Chapitre 15 : Filature
Fort de sa réussite avec sa magie et avec Rogue, Harry décida à s'attaquer à un autre problème, qui le préoccupait beaucoup plus : sa cicatrice. La douleur persistait. Elle allait et venait, à intensité variable, et cela commençait sérieusement à l'inquiéter. Il ne pouvait pas continuer à faire l'autruche et à se voiler la face plus longtemps.
Voulant en avoir le cœur net, il se rendit à l'infirmerie. Mrs Pomfresh l'accueillit avec un grand sourire qui le mit immédiatement à l'aise. Elle avait un côté doux mais autoritaire qui n'était pas sans lui rappeler le capitaine de la quatrième division. Il lui parla des picotements dans sa cicatrice. La femme l'écouta attentivement avant de le faire asseoir sur l'un des lits et de lui lancer toute une batterie de sortilèges. Habitué depuis sa plus tendre enfant à passer de tels examens, le jeune homme ne broncha pas.
- Tout semble parfaitement normal, Mr Hitsugaya, déclara l'infirmière en secouant la tête avec compréhension. Vous êtes en pleine forme, bien plus que la plupart des jeunes de votre âge.
- Je me fais peut-être des idées, répondit Harry en haussant les épaules. Merci beaucoup d'avoir vérifié.
- Il se peut que ces douleurs soient d'origine psychologique.
- C'est-à-dire ?
- Les circonstances dans lesquelles vous avez reçu votre cicatrice sont particulières et, même si vous étiez bien trop jeune pour vous en souvenir, vous connaissez sans doute tous les détails qui y sont liés.
Il hocha la tête.
- Il se peut que la mort des Potter vous touche plus que vous ne voudriez l'admettre. Ce genre de « douleurs fantômes » n'est pas rare en de telles circonstances.
- C'est possible.
Cela aurait été possible s'il ne savait pas exactement où se trouvaient ses géniteurs à l'heure actuelle.
- Je sais que vous n'appréciez pas parler de votre passé, mais sachez que je suis liée au secret médical et que tout ce que vous voudriez me confier ne sortira jamais d'ici.
- Merci, madame. Je vais réfléchir à ce que vous avez dit et reviendrai peut-être vous voir.
- Prenez soin de vous, Mr Hitsugaya.
Il quitta l'infirmerie, pensif.
Il s'était efforcé de garder l'air détaché mais, intérieurement, il sentait l'anxiété croître. Si son problème n'était pas physique ou magique, il ne pouvait être que spirituel. Car il n'était certainement pas imaginaire. Il avait déjà eu l'occasion de voir les ravages d'un stress post-traumatique ou lesdites douleurs fantômes, et il était certain que tout ceci n'était pas provoqué par le stress.
Est-ce le morceau d'âme de Voldemort qui provoquait ces brûlures ? C'était possible. Unohana lui avait dit un jour que la présence du parasite n'avait aucun impact sur sa propre âme, du moins tant qu'il n'était pas en contact avec le reste de l'âme en question. Avait-il rencontré sans le savoir le mage noir qui avait assassiné sa famille biologique ?
Il tenta de se remémorer les différents moments où la douleur s'était manifestée. La Grande Salle, les couloirs, les salles de cours… des dizaines de gens l'entouraient à chaque fois. Y avait-il un élément commun ? Il ne savait pas.
Perdu dans ses pensées, Harry errait dans les couloirs lorsque, soudain, et juste à propos, sa cicatrice s'éveilla. Il se figea immédiatement et balaya son environnement du regard. Quelques élèves l'entouraient mais il ne s'attarda pas sur eux. Dans le sens inverse, de son pas rapide, le professeur Quirrell venait dans sa direction. Le jeune homme se giffla mentalement. Comment avait-il fait pour ne pas penser à lui ? C'était pourtant évident. La deuxième fois qu'il avait ressenti ces picotements, c'était dans son cours.
Alors qu'il parcourrait ses souvenirs, découvrant toujours Quirrell dans un coin ou un autre de ses images mentales, l'homme le dépassa, le saluant d'un signe de tête. Réagissant quelques secondes plus tard, Harry fit brusquement demi-tour et courut rattraper le professeur.
- Professeur ? Auriez-vous quelques minutes à m'accorder ?
- Bien sûr, Mr Hits… Hitsu… Hitsugaya.
Harry retint un sourire. L'homme avait vraiment du mal à prononcer son nom de famille.
- Étant donné que vous être professeur contre les forces du mal, je pense que vous êtes le mieux placé pour répondre à mes questions.
L'homme lui fit signe de poursuivre.
- Elles concernent Voldemort.
L'adulte blêmit, se mettant presque à trembler, ce qui n'avait rien de bien surprenant de sa part.
- Ne pro… prononcer par ce… ce nom à h…haute voix !
Harry ne releva pas l'absurdité de cette phrase qui semblait être presque universelle dans le monde magique britannique.
- Pensez-vous qu'il soit réellement mort, le soir où il a tenté de me tuer ? poursuivit-il, les yeux rivés sur le visage de son professeur.
Celui-ci se contracta légèrement mais Harry ne sut dire si la surprise qui transparut était feinte ou non.
- Vous… Vous… Vous-Savez-Qui est un sor… sorcier très puissant. S'il a su…survécu, il doit se ca…cacher quelque… part, très ma… mal en point. Mais, ça fait p...plus de dix ans mainte...maintenant, et rien ne s'est pro...produit depuis. C'est peu...peu probable qu'il soit touj...toujours en vie.
Il n'avait pas rêvé, la douleur de sa cicatrice avait bel et bien augmentée.
- A-t-il encore des partisans ? Des gens qui pourraient l'aider ?
De nouveau, il vit cette petite contraction alors que le professeur secouait la tête.
- Beau…beaucoup sont à Azka…Azkaban… la prison des sorciers. Les plus dange…dangereux. Personne ne s'en n'est ja...jamais échappé.
- Donc nous sommes en sécurité à Poudlard, quoi qu'il arrive ?
Un sourire bienveillant étira les lèvres de l'homme.
- Ab… Absolument. Pou… pourquoi toutes ces ques… questions ?
- C'est une impression que j'ai au plus profond de moi, répondit Harry avec une mine aussi innocente que perdue totalement factices.
- Vous ne risquez ri… rien ici. Ne vous inq…inquiétez pas et concen…concentrez-vous sur votre sco…scolarité.
- Merci d'avoir apaisé mes craintes, professeur. Bonne journée.
- Au re… revoir, Mr Hits… Hitsu… Hitsugaya.
Harry inclina la tête et se retira.
Il fit mine de tourner au coin de couloir avant de se retourner pour observer son professeur s'éloigner. Harry remarqua néanmoins une certaine tension dans sa démarche et esquissa un petit sourire triomphant. Il avait raison.
Dès lors, Harry décida de s'exercer à la filature. Si son professeur cachait un lien avec Voldemort, il laisserait transparaître quelque chose à un moment ou à un autre.
Bien sûr, il n'avait pas le pouvoir de le suivre en permanence mais il trouvait toujours une excuse pour s'éloigner d'Hermione et de Susan au moins une petite heure par jour pour le filer. Il changeait d'heures, afin de multiplier les chances. Tôt le matin, entre les cours du matin, à midi, après les cours ou tard la nuit. Il finirait par trouver ce qu'il voulait.
Cependant, lors de sa deuxième nuit de filature, alors qu'il avait laissé son corps dormir à l'abri dans son dortoir, il fit une mauvaise rencontre au détour d'un couloir.
- Hitsugaya, je peux savoir ce que tu fiches ?
Harry soupira et se tourna avec mauvaise humeur vers Rusard. Celui-ci le fixait avec sévérité.
- Je me promène, répondit-il en croisant les bras, clairement provocateur.
Déjà Quirrell disparaissait de son champ de vision. Frustré, Harry ne chercha pas à apaiser sa magie et sa pression spirituelle.
- Le couvre-feu est passé depuis longtemps. Retourne à ta salle commune, immédiatement.
- Ça vous amuse ? marmonna Harry. De me surveiller vingt-quatre heures sur vingt-quatre ?
- Ça t'amuse de briser le règlement ? répliqua l'homme du tac au tac.
- Qu'est-ce que ça va m'apporter de m'enfermer dans ma salle commune à vingt-et-une heures trente ?
- Ton père…
Cette fois, il libéra suffisamment de puissance pour obliger le concierge à poser un genou à terre.
- Je ne fais rien de mal, déclara-t-il en détachant bien chaque syllabe. Alors laissez Tôshirô en dehors de ça.
Et, sans lui laisser le temps de se relever, il enjamba la rambarde et sauta dans le vide. Il atterrit souplement, deux étages plus bas, et lui lança un sourire effronté.
- Hitsugaya ! rugit le shinigami, hors de lui.
Harry se détourna et s'éloigna tranquillement.
Mais, intérieurement, il enrageait. Il ne supportait plus d'être espionné ainsi par le soldat de la treizième division. Dès que sa puissance flambait un peu, quelle qu'en soit la raison, Rusard apparaissait quelques instants plus tard et, comme tout était toujours sa faute, les choses tournaient rapidement au vinaigre. Ce n'était pas un gardien qu'il avait, chose qu'il aurait acceptée sans le moindre souci, mais plutôt une sangsue qui refusait de lui accorder la moindre petite liberté.
Il passa devant une armure aminée qui explosa à son passage. Le capharnaüm que cela provoqua le réveilla. Il se comportait comme le dernier des crétins. Il était normal que Rusard le surveille : il avait suffisamment de puissance pour pouvoir détruire l'école tout entière et comme il le lui avait dit lors de leur premier tête-à-tête, il était un élève comme un autre. On ne permettait pas aux autres de sortir, alors pourquoi aurait-il un passe-droit sous prétexte qu'il évoluait sous forme d'esprit ? Certes, il avait une bonne raison pour enfreindre le règlement, mais ça, personne ne le savait. Il s'était fait prendre, il ne pouvait en vouloir qu'à lui-même.
Ses pas le menèrent au pied de la tour d'astronomie. Y voyant un signe, il grimpa à son sommet et, une fois confortablement assis sur le toit, tira son téléphone. Hitsugaya décrocha à la troisième sonnerie.
- Bonsoir, Tôshirô, murmura Harry.
- Bonsoir, Harry.
Il y eut un silence avant que la voix de son tuteur ne retentisse de nouveau.
- Raconte-moi.
Harry ferma les yeux un moment avant d'obéir. Il lui raconta rapidement sa dispute avec Rusard, tout en omettant les raisons de son excursion nocturne. Il lui fit part de toutes ses récriminations avant de finir par ses dernières réflexions où il reconnaissait sa culpabilité.
- Tu sais ce qu'il te reste à faire.
Son ton était froid, grave, et ne souffrait aucun apitoiement.
- Respecter le règlement.
- Et ?
- M'excuser auprès de Rusard, ajouta-t-il avec défaitisme.
- J'attendais plus de sérieux de toi, Harry.
Le sorcier sentit son cœur se serrer.
- Tu n'as jamais eu de problèmes avec les règles que je t'ai imposées et celles de la Soul Society. Alors pourquoi maintenant ?
- Parce que je suis dans le monde des vivants et pas le monde des morts. Parce que les sorciers ne sont pas des shinigamis. Parce que Rusard n'est pas toi.
Il soupira.
- La maison me manque.
- Tu reviendras. En revanche, ne ramène pas tes mauvaises habitudes avec toi.
- Je ferai des efforts, c'est promis.
- Dis-moi, pourquoi étais-tu dehors ce soir ?
Harry hésita. Il ne voulait pas lui mentir mais il ne voulait pas l'alarmer non plus.
- Je fais des recherches qui risquent de ne pas être très bien vues par les autres. D'où l'heure tardive.
- Des recherches ?
- Sur ma deuxième âme.
- Quelque chose est arrivé ?
Cette fois, l'inquiétude était clairement audible.
- Non, rien de spécial.
N'étant pas face à face, il croisa les doigts pour que son tuteur ne perçoive pas ses mensonges.
- Tu sais que ça me perturbe. J'ai besoin de réponses.
Ce n'était pas la première fois qu'Harry parlait de ce doute profond qui l'assaillait lorsqu'il songeait au fragment d'âme présent dans son être.
- As-tu trouvé quelque chose ?
- Pas encore, malheureusement. Je n'ose pas trop poser de questions. Dumbledore, ajouta-t-il en guise d'explications.
- Il te pose des problèmes ?
Le vieil homme semblait vouloir lui donner un peu espace et ne l'accaparait pas comme en début d'année mais Harry se méfiait toujours. Il lui arrivait encore un peu trop fréquemment de l'observer par-dessus ses lunettes avec cette lueur dans les yeux qui le faisait frissonner.
Une demi-heure plus tard, Hitsugaya ordonna à son protégé d'aller dormir et lui rappela d'être sage avant de raccrocher. Harry regagna sa salle commune et, après une douche rapide qui ne chassa pas la culpabilité qui l'assaillait, il se coucha. Il n'aimait pas décevoir son tuteur. Il détestait cela. Dans ces moments, il avait l'impression de perdre de façon irréversible toute la confiance qu'Hitsugaya plaçait en lui. Et si un jour il allait trop loin et perdait définitivement son amour ?
Perturbé, il sombra rapidement dans un sommeil agité.
Lorsqu'il se réveilla, le lendemain matin, Susan l'attendait déjà dans la salle commune pour aller manger.
- Tu as une sale tête, déclara-t-elle alors qu'ils passaient à travers le tonneau d'entrée. Est-ce que ça va ?
- J'ai très mal dormi, murmura-t-il haussant les épaules.
- Et… sinon ? Est-ce qu'il y a quelque chose dont tu voudrais me parler ?
Harry lui lança un regard interrogateur.
- Hermione et moi on a remarqué que tu étais distrait ces derniers temps. Tu ne participes plus en cours, tu fais à peine tes devoirs, on dirait que tu cherches plus souvent à t'isoler mais sans pour autant qu'on te retrouve sur un toit… On s'inquiète, tu sais.
Harry se gratta la joue, gêné. Il essayait pourtant d'agir comme si de rien n'était pendant la journée. Ses amies étaient très observatrices.
- Tout va très bien. Une petite baisse de régime, mais rien de grave.
- D'accord…
Après ces observations, Harry se força à être plus souriant et plus attentif. Il devait être plus prudent quant à l'image qu'il renvoyait aux autres. Se replonger dans le travail lui fit du bien mais ses pensées restaient focalisées sur Quirrell. C'est pour cela que, lorsque lui et ses amies, en route pour les serres du professeur Chourave, croisèrent Quirrell, il saisit une fois de plus sa chance de découvrir ce qu'il cachait.
- Je vous abandonne, lança-t-il. J'ai oublié mon livre de botanique dans mon dortoir !
- Harry ! l'appela Hermione.
Il se figea.
- Ne nous mens pas, lança Susan en braquant son regard noisette dans le sien. Si tu ne nous dis pas tout, au moins ne nous mens pas.
Harry baissa les yeux.
- On se retrouve tout à l'heure, rectifia-t-il alors.
Puis, il partit sans se retourner.
Il suivit le professeur à travers la foule des élèves se rendant à en cours. Le monde lui offrait la cachette idéale. Il le pista jusqu'au deuxième étage, où l'adulte disparut dans les ombres.
'Le couloir interdit, évidemment' pensa le garçon avec amertume. 'Désolé Tôshirô. Je ferai un effort à partir de demain.'
Caché dans les ombres du couloir obscur, il talonna son professeur. Celui-ci s'arrêta devant une porte et tira sa baguette. Il se mit à jeter une batterie de sortilège avant de finalement l'ouvrir en prenant soin de l'ouvrir le moins possible et de bien la refermer derrière lui.
'Qu'est-ce que tu caches, Quirrell ?'
Il fut très surpris quand le professeur ressortit presque immédiatement de la pièce, la respiration courte et une expression d'intense frustration sur le visage. Il grondait à voix basse mais Harry était trop loin pour saisir ce qu'il disait. Puis, il ensorcela de nouveau la porte avant de tourner les talons.
Harry le laissa s'éloigner avant de s'approcher de la porte. Il tenta de l'ouvrir mais sans succès. Elle était verrouillée. Il pesta à voix basse et colla son oreille contre le bois, dans l'espoir d'entendre quelque chose. Il resta ainsi une longue minute, respirant le moins possible. Il y avait bien quelque chose de l'autre côté. Il entendait comme… un souffle ?
- Miaou.
Harry sursauta et baissa les yeux. Miss Teigne était assise à quelques mètres de lui, le fixant de ses yeux jaunes.
- S'il te plaît, sois gentille et ne dis rien, murmura-t-il en posant un doigt sur ses lèvres, comme il l'aurait fait avec un enfant.
La chatte, âme damnée de Rusard, l'aidait beaucoup dans sa mission de concierge et dans sa traque aux élèves récalcitrants. Cependant, elle semblait s'être prise d'affection pour lui depuis son premier jour à Poudlard, alors peut-être accepterait-elle de ne pas le dénoncer. Il reçut un nouveau miaulement en guise de réponse. L'animal se mit debout et trottina jusqu'à lui pour se frotter à ses jambes.
- Moi aussi, je t'aime, ma belle, chuchota-t-il en la caressant.
La féline se mit à ronronner. Puis, elle le délaissa et se mit à renifler au pied de la porte. Sa queue se gonfla légèrement, ses oreilles se plaquèrent en arrière.
- Tu sais ce qu'il y a derrière ?
Cette fois, l'animal feula avant de faire demi-tour et de s'en aller prestement.
- Je suppose que je n'attendais pas vraiment de réponse, soupira Harry. Quoi qu'il y ait derrière cette porte, je dois découvrir ce que c'est.
Il se recula un peu et tandis un doigt en avant.
- Quatrième technique de destruction : foudre blanche !
Un éclair blanc quitta son doigt et alla frapper le bois de la porte. Presque immédiatement, un trou d'une dizaine de centimètres de diamètre s'y forma. Mais avant qu'Harry ait eu le temps de s'approcher pour jeter un coup d'œil à l'intérieur, un terrible rugissement se fit entendre de l'autre côté et une gueule baveuse garnie de dents acérées apparut. Il fit un bon en arrière, effrayé, tandis que les quelques flambeaux éteints du couloir s'allumaient brusquement.
- Reparo ! cria-t-il.
Le trou se referma en un rien de temps et le calme revint. Harry resta là, interloqué, le cœur battant.
- Mais qu'est-ce que c'était que ce truc ?!
