Chapitre 14 : Un problème après l'autre

Harry fulminait littéralement. Il en avait assez de toute cette magie. Il n'arrivait strictement à rien.

- Et si tu tentais sans ? proposa Susan un après-midi alors qu'une table venait de s'éclater en mille morceaux contre l'un des murs de la pièce.

- Mais il n'y arrivera jamais, protesta Hermione. Le professeur Flitwick a dit que…

- … que c'était très difficile mais pas que c'était impossible, la coupa le poufsouffle.

Elle se tourna vers Harry.

- Il faut se rendre à l'évidence : tu n'arrives pas à utiliser ta baguette. En revanche, tu multiplies la magie accidentelle. Puisque tu fonctionnes comme ça, essaie de lancer un sortilège sans ta baguette.

- Comment ?

- Je ne sais pas… tends la main vers la plume et pense à ce que tu veux lui faire ?

Harry hocha la tête et s'exécuta. Les doigts à quelques centimètres de sa cible et tâcha de diriger sa magie dans sa direction, à la manière dont il le faisait avec le kidô.

- Wingardium Leviosa !

Il frissonna en sentant l'énergie s'écouler hors de lui dans la direction qu'il lui indiquait. L'euphorie l'envahit lorsqu'il avisa la plume se mettre à léviter.

- Ça marche ! s'exclama-t-il. Regardez !

- Bravo, Harry ! lança Susan en passant un bras autour de son cou.

- Je n'en crois pas mes yeux, souffla Hermione.

- Essaie autre chose, le pressa Susan. Change-la de couleur.

Harry s'exécuta et, l'instant suivant, la plume revêtait une magique couleur dorée.

- Je crois que je vais continuer comme ça, décréta-t-il, un immense sourire aux lèvres.

- Ça ne te pose pas la moindre difficulté ? demanda Hermione, qui n'en revenait pas.

- Absolument aucune.

Il changea une nouvelle fois la couleur, la rendant d'un bleu turquoise éclatant très semblable à deux yeux qu'il connaissait.

- Je crois que je peux me débarrasser de ma baguette, sourit-il, extatique.

- Tu devrais peut-être la garder ! s'exclama Hermione, un peu alarmée par cette volonté si soudaine.

- Je plaisantais, 'Mione, répondit Harry en passant une main dans ses cheveux.

C'était un mensonge, mais il pouvait bien se contenter de la ranger dans sa valise pour faire plaisir à son amie.

Dès le lendemain, sous le regard ahuri de ses professeurs, Harry se mit à pratiquer la magie avec aisance. Il se mit à engranger avec fierté de nombreux points pour sa maison, mais, au fond de lui, il savait que les choses ne seraient pas toujours aussi simples. Certes, il n'utilisait pas de baguette mais il se contentait de lancer des sortilèges basiques. Il n'y parvenait sans doute que parce qu'il s'était entraîné au kidô toute sa vie et avait déjà la technique. Il lui faudrait travailler tout autant que les autres. Mais, aux yeux des autres, élèves comme professeurs, c'était un acte exceptionnel et il n'était plus le sorcier – pire encore le Survivant – incapable de lancer le moindre sortilège. Il avait beau se ficher de leur opinion sur sa personne, cela lui faisait du bien.

Seul le professeur Rogue ne changea pas de comportement à son égard. D'un côté, pourquoi l'aurait-il fait étant donné qu'il n'avait pas à utiliser la magie en cours de potions ? Malgré tous ses efforts et son travail acharné, l'homme s'acharnait toujours sur lui. Il lui enlevait des points à la moindre petite erreur et ne manquait jamais de lui envoyer une pique lorsque l'occasion se présentait. Il était pourtant l'un des élèves les plus studieux et, même avec cette aversion, il faisait partie des meilleurs de la promotion. Heureusement que la matière l'intéressait. Mais cela l'attristait quelque peu et c'est pourquoi il avait décidé, après un énième cours houleux et de nombreux compliments de ses camarades devant son stoïcisme, d'aller en parler à Rusard. Il pourrait sans doute en apprendre plus sur son professeur.

- Pourquoi le professeur Rogue me déteste-t-il ? demanda Harry après que le concierge l'ait invité à entrer dans sa loge.

Le shinigami resta pensif un moment.

- Je doute que ce soit après toi qu'il en ait. C'est un homme très rancunier et lui et James Potter étaient comme chien et chat. Si tu penses que ta relation avec le gosse Malfoy est conflictuelle, tu aurais été surpris de voir la haine qui liait ces deux-là.

Harry pinça les lèvres mais ne l'interrompit pas.

- Pourquoi ?

- Il y a beaucoup de raisons. Pour ne citer que la plus évidente, Potter était à Gryffondor et Rogue à Serpentard. Étant jeune, Potter était également quelqu'un de très arrogant voire de vaniteux, qui s'amusait à tourner en ridicule les serpentards à la première occasion. Rogue était l'une de ses cibles favorites.

Harry grimaça. Il n'appréciait pas les serpentards, c'était un fait, mais ce n'était pas une excuse pour s'en prendre à eux, même si, de lors côté, cela ne les gênait pas le moins du monde.

- En quatrième année, l'une des « blagues » de Potter a failli lui coûter la vie.

- Quoi ? s'exclama Harry, horrifié.

- Le directeur s'est chargé lui-même de cet incident, aussi n'ai-je pas beaucoup de détails, mais je peux te dire que Rogue a été gardé à l'infirmerie plusieurs jours d'affilés.

Le jeune homme croisa les bras, une rancœur nouvelle prenant place dans son cœur. Il avait déjà vu ses parents biologiques, de loin, alors qu'il se promenait dans les rues du Rukongai, et jamais il n'aurait pensé son géniteur ainsi.

- Ce n'était qu'un gosse trop gâté, expliqua Rusard comme s'il avait suivi le cours de ses pensées. Il s'est calmé en sixième année, lorsqu'il a commencé à sortir avec Evans. Mais les brimades contre Rogue n'ont jamais disparu, malgré les colères monumentales de celle-ci.

Harry esquissa un sourire, un peu fier de sa mère biologique. Il appréciait beaucoup le professeur, même si celui-ci ne le lui rendait pas. Il était compétent et rigoureux, que demander de plus ?

- Ils étaient amis, continua le shinigami. Ils se sont rencontrés enfants je crois et, même s'ils se sont éloignés à leur entrée à Poudlard, il n'était pas rare de les voir ensemble. Puis, en cinquième année, ils se sont disputés et leurs chemins de son irrémédiablement séparés. Après cela, Rogue s'est définitivement tourné vers la magie noire et Voldemort, qui prenait de plus en plus de pouvoir.

- C'est donc vrai ? C'était un mangemort ? demanda Harry en haussant un sourcil.

- Il fut un temps, oui, mais il est rapidement devenu un espion de Dumbledore.

- Pourquoi ?

- Je ne sais pas.

Harry hocha la tête, se plongeant dans ses pensées. Puis, une petite minute plus tard, il bondit sur ses pieds, électrisé par un souvenir. Il remercia Rusard pour ses informations et s'empressa de quitter sa loge. Une fois seul dans le couloir, il tira son téléphone et appela son tuteur.

- Harry ? Est-ce que tu vas bien ? demanda immédiatement Hitsugaya.

Harry sourit. Dès qu'il l'appelait en pleine journée, son tuteur redoutait qu'il lui soit arrivé quelque chose de grave.

- Oui, tout va bien. Excuse-moi de te déranger.

- Tu ne me déranges pas.

- Tu m'as bien dit que, le soir du meurtre de mes parents, tu avais vu plusieurs personnes défilées dans ma chambre ?

- Oui. Deux hommes, puis Dumbledore, des aurors et un géant.

- Les deux hommes, comment étaient-ils ?

Il y a eu un court silence avant qu'Hitsugaya ne décrive précisément à son protégé le physique des deux sorciers. Harry resta un instant impressionné de la mémoire du capitaine : les faits remontaient pourtant à plus de dix ans. Néanmoins, il obtint ce qu'il voulait. L'homme qui avait pleuré la perte de sa mère biologique avant de disparaître dans la nuit correspondait à la description de son professeur de potions.

- Rogue était amoureux de Lily, murmura Harry. Une raison de plus de détester James. Et de me détester.

- Elle est morte depuis des années maintenant, répondit Hitsugaya.

Il se tut un instant avant d'ajouter :

- Je suppose qu'on n'oublie jamais vraiment quelqu'un que l'on aime…

Harry fut troublé un moment par le ton mélancolique de son tuteur. Il était rare que celui-ci laisse ainsi transparaître ses émotions. Même avec lui, avec qui il était pourtant très expressif, il ne laissait rien voir de ses instants de tristesse.

- Est-ce que tout va bien ?

- Oui. Je suis juste un peu fatigué par le travail.

Harry sentait qu'il ne lui disait pas toute la vérité, mais il ne poussa pas le sujet. Le petit shinigami aurait-il aimé et perdu quelqu'un ? Cela expliquerait pourquoi Harry ne l'avait jamais vu en compagnie de quelqu'un et pourquoi il était aussi protecteur à son égard.

- Tu devrais te reposer un peu.

- Je n'ai pas le temps, bonhomme.

Ils échangèrent encore quelques mots avant qu'Hitsugaya ne doive raccrocher, l'un de ses subordonnés requérant son attention. Au moins, quand il était à la maison, sa présence obligeait le capitaine de la dixième division à faire des horaires normaux. Dans quel état allait-il le retrouver cet hiver ?

Le moral dans les chaussettes, le jeune sorcier décida de s'accorder un moment au sommet de la tour d'astronomie avant d'aller confronter son professeur. De toute manière, il avait besoin de réfléchir à la manière dont il allait aborder les choses.

Ainsi, ce ne fut qu'une heure plus tard, les cheveux ébouriffés par le vent, qu'Harry se présenta au bureau du potionniste. Celui-ci lui ouvrit avec mauvaise humeur et braqua sur son élève un regard noir.

- Que voulez-vous, Potter ?

L'adolescent ne rectifia pas l'appellation comme il avait l'habitude de la faire.

- Il y a une chose dont je dois vous faire part. Vu sa nature, je doute que vous appréciiez que nous discutions dans le couloir, déclara Harry avec calme. Je ne vous importunerai pas longtemps, c'est promis.

Le professeur plissa le nez, lui faisait clairement part de ce qu'il pensait de son dérangement inopportun, mais s'effaça en lui ordonnant d'entrer.

- Merci, professeur, répondit poliment le jeune garçon.

Le bureau du professeur était tel qu'il se l'imaginait, extrêmement bien ordonné et couvert de livres. S'il avait dû parier, il aurait juré que la porte au fond donnait sur un laboratoire de potions qui ferait baver de jalousie la plupart des maîtres de potions du monde.

Rogue ne s'assit pas à son bureau, tout comme il ne l'invita pas à s'asseoir non plus.

- Je vous écoute.

- J'ai fait quelques recherches et j'ai appris pourquoi vous détestiez mon père biologique.

Aussitôt, les yeux sombres de l'adulte se mirent à jeter des éclairs, mais il poursuivit néanmoins.

- Je tenais à vous dire clairement et simplement que je ne suis pas James Potter et que je ne porte même pas son nom. Je vous remercierai donc de ne pas déverser votre colère refoulée sur moi qui, pour l'instant, n'aie rien fait pouvant justifier votre attitude. Je ne suis qu'un gosse de onze ans parmi tant d'autres.

- Comment osez-vous ? gronda Rogue, sidéré intérieurement que le jeune garçon ait le cran de l'affronter en personne.

Qu'il reste calme devant lui l'irritait au plus haut point.

- Je sais également de source sûre que vous aimiez Lily Evans, reprit Harry sans s'en formaliser. Si je tiens de James Potter, je tiens aussi d'elle, alors vous pourriez peut-être arriver à un compromis et vous contentez de m'ignorer ?

L'adulte le fixa longuement de son regard sombre, ne sachant visiblement pas comment réagir. Harry patienta, immobile, sans rompre leur lien visuel. Il observait avec attention la myriade d'émotions qui traversait les prunelles sombres de son interlocuteur.

- Comment savez-vous ? Pour Lily ? demanda-t-il finalement.

Harry baissa les yeux un instant, comme un remerciement pour la poursuite du dialogue entre eux. Il savait que ce n'était pas gagné d'avance.

- Mon tuteur était présent la nuit de son meurtre.

Rogue pâlit.

- Vous ne pouviez pas le voir mais lui vous a vu. Il a vu… votre désespoir.

L'adulte fit deux pas vers lui, menaçant.

- Ne vous avisez pas de…

- Je n'en parlerai à personne, je vous en fais la promesse, le coupa gentiment Harry avec un sourire.

De nouveau, l'autre le fixa avec méfiance.

- Je n'ai aucune raison de vouloir vous causer du tort. Vous êtes un professeur et moi un simple élève. Je sais où est ma place.

- Potter doit se retourner dans sa tombe, marmonna Rogue.

Néanmoins, Harry sentit l'atmosphère s'alléger.

- Vouliez-vous autre chose, Hitsugaya ?

Harry sourit. C'était la première fois qu'il utilisait son véritable nom de famille.

- Si ce n'est pas trop abusé, j'aurais une question sur le devoir de la semaine prochaine. J'ai fait le tour de la bibliothèque et je n'ai pas trouvé ce que je voulais.

Une fois de plus, Rogue parut surpris.

- Quelle est-elle ?

Harry eut un franc sourire. Maintenant que les choses avaient été mises au clair, il sentait que les cours de potions seraient encore plus intéressants qu'avant. Il avait hâte !