Chapitre 17 : Incident d'Halloween

Harry s'inquiétait. L'heure du repas était déjà bien entamée et il n'avait toujours pas entraperçu Hermione. Même lorsqu'elle préférait travailler, elle amenait ses livres à table pour étudier en mangeant : qu'elle ne soit pas là n'était pas dans les habitudes de son amie.

- Est-ce que tu as vu Hermione aujourd'hui ? demanda-t-il à Susan.

La jeune fille hocha tristement la tête.

- Je crois qu'il s'est passé quelque chose avec Weasley ce matin. Elle avait l'air complètement bouleversée… j'ai voulu lui parler mais elle est partie en courant. Impossible de la retrouver.

Harry tourna la tête et fusilla le dos du rouquin qui bavardait gaiement avec ses amis. Bien décidé à savoir où se trouvait Hermione, il quitta la table et se dirigea vers lui d'un pas décidé.

- Weasley ?

- Qu'est-ce que tu me veux, Hitsugaya ? répondit le garçon, surpris, en délaissant sa cuisse de poulet.

- Tu sais où se trouve Hermione ?

Le gryffondor haussa les épaules.

- Qu'est-ce que j'en sais ? Je ne suis pas son père.

Cette réponse irrita Harry mais, avant qu'il n'ait eu le temps de dire ces quatre vérités à son condisciple, les grandes portes s'ouvrirent violemment. Quirrell entra en courant, les yeux écarquillés, le souffle court.

- Un troll ! hurla-t-il, sa voix déchirant le silence qui s'était brutalement installé. Un troll dans les cachots… !

Il s'immobilisa au pied de la table des professeurs.

- Je voulais vous prévenir…

Il perdit alors connaissance, s'écrasant violemment à terre.

Aussitôt, ce fut la panique. Tous les élèves se mirent à hurler et se précipitèrent dans la cohue la plus totale vers la sortie de la salle. Harry, lui, resta parfaitement immobile au milieu de la cohue. On lui avait appris à réagir en cas de situation de ce genre et, tant que le troll n'étant pas dans son champ de vision, il avait encore tout le temps de réfléchir.

- Silence ! tonna Dumbledore, sa voix amplifiée magiquement.

Il prononça quelques paroles de réconfort et ordonna à tous de rejoindre leur salle commune.

- Harry !

Le jeune homme repéra Susan qui avançait tant bien que mal dans la foule en mouvement.

- Il faut absolument trouver Hermione !

- Je m'en occupe, décida le jeune homme. Toi, tu rentres à la salle commune.

- Hors de question, gronda Susan. Hermione est mon amie autant que la tienne. Je viens avec toi.

Sans prendre le temps de batailler, ils coururent vers la grande porte, par laquelle s'engouffrait déjà la totalité de l'école. Harry saisit Susan par le bras et la tira à sa suite, la sortant du flot d'élèves.

- Mais tu ne sais même pas où elle est ! Il faut que…

- Plus pour très longtemps ! Dépêche-toi !

En effet, plus ils courraient, plus Harry sentait la pression spirituelle de son amie, exacerbée par ses émotions, filtrer dans sa direction. Remontant le fil aussi vite qu'il le pouvait – et se maudissant intérieurement de ne pas encore avoir maîtrisé le shunpo –, ils arrivèrent aux toilettes des filles du troisième étage.

- Ici ! s'exclama Harry en apercevant avec horreur la moitié du mur qui gisait au sol, défoncé par quelque chose de massif.

À bout de souffle, les deux amis se figèrent devant la montagne de muscles flasques qui leur tournait le dos. Armé d'un énorme gourdin, sans doute le résidu d'un meuble qu'il avait détruit quelque part dans le château, il était occupé à réduire en miettes les cabines des toilettes des filles. Un cri strident les tira de sa contemplation et c'est avec horreur qu'ils virent Hermione s'extirper des décombres pour aller se réfugier à quatre pattes sous les lavabos, dans un vain espoir de se protéger. Elle tremblait comme une feuille, totalement terrorisée.

- On est là, Hermione. On va t'aider ! cria Harry en sortant une pilule d'âme artificielle de sa poche.

L'instant suivant, son corps se relevait à ses côtés.

- À la première occasion, attrapez Hermione et mettez là en sécurité, ordonna-t-il en se focalisant de nouveau sur son adversaire massif. Quatrième technique d'immobilisation : Corde rampante !

Une corde de lumière quitta sa paume pour venir violemment se refermer autour du cou du troll. Harry la tira de toutes ses forces, attirant momentanément l'attention monstre. Ou plutôt, il le plongea dans une profonde confusion étant donné qu'il ne pouvait pas le voir.

- Qu'est-ce que… ? commença Susan, tout aussi perdue.

- Attrape Hermione ! ordonna le modsoul d'une voix fluette qui n'était absolument pas celle d'Harry.

Obéissant sans plus se poser de questions, à demi paniquée, Susan se précipita aux côtés d'Hermione et l'attrapa par le bras.

- Debout, vite !

Mais la gryffondor était trop choquée pour réagir et Susan n'était pas assez forte pour la tirer toute seule. Le modsoul vola à sa rescousse, saisit Hermione et la gifla suffisamment fort pour la tirer de sa transe.

- Si tu ne te lèves pas, on est mort ! Debout !

Mais le troll avait fini de réfléchir et s'était mis à s'agiter violemment pour tenter de se défaire de l'emprise du sortilège. Il attrapa la corde d'une main et balança l'âme qui la tenait à travers la pièce. Harry s'écrasa lourdement contre un mur dans un cri de douleur, avant de retomber lourdement sur le sol. Avant qu'il n'est eu le temps de retrouver ses esprits, le troll était déjà sur ses amies et son corps.

- Quatrième technique de destruction : foudre blanche !

Un éclair bleuté sortit de son doigt et alla frapper la créature en plein dans la cuisse, la traversant de part en part. Une gerbe de sang vola, éclaboussant les deux filles qui hurlèrent de terreur.

- Allez ! les pressa le modsoul. Il faut sortir d'ici !

Un coup de gourdin fusa dans leur direction. Le modsoul eut juste le temps de pousser les filles hors de sa trajectoire, se faisant heurter au passage.

- Harry ! hurla Susan.

Le véritable Harry regarda avec horreur son corps s'écraser au sol, nouvelle cible de son ennemi. Il n'avait plus le choix. Il tira son asauchi et frappa la jambe du troll de toutes ses forces, dirigeant toute son énergie spirituelle vers sa lame. L'arme, rendue extrêmement tranchante, s'enfonça sans la moindre difficulté dans la chair grisâtre. Harry la retira, ignorant les cris et le sang, et frappa de nouveau. Il frappa, frappa et frappa encore, tandis que son énergie bouillait autour de lui. Des débris de bois se mirent à léviter autour d'eux, venant frapper la lourde créature. Bientôt, celle-ci tomba à genoux dans un rugissement de douleur et de rage mêlées. Harry bondit alors et, d'un geste net et précis, il l'égorgea.

Un silence de plomb tomba alors sur les toilettes. Harry contempla avec un mélange de satisfaction et de détresse le cadavre de créature tandis que les deux filles se précipitaient aux côtés de son corps inanimé. Sa pression spirituelle et sa magie s'étaient rétractées en lui, lui laissant un intense sentiment de devoir accompli.

- Harry ! Harry ! pleurait Hermione en le secouant doucement.

- Harry ! Réveille-toi, s'il te plaît ! renchérit Susan, qui ne semblait pas loin de fondre en larmes elle aussi.

Leur panique réveilla Harry qui rangea son son katana et regagna son corps. Aussitôt, une vague de douleur le submergea. Il bougea un à un ses membres pour vérifier qu'il n'avait rien de casser et s'autorisa un soupir de soulagement en constant que tout allait bien.

- Harry, s'étouffa Hermione en le voyant remuer.

Elle jeta ses bras autour de son coup et se remit à pleurer en le serrant de toutes ses forces.

- 'Mione, tu m'étouffes… souffla Harry, soulagé que tout soit terminé.

- Je suis désolée !

Les deux filles l'aidèrent à se relever avec précaution.

- Est-ce qu'il est mort ? murmura Susan en posant ses yeux noisettes sur le troll, immobile.

- Oui, annonça Harry. C'était la seule solution.

- Mais qu'est-ce qu'il s'est passé ? répondit-elle, au bord de l'hystérie. Il y avait cette corde et après un éclair et après…

- Du calme, Sus', la coupa Harry en posant sa main sur son épaule. C'est simplement de la magie. Tout va très bien.

- C'est toi qui as fait ça ?

Harry aurait voulu pouvoir nier, mais ses amies avaient désespérément besoin d'être rassurées. Il se contenta donc d'un hochement de tête.

C'est à cet instant que Dumbledore, McGonagall, Rogue, Quirrell et Rusard arrivèrent.

- Par Merlin ! s'exclama la directrice adjointe en portant une main à son cœur. Est-ce que vous allez bien ?!

- Que s'est-il passé ? demanda Dumbledore, fixé sur le troll, alors que sa collègue examinait les jeunes gens sous toutes les coutures.

Rusard, à la grande stupéfaction des adultes, attrapa Harry par les épaules pour vérifier de lui-même le jeune homme n'avait rien.

- Vous avez de la chance que rien de grave ne vous soit arrivé ! gronda-t-il en repoussant finalement le jeune homme sans douceur, comme tous les autres l'attendaient de la part du concierge acariâtre qu'il interprétait depuis dès années.

- Lequel d'entre vous a fait ça ? demanda McGonagall alors que Rogue s'avançait pour examiner le troll.

- C'est moi, répondit aussitôt Harry.

Il ne voulait pas que ses amies aient d'ennuis.

- Je suis tout aussi responsable que lui, professeur, intervint Susan en faisant un pas à ses côtés.

- C'est ma faute, ajouta Hermione. Harry et Susan sont venus me prévenir pour le troll. Si j'avais assisté au dîner avec les autres…

- Peu importe, trancha Dumbledore. Vous rendez-vous compte à quel point ce que vous avez fait est grave ? Vous auriez pu vous faire tuer…

- Le troll est mort, annonça Rogue d'une voix détaché en se redressant. Il a eu la gorge tranchée.

Les adultes échangèrent un regard horrifié.

- Coupable, grimaça Harry en levant la main.

Il sentit aussitôt une vague de pression spirituelle coléreuse le frapper. Il se tourna vers Rusard, qui bouillait intérieurement, et lui adressa un regard contrit.

- Cinquante points en moins pour chacun d'entre vous, décida finalement Dumbledore. Vous aurez chacun une retenue. Mr Hitsugaya, je vais convoquer vos parents pour parler de votre cas. Je ne peux pas laisser cela passer.

Harry se mordit la lèvre mais, de toute façon, il était quasiment certain que son tuteur serait au courant de cet incident. S'il voulait limiter un minimum sa colère, il allait devoir le prévenir en personne avec des arguments convaincants pour justifier sa conduite.

- Allez à l'infirmerie, ordonna McGonagall, et ne faites aucun détour.

Les trois jeunes gens hochèrent la tête et sortirent prestement.

- Ça aurait pu être pire, soupira Susan une fois dans le couloir. Est-ce que tu vas bien, Hermione ?

- Je crois… murmura la gryffondor en se tordant les poignets. Je suis désolé de vous avoir causé des ennuis.

- Ce n'est pas de ta faute, 'Mione. Ce n'est pas toi qui as fait entrer le troll dans l'école. On peut faire face à une heure de retenue. L'important c'est que tu sois saine et sauve, la rassura Harry.

- Que va dire ton tuteur ?

Harry grimaça.

- Si je lui dis que tu es vivante, je devrais pouvoir m'en sortir… Ne vous inquiétez pas, je gère.

- Harry, reprit Susan. Il faut que tu nous expliques comment tu as pu… tuer ce troll alors que tu étais allongé par terre. La magie ne peut pas tout faire.

- Par la magie accidentelle, mentit Harry en baissant les yeux pour avoir l'air plus coupable. Je ne pourrais pas vous expliquer clairement mais ça ne peut être que ça. Vous savez comme la mienne est capricieuse.

Les filles restèrent silencieuses, l'observant attentivement, avant de se détourner. Harry n'en dit pas plus. Il sentait leur méfiance et la comprenait. C'était déjà la deuxième fois qui leur sortait l'excuse de la magie accidentelle. Si de tels événements venaient à se reproduire, il lui faudrait fournir des explications un peu plus plausibles.

Lorsque Susan et Harry entrèrent dans leur salle commune, ils furent immédiatement happés par la quasi-totalité des Poufsouffles.

- Où étiez-vous ?! s'exclama Maggie, la préfète. Nous étions morts d'inquiétude !

- Nous sommes désolés, murmura Susan en baissant les yeux. Nous devions absolument aller prévenir une amie qui ne savait pas pour le troll.

- Est-ce qu'elle va bien ? demanda Cédric, alarmé

- Nous sommes arrivés à temps pour l'aider, confirma Harry.

Tous retinrent leur souffle avant que le jeune homme ne confirme ce que tous pensaient.

- Le troll l'avait trouvé, mais nous avons réussi à le neutraliser.

- Vous avez été blessés ?

- Quelques contusions, mais rien de bien grave, minimisa Harry sous le regard réprobateur de son amie.

- Racontez-nous.

- Je te laisse faire, Sus', décida Harry en s'éloignant en direction des dortoirs. Il faut que je prévienne mon tuteur avant que Rusard ne s'en occupe, sinon j'aurais encore plus d'ennuis.

- Harry ! Ne me laisse pas !

Mais le jeune homme avait déjà disparu. Soupirant, la jeune fille se résigna à affronter seule ses camarades. Encore tremblante et secouée, elle prit place sur un sofa. Comment décrire quelque chose qu'elle-même avait dû mal à s'expliquer ? Elle jeta un coup d'œil à ses camardes qui attendaient patiemment qu'elle commence et prit une bonne inspiration. Elle s'en tiendrait aux faits. Jusqu'à ce qu'elle obtienne des réponses.