Chapitre 10 : Bilan d'une semaine

En fin de semaine, Harry, Susan et Hermione décidèrent de se retrouver pour passer la journée ensemble. Ils s'étaient croisés quelques fois dans les couloirs ou pendant leurs instants de pause, mais ils n'avaient pas vraiment eu le temps de se poser et de discuter de leurs premières impressions sur Poudlard.

Profitant d'une belle journée ensoleillée de septembre, ils sortirent s'installer dans l'herbe fraîche du gigantesque domaine du château. Ils commencèrent par échanger leurs premiers ressentis sur leur vie quotidienne au château. La nourriture succulente servie dans la Grande Salle, l'immensité du château, les tableaux et statues mouvantes, le règlement d'intérieur, et toute sorte d'autres choses. Hermione participait activement à la discussion, mais les deux poufsouffles ne purent s'empêcher de remarquer une chose : si eux parlaient de l'ambiance et des liens qui se créaient au sein de la maison Poufsouffle, la gryffondor ne mentionnait jamais ses camarades de maison.

- Comment ça se passe chez les gryffondors ? demanda finalement Susan.

Le sourire d'Hermione faiblit, alertant immédiatement les deux autres. Elle garda le silence un instant avant de répondre.

- C'est… un peu étrange. Je n'ai pas l'habitude de vivre en collectivité vingt-quatre heures sur vingt-quatre comme ça, mais bon.

- C'est-à-dire ? Tu as des problèmes ? s'inquiéta Harry.

Hermione dodelina de la tête, pensive.

- Vous savez, j'ai toujours énormément travaillé depuis que je suis toute petite. Au début, c'était pour rendre fiers mes parents, mais après je me suis rendue compte que j'aimais comprendre chaque petite chose qui m'entourait. Comme je suis une né-moldue, le monde de la magie est un mystère total pour moi et j'ai déjà fait beaucoup de recherches.

- Et ceux de ta promo n'apprécient pas ton assiduité, comprit Susan.

- Oui, confirma la jeune fille en baissant la tête. Pourtant, je fais gagner des points à notre maison. A chaque fois que je lève la main pour répondre à une question, je sens leurs regards mauvais ou moqueurs se braquer sur moi.

- Ils sont simplement jaloux, la rassura Harry,parce qu'eux sont incapables de faire de même.

- Je sais, murmura Hermione, mais du coup je ne me sens pas à ma place parmi eux. J'ai l'impression d'être exclue des autres premières années.

Harry frotta gentiment son épaule pour la réconforter.

- Ils vont s'y faire.

- J'espère, approuva Hermione avec un sourire plein de gratitude.

- Si ça continue, il faudra en parler à ta directrice de maison. C'est le professeur McGonagall, c'est ça ? demanda Susan.

- Oui, mais je ne veux pas l'embêter avec ces broutilles. Ce n'est pas important.

- En tout cas, si ça ne va pas, n'hésite pas à venir nous voir. Chez Poufsouffle, on soutient nos amis envers et contre tout.

Harry approuva d'un signe de tête. Hermione leur adressa un sourire brillant, qui lui fut immédiatement rendu.

- Merci, ça compte beaucoup pour moi.

Le sujet dévia ensuite rapidement sur leurs cours, des professeurs et des sortilèges qui leur étaient enseignés.

- Je n'aime pas beaucoup le professeur Rogue, murmura Hermione. Dès le premier cours, il a ôté vingt points à Gryffondor. Les serpentards ne faisaient pas mieux que nous, mais eux n'ont pas été sanctionnés. J'avais entendu dire qu'il était partial, mais à ce point…

- Il a essayé de piéger Harry en lui posant des questions, appuya Susan. Heureusement que tu connaissais les réponses parce que, sinon, nous aurions sans doute perdu des points.

- Il ne m'aime pas beaucoup. Je veux dire, encore moins que les autres élèves, ajouta Harry devant le regard amusé des deux filles.

- J'ai entendu dire qu'il avait été accusé d'être un mangemort, un partisan de Vous-Savez-Qui, révéla Hermione à voix basse. Il aurait été innocenté grâce à Dumbledore, mais la rumeur perdure. C'est peut-être pour cela qu'il t'en veut ? Tu aurais défait son maître.

Harry resta songeur.

- C'est possible, mais… je ne sais pas. Ce n'est pas très subtil de sa part de s'en prendre ainsi à moi pour cette raison. À sa place, j'aurais plutôt joué l'inverse, tant pour garder ma couverture d'homme bon et honnête que pour me faire baisser ma garde et me frapper au bon moment.

Susan approuva d'un signe de tête.

- Tu crois que c'est plus personnel ?

- Peut-être. Je ne l'avais jamais rencontré avant d'arriver à Poudlard mais il connaissait mes parents biologiques.

Si jamais le professeur continuait à agir de la sorte, il chercherait de plus amples informations sur l'animosité qui liait Rogue et les Potter.

- En tout cas, c'est un cours bien plus intéressant que celui d'histoire de la magie, décréta-t-il avec sérieux. J'ai bien cru que j'allais m'endormir sur place.

- Il était aussi mort que Binns ! ajouta Susan en secouant la tête, désolée.

- D'ailleurs, je trouve ça étrange qu'un fantôme puisse être professeur, fit Hermione. On dit qu'il est mort dans son sommeil, mais que, le lendemain matin, il s'est rendu en cours comme si de rien n'était.

- C'est le plus mou de tous les fantômes de Poudlard.

Harry hocha la tête, mais décida de ne pas participer à la conversation qui se profilait. Il n'aurait pas eu grand-chose à dire sur le sujet de toute façon. Il savait que l'école abritait plusieurs esprits qui avaient choisi de ne pas rejoindre la Soul Society – il ne savait pas vraiment pourquoi cela avait été autorisé –, mais n'en avait officiellement croisé que deux. Les fantômes de Poudlard, excepté Bins, semblaient l'éviter. Sans doute la nouvelle de son appartenance à la Soul Society s'était-elle répandue parmi eux. Il avait eu l'occasion d'échanger quelques mots avec le Moine Gras, le fantôme de Poufsouffle, mais il l'avait senti mal à l'aise en sa présence, aussi n'avait pas insisté. L'esprit semblait pourtant très amical et, selon les autres premières années, il n'hésitait pas à les écouter ou à les aider à retrouver leur chemin dans les couloirs labyrinthiques.

- Harry ?

- … Pardon ?

Il s'était tellement plongé dans ses pensées qu'il avait raté toute une partie de la conversation. Hermione rougit légèrement.

- Est-ce que c'est vrai ? Que tu n'arrives pas à faire de magie ?

Harry darda Susan du regard, accusateur.

- Je n'ai rien dit, protesta le jeune fille. Je n'aurais jamais fait ça sans ton accord !

- La rumeur circule dans toute l'école, expliqua la gryffondor, mal à l'aise.

Le jeune homme gronda intérieurement. De quoi ils se mêlaient ? Sa pression spirituelle et sa magie s'agitèrent en lui.

- Désolé, Susan.

- Ne t'en fais pas, ce n'est rien.

- Je n'arrive pas a manier ma baguette. Ma magie, elle, se porte très bien. Un peu trop.

- Nous avons déjà prévu de travailler là-dessus, sourit Susan en posant sa main sur le bras du jeune garçon. Bientôt, ce sera de l'histoire ancienne.

- Je peux peut-être vous aider ? J'ai lu beaucoup de choses sur l'utilisation de la magie chez les nés-moldus. Je ne voulais pas que ça m'arrive et que les nés-sorciers se moquent de moi. Alors si je peux être une quelconque aide...

- Plus on est de fous, plus on rit, approuva Harry d'un ton morne. Je ne vous garantis pas d'être de bonne humeur pendant ces entraînements. D'ordinaire, je suis plutôt doué dans tout ce que j'entreprends alors ça a tendance à me frustrer particulièrement.

- Raison de plus pour régler rapidement le problème, rit Susan.

- Restons encore un peu au soleil et puis on y va, proposa Hermione.

Harry hocha légèrement la tête. Le plus tôt serait le mieux.

Une petite demi-heure plus tard, les trois amis se levèrent et retournèrent au château. Ils errèrent un moment dans les couloirs avant de trouver une salle de classe vide, un peu à l'écart, où ils pourraient s'entraîner sans être dérangés.

- Vous êtes sûrs qu'on a le droit d'être ici ? demanda Hermione en refermant la porte.

- Il n'y a pas de raison tant qu'on ne cause aucun dégât, répondit Susan en haussant les épaules. Il faut bien que nous nous exercions si nous voulons réussir nos examens de fin d'année. Si on nous dit quelque chose, nous nous excuserons et nous partions.

- Tu as raison.

- Mettons-nous au travail, décréta Harry en tirant sa baguette.

Le jeune homme travailla avec assiduité un long moment. Dans une situation comme celle-ci, il savait que la seule chose à faire était de retenter jusqu'à ce qu'on y arrive. Hermione et Susan suivaient ses essais avec attention et le conseillaient parfois, espérant qu'une légère modification dans le mouvement de la baguette ou dans l'intonation produirait un déclic chez leur ami. Malheureusement, les minutes passaient et aucun résultat ne se profilait. La plume sur laquelle s'entraînait Harry ne bougeait pas d'un millimètre.

- J'en ai marre !

Harry jeta rageusement sa baguette sur le pupitre devant lui. Elle roula et tomba de la table, sous l'œil coléreux de son propriétaire.

- Harry ! s'exclama Hermione, horrifiée par son geste.

- Je n'arrive à rien avec, gronda le jeune homme.

- Il te faut juste un peu de temps, lui assura Susan en ramassant la baguette.

- Je ne ressens absolument rien quand je l'utilise. Ma magie ne passe pas par cette baguette. Elle s'échappe de partout, sauf de là !

Comme pour lui donner raison, la vitre la plus proche de lui se fissura. Sa pression spirituelle tournoyait joyeusement autour de lui. Il devait la canaliser avant que ses amies n'en soient affectées. Elles ressentaient déjà la lourdeur de l'air sur leurs épaules.

- À se demander pourquoi elle m'a choisi… marmonna-t-il en reprenant sa baguette que lui tendait son amie.

- Ça fait à peine une semaine, tempéra Hermione qui venait de réparer la fenêtre.

- Et je n'ai pas réussi le moindre sortilège.

- Patience. Ça viendra.

Harry souffla par le nez et se reconcentra sur la plume. C'était étrange comme il pouvait se montrer patient avec le kidô ou le maniement d'armes blanches et comme il n'en avait aucune avec la magie. Son tuteur ne serait pas fier de lui.

Finalement, il admit sa défaite. Amer, il foudroya l'objet récalcitrant du regard. Il sursauta quand celui-ci entra en combustion, tirant une exclamation de surprise de ses amies.

- Ça suffira pour aujourd'hui, souffla-t-il en rangeant sa baguette. Allons manger, j'ai faim.


Après le repas du midi, Harry entreprit de rechercher un endroit tranquille il pourrait s'entraîner au maniement de son asauchi sans déranger personne. Il avait déjà exclu l'intérieur du château, où tous pourraient sentir sa pression spirituelle s'il décidait de la relâcher un peu. Il ne pouvait pas prendre le risque de blesser quiconque. Le parc de Poudlard ne lui convenait pas non plus, bien qu'il dispose d'une place suffisante. Il risquait une fois de plus de tomber sur un élève à un moment impromptu car beaucoup cherchaient à éviter les endroits un peu trop passants, comme les bords du lac noir.

Il allait rebrousser chemin et retourner à sa salle commune quand son regard fut attiré par la forêt sombre qui occupait une partie du domaine. La Forêt Interdite. Là, il ne risquait pas de croiser qui que ce soit d'humain ! Il lui suffisait de ne pas trop s'y enfoncer pour ne pas rencontrer les diverses créatures qui y résidaient. Alors qu'un sourire d'excitation naissait sur ses lèvres, il se dirigea vers elle.

C'est avec un certain plaisir qu'il remarqua la douce énergie spirituelle qui se dégageait des arbres. C'était comme si un petit bout de la Soul Society avait fait le voyage avec lui jusque dans le monde des vivants. Malheureusement, l'endroit était plutôt sinistre malgré le soleil qui brillait et il y régnait un silence assez étrange.

- Ça fera l'affaire, décida néanmoins Harry en prenant une pilule d'âme artificielle.

Il quitta son corps et s'étira aussitôt. Il n'avait pas l'habitude de le porter aussi longtemps.

- Je vais rester un peu histoire de me dérouiller, déclara-t-il au modsoul qui se relevait dans son enveloppe charnelle. Tu peux te balader dans le coin, mais tu fais attention.

- D'accord, répondit l'âme artificielle de sa voix fluette avant de s'éloigner.

Harry la regarda disparaître avant de tirer son arme. Avec précaution, il libéra un peu de sa pression spirituelle. Celle-ci flamba un instant avant de s'apaiser. Elle était sous son contrôle. Satisfait, il se mit en garde.

Ce n'est que lorsque le soleil commença à décliner que le jeune homme déclara la fin de son entraînement. Il était fatigué, en nage, mais il se sentait bien. Ses exercices lui rappelaient la Soul Society. Il réintégra son corps et prit le chemin du retour.

En entrant dans sa salle commune, il tomba sur Susan, occupée avec l'un de ses devoirs.

- Je prends une douche et j'arrive, lança-t-il lorsqu'elle lui adressa un signe de la main.

II redescendit une quinzaine de minutes plus tard.

- Tout va bien ? Tu as disparu tout l'après-midi.

- Je suis allé m'entraîner un peu, répondit Harry en sortant lui aussi un rouleau de parchemin et une plume. Je n'avais pas encore trouvé le temps depuis que je suis arrivé, donc je me suis lâché un peu.

- À quoi t'entraînes-tu ?

- Tout ce qui peut me permettre de développer endurance et force physique.

Il hésita un instant avant de poursuivre.

- C'est indispensable au maniement des armes blanches.

- Tu fais de l'escrime ?

- On ne peut pas appeler ça de l'escrime. Je manie un katana.

- Ce n'est pas une pratique très courante. Tu fais ça souvent ?

- Avant de venir à Poudlard, je passais au moins trois heures à m'entraîner chaque jour. Certains jours, je n'utilise que mon katana, d'autres je passe mon temps à courir d'un endroit à un autre.

La jeune fille ouvrit de grands yeux surpris.

- Tant que ça ?

Harry opina.

- C'est un choix ? Ou est-ce ta famille qui t'y a poussé ?

- Ça s'est imposé naturellement. Tout le monde chez moi en manie un. C'est un peu notre marque de fabrique, ajouta-t-il en réprimant un sourire.

- Tu me monteras un jour ce que tu sais faire ?

Harry déchanta légèrement, mais n'en montra rien.

- Oui, pourquoi pas, mais, tu sais, on est dans une école. Jamais ils ne me laisseront apporter une arme ici.

- Moui. C'est pas faux.

Harry choisit ce moment de battement dans la conversation pour ouvrir son livre de potions et faire dévier la conversation. Il avait eu chaud.