Chapitre 9 : Loin des yeux, loin du coeur ?

Le lendemain matin, Harry eut du mal à s'extirper du lit. Ce n'était pas une question de fatigue, mais plutôt de nostalgie. Il n'avait simplement pas envie de se lever et de réaliser que, pour la deuxième fois consécutive, son tuteur n'était pas présent dans cette sphère qui deviendrait « chez lui ». Jamais ils n'avaient été séparés ainsi, encore moins dans deux mondes distincts, et il ne savait pas trop comment gérer ce manque qu'il ressentait. Est-ce qu'Hitsugaya ressentait la même chose ou avait-il simplement repris le cours de sa vie ?

Chassant ses pensées, il se prépara rapidement et descendit dans la salle commune. Là, il se pelotonna devant la cheminée et attendit que Susan le rejoigne.

- Salut.

Harry se tira de la contemplation des flammes et se tourna vers un jeune homme aux cheveux dorés, un peu plus âgé que lui.

- Bonjour.

- Désolé de t'interrompre dans tes pensées, mais je voulais savoir si tout allait bien.

- Oui, pourquoi ?

- Eh bien, tu as l'air un peu déprimé.

Alors qu'il prenait place près de lui, Harry ferma les yeux quelques courtes secondes. Il allait devoir faire attention aux émotions que reflétait son visage ou tous ses secrets ou pensées qu'ils ne voulaient pas partager risquaient de lui attirer une attention pas forcément désirée.

- Je suis là si tu as besoin de discuter.

- C'est gentil.

Il y eut un instant de silence, mais, alors que le sorcier s'apprêtait à se lever pour le laisser en paix, Harry reprit la parole.

- La maison me manque…

L'autre eut un sourire compréhensif.

- La séparation est toujours difficile pour les premières années, le conforta son condisciple. J'étais très proche de mon père et le quitter a été une véritable épreuve pour moi. Je lui ai écrit des lettres tous les jours pendant un mois. Puis, j'ai fini par me faire à son absence.

Harry hocha la tête, priant pour qu'il dise vrai. Il posa sa main sur son téléphone, calé contre sa jambe. Au moins pouvait-il appeler Hitsugaya quand il le voulait, même s'il ne le ferait sans doute pas autant qu'il le souhaitait afin de ne pas le déranger. Le capitaine de la dixième division avait bien d'autres choses à faire que de gérer ses humeurs.

- Allez, ne rumine pas ça dans ton coin. Ce n'est qu'un mauvais moment à passer. Tu veux venir manger avec moi ?

Harry allait décliner l'invitation quand Susan apparut en haut des escaliers de son dortoir.

- Pourquoi pas.

- Au fait, je m'appelle Cédric Diggory.

- Harry Hitsugaya.

- Crois-moi : tu es le seul première année qui n'aurait jamais besoin de se présenter, pouffa le jeune homme en lui adressant un clin d'œil amusé.

- Malheureusement.

- Ne t'en fais pas. Poufsouffle a très bien entendu ce que tu as dit le soir de ton arrivée. Je voulais juste te taquiner.

Harry esquissa un petit sourire crispé avant de faire signe à Susan, qui n'avait pas osé s'approcher, de les rejoindre.

Après un bon petit déjeuner, en compagnie de Cédric et de quelques autres élèves de troisième année, Harry et Susan se rendirent à leur premier cours de défense contre les forces du mal.

Lorsque Harry pénétra dans la salle de classe, il sentit un frisson glacé le parcourir et un picotement agiter sa cicatrice. Il balaya la pièce d'un regard, à la recherche de l'origine de cette sensation désagréable qui le tenait, mais ne décela rien d'anormal. Il s'assit donc parmi ses camarades, mais resta sur ses gardes.

Rien ne se produisit de toute l'heure, mais, contrairement à la première fois qu'il avait senti sa cicatrice devenir douloureuse, le soir de son arrivée à Poudlard, la sensation ne disparut pas. Il tâcha donc de l'ignorer et de se concentrer sur le cours particulièrement laborieux à suivre du professeur Quirrell. Celui-ci avait un bégaiement très prononcé qui rendait difficilement compréhensible le discours qu'il tenait à ses élèves. Ce qu'il disait semblait pourtant très intéressant.

Il n'arrivait pas à comprendre comment un homme aussi craintif que son professeur avait pu affronter des créatures sombres et en sortir vainqueur. Presque n'importe quel son le faisait sursauter ! Sa vie à la Soul Society lui avait appris à ne pas se fier aux apparences, que sous un masque aussi grotesque pouvait se cacher un redoutable combattant, mais il ne comprenait pas l'intérêt du professeur. Entre les murs de Poudlard, il était en sécurité. Il n'avait pas besoin de dissimuler ses atouts à ses ennemis.

À moins que l'école ne soit pas aussi sécurisée que la rumeur le laissait dire. Après tout, la forêt du domaine était interdite, tout comme l'un des couloirs du deuxième étage. Pourquoi d'ailleurs ? La forêt était l'habitat de nombreuses espèces magiques, donc il était logique qu'elle puisse être dangereuse, mais le couloir ? Rusard n'avait rien signalé à ce sujet dans son rapport.

- Que penses-tu qu'il y ait au deuxième étage ? demanda Harry à Susan en sortant du cours.

- Au deuxième étage ?

- Dans le couloir interdit.

- Je ne sais pas…

- C'est un peu étrange d'annoncer comme ça à des enfants qu'ils ne doivent pas s'y rendre sans expliquer pourquoi. Ça attise les curiosités malvenues et nous pousse à enfreindre cette règle.

- Oui, c'est vrai, convint la jeune fille. Mais ne me dis pas que tu as l'intention d'y aller ?

Harry retint un rire devant l'air effrayé de sa nouvelle amie.

- Non, ne t'inquiète pas. Je n'ai aucune envie de m'attirer des ennuis.

- Albus Dumbledore est l'un des plus puissants sorciers du monde, si ce n'est le plus puissant. Pouldard est le lieu le plus sûr du pays. Tu ne crains rien, ajouta Susan.

Harry fronça les sourcils, mais ne répliqua pas. Beaucoup de sorciers semblaient le considérer comme un homme bon, au point de l'aduler. Il avait lu bon nombre de livres décrivant ses exploits magiques, et notamment sa victoire face au mage noir Grindelwald. Pour lui, il n'était rien de tout ça, mais il était encore trop tôt pour qu'il partage son opinion avec d'autres.

Harry délaissa ses pensées complotistes au début du cours suivant. Celui le perturba tout autant, mais pour une raison bien différente : il était assuré par nulle autre qu'un fantôme. Un fantôme d'un ennui mortel. Sa voix monotone avait perdu la moitié de la classe en à peine cinq minutes et Harry luttait pour s'obliger à prendre des notes. Les élèves avaient beau bavarder, tenter de l'interpeller pour essayer d'animer un peu le cours, rien n'y faisait. Ils avaient l'air invisibles aux yeux du professeur Binns.

- Sept ans d'histoire de la magie… je crois que je vais me suicider avant, marmonna Megan lorsqu'ils furent enfin libérés.

Harry fronça le nez. Il savait qu'elle n'était pas sérieuse, mais il n'aimait pas qu'on parle aussi légèrement de sa propre mort, même s'il savait qu'elle n'était rien de plus qu'un recommencement. Il avait encore beaucoup à faire pour s'habituer à vivre parmi les humains.

- Harry ?

- Mm ? Quoi ? fit-il en se tournant vers Susan.

Il s'était perdu dans ses pensées et s'était déconnecté de la réalité plusieurs longues minutes. Il observa le couloir où ils se trouvaient sans le reconnaître.

- On est où là ?

- Justement, plaisanta Ernie alors que les garçons éclataient de rire, on en a aucune idée. On se disait que ce serait utile de se faire une petite visite du château tous ensemble de soir pour éviter de se perdre. Tu es partant ?

- Absolument, approuva-t-il.

Le château était tout simplement immense et trouver son chemin sans faire mille et un détours les aiderait à ne pas arriver en retard en cours.

- On pourrait peut-être demander aux anciens de Poufsouffle de nous montrer, ajouta Justin. Sinon, on va simplement se perdre une fois de plus.

Tous approuvèrent avec entrain.

- On va peut-être découvrir des trésors cachés depuis des millénaires ! s'enthousiasma Megan en sautillant sur place. Ce château est le centre de tellement de légendes et de mystères.


Comme prévu, les amis partirent à la découverte du château en fin d'après-midi. L'ambiance était bon-enfant, mais Harry se sentait une fois de plus de trop. La plupart de ses condisciples était issue de familles au moins en partie sorcière, et leurs enfances avaient été baignées par les récits de leurs parents sur leurs propres années à Poulard. Le seul qui aurait pu comprendre ce vide qu'il ressentait était Justin, étant donné qu'il était issu d'une famille moldue, mais celui-ci ne semblait pas affecté comme lui.

Il eut un sourire désabusé en se disant que si ses amis visitaient un jour la Soul Society, c'est eux qui se sentiraient complètement perdu par l'immensité et l'histoire du lieu. Cependant, il savait qu'aucun n'irait jamais avant de trépasser. Jamais il ne pourrait partager des anecdotes semblables avec qui que ce soit.

Il secoua la tête pour chasser ses sombres pensées. À présent, il faisait partie du monde des vivants. Autant profiter de la sagesse de ses amis pour s'intégrer un peu plus dans cette école. Relevant les yeux qu'il ne se souvenait pas avoir baissés, il croisa le regard de Susan. La jeune fille lui sourit gentiment, et il ne put s'empêcher de lui retourner un sourire.

Il n'était pas seul. Il avait la chance de pouvoir compter des amies dans la vie et dans la mort. N'était-il pas le garçon le plus chanceux des mondes ? Il pouffa doucement. C'était une chose que son tuteur était tout à fait capable de lui dire pour lui remonter le moral.


Après le repas, alors qu'il était en route pour rejoindre la salle commune des poufsouffles, le téléphone d'Harry se mit à sonner.

- Qu'est-ce que c'est ? demandèrent les nés-sorciers en le voyant tirer l'appareil de sa poche.

Harry ne répondit pas, aussi ce fut Justin qui leur expliqua. Lui était concentré sur le nom de Matsumoto clignotant sur son écran.

- Allez-y, je vous rattraperai.

Et il tourna les talons pour s'accorder un peu d'intimité.

- Bonsoir, Rangiku.

- Harry, mon petit prince, comment vas-tu ? s'exclama la shinigami à l'autre bout de la ligne.

Entendre sa voix, ainsi que le surnom qui le poursuivait depuis près de dix ans, lui fit un bien fou. Mais cela lui rappela également à quel point tous ses proches lui manquaient.

- La rentrée s'est bien passée. Je me suis fait des amis et je me fais doucement au monde de la magie.

Il lui raconta un peu plus en détail ses premiers cours, heureux qu'elle l'écoute avec enthousiasme.

- Et chez vous, tout se passe bien ? demanda-t-il finalement, avec un brin d'appréhension.

- C'est pour ça que je t'appelle en fait, répondit Matsumoto, qui avait très bien compris qu'il demandait des nouvelles de son tuteur.

- Il y a un problème ? Tôshirô va bien ?

La jeune femme eut un petit rire.

- Il n'y a pas de problème, à part ton absence. Tu lui manques beaucoup.

Harry sentit ses mots transpercer son cœur.

- Depuis ton départ, il n'a pas quitté son bureau. Il n'a ni dormi, ni mangé depuis deux jours. Il se réfugie dans le travail pour éviter de penser à ton absence.

- J'aurais dû l'appeler hier soir, murmura Harry, se souvenant de l'irrésistible envie qu'il avait réprimée avant d'aller se coucher.

- Ce n'est pas ta faute, Harry, le consola Matsumoto, mais laisser partir son enfant est toujours dur pour un parent. Le capitaine étant qui il est, il ne gère pas la situation comme les autres.

- Je vais rentrer à la maison, décida aussitôt Harry.

Il ne laisserait pas Hitsugaya se tuer à la tâche à cause de lui. Il avait souvent entendu ses oncles et tantes de substitution lui avaient raconté comment était son tuteur par le passé, avant qu'il ne lui vole son cœur. Ce n'était pas ce qu'il pouvait appeler une vie normale, même si elle n'était pas non plus invivable. Elle était simplement… vide.

- Non. Il ne voudrait pas que tu renonces à Poudlard pour ça. Ce serait bête.

- Alors qu'est-ce que je peux faire ? demanda Harry, qui se sentait totalement impuissant.

- Appelle-le. Souvent.

- Je vais le déranger.

- Voyons, l'as-tu un jour dérangé ?

Harry s'apprêtait à répondre quand il réalisait qu'il n'avait aucun exemple à donner. Son tuteur l'avait toujours fait passer avant tout le reste. Même lorsqu'il était resté alité deux longues semaines, alors qu'il avait cinq ans, Hitsugaya était resté à son chevet, malgré ses devoirs de capitaine. Une bouffée d'amour l'envahit.

- Je vais l'appeler tout de suite, décida-t-il.

- Super, mais ça ne veut pas dire que tu ne dois pas nous donner des nouvelles à nous aussi ! plaisanta Matsumoto.

- Rangiku ? Merci de veiller sur Tôshirô.

- Je le faisais bien avant ton arrivée, petit prince, et je n'ai pas l'intention d'arrêter.

Souriant, Harry raccrocha.

Il composa immédiatement le numéro de la personne qu'il aimait le plus au monde. Alors que les tonalités résonnaient, il sentit son rythme cardiaque accéléré.

- Harry ?

Un immense sourire se peignit sur le visage du sorcier.

- Bonsoir, Tôshirô ! J'ai plein de choses à te raconter !