Chapitre 11 : Une curiosité non désirée
Le lendemain matin, alors qu'il prenait son petit déjeuner en compagnie de Susan, McGonagall s'approcha d'Harry.
- Bonjour, Mr Hitsugaya. Lorsque vous aurez terminé votre repas, veuillez venir dans mon bureau s'il vous plaît. J'aurais quelques questions à vous poser à propos des informations que vous avez fournies à l'école lors de votre inscription.
- Oui, professeur, répondit poliment l'élève.
- Il y a un problème ? demanda Susan en avisant le regard contrarié de son ami qui suivait la directrice adjointe.
- Quelque chose me dit que je vais avoir du mal à convaincre la direction que je n'ai pas été kidnappé, gronda le jeune homme.
- Ça risque de durer, tu sais. Ta célébrité et ta disparition soudaine ont animé le monde magique pendant dix années, sans faiblir.
Harry émit un nouveau grognement, mais ne répondit pas. Sa bonne humeur matinale s'était envolée.
- Bon, je vais y aller, déclara-t-il. On se retrouve plus tard.
Et, sans attendre la réponse de Susan, il s'éloigna. En chemin, il croisa le regard d'Hermione, qui semblait elle aussi inquiète de sa mauvaise humeur. Il aurait voulu lui sourire, lui dire que tout allait bien, mais il était trop contrarié pour cela. Les sourcils froncés, il quitta la Grande Salle.
Il se présenta au bureau du professeur McGonagall vingt minutes plus tard. Celle-ci l'invita à entrer et il attendit en silence que l'adulte lui expose la raison de sa présence entre ses murs.
- Comme je vous l'ai dit, il y a quelques irrégularités avec vos papiers d'inscription. Nous avons impérativement besoin de connaître votre adresse afin de pouvoir contacter vos parents, dans l'éventualité où, par exemple, vous tomberiez malade.
- Les hiboux ne pourront arriver jusqu'à chez moi, éluda le jeune homme.
Il tira son téléphone de sa poche. L'adulte fronça les sourcils à la vue de l'objet typiquement moldu. Elle pensait pourtant que le Survivant avait été élevé parmi les sorciers.
- Je garde ceci en permanence sur moi, expliqua-t-il. S'il m'arrive quelque chose, tous les numéros utiles y sont enregistrés.
- La technologie ne fonctionne pas dans ce lieu saturé de magie.
- Ce n'est pas un simple téléphone. Il fonctionne parfaitement.
La vieille femme resta sceptique un instant avant de reprendre.
- Nous avons besoin de pouvoir contacter vos proches sans avoir à dépendre de votre présence. Il suffit que vous perdiez cet objet.
Harry soupira. Il s'était attendu à ce genre de réticences.
- Mr Rusard peut contacter ma famille si besoin. Cela suffit-il ?
L'adulte s'attendait à tout sauf à ça. Pourquoi diable son élève était-il aussi proche du concierge ?
- Oui. Vous pouvez y aller…
Le jeune homme ne se fit pas prier et quitta la pièce aussi vite que son corps le lui permettait, laissant la directrice adjointe légèrement pantelante. Il lui fallait discuter avec Dumbledore et Rusard rapidement.
Une petite heure plus tard, Rusard entrait dans le bureau de Dumbledore d'un pas rageur. Ce jour-là, il n'avait pas à jouer les hommes bougons et colériques : il l'était réellement. Il connaissait déjà la raison de sa convocation chez le directeur : Harry Hitsugaya. Cela faisait à peine une semaine que le gamin était dans les murs du château et, déjà, il lui attirait des ennuis.
- Argus, nous souhaitions vous voir à propos du jeune Potter.
- Hitsugaya, le corrigea McGonagall.
Le vieil homme ne releva pas, mais Rusard, lui, nota bien son intervention.
- Il y a quelques irrégularités dans son dossier d'inscription, notamment sur les moyens de contacter sa famille. Cependant, ce jeune homme nous a affirmé que vous pouviez joindre ses parents, ajouta Dumbledore en lui jetant un regard perçant par-dessus ses lunettes en demi-lune.
- Oui, répondit simplement le concierge. Son père m'a chargé de garder un œil sur son garnement.
Ce n'était pas tout à fait la vérité, mais Dumbledore n'avait pas besoin de le savoir.
- Pourquoi est-ce à vous qu'il a demandé une telle chose alors que la sécurité et le bien-être des élèves relèvent de mes compétences et de celles de leur directeur ou directrice de maison ?
- Je l'ai rencontré, mentit Rusard avec aplomb. Nous avons discuté du fonctionnement de l'école et je lui ai assuré que je ne laissais pas ces gamins faire la loi à Poudlard. Que je savais les mater comme il le fallait. Il faut croire que je l'ai convaincu.
Dumbledore et McGonagall échangèrent un regard surpris. Jusqu'ici, jamais le concierge n'avait eu de contact avec un parent d'élèves ou ne s'était impliqué personnellement dans la surveillance de l'un d'eux.
- Vous l'avez rencontré en personne ?
- Oui.
- Quel genre de personne est-ce ? demanda Dumbledore, très intéressé.
Rusard frissonna, mais, heureusement, l'esprit de son zanpakutô savait admirablement tromper l'intrusion du sorcier dans son esprit. Il détestait vraiment cette capacité typiquement sorcière.
- Mr Hitsugaya est strict et très protecteur. Je ne saurais vous en dire plus, notre discussion a été assez succincte, mais je pense que votre élève est entre de bonnes mains.
- C'est une bonne nouvelle, souffla McGonagall.
- Il reste un ravisseur d'enfants, Minerva, lui reprocha le directeur. Harry ne sera jamais en sécurité avec lui.
Rusard gronda intérieurement. De quel droit ce vieil homme osait-il dénigrer le capitaine de la dixième division ?
- Harry Hitsugaya semble très bien se porter, rétorqua la directrice adjointe. Il est dynamique, ouvert et très poli. Je doute que cela aurait été le cas s'il avait été élevé par les Dursley.
Rusard approuva intérieurement sa collègue. Hitsugaya avait fait des merveilles avec l'éducation du garçon. Même en tant que parent, ce shinigami était vraiment un prodige.
- Vous avez raison, concéda Dumbledore. Je m'inquiète seulement à son sujet.
- Peut-être aurons-nous le plaisir de rencontrer Mr Hitsugaya un jour, proposa McGonagall en se tournant vers Rusard.
Celui-ci haussa les épaules. Ils le rencontreraient sans doute, mais sans savoir de qui il s'agissait.
- Nous pourrons alors constater de nous-mêmes la relation qu'il entretient avec son fils adoptif.
Dumbledore hocha la tête sans répondre. Il était rare que sa collègue ne soit pas d'accord avec lui, et c'était constamment le cas lorsque cela concernait Hitsugaya.
- Tant qu'Harry sera en parfaite santé...
Le shinigami retint un soupir de soulagement.
- Dans tous les cas, reprit Dumbeldore, nous devons pouvoir contacter la famille d'Harry en cas de problème. C'est le cas pour tous les élèves. C'est pourquoi je vous demande de partager les informations dont vous disposez afin que nous puissions compléter le dossier de ce garçon.
- Cela m'est impossible, répondit Rusard.
- Pourquoi ? demanda le vieil homme en fronça les sourcils.
- Je suis soumis à un serment inviolable. Mr Hitsugaya est quelqu'un d'important et cela lui a semblé nécessaire pour la protection de sa famille.
Cette pratique, très ancienne et très puissante, était un argument qui ferait réfléchir le directeur et, avec un peu de chance, l'empêcherait de fouiner quelque temps dans la direction du capitaine Hitsugaya.
Dumbledore fronça les sourcils. Le mystère autour de cet homme s'épaississait de jour en jour. Il n'aimait pas cela, mais savait qu'il ne pouvait pas entreprendre quoi que ce soit contre lui sans perdre le peu de crédit que lui portait Harry. Et il ne pouvait pas se le permettre. Cet enfant était la clé de la survie du monde magique. Il fallait qu'ils se rapprochent, doucement, mais sûrement, pour que l'attention de l'enfant lui accorde sa confiance et accepte ses paroles comme la vérité, tout comme tous les autres sorciers. Certes, il pouvait utiliser la légilimencie pour s'infiltrer dans l'esprit du jeune garçon, mais il se répugnait à l'utiliser sur un enfant. S'il n'avait pas d'autre choix, il aviserait.
Harry se présenta au bureau de Dumbledore, crispé. Porteur de la convocation qui se voulait informelle, Rusard l'avait mis en garde contre les interrogations du vieil homme et lui avait rappelé de faire attention à ses paroles.
- Bonjour, Mr Hitsugaya. Asseyez-vous, je vous en prie.
- Bonjour, professeur, répondit-il avec méfiance.
Jamais encore l'adulte ne s'était adressé à lui par son vrai nom de famille. Quelque chose en lui trouvait cela étrange, mais il choisit de l'ignorer. Il avait ce qu'il voulait après tout.
- Je vous promets de me faire à votre nom, mais vous devez être indulgent avec moi, je ne suis qu'un vieil homme. Je risque de faire quelques erreurs, sourit l'homme comme s'il avait deviné ses pensées. Un bonbon au citron ?
- Non, merci.
- Je souhaitais vous voir pour discuter un peu de votre intégration au sein de notre école.
- Vous faites cela avec chaque première année ? demanda Harry en haussant un sourcil.
- Non, il est vrai. Je n'en ai malheureusement pas le temps. Mais vous n'êtes pas n'importe quel première année.
- Parce qu'un mage noir a essayé de m'assassiner lorsque j'avais un an ?
- Non, parce que vous êtes toujours à mes yeux le petit bambin que m'ont présenté James et Lily il y a onze ans.
- Je ne suis plus cet enfant, rétorqua Harry en croisant les bras.
- Bien entendu, mais vos parents biologiques auraient souhaité que je veille sur vous personnellement. Je n'ai pas pu le faire pendant toutes ces années, alors permettez-moi de le faire lorsque vous résidez ici.
Harry soupira, mais ne répondit rien. Dumbledore lui adressa un sourire doux.
- Vous plaisez-vous à Poufsouffle ?
- Oui.
Il n'allait pas non plus l'encourager en lui déballant sa vie. Après tout, c'était cet homme qui, alors qu'il ne souhaitait que son bien et d'autres âneries pareilles, l'avait abandonné sous un porche en pleine nuit.
- J'avoue avoir été un peu surpris par ce choix, reprit le directeur. Savez-vous que tous les Potter sont allés à Gryffondor ? Votre mère également.
- Il y a toujours des exceptions.
-Vous avez tout à fait raison et l'important est que vous vous sentiez bien dans cette maison.
Harry approuva d'un signe de tête.
- Et vos cours ?
- Tout va très bien, mentit Harry.
L'autre lui offrit un regard indulgent qui le piqua.
- J'ai entendu dire que vous aviez quelques difficultés à lancer des sortilèges.
Cette fois, c'était définitif : il était surveillé. Sa puissance intérieure grimpa en flèche à cette constatation et le jeune homme se força à la calmer. Dumbledore pouvait être un homme dangereux et il ne devait pas découvrir sa réelle nature.
- Le professeur Flitwick a dit que cela arrivait.
- Si vous le désirez, je suis sûr qu'un membre du corps professoral peut vous faire travailler en dehors des cours pour régler ce problème.
- Je m'en sortirai par moi-même. Merci de votre proposition.
Toujours rester poli, c'était une règle importante que lui avait apprise son tuteur. Mais, face à Dumbledore, Harry avait bien du mal à s'en souvenir. Il n'arrivait toujours pas à digérer ses accusations contre sa famille.
- Je suis sûr que vous y parviendrez rapidement. N'hésitez pas à revenir vers moi si vous changez d'avis. Dites-moi, avez-vous déjà une préférence pour une matière en particulier?
- J'aime les potions.
Dumbledore rit doucement en secouant la tête.
- Si James vous entendait… il a toujours détesté cette matière. Votre mère, en revanche, était très douée dans ce domaine.
- Je l'ignorais.
- Mais peut-être votre intérêt vous a-t-il été inspiré par vos parents adoptifs ?
Harry ne manqua pas la tentative de soutirage d'informations.
- Non.
- Quels métiers exercent-ils, si je puis me permettre ?
Harry hésita un instant.
- Je ne peux rien vous dire, c'est confidentiel.
Le directeur hocha la tête. Un métier confidentiel, un serment inviolable, une magie suffisamment puissante pour qu'il ne puisse localiser Harry : sa « famille » avait tout l'air d'être des gens importants. Importants et dangereux. C'est pour cela qu'il n'avait trouvé aucune trace d'eux.
- Je comprends. La sécurité avant tout, n'est-ce pas ?
Le jeune garçon hocha la tête sans répondre. Dumbledore garda le silence un moment, se contentant de fixer son élève avec son regard mystérieux.
- Si vous avez besoin de parler, quel que soit le sujet, vous savez que vous pouvez venir me voir, n'est-ce pas ?
- Merci, professeur, répondit Harry en inclinant la tête, mais tout va bien.
En quittant le bureau directorial, de mauvaise humeur, Harry décida de ne pas retourner immédiatement au contact des autres élèves. Il devait d'abord se calmer et stabiliser sa pression spirituelle et sa magie. Il sortit dans le parc du château et, comme le jour précédent, pénétra dans la Forêt Interdite. Une fois arrivé au même endroit que la veille, il quitta son corps et l'envoya se promener. Lui s'assit sur la mousse fraîche, en tailleur et ferma les yeux. Il laissa un instant ses pensées vagabonder, avant de libérer la pression spirituelle et la magie qu'il gardait constamment sous contrôle. Elles l'enveloppèrent immédiatement, lui conférant chaleur et protection. Il prit une longue et lente inspiration par le nez, la savourant.
Petit, il ne comprenait pas pourquoi son tuteur pouvait passer des heures immobile dans cette position. À présent, il le savait. À son niveau, et tant qu'il n'avait pas découvert le nom de son zanpakutô, il ne pouvait pénétrer dans son monde intérieur, mais, en méditant ainsi, sans entrave, il avait l'impression de communier avec le pouvoir qui coulai dans ses veines. Dans ces moments, il n'avait plus peur de ce qu'il pouvait produire – après tout, tant qu'il restait calme, son magie et sa pression spirituelle le laissaient en paix.
Bientôt, il laissa Dumbledore, Poudlard et tous ses petits soucis derrière lui. Ne restèrent que le silence et l'énergie qui vibrait dans ce lieu et dans son corps.
Soudain, il eut l'impression qu'on l'appelait. Il ouvrit les yeux et balaya la forêt autour de lui, sans rien y voir d'étrange. Il devait avoir rêvé. Après quelques secondes, il referma les paupières et replongea en lui. Une petite demi-heure plus tard, il entendit de nouveau cette voix diffuse. Cette fois, il était certain qu'il n'avait pas rêvé. Pourtant, il n'y avait toujours rien aux alentours.
Poussant un profond soupir, il tâcha de se reconcentrer. Cependant, il n'était plus tranquille. Ses pensées et ses sens étaient focalisés sur son environnement, à la recherche de la personne qui, quelque part, devait l'observer. Il finit par abandonner et se redressa.
- Décidément, ce n'est pas mon jour.
Il rappela son corps, à grand renfort de cris, le réintégra, et retourna à sa salle commune, toujours bougon.
Quelle ne fut pas sa surprise en découvrant la quasi-totalité des élèves de Poufsouffle assis un peu partout dans la salle commune.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-il à Megan, la première année la plus proche de l'entrée.
- On va jouer à un jeu. On est divisé par équipe, toutes années confondues, et on doit répondre à des questions de culture générale. L'équipe qui répond le mieux gagne.
- De culture sorcière ou moldue ? demanda Harry, sachant pertinemment qu'il ne pourrait répondre ni aux unes ni aux autres.
- Un peu des deux, répondit un sorcier de cinquième année. C'est tout l'intérêt : nous avons tous à apprendre des autres.
- Sans moi, répondit Harry en prenant place sur un sofa, près d'une cinquième année. Mais je vais observer.
- Alors c'est parti. Première question !
