Tayuya Jatsuo, ouvrit la porte et le salua avec respect.

- Que voulez-vous ? demanda Histugaya alors que la jeune femme, d'ordinaire forte et volontaire, semblait hésiter.

- Eh bien, moi et les autres… enfin, nous savons que vous avez une réunion cet après-midi et nous nous demandions ce que vous comptiez faire d'Harry.

- C'est une excellente question, soupira le haut gradé en reportant son attention sur son protégé.

Celui-ci gribouillait avec son crayon rouge. C'était de loin son objet préféré, les jouets de Matsumoto faisant pâle figure à côté.

- Si vous êtes d'accord, nous pourrions veiller sur lui en attendant votre retour, reprit Tayuya.

Hitsugaya garda le silence. Pouvait-il vraiment demander ça à ses soldats ? Ils n'avaient pas intégré le Gotei Treize pour jouer les baby-sitters. Il leva de nouveau le regard vers sa subordonnée. Puisqu'elle le demandait d'elle-même, avec ce ton... Il avait l'impression qu'elle n'attendait qu'un oui de sa part.

- Et votre travail ?

- En ce qui me concerne, mes missions ne m'obligent pas à quitter la division aujourd'hui, répondit aussitôt Tayuya, qui s'était sans doute préparée à cette question. Je pourrais rester avec Harry en permanence sans que cela n'affecte mes devoirs. Tout sera fini dans les temps et sans erreurs.

Après un dernier instant de réflexion, Histugaya hocha la tête. Un immense sourire se peignit sur les traits de la shinigami.

- Merci, Capitaine !

- C'est moi qui vous remercie.

Elle le salua et s'éclipsa en silence.

Lorsque le haut gradé revint chercher Harry après sa réunion, il le trouva assis au milieu de trois grandes tours de pièces de bois empilées. Elles n'étaient pas très droites et vacillaient légèrement, mais elles tenaient debout. Son visage arborait une expression si sérieuse qu'Hitsugaya ne signala pas immédiatement sa présence, attendant de voir ce qu'il comptait faire. Quelle ne fut pas sa surprise quand le petit renversa ses constructions d'un geste rageur.

- Harry, je t'ai dit que je ne savais pas quand le capitaine revenait, soupira Tatuya.

De gros traits de crayons rouges barraient ses joues et ses bras n'avaient pas non plus été épargnés.

- Fais une autre tour et peut-être que…

Elle leva les yeux et avisa son supérieur. Un éclair de soulagement passa dans ses prunelles.

- Capitaine !

Harry avisa alors à son tour Hitsugaya et poussa une exclamation de bonheur avant de se mettre difficilement sur ses pieds pour venir le rejoindre.

- Il ne vous a pas posé trop de problèmes, j'espère, s'enquit Hitsugaya, un brin inquiété par la mine tirée de son troisième siège.

- Non, pas du tout. Il commençait seulement à s'impatienter de ne pas vous voir revenir. Il n'a pas voulu dormir. Kayako, Senri et moi avons tout essayé, mais rien n'y fait.

- Harry, le gronda gentiment le capitaine alors que le petit s'accrochait à sa jambe. Tu dois être sage lorsque je ne suis pas là.

L'enfant le regarda de ses grands yeux verts avant de détourner la tête pour regarder Tayuya.

- Yuya !

Puis, il se mit à baragouiner en agitant les mains. Visiblement, il semblait de meilleure humeur maintenant qu'il était de retour.

- Que dit-on à Tayuya ? demanda Hitsugaya quand il se tut. « Merci ».

- Méci… répéta Harry, tout sourire.

Alors que la shinigami contemplait l'enfant d'un air attendri, Hitsugaya entreprit de ranger un peu de désordre causé par son protégé.

- Laissez, Capitaine, je m'en occupe ! s'exclama-t-elle en bondissant sur ses pieds.

- Non, rétorqua celui-ci.

Devant son ton sans appel, elle ne chercha pas à protester davantage.

- Merci de l'avoir gardé cet après-midi, déclara le gradé une fois qu'il eut fini.

- Ce n'est rien, Capitaine. C'est avec plaisir que je recommencerai.

Hitsugaya prit Harry dans ses bras et quitta le bureau pour rejoindre le sien. Il n'avait pas encore poussé la porte que, déjà, le petit s'était endormi. Il ne put réprimer un sourire.

- Tu n'en fais qu'à ta tête, hein ?

Néanmoins, le petit capitaine était heureux. Harry était sans doute fatigué par toute sa journée, mais il avait néanmoins choisi de s'endormir après son retour. D'un certain côté, cela voulait dire qu'il se sentait bien et en sécurité avec lui.

- Dors bien, bonhomme.


Au fil des jours qui suivirent, Hitsugaya apprit à vivre avec Harry.

Le gradé avait vite remarqué que son protégé appréciait une routine bien réglée. Il s'efforçait alors d'être aussi constant que possible, que ce soit pour l'heure du levé et du coucher, l'heure du bain ou encore l'heure des repas. Cet emploi du temps constant n'avait pas été très difficile à mettre en place, car il avait toujours été très organisé. Lui-même s'en sentait rassuré et avait l'impression d'être un peu meilleur en tant que tuteur temporaire.

Lorsqu'il ne travaillait pas, Hitsugaya jouait avec lui ou lui lisait des histoires. Matsumoto avait acheté des livres très colorés, avec différents types de textures, que le petit adorait. Son préféré parlait d'un bébé dragon. Certes, il était encore trop jeune pour comprendre l'histoire du petit animal fantastique qui cherchait un ami qui lui ressemblait parmi les animaux d'une forêt, mais il avait bien compris qu'un dragon volait. L'histoire se terminait généralement avec un Harry, les bras écartés, qui mimait le battement d'ailes du dragon, debout sur le canapé ou sur le lit. Un spectacle tout à fait attendrissant.

Harry apprit rapidement que les câlins et autres marques d'affection étaient plus présents lorsqu'ils se retrouvaient seuls que lorsqu'ils se trouvaient hors de l'appartement. Au début, cela le perturba quelque peu, et donna lieu à quelques chouinements, mais Hitsugaya, partagé entre sa gêne et sa culpabilité, mettait un point d'honneur à lui parler afin de lui montrer que l'absence de contact entre eux ne voulait pas dire qu'il le rejetait. Pour se rattraper, chaque matin et chaque soir, il avait le droit à une demi-heure interrompue de câlins. Harry adorait ces moments et ne manquait jamais de les faire durer un peu plus longtemps.

Dans la journée, lorsqu'il était sous sa garde, Harry était un véritable petit ange, qui s'amusait joyeusement tandis que son tuteur travaillait. Bien que concentré sur son travail, celui-ci gardait toujours un œil sur lui. Heureusement, Matsumoto, complètement conquise par l'enfant, se faisait également plus présente au bureau et l'aidait, tant dans son travail qui avançait moins vite, que pour occuper Harry lorsque celui-ci demandait de l'attention. Tous les prétextes semblaient être bons pour se trouver dans la même pièce qu'Harry.

Une semaine après l'arrivée de l'enfant, une liste de shinigamis avait été constituée.

- Pourquoi une liste ? demanda Hitsugaya à Matsumoto, qui venait de la lui porter.

- Ce sont toutes les personnes prêtes à garder Harry si vous le désirez, expliqua la jeune femme en la lui tendant.

Hitsugaya haussa un sourcil avant d'y jeter un coup d'œil. La quasi-totalité des femmes de sa division se portait volontaires, ainsi que plusieurs hommes.

- Cependant, Capitaine, reprit Matsumoto d'un ton mortellement sérieux, je veux avoir la priorité !

- Ah non ! s'exclama une nouvelle voix derrière eux.

Hinamori venait de pénétrer dans le bureau dont la porte était restée entrebâillée.

- Bonjour, petit hérisson. Tu vas bien aujourd'hui ? demanda la jeune fille en ébouriffant les cheveux de l'enfant déjà bien en bataille.

- Momo ! pépia l'enfant.

Hitsugaya ne cessait de s'étonner des progrès que faisait Harry au niveau du langage. Certes, les enfants parlaient généralement à cet âge, mais son protégé semblait intégrer de nouveaux mots très rapidement, les prénoms en particulier. Après, il ne les prononçait pas toujours correctement, mais c'était secondaire.

- Moi aussi je veux pouvoir m'occuper d'Harry, reprit Hinamori. C'est mon neveu après tout !

Le capitaine retint un soupir lorsque ses deux amies et plus proches relations au sein du Seireitei commençaient à se disputer pour savoir laquelle était la plus à même de s'occuper d'Harry. Quelque chose lui disait qu'il n'était qu'au début de sa peine.

Peu à peu, Hitsugaya commença à compter sur ses collègues et ses subordonnés pour veiller sur Harry. Il n'était pas toujours rassuré de le laisser, mais il avait confiance en chacun d'eux et savait que ce sentiment qui le tenait n'était pas rationnel. Il n'était que le fruit de son attachement grandissant pour l'enfant.

Pendant quelque temps, le capitaine sentit même une certaine jalousie l'envahir lorsque quelqu'un s'approchait un peu trop d'Harry ou souhaitait passer du temps avec lui. C'était une réaction puérile qu'il s'était empressé d'étouffer. Il n'avait pas réussi. Cependant, il s'apaisa quand il remarqua que l'enfant semblait préférer sa présence à celle de ses paires. Avec les autres, en particulier ses subordonnés, le petit était grognon et refusait de faire la sieste. Et, comme avec Tayuya, il suffisait qu'il le récupère pour qu'il s'effondre comme une masse dans ses bras. En fait, il suffisait qu'il apparaisse pour qu'Harry cesse toute activité et n'accoure – aussi vite que ses petites jambes le lui permettaient – vers lui. Cela lui valait d'ailleurs d'être la cible de nombreuses plaisanteries de la part de ses collègues gradés, mais il s'efforçait de ne rien laisser transparaître d'autre que son agacement habituel. Harry était heureux. N'était-ce pas ça le plus important ?