Chapitre 8 : Premier Jour

Harry se leva tôt le lendemain matin. Il se prépara rapidement puis quitta directement la salle commune des poufsouffles, encore déserte en ce début d'année. Arrivé en bas des escaliers volants – escaliers qu'il détesta au moment même où il les découvrit – , il rencontra le professeur McGonagall.

- Bonjour, Mr Hitsugaya. Vous êtes bien matinal.

- Bonjour, professeur. Je cherche Mr Rusard. Sauriez-vous où je peux le trouver ?

Cette demande étonna la directrice adjointe. Il fallait dire que son apparence dégingandée et sa mine sévère n'incitaient pas les élèves à rechercher la compagnie de l'irascible concierge et de sa chatte. Elle lui indiqua cependant l'emplacement de sa loge.

- Merci, professeur. Je vous souhaite une bonne journée.

Il arriva quelques minutes plus tard à l'endroit indiqué et frappa à la porte. Celle-ci s'ouvrit sur Rusard, dont l'expression faciale passa de colérique à calme lorsqu'il le reconnut. Il l'invita à entrer dans une petite pièce que peu avaient pu contempler jusqu'ici. Meublée modestement, elle était simple et fonctionnelle. Les deux s'assirent autour d'une table basse.

- Un thé ? proposa le concierge alors que son animal de compagnie venait renifler les robes d'Harry, intrigué par cette présence étrangère sur son territoire.

- S'il vous plaît.

Ils se retrouvèrent quelques instants plus tard devant une tasse fumante de laquelle s'échappait une délicieuse odeur de citron.

- Le capitaine Hitsugaya m'a ordonné de me présenter à vous dès que possible, commença Harry en caressant distraitement le félin qui avait grimpé sur le sofa près de lui et le fixait de ses grands yeux dorés. Je m'appelle Harry Hitsugaya.

L'homme lui adressa un sourire bourru qui illumina ses traits ingrats.

- Enfin je rencontre le petit protégé du capitaine de la dixième division. Tous les shinigamis, y compris ceux qui ne reviennent pas souvent à la Soul Society comme moi, ont entendu parler toi, Hitsugaya.

Le concerné passa une main dans ses cheveux sombres, un peu gêné. Il ne releva pas le tutoiement, sentant que la politesse n'était pas la qualité première de son interlocuteur, du moins pas avec un enfant.

- Argus Rusard, de la treizième. Je suis en poste ici depuis de nombreuses années. Et voici Miss Teigne.

Harry adressa un sourire à celle-ci qui émit un petit ronronnement, comme si elle avait compris qu'on parlait d'elle.

- Écoute. Je ne veux pas avoir toute une division à dos, alors si tu as un problème tu viens me voir illico. Ok ?

- Oui, Monsieur, répondit le garçon en réprimant un sourire.

Si une telle chose arrivait, le shinigami aurait sans doute plus d'ennemis qu'une seule division. Rusard lui a demanda ensuite son téléphone cellulaire relié à la Soul Society et y entra rapidement son propre numéro avant de lui rendre. Avant de poursuivre, il le détailla des pieds à la tête.

- Tu n'as pas de zanpakutô, je suppose ?

- Seulement un asauchi, précisa Harry.

- Tant mieux. Je ne veux pas te voir dans les parages quand des hollows apparaîtront. Tu n'es qu'un étudiant parmi les autres ici alors, sauf danger immédiat, ne t'avise pas de quitter ton corps.

- Oui, Monsieur, répéta Harry.

Hitsugaya avait passé plus d'une heure avant son départ pour lui rappeler les règles qu'il devait respecter afin de se protéger lui et l'existence de la Soul Society, et il lui avait promis de ne pas être imprudent. Et il le craignait bien plus que ce Rusard.

Après quelques minutes de discussions et d'autres recommandations et astuces pour sa future vie scolaire, Harry s'en alla et rejoignit la Grande Salle pour y prendre son petit déjeuner.

Avec un certain plaisir, il découvrit qu'Hermione faisait partie de la vingtaine d'élèves présents. Il se dirigea vers elle et discuta un peu avec elle avant de rejoindre sa table pour avaler quelque chose. Vers la moitié de son repas, Susan apparut à la porte du la pièce. N'ayant que l'embarras du choix de l'endroit où s'asseoir, elle resta un instant plantée sur place, intimidée par la grandeur des lieux.

- Susan ! l'appela Harry avec un geste de la main.

Surprise, la jeune fille se tourna vers lui et, comprenant, s'empressa de le rejoindre.

- Bonjour, Harry. Ça fait longtemps que tu es là ?

- Pas vraiment, mais je suis debout depuis un moment. Vu l'heure, j'avais peur de devoir passer mon petit déjeuner seul.

Ce n'était pas vrai, mais il lui avait suffi d'un regard pour savoir que c'était ce qui avait inquiété un instant sa camarade de maison.

- Moi aussi, je t'avoue.

- Puisqu'on est deux lèves-tôt, on pourrait manger ensemble chaque matin, qu'en dis-tu ?

- Ce serait bien, répondit Susan avec un immense sourire.

Harry lui en offrit un autre en retour.

- On fait comme ça alors.

À la fin du repas, le professeur Chourave, une sorcière souriante et potelée, vint leur remettre leur emploi du temps.

- On commence par enchantement, déclara Susan. Quatrième étage, aile est.

- On devrait y aller dès maintenant si on veut réussir à trouver la salle avant le début du cours. De ce que j'en ai vu, le château est immense.

- Tu as raison.

Laissant le reste des premières années qui n'avaient pas encore terminé de manger, les deux jeunes sorciers s'en allèrent.

- Harry ?

- Oui ?

- Ma question va te sembler bizarre, mais… est-ce que je peux rester avec toi ? murmura Susan, les joues rosies de timidité. Je veux dire... pour les cours et tout ça.

- Bien sûr, répondit le sorcier.

Il n'avait pas oublié que la jeune fille avait perçu son trouble lors du banquet de la veille et lui avait demandé s'il allait bien. Elle semblait douce et attentive, et au vu de leurs premières conversations, elle semblait aussi intelligente et avisée. Puisqu'elle ne désirait visiblement pas affronter le début de sa scolarité seule, il se ferait un plaisir de lui tenir compagnie.

Pour leur premier enchantement, les jeunes sorciers apprirent à changer la couleur d'un objet inanimé. Le professeur Flitwick, une petite créature perchée sur une pile de livres afin de se retrouver au même niveau que ses élèves, était selon Harry un bon pédagogue. Il leur enseigna le mouvement de baguette à effectuer, la prononciation, ainsi que les effets du sort et les précautions à prendre, même si les conséquences n'étaient pas grave. Cependant, quand vint l'heure de la pratique, Harry passa de longues secondes à fixer la baguette qu'il tenait entre ses doigts. Puis, il s'essaya à l'exercice. Il agita plusieurs fois sa baguette, sans résultat. Il finit par poser sa baguette et soupira.

- Il y a un problème, Harry ? demanda Susan, assise à sa droite.

- Je ne sais pas, murmura le jeune homme en secouant la tête. Je trouve ça étrange d'utiliser une baguette.

Il avait lu dans un livre que les sorciers considéraient leur baguette comme une part d'eux même, au même titre qu'un zanpakutô pour un shinigami. Pourtant, il ne sentait aucune connexion entre lui et le bout de bois. Il ne pouvait nier la sensation qui l'avait envahie lorsqu'il l'avait prise en main pour la première fois, mais, à cet instant, il n'y avait rien.

- La baguette n'est qu'un outil, expliqua le professeur qui avait entendu sa remarque. Avec de l'entraînement, un sorcier peut se passer de baguette, mais ceci n'est pas une chose aisée.

Il effectua un petit geste du doigt et le livre sur lequel il devait s'entraîner se colora d'une vive couleur jaune, sous le regard admiratif des deux élèves.

- L'utilisation d'une baguette est quasi instinctive pour un sorcier, reprit l'homme alors qu'Harry considérait de nouveau sa baguette, mais elle peut poser quelques problèmes pour certains. Faites-vous beaucoup de magie accidentelle ?

Harry braqua son regard dans le sien, hésitant un instant à répondre alors que beaucoup semblaient s'intéresser à leur conversation. Il finit par hocher la tête.

- Je fais brûler des objets. Souvent.

- Les personnes de votre âge sujettes à une magie accidentelle fréquente ont parfois des problèmes de la canalisation de leur magie. Chaque sortilège vous demandera sans doute plus d'efforts qu'à vos camarades dans les premiers temps, mais ça passera.

- Ça arrive souvent ? demanda Harry. Des premières années faisant de la magie accidentelle ?

- C'est rare, admit Flitwick, mais j'en ai connu un ou deux.

Il s'éloigna, laissant l'adolescent avec ses pensées.

- Nous travaillerons ensemble si tu veux, proposa Susan. C'est plus sympa à deux.

Rasséréné, Harry accepta avec plaisir et se reconcentra sur son exercice.

C'est découragé qu'il quitta le cours. Il n'avait réussi à rien. Ses camarades avaient beau le soutenir, arguant que ce n'était que le premier cours, il n'arrivait pas à être optimiste. C'est donc en silence qui les suivit jusqu'à sa prochaine salle de classe.

Il traversa les cachots avec un certain effroi. L'atmosphère qui régnait dans ces lieux lui rappelait sans peine les quartiers du laboratoire de recherche et de technologie de la douzième division. Heureusement, Hannah et Susan, qui marchaient à ses côtés, ne semblaient pas plus rassurées que lui et bavardaient donc de tout et de rien pour oublier leur malaise. Même s'il ne participait pas, cela l'apaisait.

- On m'a dit que le professeur Rogue est assez partial avec ses élèves, murmurait Hannah. J'espère que ça ira…

- C'est surtout avec les gryffondors, je crois, la réconforta Susan. La rivalité Gryffondor/Serpentard, tu sais. Ça devrait bien se passer pour nous.

Ils arrivèrent finalement devant la lourde porte du laboratoire de potion, rejoignant d'autres élèves à l'air tout aussi peu rassurés.

Un grand homme vêtu d'une longue robe de sorcier noire apparut finalement devant eux, les faisant tous sursauter, et leur ordonna d'une voix sévère d'entrer et de s'installer en silence. Tous les élèves obéirent sans un mot, non sans jeter des regards apeurés aux bocaux de formol alignés le long des murs.

- Ici, on ne s'amuse pas à agiter des baguettes magiques. Je ne m'attends donc pas à ce que vous compreniez grand-chose à la beauté de la réalisation d'une potion. Si votre cerveau n'est pas réduit à la taille d'un cornichon, je pourrais éventuellement vous apprendre à mettre la gloire en bouteille, à distiller la grandeur et même à enfermer la mort dans un flocon, déclara-t-il en balayant la salle d'un regard circonspect. Mais j'en doute.

Un long silence s'installa alors que le professeur Rogue les dévisageait un à un. Harry sentit les poils de ses bras se dresser alors que ce regard sombre s'allumait d'une haine sans nom lorsque vint son tour. Il ne baissa pas les yeux, se contentant de rester aussi impassible que possible.

- Harry Potter, murmura l'adulte d'une voix doucereuse. Notre nouvelle… célébrité.

Harry soutint sans ciller le regard voilé de son nouveau professeur.

- Je porte le nom d'Hitsugaya, pas de Potter, professeur.

L'homme eut une légère grimace.

- Qu'obtient-on quand on ajoute de la racine d'asphodèle en poudre à une infusion d'armoise ?

- Un somnifère appelé la Goutte du Mort vivant.

- Où iriez-vous si je vous demandais de me rapporter un bézoard ?

Harry réfléchit un instant.

- Dans l'estomac d'un animal ruminant. Je crois que la plupart proviennent des estomacs des chèvres.

Rogue pinça les lèvres.

- Je vois que vous avez pris la peine d'ouvrir votre livre. Mais cela sera loin d'être suffisant pour réussir à maîtriser les potions.

Et il se détourna de lui pour commencer son cours.

À la fin des deux heures prévues, Harry fut certain d'une chose : il allait adorer les potions. Peut-être était-ce parce qu'il n'avait pas besoin de se servir de cette saleté de baguette, mais il se sentait en phase avec cette matière. Finesse et rigueur étaient obligatoires, ainsi qu'un maximum de concentration. Il n'y avait pas de place pour l'aléatoire.

Le seul point qui l'attristait était le comportement du professeur. Rogue ne cessait de l'observer de loin, comme s'il guettait une erreur de sa part. Heureusement, Harry n'en avait commis aucune cette fois-ci, mais il redoutait le moment où cela viendrait. Il ne comprenait pas son attitude. Le rapport de Rusard affirmait que son professeur et son père biologique ne s'entendaient pas, mais l'animosité qu'il lisait dans son regard ne pouvait être due qu'à une simple querelle d'enfants. Il y avait autre chose.

Lors du repas de midi, il eut l'occasion de discuter un peu plus avec ses camarades de promotion. Les présentations de la veille avaient effectivement brisé la glace entre les six nouveaux arrivants et chacun en savait un peu plus sur son voisin, mais ce n'était pas suffisant à ses yeux. Ils resteraient ensemble pour les sept années à venir et il était donc indispensable que de véritables liens se tissent entre eux.

À part Susan et lui, leur année comptait deux filles, Hannah et Megan, et deux garçons, Ernie et Justin.

Hannah, avec qui il avait eu l'occasion d'échanger quelques mots, semblait du genre maladroite. Sur le chemin des cachots, Harry l'avait vue manquer de trébucher plusieurs fois sans qu'aucun obstacle ne l'explique. De ce qu'il avait pu en voir, elle n'était également pas du genre à se mettre en avant ou à être très extensive. Flitwick, qui l'avait interrogé au premier cours, n'avait d'ailleurs pas réussi à lui soutirer un seul mot. Le stress du premier jour, sans doute.

Au contraire, Megan était du genre beaucoup plus joyeuse et ouverte. Il ne lui avait pas encore parlé personnellement, mais la bonne humeur qui se dégageait d'elle ne pouvait être niée. À cet instant, elle essayait de faire rire Hannah en la taquinant gentiment sur ses joues un peu trop rosées de timidité.

Il ne s'était pas encore fait d'idées sur Ernie et Justin, mais, à première vue, ils semblaient sympathiques.

- Qu'est-ce que vous regardez ? demanda-t-il en les voyant penchés sur d'étranges petits objets.

- Des cartes de chocogrenouilles, répondit Ernie.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Une friandise sorcière, répondit Susan. Une grenouille en chocolat ensorcelée pour s'échapper. C'est délicieux. Il y a une carte représentant un sorcier ou une sorcière célèbre avec.

- Tu as aussi été élevé parmi les moldus pour ne pas savoir ça ? demanda Justin en haussant un sourcil.

- On peut dire ça, rétorqua Harry, un peu sur la défensive. En tout cas, je ne connais pas.

- Je fais la collection depuis que je suis tout petit, reprit Ernie, tout sourire. J'en ai des centaines. Je te les montrerai si tu veux.

- Pourquoi pas ?

- Tu pourrais me montrer aussi ? murmura Hannah.

- Bien sûr. Tiens, ajouta-t-il en lui tendant celles qu'il tenait entre les mains. C'est pour toi, je les ai déjà en plusieurs exemplaires.

- C'est vrai ? rougit la jeune fille. Merci, Ernie !

- Si tu ne connais pas les chocogrenouilles, tu ne dois pas connaître non plus les dragées de Bertie Crochue ! s'exclama Megan, les yeux écarquillés.

- Non…

- Il faut absolument que tu goûtes ! J'en ai acheté dans le Poudlard Express !

- Qu'est-ce que c'est ?

- On ne peut pas te le dire, sinon ça gâche tout le plaisir, intervint Susan en lui adressant un peu clin d'œil. Tu découvriras ça par toi-même.

- En espérant que tu ne le regrettes pas, ajouta Ernie.

Devant sa mine un peu confuse, le petit groupe éclata de rire. Harry se renfrogna un court instant avant de se laisser gagner par la gaîté du groupe et sourire à son tour.

Leur après-midi était consacré au cours de botanique, avec le professeur Chourave. Il avait lieu dans des serres, un peu à l'écart du château, où poussaient de nombreuses espèces de plantes qu'Harry n'avait jamais vues. L'atmosphère y était chaude et humide, ce qui donnait aux élèves l'impression d'étouffer lentement. Harry ne se sentait déjà pas bien à l'aise dans son uniforme sorcier, mais, là, il regrettait franchement son kimono qui ne lui collerait pas autant à la peau.

Heureusement, il partageait ce cours-ci avec les gryffondors, et non avec les serdaigles comme jusqu'ici. De ce qu'il avait compris, ce ne serait pas souvent le cas, aussi devait-il en profiter. Il présenta d'ailleurs succinctement Hermione et Susan avant que le cours ne débute.

Le cours en lui-même était intéressant sans être passionnant. Harry fut impressionné par l'étendue du savoir d'Hermione étant donné son statut de né-moldue. Lui-même avait lu de long en large tous ses livres de cours avant la rentrée, mais elle devait avoir fait de nombreuses autres recherches. Il allait devoir lui aussi s'améliorer s'il ne voulait pas se laisser dépasser.

Il allait travailler dur et faire la fierté du capitaine Hitsugaya.