Chapitre 12 : Le temps passe

Au fil des jours, Harry s'habitua à sa nouvelle vie dans le monde des vivants.

Il appréciait modérément ses cours, aimant la diversité des sortilèges existants. Avec un peu de pratique, et si sa magie voulait bien coopérer, il pourrait faire des choses tout à fait extraordinaires. Cela dépassait bien le stade offensif et défensif du kidô. D'accord, certains sorts ne lui serviraient jamais, comme celui qui permettait de créer des bulles de savon, mais d'autres pourraient être d'une aide précieuse, comme le sort de désillusion, qui permettait de se rendre invisible, ou le sortilège d'attraction. Malheureusement, il était loin de pouvoir les maîtriser.

Sa puissance continuait à faire des siennes. Plus il essayait d'utiliser sa baguette, plus il désespérait d'y arriver un jour. Peut-être que cet objet ne lui était tout simplement pas destiné et que le vendeur de baguettes s'était trompé à son sujet. Cette absence de magie alimentait des remarques désobligeantes et moqueuses de la part ses camarades. Même les poufsouffles, qui étaient censés s'entraider, commençaient à le regarder avec une certaine pitié. Seules Hermione et Susan continuaient à lui accorder leur soutint inconditionnel. Ils continuaient à se retrouver tous les deux ou trois jours pour pratiquer la magie. Malheureusement, échouer à répétition portait beaucoup sur le moral d'Harry et il en venait à redouter autant qu'à haïr les exercices pratiques en cours.

Il n'avait pas encore parlé à son tuteur de ses problèmes de baguette. Il savait déjà que celui-ci lui conseillerait de faire preuve de patience et de continuer à s'entraîner, tout comme ses deux amies. De plus, il avait peur de sa réaction. Tôshirô Hitsugaya avait toujours été un génie et, si Harry était intelligent et doué – sans vouloir se jeter lui-même des fleurs –, il était loin de posséder les talents de son tuteur. Question contrôle de sa magie et de sa pression spirituelle, il frôlait les zéros pointés. Il avait intégré Poudlard en espérant que cela change, mais il désespérait. Et rentrer en ayant échoué ne pourrait que décevoir Hitsugaya.

Heureusement, il n'était pas entièrement seul. Des liens se créaient avec ses camarades, en particulier les poufsouffles. Leurs petites séances de discussions et de jeux aidaient beaucoup, mais Harry se contentait la plupart du temps de regarder les autres discuter ou s'amuser en silence. Il avait toujours du mal à se sentir à sa place parmi les sorciers, ses problèmes de magie n'aidant pas. Il n'avait réellement ouvert son cœur qu'à Hermione et Susan. Il sentait au plus profond de lui-même qu'il pourrait toujours compter sur elles. De temps à autre, il se confiait également à Cédric, le troisième année qui semblait veiller sur la jeune génération avec bienveillance.

En revanche, il s'était découvert une inimitié naturelle pour la maison Serpentard. Malfoy, en particulier, lui tapait sur le système. Il se pavanait dans les couloirs comme un petit chef, se permettait d'être méchant et agressif avec les autres, tout en passant pour un gentil garçon aux yeux des professeurs. Une attitude qu'il avait du mal à supporter, d'autant plus que le blond semblait également vouloir le prendre pour cible. Il brûlait d'envie, au sens littéral du terme, de le faire taire, et s'employait donc à l'éviter le plus possible.

Les attaques de hollows étaient également assez fréquentes. Jusqu'ici, il n'en avait pas croisé en personne, mais il ressentait souvent leur présence à l'extérieur des murs du château et, chaque fois, ses entrailles se serraient. Même s'il avait toute confiance en Rusard, qui assurait avec assiduité ses devoirs de shinigamis, il ne pouvait s'empêcher de craindre pour la vie des élèves et de se sentir coupable. D'après le rapport du faux concierge, les apparitions des hollows ne devraient pas être si fréquentes. Ceux-ci étaient sans doute attirés par sa pression spirituelle, bien plus élevée que la moyenne, et ses diverses pertes de contrôle n'arrangeaient rien.

- Nous savions que c'était un risque, le rassura son tuteur un soir où Harry l'avait contacté par téléphone. Pour le moment, Rusard ne se laisse pas déborder, mais si les choses devaient dégénérer, d'autres shinigamis seraient envoyés pour le seconder.

- Mais je mets en danger les autres...

- Le bureau de développement technique surveille Poudlard. Tu es en effet une raison pour laquelle les hollows affluent, mais d'autres élèves ont une pression spirituelle assez élevée pour les attirer. Dans tous les cas, tu ne peux rien faire à part travailler sur ta maîtrise.

Harry opina. Il travaillait avec assiduité, mais là aussi, des progrès se faisaient attendre. Et puis, il y avait cette voix. Lorsqu'il méditait dans la Forêt Interdite, il lui arrivait parfois de l'entendre de nouveau, mais, chaque fois, il ne trouvait pas la personne murmurant son nom. Ce n'était pas systématique, mais suffisamment régulier pour qu'il s'en inquiète.

- Hermione m'a dit que c'était mauvais d'entendre des voix.

- Tu ne l'entends que lorsque tu médites ?

Harry réfléchit un instant.

- Parfois, j'ai l'impression de l'entendre en rêve, mais je n'en suis pas sûr.

- D'accord. Si c'est ce à quoi je pense, tu n'as rien à craindre.

- Tu sais ce que c'est ?

- Possible, mais je ne t'en dirai pas plus.

- Pourquoi ? s'étonna Harry.

- C'est une chose que tu dois apprendre seul.

- Allez, dis-moi.

- Non.

- Tu n'es pas drôle

- Ce n'est pas nouveau.

Alors qu'il riait de bon cœur, Harry détecta l'énergie spirituelle d'Hermione et de Susan non loin.

- Il va falloir que je te laisse, déclara Harry en consultant sa montre. Les filles viennent me chercher pour le dîner. Je te rappellerai bientôt.

- Bonne soirée, bonhomme. Sois sage.

Quelques instants plus tard, alors même qu'il raccrochait, la tête de Susan passa par la fenêtre. Celle-ci leva les yeux vers le toit.

- Il est bien là, lança-t-elle à sa camarade.

Harry se leva du toit sur lequel il avait grimpé et, après avoir demandé à ses amies de reculer un peu, les rejoignit souplement. Son corps avait beau être plus lourd que d'ordinaire, il gardait ses réflexes et sa force physique.

- Je sais que tu as l'habitude de faire ça chez toi, mais ça ne me rassure pas de savoir que tu te balades sur les toits, murmura Hermione.

Harry sourit. Ce n'était pas la première fois que les deux filles le retrouvaient sur les toits du château. Tout comme son tuteur, il adorait ses endroits en hauteur où le ciel, le vent et le silence lui tenaient compagnie. Dès qu'il avait envie d'appeler quelqu'un de la Soul Society, ou lorsqu'il sentait son moral baisser, il grimpait au sommet de la Tour d'Astronomie, la plus haute de l'école, et laissait vagabonder son esprit.

- Je fais ça depuis que j'ai cinq ans et il ne m'est jamais rien arrivé. Bon, d'accord, une fois j'ai failli tomber…

Les yeux Hermione s'écarquillèrent d'horreur.

- … mais mon tuteur était avec moi et il m'a rattrapé, s'en empressa d'ajouter Harry.

- Lui aussi grimpe sur les toits ? demanda Susan, étonnée.

- C'est lui qui m'a transmis cette habitude.

- Ce n'est pas mon père qui ferait quelque chose comme ça.

- Ni le mien, ajouta Hermione. Je crois d'ailleurs que j'ai hérité de son vertige. Rien que te savoir là-haut...

Elle frissonna et Harry réprima un sourire. Aucun endroit n'était jamais trop haut pour Hitsugaya. Mais lui ne risquait pas de se tuer s'il venait à chuter. Être mort avait de nombreux avantages, bien plus qu'être vivant.


Le lendemain matin, en sortant d'un cours d'histoire de la magie particulièrement ennuyeux, Megan posa une question qui fit écho à cette pensée.

- Vous pensez qu'on peut tuer un fantôme ?

- Ce sont des fantômes, ils sont par définition déjà morts, répondit Ernie en haussant un sourcil.

- Je sais bien, rétorqua Megan avec véhémence. Mais il n'y aurait pas un moyen pour les envoyer… je ne sais pas où… là où vont d'ordinaire les morts ?

Les élèves se concertèrent du regard, intrigués par sa question. Harry resta en retrait tout en jouant son rôle de vivant ignorant.

- Personne ne sait ce qu'il y a après là mort, pas même les fantômes, déclara Justin. Ça m'étonnerait qu'on puisse faire quoi que ce soit. Sinon Rusard aurait envoyé promener Peeves depuis un moment !

Harry hocha la tête, approbateur. L'esprit frappeur était bien l'un des seuls esprits qui donnaient du fil à retordre à un shinigami. Plusieurs fois, alors qu'il vociférait après lui, il avait entendu Rusard fantasmer sur ce que pourrait faire la douzième division à une terreur pareille.

- Dommage, bougonna Megan en croisant les bras.

- Pourquoi tu te poses de genre de questions ? demanda Susan.

- En fait, je voudrais juste me débarrasser de Binns, parce que, sinon, c'est moi qui vais mourir d'ennui.

Tous se mirent à rire.

Soudain, Malfoy et ses sbires surgirent au coin d'un couloir, bousculant violemment Hannah qui marchait en tête. Surprise, celle-ci bascula en avant et se retrouva à quatre pattes sur le sol, ses livres éparpillés sur le sol.

- Mais ça ne va pas ?! s'exclama Justin en se précipitant vers sa condisciple pour l'aider à se relever. Hannah, tu ne t'es pas fait mal ?

La jeune fille hocha faiblement la tête, les yeux rivés sur le sol, et se mit à rassembler ses affaires le plus vite possible.

- Dégagez le chemin, vous gênez, se contenta de répliquer Malfoy en leur jetant un regard méprisant par-dessus son épaule.

Une fois de plus, son ton ne plut pas à Harry. Il allait devoir mettre les points sur les i avec ce petit prince d'opérette qui se croyait supérieur aux autres.

- Ça t'amuse, n'est-ce pas ? lança-t-il d'une voix calme en croisant les bras.

Malfoy se retourna pour lui faire face, attendant avec une expression de dédain qu'il poursuive. Le visage de marbre, Harry s'approcha à pas lents, sous le regard horrifié de ses camarades. Jamais il ne ferait le poids seul face à trois serpentards, surtout si Crabbe et Goyle se trouvaient parmi eux. Susan allait le rejoindre, pour l'arrêter ou pour le soutenir, elle ne le savait pas encore vraiment, quand son camarade reprit la parole.

- Je vais t'expliquer une chose, Malfoy, alors ouvre grandes tes oreilles. Si tu touches ne serait-ce qu'un cheveu d'un autre élève, tu vas le regretter.

- Ah ouais ? ricana le blond en haussant un sourcil. Mon père est un ami du Ministre et il te fera renvoyer si tu tentes quoi que ce soit. Tu n'es rien ici, Potter.

- Je me fiche pas mal d'être renvoyé, répondit-il d'une voix doucereuse.

Ce n'était pas tout à fait vrai, mais quelque chose lui disait que jamais Dumbledore ne ferait une telle chose après la difficulté qu'il avait eue pour lui faire accepter des études à Poudlard.

- Fais un seul mauvais pas, et…

Il inspira profondément et laissa filtrer la pression spirituelle et la magie qui tentaient de s'échapper de lui. L'instant suivant, les deux braseros situés de part et d'autre du couloir virent leurs flammes croître de façon tout sauf naturelle, faisant sursauter la totalité des étudiants. Harry esquissa un sourire plein de promesses, réduisant sa magie et attisant légèrement sa pression spirituelle pour alourdir l'air autour d'eux. La menace n'en serait que plus claire et, avec un peu de chance, cela suffirait à calmer les envies de supériorité du serpentard. Le petit groupe haleta et, malheureusement, le sien aussi.

- … tu risques de le regretter.

- Je…

- Que se passe-t-il ici ? tonna la voix de Rusard.

Les élèves se retournèrent vers le concierge qui s'approchait d'eux à vive allure. Harry lui jeta un regard irrité. Dès qu'il laissait sa colère enflammer sa puissance, volontairement ou non, le shinigami surgissait. Il avait l'impression d'être surveillé en permanence et ce n'était pas une sensation très agréable.

- Rien du tout, répondit Malfoy avec une moue contrariée. Une petite explication.

- Déguerpissez ! Il est interdit de traîner dans les couloirs entre les cours !

Les trois serpentards s'éloignèrent prestement, non sans avoir jeté un regard mauvais aux poufsouffles.

- Vous aussi, ordonna Rusard en se tournant vers les poufsouffles.

- C'est tout ? intervint Harry alors que le concierge allait s'en retourner à ses occupations.

- Je te demande pardon ? répliqua Rusard d'une voix sombre, la colère se lisant sur son visage.

- Pourquoi laissez-vous des élèves brimer les autres ? reprit Harry d'un ton accusateur. Maintenir l'ordre dans le château ne relève-t-il pas de votre boulot ?

- Je te conseille de baisser d'un ton avec moi, Hitsugaya.

- Vous attendez que quelqu'un soit blessé pour intervenir ? répliqua-t-il à la place. Interviendriez-vous seulement ?

S'il était calme en apparence, son énergie spirituelle et sa magie bouillaient en lui. Il serra les dents, plantant ses ongles dans la paume de ses mains pour ne pas se laisser déborder. Il savait que Rusard pouvait le percevoir et le surveillait attentivement.

- Dix points de moins pour Poufsouffle. Maintenant, allez en cours !

Harry prit une grande inspiration et s'en alla à grands pas. Les autres le rattrapèrent quelques instants plus tard.

- C'est gentil d'avoir pris ma défense Harry, murmura Hannah, mais ce n'était pas la peine de t'attirer des ennuis.

- Mais il a raison, appuya Megan. Pourquoi Malfoy et les autres s'en sortent-ils toujours sans le moindre problème ?

- Les professeurs et les préfets ne peuvent pas avoir des yeux partout. Et puis… je crois que les différends de ce genre entre maisons sont plutôt courants, soupira Ernie. Personne n'y fait plus attention.

- Ce n'est pas une raison, gronda Harry. Je déteste ceux qui s'en prennent aux autres sans raison, juste parce qu'ils en ont l'occasion, mais ceux qui n'agissent pas alors qu'ils le peuvent, c'est encore pire.

- Tu ne serais pas un poufsouffle si tu ne pensais pas ainsi, commenta Justin pour tenter d'alléger un peu l'atmosphère.

- Je ne les laisserai plus s'en prendre à nous sans conséquence, je vous le promets.

- Compte sur moi, acquiesça Susan.

- Sur moi aussi, ajouta Justin, rapidement imité par les autres.

- Allez, poufsouffles ! lança Megan en prenant la tête du petit groupe. Ne laissons pas ces crétins nous faire arriver en retard en cours !