Chapitre 6 : Chemin de Traverse

Une semaine plus tard, et après en avoir parlé longuement avec Hitsugaya et Matsumoto, Harry décida de se rendre sur le fameux Chemin de Traverse. En fonction de ce qu'il verrait là-bas, il prendrait sa décision concernant Poudlard.

C'est ainsi qu'une petite heure après le lever du jour, il se retrouva une fois de plus dans le monde des vivants, accompagné de la vice-capitaine. Il aurait préféré qu'Hitsugaya vienne en personne, mais de récents incidents avec des hollows et des blessés parmi ses subordonnés l'obligeaient à rester au Seireitei. À la place, il devait se coltiner une dingue du shopping un peu trop énergique.

- Je déteste les gigais, se plaignit la jeune femme en tirant sur sa peau comme s'il s'agissait d'un vêtement.

Harry voyait parfaitement de quoi elle parlait. Lui-même n'aimait pas la lourdeur de son corps dans ce monde, mais il s'y ferait sans doute rapidement. En revanche, il n'était pas certain de pouvoir se faire aux vêtements serrés que portaient les humains. Son kimono lui manquait atrocement.

- Le Chaudron Baveur est par là, indiqua-t-il en relisant une nouvelle fois sa lettre.

- Allons-y ! s'exclama Matsumoto en sautant sur place.

Harry soupira alors que les passants londoniens se retournaient vers son accompagnatrice. Il la prit par le bras et la tira de toutes ses forces.

Ils arrivèrent finalement devant le pub pour sorciers, situé entre une librairie et une boutique de disques sur Charing Cross Road. Ils poussèrent la vieille porte pour se retrouver dans un établissement moins miteux que ne l'indiquait à première vue la façade. À cette heure de la journée, il y avait déjà quelques clients vêtus plus étrangement encore que les moldus. Leur robe semblait pourtant un peu plus confortable.

- Je peux vous aider ? demanda un grand homme installé derrière le comptoir. Vous…

Il ne termina pas sa phrase, ses yeux braqués sur le front d'Harry qui resta aussi stoïque que possible.

- Harry Potter, murmura-t-il doucement, les yeux écarquillés. Quel honneur de vous rencontrer ! Grâce au ciel, vous êtes vivant.

Des murmures s'élèvent tout autour du couple. Le garçon grimaça. Cette histoire d'enlèvement allait lui coller à la peau autant que sa réputation de sauveur.

- Bonjour. Nous cherchons à aller sur le Chemin de Traverse, répondit-il avec aplomb alors que divers clients venaient dans leur direction avec un évident désir de lui parler.

- Bien sûr, Monsieur. Suivez-moi, lança prestement le barman.

Passant devant tout le monde, il les conduisit à l'arrière de la cour. D'un petit coup de baguette, il fit s'ouvrir un mur, révélant une immense allée bordée de magasin.

- Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas à revenir me voir.

Ils le remercièrent et s'avancèrent sur l'allée.

Ébahis l'un comme l'autre, Harry et Matsumoto remontèrent la rue en observant tout autour d'eux. Il y avait de tout : des magasins de vêtements, de chaudrons, de balais apparemment volants, de friandises, de livres… Le tout était très coloré et respirait la bonne humeur.

- C'est extraordinaire, lança Matsumoto en goûtant une dragée offerte gratuitement par un commerçant qui fixait d'un air débile l'énorme poitrine de la jeune femme.

Le seul point noir était les regards qui se posaient sur eux pour ne plus s'en détourner et les murmures qui les accompagnaient. Il avait beau être encore tôt, beaucoup de monde était de sortie.

- La lettre dit que j'ai de l'argent dans une banque appelée Gringotts, murmura Harry en voyant la vice-capitaine lorgner sur de nombreux objets qui lui étaient totalement inconnus.

Ils ne mirent pas longtemps avant de repérer l'immense bâtisse aux murs blancs, gardée par une petite créature étrange.

- Qu'est-ce que vous êtes ? lui demanda Matsumoto en l'examinant d'un peu trop près.

L'expression de colère qui passa sur les traits de son interlocuteur la fit reculer de quelques pas.

- Restez polie, Mademoiselle.

- Veuillez m'excuser, je ne voulais pas vous offenser, répondit la vice-capitaine en comprenant qu'elle avait mal agi.

- Je passerai l'éponge pour cette fois. Vous êtes clairement une moldue, ajouta-t-il.

Il y avait une pointe de mépris dans sa voix, mais sans doute l'avaient-ils mérité.

- Pour votre information, j'appartiens au noble peuple des gobelins.

Matsumoto s'excusa une fois de plus avant qu'ils ne pénètrent tous deux dans la banque. Plusieurs dizaines d'autres gobelins y travaillaient en silence. Ils furent accueillis par une autre de ces créatures, qui, après quelques formalités, leur fit signe de le suivre. Ils empruntèrent un wagonnet et tout un réseau de rails, ce qui plut beaucoup à Matsumoto et un peu moins à Harry qui crut qu'il allait être malade, avant de finalement arriver devant un grand coffre. Quelle ne fut pas leur surprise en découvrant un coffre pleinement rempli, tant de pièces que d'objets magiques et de parchemins en tout genre.

- Waw ! s'extasia Matsumoto en furetant à l'intérieur. Je suis sure que tu es encore plus riche que le capitaine Kuchiki ! Je suis jalouse !

- Sauf que je ne pourrais pas l'utiliser à la maison, répondit Harry, lui aussi soufflé.

Il savait que son père biologique était l'héritier de son clan, mais il ne s'attendait pas à ce que sa famille biologique ait été si riche. Ils prirent une somme d'argent assez conséquente, qu'ils placèrent dans une bourse mise à leur disposition par la banque, avant de quitter l'établissement.

- Alors, est-ce qu'on achète tes fournitures ? demanda sérieusement la vice-capitaine en se tournant vers son protégé.

Celui-ci perdit son sourire. Il ne savait pas ce qu'il voulait et cela l'énervait autant que ça le rendait triste. Tout ce qu'il voyait l'attirait, mais c'était parce que ce n'était que nouveautés.

- Vu l'argent que j'ai, ce n'est pas grave si je choisis au final de ne pas les utiliser…

- Bien. Dans ce cas, nous allons commencer par des vêtements !

- Oh non… pas ça !

Deux heures plus tard, Harry réussit à extirper Matsumoto de la boutique de vêtements de Madame Guipure. Elle avait essayé tant de robes et d'accessoires que la malheureuse gérante, pourtant énergique, ne savait plus où donner de la tête. Elle n'avait cependant émis aucune plainte et avait été récompensée lorsque Harry avait accepté de payer tout ce qu'elle voulait à la jeune femme. Lui le regrettait déjà, la shinigami ayant enfoui sa tête dans son énorme poitrine pour lui montrer à quel point elle lui en était reconnaissante.

Ils passèrent ensuite acheter les livres de cours et ainsi que plusieurs autres sur le monde magique en général, pour aider Harry à faire son choix.

- Je me demande si la présence des hollows est connue des sorciers, lança-t-elle en feuilletant un ouvrage sur les créatures magiques.

- Rangiku, chut ! Tôshirô ne va pas être content si tu grilles notre couverture.

- Détends-toi un peu, petit prince ! répliqua la vice-capitaine en lui tapotant la tête en souriant. Personne ne m'a entendu !

Harry soupira d'exaspération en passant une main sur son visage. Il n'aurait jamais dû venir avec la vice-capitaine. Il aurait dû attendre un peu pour avoir Hitsugaya à ses côtés, ou même Hinamori ou encore Kira.

- Bon, on continue ?

- Mais je n'ai pas encore tout regardé ! protesta Matsumoto en tirant un autre livre d'une étagère

- Je vais continuer mes achats et tu me retrouves plus tard, d'accord ?

La jeune femme ne prit même pas la peine de lui répondre, aussi Harry quitta-t-il la pièce en pestant tout bas.

Il fit rapidement le tour des boutiques qui lui restaient. Chaque vendeur qu'il croisait le saluait avec un peu trop de chaleur et tentait de lui faire des cadeaux. Il avait la plus grande peine du monde à ressortir de chaque boutique, qui étaient de plus en plus remplies à mesure que le temps passait. Partout, on le félicitait d'avoir vaincu Voldemort et on lui disait à quel point on était heureux de le retrouver en vie après sa longue disparition. Autant d'hypocrisie qui le mettait sur les nerfs.

Il se rendait finalement à la boutique de baguette quand deux hommes apparurent brusquement devant lui dans un « crac » sonore, le faisant sursauter. Instinctivement, il se mit en position défensive.

- Harry Potter ? lança l'un d'eux, un grand blond, en l'examinant de la tête aux pieds.

- Qui êtes-vous ? répondit Harry en fronçant les sourcils.

Il en avait assez de tous ses inconnus qui l'interrompaient.

- Agents Johanson et Lars du bureau des aurors. Nous avons des questions à vous poser.

- Je n'ai rien fait de mal, messieurs les agents. J'ai des courses à faire alors, s'il vous plaît, veuillez me laisser partir.

Il fit mine de les contourner, mais le deuxième homme le saisit par l'épaule.

- Lâchez-le immédiatement, déclara Matsumoto en sortant de nulle part.

Elle balaya d'un mouvement ferme la main de l'auror avant de saisir son protégé par les épaules pour les éloigner de ces inconnus. Elle n'était pas la seule à s'être approchée : plusieurs dizaines de personnes observaient la scène en silence, intriguées par les éclats de voix.

- Mademoiselle, ceci ne vous concerne en rien, gronda Lars, luttant visiblement pour rester calme.

Il était bien plus jeune que son collègue, sans doute un nouvel arrivant sur le terrain. Le regard que lui lança son collègue confirma son hypothèse.

- Harry est sous ma responsabilité et je ne vous donne pas la permission de l'importuner.

- Dans ce cas, vous allez devoir nous suivre également. Vous êtes en état d'arrestation pour enlèvement et séquestration sur un mineur, déclara calmement Jonhanson.

- C'est n'importe quoi ! répliqua vivement Harry. Quand est-ce que vous allez comprendre que personne ne m'a enlevé ?

Il se tourna vers la foule. Sa pression spirituelle commençait à s'échapper de son corps alors que la colère le gagnait de plus en plus.

- Personne ! Personne ne m'a enlevé !

Une vitre explosa non loin, sous l'effet de sa magie, faisant partir en courant certains curieux. Sa gardienne posa une main sur sa nuque pour lui ordonner de se maîtriser. D'une petite pression, elle pouvait l'assommer s'il n'obtempérait pas. Harry serra donc les dents et baisser les yeux pour éviter l'objet de sa colère.

C'est alors qu'une nouvelle personne entra dans leur cercle. Albus Dumbledore.

- Allons, allons. Du calme. Messieurs les agents, je me porte garant de Mademoiselle, déclara-t-il avec son éternel sourire. Je viens justement du ministère où j'ai signalé à votre supérieur, Mr Vanders, le retour d'Harry parmi nous, sain et sauf.

Harry observa le directeur avec méfiance. Il ne l'aimait pas, mais alors pas du tout, sans qu'il ne puisse vraiment savoir d'où lui venait cette aversion. Mais surtout, il ne comprenait pas pourquoi il venait les tirer de ce mauvais pas. Espérait-il une reconnaissance de dette ?

- Professeur Dumbledore ?

- Mademoiselle et sa famille ont gentiment accueilli Mr Potter après l'avoir retrouvé errant dans les bois. Ne vivant pas en Angleterre, ils n'ont pas eu connaissance de notre avis de recherche. Tout va pour le mieux, je vous assure.

Harry sentit Matsumoto le tirer un peu plus vers elle, comme pour l'éloigner de cet homme. Elle aussi devait avoir un mauvais présentement.

Finalement, après une dizaine de minutes de pourparler durant lesquelles Lars se chargea d'éloigner les curieux, Harry et Matsumoto furent laissés libres de poursuivre leur chemin sans avoir à passer au ministère. Ils s'étonnèrent pourtant de la facilité avec laquelle le vieil homme avait intercédé en leur faveur et leur avait évité des ennuis. Une telle chose n'aurait jamais été possible à la Soul Society.

- Puis-je vous accompagner ? demanda poliment Dumbledore une fois les agents partis.

- Si vous le souhaitez, répondit Matsumoto.

Ils n'avaient pas vraiment le pouvoir de refuser, tout comme elle était à présent obligée de se présenter.

- Je suis Rangiku Matsumoto, la tante d'Harry.

- Enchanté de vous rencontrer, Miss Matsumoto. Laissez-moi vous dire que vous êtes vraiment très belle.

La shinigami le remercia, puis les entraîna chez Ollivander. Sur le chemin, Dumbledore tenta d'en apprendre plus sur la jeune femme et sur la vie d'Harry, mais Mastumoto fut très professionnelle et se contenta de répondre par des lieux communs.

La boutique du fabricant de baguettes était un endroit assez sombre et étriqué qui ne rassura pas beaucoup le jeune sorcier. Sur des étagères aussi hautes que le plafond s'empilait des milliers de boites, et ce sur toute la longueur de la pièce. Le vendeur, un vieil homme à la peau ridée, sortit de la pénombre. Il s'arrêta une courte seconde en avisant qui se trouvaient dans sa boutique avant de s'approcher d'eux, ses yeux pâles brillants doucement.

- Mr Dumbledore, quelle agréable surprise. Et je vois que vous apportez avec vous un invité de marque. Bonjour, Mr Potter, je vous attendais. Mademoiselle, ajouta-t-il ensuite en adressant un signe de tête élégant à Matsumoto.

- C'est Hitsugaya, pas Potter, rectifia poliment Harry, comme il l'avait fait avec la totalité des commerçants.

L'homme acquiesça avec un regard d'excuse puis se mit aussitôt à mesurer son bras droit en marmonnant à voix basse. Puis, il partit à farfouiller parmi ses boites. Il finit par en tirer une, qu'il ouvrit, présentant à Harry une baguette de bois pâle. Le garçon s'en saisit et ressentit un picotement désagréable dans le bout de ses doigts.

- Elle ne convient pas, déclara Ollivander comme s'il avait lui aussi détecté cette sensation.

Il revint quelques secondes plus tard, avec une seconde. Cette fois-ci, après un petit moulinet du poignet, l'unique chaise présente dans la pièce alla s'écraser contre une armoire, éparpillant des débris de bois un peu partout dans la pièce et faisant tomber quelques boites.

- Je suis désolé, s'excusa Harry en rendant l'instrument.

- Cela arrive souvent, ne vous inquiétez pas.

D'un coup de sa propre baguette, le mobilier retrouva bientôt sa forme initiale, comme si rien n'était arrivé. Les boites se mirent à léviter et se rangèrent tout de suite. Matsumoto lança une petite exclamation d'admiration avant de passer un bras autour du cou d'Harry et de le coller contre lui.

- Dès que tu sauras faire ça, je t'embaucherai pour faire du rangement au bureau !

Harry secoua la tête, s'imaginant déjà en train de classer tous les papiers de la vice-capitaine. Pire encore, elle pourrait avoir l'idée de le faire ranger après ces soirées beuveries dans les quartiers de la division.

- Tu feras ton boulot toi-même, Rangiku ! répondit-il en se détachant d'elle.

- T'es pas marrant… bouda la jeune femme.

- Et toi tu es fainéante, rétorqua-t-il du tac au tac alors qu'il prenait une autre baguette en main.

Cette fois-ci, une douce chaleur l'envahit.

- Vous voilà en possession de votre baguette : bois de houx et plume de phénix, vingt-sept virgule cinq centimètres, souple. C'est étrange, ajouta-t-il ensuite, le regard fixé sur la baguette.

- Pourquoi est-ce étrange ? demanda Harry.

- Le phénix qui a donné la plume pour faire votre baguette est à l'origine d'une seconde baguette, que j'ai vendue il y a fort longtemps. Une baguette utilisée pour vous faire votre cicatrice.

- Elle appartenait à Voldemort ? interrogea le garçon, faisant sursauter le vendeur.

- Ne prononcez pas son nom, jeune homme.

- Ce n'est qu'un nom, ne pas le prononcer revint à reconnaître son pouvoir sur nous.

Dumbledore hocha la tête en souriant.

- Je n'aurais pas dit mieux. Vous faites preuve d'une grande maturité.

Harry rougit et cacha sa gêne derrière une moue effrontée. Il paya ses achats et ressortit avec ses accompagnateurs.

- Tu as besoin d'autres choses, Harry ? demanda Matsumoto.

- Non. Passons prendre nos achats chez Mrs Guipure et rentrons. Je suis fatigué.

Il se tourna ensuite vers Dumbledore.

- Dois-je comprendre que vous acceptez de venir étudier à Poudlard ? demanda-t-il, plein d'espoir.

- C'est possible. Je vous ferai parvenir ma réponse demain.

Après une dernière salutation très formelle, Harry et Matsumoto s'en allèrent. Ils retraversèrent rapidement la salle du Chaudron Baveur et se retrouvèrent bien vite au cœur de Londres. Une fois certaine que personne ne les suivait, la vice-capitaine ouvrit le seikamon.