Chapitre 16 : Jeu de piste
Harry avait beaucoup réfléchi à ce qu'il avait vu au deuxième étage. Quoi que ce soit, cela avait dû faire fuir Quirrell, sinon il aurait forcément passé plus de temps dans la pièce pour y faire il ne savait quoi. Pour l'instant, il était donc tranquille de ce côté-là. Maintenant, restait à savoir pourquoi l'animal était là et ce que le professeur cherchait dans cette mystérieuse pièce. Cependant, il ne savait pas comment obtenir des informations. Il lui fallait donc attendre le prochain mouvement de son adversaire.
Il ne souhaitait pas vraiment attendre que les ennuis ne lui tombent dessus mais il avait d'autres choses à faire. Il devait vivre simplement. Il avait délaissé ses études, son entraînement et ses amies, et il avait bien l'intention de se rattraper.
Samedi matin, en se levant, Harry eut le plaisir de voir le ciel dégagé et le soleil brillé. Il allait pouvoir profiter de l'air frais et de l'espace à sa disposition pour entraîner Hermione et Susan dans une immense chasse au trésor. C'était une activité à laquelle il s'adonnait souvent étant enfant, avec la connivence des shinigamis de la dixième division, et qui lui avait permis de développer bien des compétences.
- Tu manges bien vite ce matin, lui fit remarquer Susan.
- J'ai beaucoup de choses à faire, répondit-il avec un brin d'impatience.
- C'est-à-dire ?
- C'est une surprise. Rendez-vous avec Hermione dans le Grand Hall dans une heure, ajouta-t-il en se levant.
Il vida son verre de jus de citrouille avant de s'éloigner en sautillant.
- Au moins, il a retrouvé sa bonne humeur, murmura Susan en haussant les épaules, avant de reprendre son repas.
Après avoir mangé, Hermione et Susan décidèrent d'un commun accord de s'asseoir dans un coin du hall et de discuter tranquillement en attendant leur ami. À l'heure prévue, celui-ci dévala les escaliers à toute allure, les cheveux plus ébouriffés que jamais et s'approcha d'elles, les yeux pétillants de mille feux.
- Alors, quelle est cette fameuse surprise ? demanda Susan.
- Une chasse au trésor. J'espère que vous avez mis de bonnes chaussures parce que vous allez courir d'un bout à l'autre du château, parc compris.
L'intérêt qui naquit dans le regard des deux filles le fit sourire.
- Il y a des énigmes, des objets à trouver, des épreuves à effectuer. Chaque étape vous conduira à la suivante, expliqua Harry. Vous avez le droit de faire tout ce que vous voulez, aller partout, demander aux gens que vous croiserez… Carte blanche.
- On a une limite de temps ?
- Vous avez jusqu'à midi. Pour faire tout le chemin, il ne va pas falloir traîner.
- D'accord. On commence par quoi ?
Harry leur remit un papier plier en quatre.
- Bon courage ! Je vous attendrai au bout.
Et il s'en alla les mains dans les poches, heureux. Hermione déplia l'indice.
- C'est sa première énigme. « Souvent je file, toujours je cours, rien ne peut m'arrêter, même les dieux s'y épuiseraient ».
Aussitôt, les deux filles se mirent à réfléchir.
- C'est le temps ! s'exclama finalement Hermione.
- Le temps ? Tu es sûre ?
- Quasiment certaine.
- Un lieu qui a un lien avec le temps… le temps qui passe… murmura Susan en tournant sur elle-même.
Après une bonne inspiration pour s'éclaircir les idées, elle eut une idée.
- La grande horloge, au-dessus de l'entrée ! On peut s'approcher du mécanisme si on grimpe dans les étages !
- Allons-y !
Déjà prises au jeu, elles se mirent à courir en riant.
Elles y arrivèrent quelques minutes plus tard, essoufflées, et contemplèrent les aiguilles.
- Ok. Maintenant, il faut trouver la prochaine énigme, déclara Susan.
Elles se mirent à scruter et à fouiller les alentours, à la recherche de quelque chose. Si objet il y avait à trouver, Harry avait sans doute fait en sorte qu'elles ne puissent avoir aucun doute quant à sa place dans le jeu, sinon jamais elles ne parviendraient à le terminer.
- Qu'est-ce que vous faites ?
Les deux filles sursautèrent et se retournèrent pour faire face à un jeune garçon au regard lunaire qui les fixait avec curiosité.
- Bonjour, Neville, le salua Hermione. On cherche quelque chose.
- Vous cherchez quoi ?
- Justement, on n'en sait rien. Quelque chose qui n'a rien à faire là ou un bout de papier. C'est un jeu que nous a préparé Harry.
Le jeune homme observa à son tour autour de lui avant de lever la tête.
- Quelque chose comme ça ? demanda-t-il en pointant le plafond.
Elles levèrent le nez à leur tour et observèrent, écrites en lettres rouges, les quelques mots suivants : « J'ai changé ».
- Comment il a fait pour écrire là-haut ? se demanda Susan.
- Moi, j'espère surtout que l'on va pouvoir effacer ça, sinon on va avoir des ennuis, déplora Hermione.
- Qu'est-ce qu'il veut dire par « j'ai changé » ? s'interrogea Neville, perplexe.
- Aucune idée.
Tous les trois se plongèrent dans un silence de plomb, le cerveau en ébullition.
- Est-ce qu'il parle de quelque chose qu'il aurait fait ? réfléchit Hermione à voix haute en se mettant à faire les cent pas. Une chose qu'il aurait faite par le passé et qu'il ne ferait plus ?
- C'est trop vague, rétorqua Susan en secouant la tête. Ça pourrait être n'importe quoi… même si rien ne me vient à l'esprit, là, tout de suite.
Au bout de quelques minutes durant lesquels chacune y alla de sa réflexion, Neville reprit la parole.
- Peut-être pourriez-vous demander à l'un des portraits du château pour savoir où Harry à cacher la prochaine énigme ?
- Moui… acquiesça Susan alors qu'Hermione ruminait à voix basse.
Celle-ci marmonnait à toute allure, souhaitant plus que tout résoudre le problème qui leur était posé.
- Demander aux portraits… Mais oui ! Emeric G. Changé !
- Qui ? demandèrent les deux autres d'une même voix.
- Il a écrit le Manuel de métamorphose à l'usage des débutants ! déclara-t-elle en trépignant. Il y a un portrait de lui au sixième étage ! Neville, tu es un génie !
Le gryffondor rougit.
- Ravi d'avoir pu aider.
- On y va. Tu viens avec nous ? lui proposa Susan.
Le garçon sembla surpris par sa proposition mais accepta avec bonne humeur.
Lorsqu'ils arrivèrent devant le portrait en question, son occupant leur donna une nouvelle énigme qui leur posa une nouvelle fois soucis.
- Qu'est-ce que vous faites planter au milieu du couloir ? demanda Hannah qui passait par là en compagnie d'Ernie.
- Un jeu. Tu veux en être ? proposa Susan.
- Oh oui !
Au fur et à mesure, les énigmes devenaient de plus en plus difficiles. Heureusement pour eux, leur groupe grossissait également, de premières années principalement. Il fallait dire qu'ils attiraient les regards à s'agiter dans tous les sens, mais beaucoup se contentaient de les regarder passer.
- On se dépêche ! On se dépêche ! cria Hermione alors que leur petit groupe courrait comme des dératés dans les couloirs. Le temps va bientôt être écoulé !
- Je n'en peux plus ! haleta Cho, une serdaigle qui les avait rejoints quelque temps auparavant. C'est inhumain !
Malgré les plaintes, ils redoublèrent d'ardeur. Tous s'amusaient comme des petits diables et savoir que le jeu était proche de sa fin leur redonnait des forces. Ils passèrent la Grande Porte sous les yeux surpris des élèves qui se rendaient à la Grande Salle.
- Harry est là ! s'exclama Susan en pointant la silhouette de son ami qui les attendait près d'un arbre.
Le poufsouffle sourit en voyant la troupe, bien plus nombreuse qu'à l'origine, s'arrêter devant lui.
- Félicitation, vous avez gagné, annonça-t-il alors que les douze coups de midi retentissaient.
La moitié des adolescents se laissèrent tomber à terre, leurs jambes flageolantes ne pouvant plus supporter leur poids.
- Et on a gagné quoi ? demanda Susan, qui faisait partie de ceux-ci.
Harry rit.
- Heureusement j'ai prévu large. À table !
À ses mots, une nappe apparut à leur droite, garnie d'une multitude de plats à l'odeur alléchante. Il y avait tout pour un gigantesque pique-nique entre amis.
- Ça, c'est une bonne surprise ! lança Megan. Je meurs de faim !
Tous prirent place dans la bonne humeur et, bientôt, les premières boissons furent servies.
- Ton jeu était trop bien, Harry, lança Ernie.
- Extrêmement fatiguant par contre, lança un gryffondor du nom de Seamus.
- Il fallait bien un peu de défi, ricana garçon. Je trouve que j'ai été plutôt gentil pourtant. Pas trop de trucs physiques...
- Tu veux rire ?! gronda Justin. Je ne vais jamais réussi à me redresser tellement j'ai mal partout !
Il fut approuvé à grand renfort de cris et de récriminations.
Durant le reste du repas, tous commentèrent leur séance de jeu, commentant les idées eut par le poufsouffle et en imaginant d'autres pour de futurs événements du même genre. Il dura d'ailleurs deux longues heures, durant lesquels tous partagèrent le plaisir d'être ensemble.
- Bon, je crois que je vais aller faire une petite sieste… déclara Hermione en s'étirant et en bâillant.
- Je vais te suivre, ajouta Susan, qui avait déjà l'air de dormir debout.
- Quoi ? Vous allez m'abandonner ? s'insurgea Harry.
- Ce n'est pas toi qui as couru part… en fait si, tu l'as sans doute fait pour tout préparer… se rectifia la gryffondor.
- Il n'est pas humain, plaisanta Susan en lui donnant un petit coup sur le bras.
Harry rit avec les autres, mais il ne pouvait s'empêcher d'être mal à l'aise après la remarque de sa condisciple. Non, elle avait dit ça comme ça : elle ne pouvait pas savoir pour lui.
Les deux filles s'éloignèrent après l'avoir remercié pour le repas. Les autres restèrent encore un petit moment avant de s'éclipser à son tour. Neville proposa bien de rester avec lui mais Harry n'accepta son aide que pour tout ranger. Puisqu'il avait l'après-midi de libre, il allait en profiter pour s'entraîner dans la forêt.
Harry réintégra son corps en vitesse. La nuit était tombée sans qu'il ne s'en rende compte et il allait être en retard au dîner. Les filles devaient sans doute s'inquiéter de ne pas le voir réapparaître et il ne faisait aucun doute que Susan allait le sermonner. Il se mit à courir à toute allure, zigzagant entre les racines épaisses. Il bondit en avant, glissa sur une pierre couverte de mousse avant de bondir de nouveau pour gagner en vitesse. Un sourire fleurit malgré lui sur ses lèvres. Cet endroit était vraiment un terrain d'entraînement idéal. Fini le temps où ces lieux lui donnaient une impression de froid et de vide : il y était à présent tout aussi à l'aise qu'au château.
Rapidement, il arriva à l'orée de la forêt, un peu essoufflé. Son entraînement portait peu à peu ses fruits mais il lui restait encore beaucoup à faire pour arriver à son niveau physique ordinaire. Mais bon, il devait aussi prendre en compte sa course de la mâtinée pour la préparation du jeu de piste.
- Hey, toi !
Harry se retourna et vit venir vers lui le demi-géant qui les avaient conduits, lui et les autres premières années, jusqu'au château le soir de son arrivée. Si sa mémoire était bonne, il se prénommait Hagrid.
- Finalement, Susan ne sera pas la seule avec de qui je vais avoir des ennuis, gronda-t-il.
Au fur et à mesure qu'il approchait, Harry se souvint à quel point le garde-chasse était grand. Sa taille concurrençait sans difficulté celle du capitaine Komamura dont la stature avait de quoi impressionner. Mais son visage, quoiqu'à demi mangé par sa barbe hirsute et ses cheveux bouclés, était relativement doux.
- Bonsoir, Hagrid, le salua-t-il poliment lorsqu'il arriva à sa hauteur.
Le géant se figea un instant, déconcerté par l'absence de remords et/ou de peur qui caractérisait généralement un élève pris en train d'enfreindre le règlement. Puis, il secoua la tête.
- La forêt est interdite aux élèves sans la présence d'un professeur, déclara-t-il d'un ton autoritaire. C'est très dangereux de se promener seul.
Harry passa une main dans ses cheveux.
- Je peux être honnête ?
Une fois de plus, Hagrid sembla un peu pris au dépourvu.
- Euh… oui ?
- Cela fait plusieurs semaines que je viens dans la forêt.
Voyant le géant pâlir, il s'empressa de reprendre.
- Je sens parfois les habitants de la forêt m'observer, mais, jusqu'ici, ils m'ont laissé en paix.
- Les créatures de ces bois sont généralement peu accueillantes et très territoriales. Je ne sais pas quel miracle tu t'en es sorti indemne.
Harry réprima un sourire. Il pouvait répondre à cette question : tout d'abord, un simple rapport de force - il suffisait à une créature de sentir sa puissance pour savoir qu'elle risquait d'être blessée en cas de conflit -, puis un accord tacite d'acceptation. Parfois, ils les sentaient l'observer de loin, mais jamais ils ne cherchaient à l'approcher. Lui faisait de même.
- Mais que fais-tu dans la forêt ?
- Je médite la plupart du temps. Le château est trop bruyant et il n'y a pas cette petite étincelle de magie qui flotte dans la forêt. C'est un lieu plein de mystères, ajouta-t-il, son regard se perdant dans les profondeurs de l'obscurité.
Un jour, il pousserait son exploration plus loin. Avec un peu de chance, il pourrait approcher une créature magique voire communiquer avec elle. Il avait depuis longtemps repéré un centaure qui lui tournait autour sans jamais s'approcher.
- Peu de gens comprennent la beauté de ce sanctuaire, murmura Hagrid. Beaucoup d'espèces vivent ici parce qu'il n'y a nulle place ailleurs où ils sont acceptés pour ce qu'ils sont. Les gens ne les comprennent pas et en ont peur.
Toute trace de sévérité s'en était allée.
- Même si les créatures de la forêt ont appris à faire avec ta présence, il vaut mieux que tu évites de te promener seul ici.
- Si je vous prévenais de mes visites dans la forêt, vous me laisseriez y rester ? demanda-t-il, plein d'espoir.
Il n'avait aucune envie de se retrouver privé du pouvoir de la forêt. Si quelqu'un venait à surveiller ces allers et venues, cela risquait d'être bien plus compliqué pour lui de s'y rendre. Il ne pouvait délibérément pas laisser son corps vagabonder seul dans le château en attendant son retour. Rusard remarquerait tout de suite qu'il était habité par un modsoul et nul doute qu'il le surveillerait un peu plus étroitement. Et il le rapporterait à son père à qui il avait promis de respecter le règlement. Heureusement, le pouvoir de la forêt avait jusqu'ici camouflé les flamboiements de sa puissance intérieure.
- Je ne peux pas…
- S'il vous plaît, le coupa Harry. Vous ne savez pas ce que ça signifie pour moi !
Hagrid braqua son regard dans le sien et s'y perdit un moment.
- Tu me promets d'être prudent ?
- Oui ! Tout s'est bien passé jusqu'ici, pourquoi ça changerait ?
- Bon… c'est d'accord.
Harry sauta sur place.
- Merci, Hagrid !
Décidément, c'était une bonne journée.
