Chapitre 18 : Répercussions

La nouvelle de la mort du troll se rependit comme une traînée de poudre à travers tout le château. Dès lors qu'ils quittèrent l'abri de leur salle commune, Susan et Harry sentirent les regards se poser sur eux, et les murmures s'élever.

- Ne t'occupe pas d'eux, conseilla le jeune homme à sa compagne qui marchait près de lui, la tête baissée. Ça leur passera.

Il se sentait un peu coupable de l'avoir laissé affronter seule le reste des poufsouffles la veille mais il savait qu'ils auraient posé des questions sur la magie qu'il avait employée et il n'aurait pas su quoi répondre. De son côté, Hitsugaya avait plutôt bien pris la nouvelle. Son tuteur n'était pas content d'apprendre qu'il se soit mis volontairement en danger mais le capitaine, lui, approuvait sans réserve le sauvetage d'Hermione.

- Je sais bien mais…

- Harry a raison, lança Megan en surgissant sur leur droite.

Elle n'était pas seule. Tous les autres premières années de Poufsouffle faisaient bloc autour d'eux.

- Ils n'ont pas l'habitude de voir des poufsouffles autrement que comme des lâches et des faiblards, déclara Ernie en souriant à sa camarade. D'ordinaire, ce sont des gryffons les héros.

- C'est à cause d'eux qu'Hermione a été mise en danger, gronda Harry. Tu parles d'une maison brave et honorable !

Il était impatient de la voir. Comment avaient réagi les gryffondors à son retour ?


Hermione ne se présenta qu'en fin de repas, alors qu'ils allaient bientôt partir. Les traits tirés et la peau pâle, elle prit place parmi des élèves plus âgés qu'elle, à l'opposé de l'endroit où les premières années s'étaient installées. Susan et Harry échangèrent un regard inquiet et décidèrent de l'attendre.

- Tu as une sale tête, Hermione, lança Susan lorsqu'elle les rejoignit une dizaine de minutes plus tard.

- Je n'ai pas beaucoup dormi, répondit la jeune fille avec un pauvre sourire.

- C'est le choc, ça va passer, la rassura Harry.

Il y eut un court silence.

- Que s'est-il passé pour que tu décides de rater le repas ? Qu'a fait Weasley ?

Hermione pinça les lèvres, détournant le regard.

- Rien de plus que ses railleries habituelles. Je crois que j'ai juste saturé...

- Je vais lui dire ce que je pense de son comportement, gronda Harry.

- Ce n'est pas la peine, Harry. Ce n'est qu'un imbécile.

- Tu ne vas pas bien, 'Mione. C'est évident. On ne peut pas laisser passer ça.

- C'est bien vrai ! lancèrent deux voix parfaitement synchrones.

Les trois jeunes gens se retournèrent et tombèrent nez à nez avec deux têtes rousses totalement identiques. Fred et Georges Weasley.

- Notre frère est invivable avec toi… déclara celui de droite.

- … et il va apprendre qu'il n'est pas seul au monde… ajouta celui de gauche.

- On lui a préparé une petite farce…

- … dont il se souviendra pendant des années.

Harry haussa un sourcil, amusé par la façon qu'il avait de finir la phrase de l'autre.

- Vous êtes de sa famille, fit remarquer Susan. Vous ne devriez pas le défendre ?

- S'il était plus intelligent… commença celui de gauche.

- … on pourrait éventuellement. Mais c'est tout bonnement… enchaîna celui de droite.

- … impossible ! finirent-ils ensemble en échangeant en regard malicieux.

- Dans ce cas, nous comptons sur vous, trancha Harry.

Il savait déjà que ces deux-là étaient réputés pour faire les quatre cents coups, s'en prenant aussi bien aux élèves qu'aux professeurs. Si ce point tentait à ennuyer Harry, qui appréciait le calme et l'ordre, il devait reconnaître que, dans le cadre d'une vengeance, leurs dons pouvaient se révéler bien utiles.

- Vous ne serez pas déçus ! rirent deux jumeaux en s'éloignant, bras dessus bras dessous.

- Je ne suis pas sure que ce soit une bonne idée de les laisser faire, murmura Hermione en se tordant les mains.

- Autant les laisser s'attirer des ennuis à notre place, rétorqua Harry. S'ils échouent, cela leur apprendra une ou deux choses.

- Harry !

- Tu préfères que ce soit nous qui nous risquions d'avoir des problèmes ?

La jeune fille ouvrit la bouche avant de la refermer.

- C'est bien ce que je pensais, sourit Harry, victorieux.

Les trois amis n'eurent pas à attendre bien longtemps avant que la vengeance des jumeaux Weasley ne commence. Au déjeuner, alors que la Grande Salle était pleine à craquer, Ron se présenta à la porte en compagnie de ses amis.

- Tiens frérot, lança l'un des jumeaux en venant le rejoindre une boite à la main. On s'est procuré quelques bonbons de chez Zonko, la boutique de farces et attrapes, et on s'est dit qu'on allait t'en garder quelques-uns.

- Merci, c'est sympa !

Le rouquin ouvrit immédiatement le présent, sous l'œil intrigué d'Hermione, dont le deuxième jumeau avait attiré l'attention. À peine eut-il avalé l'un d'eux que son apparence changea du tout au tout. Ses cheveux virèrent au bleu fluo et poussèrent d'une cinquantaine de centimètres presque instantanément. Ses vêtements, eux, se teintèrent d'une magnifique et violente couleur jaune.

- Mais qu'est-ce que… ?

Sa voix partit dans les aigus d'une façon toute sauf naturelle. Il plaqua les mains sur sa bouche, mort de honte. Des rires se mirent à retentirent tout autour d'eux, attirant rapidement l'attention de toute la pièce sur le pauvre bourreau. Ron se leva prestement et, s'emmêlant les pieds – chaussés à présent de talons aiguilles –, tenta de s'enfuir. Il ne mit pas longtemps avant de s'écrouler.

- Fred ! George ! cria-t-il.

Mais sa voix modifiée était si comique que ses récriminations n'auraient même pas eu d'impact sur un enfant de quatre ans.

- Arrêtez ça tout de suite !

Les deux jumeaux lui lancèrent un regard goguenard en passant chacun un bras autour des épaules d'Hermione, qui observait le tout avec un plaisir non dissimulé.

- Impossible. Si tu as un peu de chance, tout sera redevenu normal à la fin de la journée.

- Ainsi, peut-être que tu apprendras qu'il ne faut pas se moquer des autres.

Ron leur jeta un regard noir avant de se redresser et de fuir tant bien que mal sous les rires de tous.

Harry ne se joignit pas à la liesse. Il était partagé : d'un côté, c'était une vengeance innocente et elle ne tenait pas à blesser l'un de ses camarades de classe, aussi désagréable soit-il, mais d'un autre côté, Hermione avait failli mourir par sa faute et il n'était pas sûr que cet idiot retienne vraiment la leçon.

- Allez, Harry, souris un peu, plaisanta Susan en lui donnant un petit coup de coude.

- Mm.

- Ne soit pas si sérieux. Hermione a retrouvé le sourire, c'est le principal, non ?

Harry hocha la tête et retourna à son repas, un sourire en coin aux lèvres, alors que le professeur McGonagall s'approchait des jumeaux, mécontente.


Le lendemain, en fin d'après-midi, le professeur Chourave vint chercher Harry à la fin de son cours de défense contre les forces du mal.

- Le directeur souhaite vous voir, Mr Hitsugaya, l'informa-t-elle.

- À propos de ce qu'il s'est passé avec le troll je suppose, murmura Harry avec une légère appréhension.

- Ne vous inquiétez pas, le rassura sa directrice de maison avec un sourire chaleureux. Vous avez sauvé Miss Granger. Peu importe le nombre de règlements que vous avez enfreints, rien ne vaut la vie d'une camarade.

Il la remercia d'un regard et la suivit, un peu plus confiant. Il était assuré de son soutien et, en tant que directrice de Poufsouffle, il savait qu'elle serait à ses côtés jusqu'au bout.

Ils arrivèrent rapidement dans le bureau de Dumbledore.

- Un bonbon au citron ? leur proposa Dumbledore en les invitant à prendre place sur les sièges devant son bureau.

Ses deux invités déclinèrent l'offre.

- Vous avez contacté mon tuteur ? demanda Harry avec un brun d'inquiétude.

- Pas personnellement, je le déplore, mais Mr Rusard l'a prévenu.

À cet instant précis, on toqua à la porte.

- Entrez !

Dumbledore ne put s'empêcher d'être déçu en découvrant la personne qui avait répondu à sa convocation. Lui qui avait espéré pour rencontrer le fameux père d'Harry Potter devrait composer avec Rangiku Matsumoto, sa soi-disant tante, qu'il avait déjà eu l'occasion de rencontrer sur le Chemin de Traverse. Harry, lui, sauta sur ses pieds et alla enlacer la jeune femme avec une joie non dissimulée. Rusard, qui l'avait conduite jusque-là, s'éclipsa.

- Rangiku ! lança Harry avec un immense sourire. Je suis si heureux de te revoir !

- Tu m'as manqué aussi, petit prince, répondit la shinigami en lui rendant son étreinte. Et je peux te dire que tout le monde est impatient que tu reviennes à la maison ! On s'ennuie sans toi.

Elle tira de son sac à main une boite bien emballée dans un linge.

- De la part du cap… enfin, de la part de Mr Ukitake.

Elle se tourna ensuite vers les adultes présents et les salua poliment tandis que l'enfant déballait son présent.

- Des biscuits ! s'exclama Harry. Et mes préférés en plus ! Je lui enverrai un message pour le remercier !

Matsumoto hocha la tête avec un sourire.

- J'avais espéré rencontrer en personne Mr Hitsugaya, l'informa Dumbledore en l'invitant à s'asseoir.

- Voyez-vous, il est extrêmement occupé et ses responsabilités ne lui permettent pas de s'absenter à l'improviste. Il m'a donc demandé de le remplacer, répondit Matsumoto en secouant doucement la tête. Soyez assuré qu'il sera informé de tout ce qui sera dit.

Elle jeta un regard en coin à Harry qui rentra la tête dans les épaules. S'il n'avait pas eu l'apparence d'un enfant et un secret à protéger, nul doute que le petit capitaine se serait déplacé de lui-même pour affronter Dumbledore.

- Bien, conclut Dumbledore. Je souhaitais vous voir car, il y a quelques jours s'est produit un incident impliquant votre neveu.

- Le troll, approuva Matsumoto. Nous sommes au courant de tout, ajouta-t-elle en voyant l'air surpris des deux professeurs.

- Mr Hitsugaya n'a pas tenu compte des ordres que nous lui avions donnés en même temps que ses camarades et est parti seul au-devant d'un danger incommensurable. Il a entraîné l'une des ses camarades dans son sillage. Un acte irresponsable et très imprudent, vous en conviendrez.

- Plus que de laisser un troll se balader dans les couloirs d'une école pleine d'enfants ? N'est-ce pas plutôt vous qui êtes irresponsable ? Dans n'importe quelle autre institution, vous auriez été renvoyé pour bien moins que cela. Mais bon, le monde de la magie doit avoir un train de retard !

Dumbledore pâlit mais ne se laissa pas démonter.

- Il n'empêche que votre neveu a désobéi. La confrontation aurait pu être évitée et les professeurs et moi-même aurions pu gérer la situation en toute sécurité.

- Et une élève aurait perdu la vie entre temps.

- Vous ne pouvez présumer de cela.

- Je crois que si. Mr Rusard et Harry ont été très clairs sur les circonstances de l'incident.

- Il a tué un être vivant.

- À cause de vous. Vous devriez plutôt le féliciter pour son dévouement à effectuer une tâche qui aurait dû être la vôtre.

Harry dissimula un sourire fier. Matsumoto ne se laissait pas impressionner le moins du monde et les répliques fusaient à toute allure.

- Des sanctions doivent être prises.

- Contre vous, certainement. Pour ce qui est d'Harry, c'est à nous d'en juger.

Elle se tourna vers lui et Harry ne put s'empêcher de frémir devant le regard empli de compassion qu'elle posa sur lui. Qu'avait décidé Hitsugaya pour le punir de son imprudence ?

- Il a été décidé qu'une journée d'entraînement avec Mrs Soi-Fon devrait suffire.

Harry se sentit légèrement soulagé. C'était une punition plutôt informelle pour lui qui passait régulièrement du temps à la deuxième division, notamment dans l'espoir d'apprendre à dissimuler et discipliner sa pression spirituelle. Certes, il n'appréciait pas plus que ça les méthodes d'enseignement de la capitaine des commandos secrets, mais ce n'était pas lourd payé pour avoir inquiété son tuteur. Celui-ci aurait pu l'envoyer avec les hommes de la onzième division. Néanmoins, connaissant Histugaya, il fallait mieux se méfier.

Il intercepta un regard de la part de Matsumoto et bondit sur ses pieds :

- Quoi ? s'exclama-t-il en feignant la détresse. Vous n'allez pas me faire ça ?! C'est de la torture !

- Désolée, petit prince, mais je crois que la décision est irrévocable. Tu sais comment est ton père.

Dumbledore le regarda protester avec véhémence, se demandant qui pouvait donc être cette Soi Fon. Dans tous les cas, cela ressemblait bien à une punition pour le jeune homme. Finalement, le garçon se rassit sur sa chaise en boudant. Matsumoto, elle se tourna vers eux.

- Est-ce tout ?

Avant qu'ils n'aient eu le temps de répondre, elle se leva et défroissa sa jupe d'un air dégagé.

- Et si tu me montrais un peu ton école, Harry ?

- Absolument ! Faut que je te présente les filles !

Ils sortirent du bureau directorial sans un regard en arrière.

- Faut que je m'inquiète, pour Soi-Fon ?

- Le Capitaine Histugaya et elle se sont spécialement entretenu à ce sujet, donc je crois que oui.

Harry se mordit la lèvre. Cette punition serait sans doute pire qu'il ne se l'imaginait.

Harry et Matsumoto ne mirent que quelques minutes avant de croiser Hermione et Susan. Les deux jeunes filles, portant chacune une pile de livres dans les bras, étaient justement en route vers le bureau de Dumbledore pour y attendre leur ami.

- Je vous cherchais, les alpaga Harry. Je vous présente ma tante : Rangiku Matsumoto. Rangiku, voici Hermione Granger et Susan Bones.

- Bonjour, Madame, répondirent poliment les deux filles.

- Madame ? Qui appelez-vous « madame » ?! Ah non, appelez-moi Rangiku ! s'exclama la blonde en riant.

Cela détendit immédiatement l'atmosphère et les sorcières se mirent à sourire.

- Comment ça s'est passé dans le bureau de Dumbledore ? demanda Hermione.

- Grâce à Rangiku, plutôt bien. Le directeur est persuadé que je vais recevoir une punition dont je me souviendrai longtemps.

- Et ce n'est pas le cas ?

- Non, répondit Harry en riant. C'est juste pour la forme.

- Alors, dites-moi tout, reprit la shinigami d'un air conspirateur. De laquelle Harry est-il amoureux ? Il parle tout le temps de vous.

- Rangiku ! s'exclama Harry, ses joues se colorant d'une belle couleur rouge. Arrête avec tes bêtises !

L'adulte éclata de rire, de même que les filles. Harry les regarda s'amuser à ses dépens et croisa les bras en fronçant les sourcils.

- Pff, vous allez me faire tourner chèvre.

- Tu ressembles tellement à ton père quand tu fais cette tête ! gloussa Matsumoto en ébouriffant ses cheveux.

- Arrête avec ça ! gronda Harry en s'échappant.

La shinigami lui adressa un sourire malicieux avant que ses yeux ne s'emplissent d'une douceur palpable qui le calma instantanément.

- Tu m'as manqué, petit prince, murmura-t-elle en passant une nouvelle fois sa main dans ses cheveux.

Harry la laissa faire, sous le regard attendri de ses amies.