Chapitre 20 : Un décembre mordant

Au cours des jours qui suivirent, Harry, Hermione et Susan se tinrent tranquilles. L'ensemble du corps professoral les surveillait étroitement, de même que Dumbledore. Ils avaient l'impression de sentir constamment l'un de leurs regards sur leurs nuques, ce qui ne les mettait pas à confiance pour tenter une exploration de l'étage interdit. Par ailleurs, ils semblaient que tous s'étaient donnés le mot pour donner un nombre astronomique de devoirs à faire, les maintenant très occupés. Les trois amis se contentèrent donc de profiter de leur vie d'élèves en attendant que les choses se tassent.

Rapidement, le froid s'installa et le soleil commença à se faire rare. Le temps avait tendance à peser sur le moral des élèves et des professeurs qui ne pouvaient que subir. Harry faisait partie des seuls qui se réjouissaient de cette vague polaire qui s'installait dans le pays.

Un dimanche matin en se réveillant, le jeune homme eut la joie de découvrir que l'hiver s'était finalement installé. Il avait neigé à gros flocons durant la nuit et la totalité du parc de Poudlard était recouverte d'un épais manteau blanc.

Il prit à peine le temps de passer un pantalon et un tee-shirt avant de filer dehors. Il courut le plus rapidement possible en direction de la grande porte qu'il poussa comme si les lieux lui appartenaient. Aussitôt, un vent glacé s'engouffra à l'intérieur du château. Le froid lui mordit la peau, s'insinuant sous sa chair jusque dans ses os, ce qui lui tira un sourire rayonnant. Il avait toujours aimé le froid et la neige. Elle lui rappelait son tuteur : apaisant, silencieux et tout aussi doux. Mais ça, il était l'une des seules personnes à le savoir.

Se fichant de qui pourrait le voir, il se mit à courir droit devant lui, les bras grands écartés, jusqu'à ce qu'il trébuche dans la poudreuse et ne s'étale par terre en riant. Il se releva, tourna sur lui-même à toute vitesse et reprit sa course jusqu'à tomber de nouveau.

Puis, il commença à passer près des sapins, secouant leurs branches pour en faire tomber leurs flocons, puis simplement à ramasser de la neige pour la lancer le plus haut possible. Et de nouveau il recommençait à gambader.

Il venait de tomber une nouvelle fois quand une voix furieuse s'éleva.

- Hitsugaya !

Il releva la tête et avisa Rusard qui se tenait à quelques mètres de lui, bien emmitouflé dans un épais manteau.

- Ça ne va pas de te balader dehors dans cette tenue ? Tu vas tomber malade !

Sans se départir de sa bonne humeur, Harry se redressa et, d'un geste de la main, chassa la neige logée dans ses cheveux. Entre sa pression spirituelle plutôt enflammée et son habitude d'évoluer aux côtés du capitaine des glaces, il était ne craignait pas le froid.

- Ne faites pas votre rabat-joie, lança-t-il avec un sourire espiègle. Jamais je ne suis tombé malade à cause du froid. D'ailleurs ce n'est même pas possible !

- Mais qu'est-ce que tu racontes ? demanda Rusard en fronçant les sourcils.

- On ne tombe malade non pas à cause du froid mais à cause de la chaleur. C'est parce que les gens se regroupent autour de chauffage, de feu ou de je ne sais quoi d'autres, que les microbes se transmettent si vite en hiver. C'est le capitaine Unohana qui me l'a dit. Comment elle disait déjà… ah oui : c'est de la dynamique des populations !

Rusard resta incertain un moment avant de reprendre son expression contrariée.

- Dans tous les cas, file t'habiller !

Harry soupira.

- Je suis vraiment obligé ?

- Oui !

Le jeune homme commença à reprendre le chemin du château quand, soudain, une idée lui vint. Il dévia légèrement de sa route, passant près d'un sapin pour récolter une belle quantité de neige. Avec un sourire malicieux, il se confectionna une boule tout en marchant, à l'abri du regard du shinigami. Il était presque arrivé au château quand il se retourna et bombarda le concierge.

- Vengeance ! cria-t-il en s'enfuyant à toutes jambes.

- Hitsugaya ! Reviens ici, sale môme !

Mais le sorcier ne ralentit pas le moins du monde, passant devant une Minerva McGonagall à la fois attendrie de voir un élève de si bonne humeur le matin et déconcertée par son petit jeu avec Rusard. Ces deux-là formaient vraiment un étrange duo.

Harry courrait en direction de sa salle commune quand il rencontra Ernie et Hannah aux prises avec un groupe de serpentards ayant à leur tête Malfoy. Décidément, ce crétin ne perdait rien pour attendre. Il continuait à persécuter les autres élèves. Malheureusement, il faisait en sorte qu'Harry ne soit pas dans les parages dans ces moments-là et celui-ci ne pouvait donc pas défendre ses camarades. Aujourd'hui, il ne le laisserait pas s'en sortir.

- Que se passe-t-il ici ? demanda-t-il en s'approchant d'eux d'un pas décidé.

- Harry ! s'exclama Hannah avec un soulagement évident.

- Regardez qui vient à la rescousse de ces petits camarades, lança Malfoy de sa voix traînante en se tournant vers lui. Tu ferais mieux de ne pas t'en mêler si tu ne veux pas avoir de problèmes.

Sans baisser les yeux un instant, le jeune sorcier traversa le groupe de verts et argents et vint se placer devant ses amis.

- Tout va bien ?

- Ils veulent que nous fassions leurs devoirs, sinon ils ont dit qu'ils nous feraient renvoyer, murmura Hannah, les larmes aux yeux.

Contrairement à Ernie, elle n'avait aucun problème à s'appuyer sur Harry dans ce genre de situation et ce n'était pas la première fois qu'il intervenait pour la protéger. Avec son petit air innocent et sa timidité, elle était la cible de nombreuses moqueries et intimidations.

- C'est sûr qu'avec leur cerveau de la taille d'un petit pois, ils sont incapables d'avoir une note correcte, railla Harry en jetant un regard provocateur à Malfoy. C'est bien de reconnaître la supériorité des poufsouffles.

Le blond tira sa baguette et la braqua sur lui, tout comme ses condisciples. Seuls Crabe et Goyle ne bougèrent pas, leurs corps massifs et leurs gros poings suffisant parfaitement à les faire paraître menaçants.

- Poufsouffle est la pire des maisons ! Seuls les ratés et les sangs-de-bourbe y sont envoyés ! Ils devraient s'estimer heureux d'être acceptés dans cette école et se montrer reconnaissants envers ceux qui leur sont supérieurs !

- Écoute, je pourrais essayer de t'expliquer pourquoi tu te trompes mais, malheureusement et malgré tout mon bon vouloir, je ne peux pas comprendre les choses à ta place, répliqua Harry avec un calme olympien, observant le bout de ses ongles avec intérêt.

- Comment oses-tu ?! gronda Malfoy. Everte statin !

Harry réagit par instinct et virevolta sur la gauche, évitant le sortilège à bout portant.

- Raté. Réessaie ?

Cette fois, les deux brutes se mirent en action, mais, là encore, Harry fut plus rapide. En quelques instants, il glissa dans leur dos, frappant l'un entre les omoplates, et l'autre au niveau des genoux. Les deux adolescents tombèrent à terre avant d'avoir compris ce qui se passait.

- Un troisième essai ?

Malfoy lança un deuxième sortilège, que le jeune garçon évita encore une fois. Mais cette fois, il profita pour passer sous sa garde et le plaqua violemment contre le mur, une main sur sa gorge. La baguette du sorcier roula à terre, sous le regard apeuré des autres serpentards restés pantelants.

- Ne t'approche pas de mes amis, gronda Harry à son oreille, ou je finirai par être beaucoup moins gentil.

Il resserra juste assez sa prise pour voir les yeux du blond s'écarquiller de terreur avant de se retirer.

- Allons-y, ordonna Harry à Ernie et Susan.

Sans demander leurs restes, les deux poufsouffles lui emboîtèrent le pas.

- Tu as été incroyable ! lança Hannah lorsqu'elle décida qu'ils étaient assez éloignés de leurs assaillants.

- Comment fais-tu pour garder ton calme avec cet abruti ? enchaîna Ernie. Je veux dire, même quand tu te battais, tu avais l'air si… calme. D'ailleurs, tu as été magistral.

- Avec lui, ça ne sert à rien de s'énerver. C'est exactement ce qu'il cherche.

C'était arrivé plusieurs fois par le passé et cela lui avait inévitablement attiré des ennuis, notamment avec Rusard pour avoir manqué d'étouffer le serpentard avec sa pression spirituelle. Depuis, il s'était juré de ne plus s'énerver à cause de lui et avait opté pour un calme froid et menaçant digne de son tuteur.

Sur le chemin du retour, Harry sentit l'excitation et l'impatience le gagner : aucun professeur n'était intervenu pour les séparer, ce qui signifiait qu'il était redevenu un élève lambda. Bientôt, il n'en doutait pas, il pourrait partir à la découverte du deuxième étage.

Car, bien qu'ayant décidé de faire profil bas et de vivre comme tout un chacun, Harry, Susan et Hermione ne restaient pas inactifs. Les yeux et leurs oreilles étaient ouverts en permanence, à l'affût du moindre élément sortant de l'ordinaire. Les premiers temps, ils n'avaient rien remarqué.

Puis, Harry avait commencé à repérer quelques petites choses qui le mirent de bonne humeur et l'inquiétèrent à la fois : Rogue veillait. Maintenant qu'il savait que le professeur de potions était au courant de l'histoire, quelle qu'elle soit, il lui arrivait d'intercepter des regards en coin, de l'apercevoir dans les couloirs entre les cours alors que, auparavant, ce n'était jamais le cas. La surveillance était-elle devenue plus évidente ou était-ce qu'il n'y avait pas prêté attention ? Peut-être leur ennemi tentait-il quelque chose, ce qui l'obligeait à être plus présent ? Il ne saurait le dire. Dans tous les cas, Harry se félicitait d'avoir à peu près confiance en cet adulte pourtant revêche. D'un côté, il était semblable à son tueur, surveillant les choses sans que personne ne se doute de quoi que ce soit.

Une deuxième chose s'était confirmée : l'implication de Quirrell. Rogue lui aussi soupçonnait cet homme bégayant à première vue inoffensif. Hermione et Susan s'étaient fait une raison quant au manque de preuves le désignant. Si et leur ami et leur professeur étaient arrivés à la même conclusion, c'est qu'il y avait des éléments qui leur échappaient encore.

Les secrets que gardait Harry s'immisçaient toujours entre eux, mais les filles restaient discrètes et ne poussaient pas non plus le jeune homme à se confier, ce dont il leur était reconnaissant. Lui, cependant, commençait à avoir du mal à supporter cette situation. Heureusement, les vacances de Noël approchaient à grands pas et il allait enfin pouvoir rentrer chez lui. Il allait retrouver sa famille !

Cependant, il ne pouvait s'empêcher d'être anxieux. Qui savait ce que tenterait Quirrell pendant les vacances, alors que le château serait presque désert ?

- Quirrell ne restera pas au château pendant les vacances, annonça Hermione un matin.

- Comment tu sais ça ?

- Je suis allée demander, répondit simplement la jeune fille. C'est fou le genre d'informations qu'on peut obtenir en prétextant des recherches pour des devoirs.

- Tu deviens sournoise, fais attention, plaisanta Harry.

- Comme ça, nous pourrons partir sereinement.

- Enfin une bonne nouvelle.

- J'en ai une autre pour vous. J'ai l'impression que tout semble redevenu normal avec les professeurs, déclara Hermione. Ils ne nous surveillent plus.

- Ça va faire un mois et demi depuis le troll, heureusement qu'ils ont tourné la page, soupira Susan.

- Du coup, on peut aller au deuxième étage, jubila Harry après avoir vérifié que personne autour d'eux ne pouvait entendre ce qu'il disait. Ce soir.

- Ce soir ? répéta Hermione, qui ne s'attendait pas à ce qu'il soit aussi réactif.

- Tu sais comment il est, plaisanta Susan en lui jetant un regard compatissant.

Le soir venu, après le dîner, Harry, Hermione et Susan se dirigèrent vers le couloir du deuxième étage. Heureusement, ils ne croisèrent personne qui s'intéressa à eux, si ce n'est Peeves qui, visiblement, était au beau milieu d'un complot pour faire enrager Rusard.

- C'est cette porte, indiqua Harry.

Il tenta de tirer une nouvelle fois la poignée mais elle était toujours bien déverrouillée.

- Pousse-toi, ordonna Hermione en tirant sa baguette. Alohomora !

Un bruit de métal se fit entendre alors que la porte se déverrouillait magiquement.

- Faut que j'apprenne ce sort, la félicita Harry. Bon, vous êtes prêtes ?

- Prêtes, répondirent ses amies dans un souffle.

Il tira la porte.

La première chose qu'ils virent fut une immense masse noire. Une masse noire qui se mit à remuer et se redressa de toute sa hauteur. Une tête se dressa, puis une autre, et enfin une troisième. Devant eux se tenait un immense cerbère. Trois paires d'yeux sombres se posèrent sur eux avec un mélange de surprise et de colère tandis que les museaux s'agitaient de toute part, humant leur odeur avec avidité.

- Je comprends mieux pourquoi c'était fermé… haleta Susan, terrifiée, tandis qu'Hermione s'accrochait à son bras comme si sa vie en dépendait.

- Je propose qu'on sorte. Tout de suite, murmura cette dernière, paralysée par la peur.

La créature fendit dans leur direction, gueules ouvertes. Harry saisit ses amies chacune par une épaule et les tira violemment à l'extérieur. Déséquilibrées, elles tombèrent à terre alors qu'il refermait brutalement la porte, la claquant au visage de l'une des têtes. Une demi-seconde plus et au moins l'un d'eux aurait été déchiqueté.

Ils demeurèrent un instant silencieux, tentant de réaliser ce qui venait de se produire, avant de décider d'un commun accord d'aller discuter de tout ça ailleurs. Ils se retrouvèrent dans leur salle de classe habituelle, là où ils s'entraînaient à la magie dès que l'occasion se présentait.

- Avec ce chien, je comprends pourquoi Quirrell a du mal à faire… ce qu'il a à faire, déclara Susan en repoussant ses cheveux en arrière comme pour s'éclaircir les idées.

- Il était sur une trappe, révéla Hermione. Il garde quelque chose.

Harry approuva sans dire un mot.

- Mais qu'est-ce qu'une créature pareille peut garder dans une école ?

- Rien de bon si Voldemort est impliqué, répondit sombrement Harry.

- Il y a au moins une bonne nouvelle : avec un monstre pareil, personne ne passera par la trappe, sourit Susan.

Son sourire se fana.

- À part en le tuant.

- Ou en trouvant son point faible, tempéra Harry. C'est sans doute pour ça que Quirrell quitte l'école pendant les vacances alors que c'était le moment parfait pour fureter sans être surveillé.

- Oui, peut-être, approuva Hermione. Ce qui nous laisse du temps pour découvrir le fin mot de cette histoire.