Chapitre 19 : Ennuis passés et futurs
Harry soupira et referma son livre, le fixant d'un regard vide.
- Que lis-tu, Harry ?
Sursautant, le jeune sorcier sortit de ses pensées pour se tourner vers Susan et Hermione, qui venaient de pénétrer dans la bibliothèque. Elles s'installèrent à sa table.
- Un bestiaire des créatures magiques d'Angleterre.
- Il y a des choses intéressantes ?
- Il est dit que les trolls des montagnes sont bêtes comme leurs pieds.
Les deux filles échangèrent un regard. Cela faisait plusieurs jours que leur ami était obsédé par l'incident survenu quelque temps plus tôt. Même si elles devaient avouer être curieuses, elles préféraient tenter d'oublier.
- Et ? demanda Susan en haussant un sourcil.
- Et alors je n'arrive pas à comprendre comment le nôtre a pu entrer dans Poudlard sans que personne ne le remarque.
- Quirrell l'a vu.
- Une fois qu'il était dans les cachots. Ce n'était pas vraiment le premier endroit où on arrive par pur hasard. En pénétrant par la grande porte, on a tous tendance à aller tout droit et à arriver dans la Grande Salle.
- Ce n'est pas faux. De même, le chemin cachots/toilettes des filles n'est pas très intuitif.
- Tu penses que quelqu'un a fait entrer le troll dans l'école ? murmura Hermione, épouvantée par cette idée.
- Je ne comprends pas pourquoi, mais c'est mon hypothèse, oui.
- Qui aurait pu faire une chose pareille ?
- Quirinus Quirrell.
- Pourquoi lui ? demanda Susan.
Harry se mordit la lèvre. Il ne pouvait pas leur dire qu'un morceau d'âme fusionné à la sienne l'informait de la présence de Voldemort, jamais elles ne le croiraient.
- Il est très étrange, répondit-il simplement.
- Tu ne peux pas l'accuser sur la base d'un ressenti, rétorqua Hermione, approuvée par Susan.
- Je n'ai pas encore de preuves, voilà tout. Je l'ai vu aller dans le couloir interdit.
- Celui du deuxième étage ? demanda la poufsouffle.
- Oui.
- C'est à ça que tu passais tout ton temps il y a quelques semaines... comprit Susan, assemblant les pièces du puzzle. Tu suivais Quirrell.
- Tu as espionné un professeur ? s'alarma Hermione.
Harry lui jeta un regard ennuyé.
- Il s'est dirigé droit vers une porte mais à peine l'avait-il ouverte qu'il la refermait déjà. Et il est reparti très énervé.
- Tu as vu ce qu'il y avait derrière ?
- À première vue, je dirai un monstre.
- Un monstre ?! s'exclama Hermione avec un geste de recul.
- Baisse d'un ton, ordonna Susan alors que Mrs Pince, la bibliothécaire tournait vers eux son regard sévère.
La jeune fille esquissa une moue contrite.
- Quel genre de monstre ? reprit Susan. Et que fait-il dans notre école ?
- Le genre avec plein de dents, répondit Harry en grimaçant. Je ne me suis pas vraiment attardé. Tout comme Quirrell. Si j'ai raison et que ce monstre à quelque chose à voir avec l'attaque du troll, d'autres problèmes pourraient survenir. Nous pourrions être tous en danger.
- On devrait prévenir un professeur dans ce cas.
- Quirrell est un professeur, répliqua Susan en secouant la tête. Aucun adulte ne nous prendra au sérieux sans preuve.
- Absolument, approuva Harry. Ce qui ne nous laisse pas beaucoup d'options.
- Que veux-tu dire ?
- Il faut que nous retournions voir ce monstre et que nous découvrions ce qu'il cache.
- Mais c'est interdit ! protesta Hermione, à voix basse mais avec véhémence.
- Nous avons déjà écopé d'une retenue, approuva Susan. Ce n'est pas le moment de se faire remarquer.
- Nous attendrons quelques jours, décida alors le jeune homme.
Hermione ouvrit la bouche pour protester de nouveau quand Harry reprit la parole.
- 'Mione. Il y a un monstre, dans une école. Quelle qu'en soit la raison, ce n'est pas normal. Nous devons découvrir pourquoi, parce qu'il n'est pas là par hasard.
La jeune fille se tut. Son ami avait raison.
- D'accord. Mais je déciderai quand : pour le moment, on nous surveille à cause du troll et nous devons faire profil bas.
Le soir venu, les trois amis se retrouvèrent devant le bureau du professeur Rogue, avec qui ils allaient devoir effectuer leur retenue.
Quelques semaines auparavant, celle-ci aurait été une véritable torture pour eux, Harry étant le Survivant et le fils de James Potter et Hermione une gryffondor ayant un peu trop tendance à exposer sa science dès que cela était possible. Cependant, depuis leur mise au point sur qui était réellement Harry, Rogue semblait être redevenu un professeur comme un autre. Strict et sévère, cela va sans dire, mais qui ne s'acharnait plus autant sur le jeune homme. Pour Hermione, c'était une autre histoire, mais, en dehors du cadre des cours, ils pouvaient espérer un peu de tranquillité.
Rogue apparut à l'heure précise du début de leur retenue et hocha imperceptiblement la tête pour féliciter leur ponctualité. Il les conduisit jusqu'à un cachot encore inconnu des jeunes gens et leur ordonna d'entrer. La pièce contenait un nombre impressionnant de bocaux en tout genre, contenant divers ingrédients utiles pour les potions, ainsi que plusieurs ustensiles nécessaires à leur préparation.
- Nous avons reçu ce nouveau stock ce matin, annonça Rogue. Vous passerez les deux prochaines heures à étiqueter, ranger, et faire l'inventaire de tout ce que vous voyez ici. L'un ou l'une d'entre vous devra nettoyer et sécher tous les instruments.
- Pourquoi, professeur ? demanda Susan.
- Ils ont beau sortir de l'atelier, il vaut mieux s'assurer de leur propreté avant de commencer quelque potion que ce soit, rétorqua Rogue comme s'il s'agissait d'une évidence. Bien entendu, aucun d'entre vous n'a le droit d'utiliser la magie.
Il glissa un regard vers Harry.
- Croyez bien que je le saurai.
- Nous nous y mettons tout de suite, répondit poliment le jeune garçon.
- Bien. Je serai dans la pièce d'à côté.
Les trois adolescents se mirent à l'œuvre après s'être répartis les tâches.
À la fin des deux heures, Rogue vint inspecter le travail effectué. Jamais il n'aurait pensé que les trois élèves eut été aussi efficaces, aussi, malgré le fait qu'ils n'aient pas terminé la tâche donnée, il les renvoya afin qu'ils puissent assister au repas du soir.
- Professeur, puis-je vous poser une question ? demanda Harry avant de s'en aller.
- Vous venez de le faire, répliqua Rogue. Que voulez-vous ?
- Le troll…
Hermione et Susan, qui attendaient dans l'entrebâillement de la porte, revinrent auprès du poufsouffle.
- … savez-vous comment il est entré dans le château ?
L'adulte resta impassible devant la question.
- L'enquête avance.
- Quelqu'un l'a fait entré, n'est-ce pas ? insista l'adolescent.
- Laissez les adultes gérer la situation, Hitsugaya.
- Les adultes auraient pu laisser mourir Hermione, professeur, rétorqua Harry avec mordant. Par leur faute, j'ai tué un troll. J'estime avoir le droit de savoir de quoi il retourne.
- Ne soyez pas impertinent. Que croyez-vous pouvoir faire du haut de vos onze ans ?
- Je suis capable de beaucoup plus que quiconque ici ne le pense, gronda-t-il. Connaissez-vous beaucoup d'enfants ayant combattu un troll des montagnes et s'en étant sortis vivants ?
- Dix points en moins pour Poufsouffle, déclara Rogue.
- Je continuerai à poser des questions, professeur, répondit Harry en tentant de contenir sa puissance. Et je finirai par trouver.
Avec Dumbledore à la tête de l'école, et Quirrell se promenant librement, il n'avait aucune confiance dans les professeurs. Le seul qu'il estimait un peu était Rogue et celui-ci refusait de lui dire quoi que ce soit.
- Vous disiez être différent de votre père, mais je vois que ceci est faux. Lui aussi pensait pouvoir tout savoir et tout régler seul avec sa bande d'imbéciles derrière lui, siffla l'homme avec dédain.
La magie d'Harry fit exploser un bocal à sa droite. Hermione et Susan leur saisir chacun par un bras dans l'espoir de l'entraîner à leur suite et d'échapper au courroux du ténébreux directeur de Serpentard, mais Harry ne bougea pas d'un centimètre, malgré tous les efforts qu'elles y mirent.
- Je ne suis pas James Potter, mais quand quelque chose s'en prend aux miens, je peux très vite devenir dangereux.
- Est-ce une menace ?
Le regard sombre de Rogue avertit Harry qu'il était allait trop loin. Il ferma les yeux et inspira pour se calmer. Il devait mesurer ses paroles où il allait avoir de gros ennuis.
- Je cherche simplement à comprendre… murmura-t-il en baissant les yeux. Je suis désolé.
Rogue le fixa un moment en silence. Un instant, il avait cru discerné Lily en lui : de la force et du courage, mais aussi une fragilité et un désir de bien faire. Peut-être est-ce pour cela qu'il choisit de ne pas lui en tenir rigueur.
- Je suis parfaitement au courant de ce qui se trame, déclara Rogue, à la grande surprise des trois étudiants. Croyez-moi quand je vous dis qu'un tel incident ne se reproduira pas. Maintenant, déguerpissez.
- Merci, professeur, intervint Hermione. Nous partons.
Les deux filles tirent littéralement leur ami hors du cachot.
- Mais qu'est-ce qu'il t'a pris, Harry ?! s'exclama la gryffondor. Nous aurions pu avoir de très gros problèmes ! Je te rappelle que nous devons être discrets !
- Écoutez, répondit le jeune garçon en s'arrêtant au milieu du couloir pour mieux leur faire face. Le problème dépasse de loin un banal troll des montagnes !
- Que veux-tu dire ? demanda Susan.
- Je veux dire que Voldemort est impliqué.
Susan et Hermione sursautèrent à l'entente de ce nom tabou.
- Tu-sais-Qui est mort.
- Non. D'une façon ou d'une autre, il n'est pas mort. Il est à Poudlard.
- Ce ne peut pas être vrai…
- De toute façon, vous ne pouvez pas comprendre, siffla Harry.
Puis, il reprit sa marche d'un pas rapide, sans plus se soucier d'elles. Sa magie et sa pression spirituelle valdinguaient autour de lui, expression de sa colère et de sa frustration.
- Hey, Harry ! gronda Susan. Viens ici immédiatement !
Surpris par son ton autoritaire, Harry s'arrêta et se retourna pour leur adresser un regard noir.
- Je vais t'expliquer une chose, Harry, continua la poufsouffle, visiblement très mécontente. Tu n'as aucun droit de nous parler ainsi. On n'est pas tes chiens, ok ?!
- Il y a en a marre de ta mauvaise humeur en ce moment, ajouta Hermione, les bras croisés. Tu nous caches des choses et après tu nous agresses parce qu'on ne te comprend pas !
- Comment tu veux qu'on comprenne ce qu'il se passe ? reprit Susan avec véhémence. Alors soit tu nous expliques courtoisement ce qui te passe par la tête, soit tu vas te faire voir et tu ne comptes plus sur nous !
- Si vous me faisiez confiance…
- La confiance, ça se mérite, le coupa la jeune fille. Et pour l'instant, on ne peut pas dire que tu sois digne de la nôtre.
Harry allait répliquer mais les regards noirs de ses amies l'en dissuadèrent. Susan prit le bras d'Hermione et la fit avancer. Elles dépassèrent Harry sans lui accorder plus d'attention, le laissant seul, pantelant, au milieu du couloir.
- Les filles ! les rappela Harry avec une note de désespoir dans la voix. Je suis désolé !
Mais seul le silence lui répondit.
Il n'alla pas manger ce soir-là et ne rejoignit son dortoir qu'une fois minuit passé. Il s'était réfugié au sommet de la tour d'astronomie pour y réfléchir. Toute cette histoire avec Quirrell et Voldemort le rendait chèvre. D'un côté, il avait raison de s'accrocher à ce qu'elles considéraient comme une obsession, mais elles avaient également raison en affirmant qu'il était le seul à avoir des éléments pour comprendre les tenants et les aboutissants de ce qui se tramait. Il avait tellement de questions et si peu de réponses. Il ne partageait ni les une, ni les autres avec celles qui étaient avec lui depuis son premier jour à Poudlard. Il était naturel qu'elles le lui reprochent, car elles étaient loin d'être idiotes. Et maintenant, elles lui en voulaient.
Le lendemain matin, il n'alla pas manger non plus. Il n'avait quasiment pas dormi et n'avait toujours pas trouvé comment s'excuser proprement. À la place, il décida de rejoindre immédiatement sa salle de classe.
Une demi-heure plus tard, alors qu'il ruminait, des élèves commencèrent à circuler dans les couloirs. Parmi eux, les troisièmes années de Poufsouffle.
- Bonjour, Harry, lança l'un d'eux en s'arrêtant près de lui.
- Salut, Cédric.
- Ça va ? T'as pas l'air dans ton assiette.
- Je me suis disputé avec mes amies.
- Aïe, grimaça son condisciple. C'est grave ?
- Je crois que oui. J'ai été idiot et méchant avec elles uniquement parce qu'elles ne comprenaient pas quelque chose qu'elles ne pouvaient pas comprendre. Mes problèmes occupent toutes mes pensées et je ne vois rien d'autre. Je n'ai pas fait attention à elles alors qu'elles ne cherchaient qu'à m'aider.
- Au moins, tu le reconnais, tenta Cédric avec compassion.
- Je voudrais leur dire à quel point je suis désolé mais je ne sais pas comment m'y prendre.
Le blond esquissa un sourire en coin et jeta un coup d'œil par-dessus son épaule.
- Je crois que ce n'est plus la peine de chercher.
Harry se retourna et avisa Susan, arrivée dans son dos. Il ne savait pas depuis combien de temps elle était là mais, s'il se fiait à Cédric, elle devait avoir entendu toute la conversation.
- Sus', je…
La fille secoua la tête d'un air indulgent.
- Je vous laisse, déclara Cédric en donnant une petite tape complice sur l'épaule de son camarade.
Harry regarda le jeune homme s'en aller en le remerciant silencieusement.
- Je suis désolé, murmura-t-il en se reconcentrant sur son amie.
- J'accepte tes excuses. Tu dirais tout ça à Hermione également.
- Oui, bien sûr, s'empressa de dire Harry en saisissant les mains de sa compagne. Je vous promets de ne plus être aussi idiot.
- Tu as également quelques petites choses à nous dire.
Harry perdit un peu de sa bonne humeur. Voyant son trouble, Susan soupira.
- Ce n'est pas que je ne veux pas, mais… je n'ai pas forcément de réponses claires à vous donner, expliqua Harry. Tu sais, j'ai toujours beaucoup fonctionné au ressenti et, jusqu'ici, ça ne m'a jamais fait défaut.
- Nous te l'avions pourtant dit : si tu ne nous dis pas tout, au moins ne nous mens pas.
- Ce n'est pas un mensonge, plutôt une demi-vérité, murmura le jeune homme.
Elle croisa les bras, le fixant d'un regard méfiant.
- Pourquoi ne peux-tu pas nous dire toute la vérité ?
- Parce que je n'en ai pas le droit simplement. Si ça ne tenait qu'à moi, je vous aurais déjà tout dit...
Susan demeura silencieuse un moment avant de hocher la tête, signe qu'elle abandonnait pour le moment.
- Allons en cours, dit-elle en prenant la suite des premiers élèves entrant dans la salle de classe.
Son camarade hésita un instant avant de la suivre.
Que ferait-il quand elles ne seraient plus aussi indulgentes avec lui ?
