Chapitre 21 : Là où est ma place

Le matin du premier jour de vacances, Harry était littéralement extatique. Sachant qu'il allait enfin pouvoir rentrer chez lui et revoir ses proches, il avait à peine dormi de la nuit. Tous les élèves qu'il croisait s'étonnaient de sa bonne humeur mais la partageaient avec gentillesse.

- Tu détestes tant Poudlard pour vouloir à ce point repartir ? le taquina Susan alors qu'il courrait presque pour rejoindre le Poudlard Express.

- Tu n'es pas impatiente de rentrer chez toi ?

- Si, mais pas au point de sauter partout.

Hermione et Susan se mirent à rire alors qu'Harry levait les yeux au ciel.

- C'est là-bas qu'est ma place. Ici, personne ne sait qui je suis réellement, murmura-t-il soudain sombre.

Puis, son sourire revint aussi brusquement qu'il avait disparu.

- À part vous, mentit-il avec aplomb.

Les deux filles échangèrent un regard inquiet avant de lui sourire de nouveau.

- Allez, dépêchons-nous !

Le voyage fut long, bien plus long que le premier qui l'avait conduit à Poudlard. Sa bonne humeur s'était mutée en une impatience qu'Hermione et Susan peinèrent à supporter. Elles furent soulagées lorsque leur ami sortit ses premiers devoirs de vacances, arguant qu'il ne voulait pas perdre de temps avec ça lorsqu'il serait avec les siens.

Dès que le train s'arrêta, Harry bondit sur ses pieds, saisit sa valise et, après avoir salué ses amies qui avaient à peine eu le temps de lever la tête de leur livre respectif, fila hors du compartiment.

Premier à descendre, il eut le déplaisir de voir une horde de journalistes sur le quai. Ceux-ci l'interpellèrent aussitôt et se mirent à le harceler de questions. Harry resta figé un instant avec de plonger dans la foule et de commencer à jouer des pieds et des mains pour tenter de se frayer un passage. Lui qui pensait être tranquille, comme lors de son premier voyage vers l'école, s'était lourdement trompé. La nouvelle de sa présence à Poudlard s'était visiblement répandue dans tout le monde magique.

- Laissez-moi passer ! ordonna-t-il avec mauvaise humeur.

Essayant de contenir sa mauvaise humeur, il se mit à chercher du regard un visage familier parmi la foule. Il avait assisté en direct – par téléphone – à une chamaillerie entre Matsumoto et Hinamori pour savoir laquelle aurait le privilège de venir le chercher mais, vu l'ambiance, il n'avait pas osé demander qui avait gagné. Il finit par reconnaître quelqu'un.

- Tayuya !

La shinigami tourna la tête dans sa direction et cligna plusieurs fois des yeux, un peu surprise par le chaos que provoquait la présence du jeune garçon. Fendant la foule d'une main experte, elle saisit son bras et l'attira à elle.

- Suis-moi, vite !

Les deux partirent en courant hors de la gare, les journalistes sur les talons.

- Qu'est-ce qu'ils te veulent ? demanda la jeune femme alors qu'ils tournaient brusquement, tentant de les semer.

- Interroger leur héros local qui a disparu pendant dix ans, répondit Harry avec mauvaise humeur.

- Tu en as des choses à nous raconter !

Une dizaine de minutes plus tard, ils finirent par s'arrêter dans l'une des ruelles de Londres, heureusement déserte. Ils prirent un moment pour retrouver leur souffle et s'assurer que la poursuite était bien terminée. Tayuya se tourna alors vers le sorcier et lui offrit un sourire rayonnant.

- Tu vas bien ?

- Maintenant que ces foutus journalistes sont loin, très bien. Tu es venu me chercher ?

- Oui. La vice-capitaine Matsumoto a établi calendrier très précis pour savoir qui viendra te chercher à chaque vacances des sept prochaines années. Je suis la première à avoir été tirée au sort.

- Ça lui ressemble bien, s'amusa le sorcier.

- Gare à celui qui ne respecterait pas son tour, rit la jeune femme en entraînant le jeune homme vers l'extérieur. Seul le capitaine Hitsugaya a un passe-droit.

Une petite minute plus tard, un seikamon s'ouvrait devant eux.

Harry sentit son cœur s'alléger au moment où son pied se posa sur le sol de la Soul Society. Il était de nouveau chez lui !

- Tayuya, je… commença-t-il.

La jeune femme prit sa valise et hocha la tête. Souriant de toutes ses dents, Harry l'abandonna pour se précipiter à la dixième division. Sur le trajet, il croisa bon nombre de shinigamis qui rentraient chez eux. Des mains se levèrent, des salutations fusèrent.

- Salut, Harry !

- Harry ! Tu es enfin rentré !

- Bonsoir, gamin ! Ça fait plaisir de te revoir !

Harry répondit avec bonne humeur à chacun sans ralentir, s'attirant de nombreux regards attendris. Tous savaient bien où il se rendait d'un aussi bon pas.

Arrivé à destination, il prit à peine le temps de reprendre son souffle avant de toquer bien sagement à la porte du bureau du capitaine.

- Entrez !

Quel ne fut pas son bonheur lorsqu'il vit un sourire éclaircir les traits sérieux d'Hitsugaya lorsque celui-ci l'aperçut. D'un coup d'œil, il s'assura que Matsumoto n'était pas cachée quelque part dans le bureau avant d'aller se blottir dans les bras de son tuteur. Ceux-ci se refermèrent autour de lui sans la moindre hésitation.

- Tu m'as manqué, Tôshirô. Tu ne sais pas à quel point, souffla Harry.

Il ferma les yeux, profitant au maximum de cette étreinte qui lui avait tant manqué tandis que son tuteur lui répondait en le serrant un peu plus contre lui.

- Tu savais que je ne serais pas encore rentré à la maison ? l'interrogea l'aîné en se détachant de lui.

- Bien sûr, répondit le sorcier en haussant un sourcil et en détaillant son tuteur du regard.

Même si aucune cerne ne s'étalait sous les yeux turquoises d'Hitsugaya, le jeune sorcier pouvait aisément voir que son tuteur n'avait pas pris de repos depuis un moment.

- Allez, on rentre. C'est moi qui prépare à manger, lança-t-il avec entrain.

Après un bon repas, Harry et Hitsugaya s'installèrent confortablement sur le sofa. Ils discutèrent jusque tard dans la nuit des premiers mois du sorcier à Poudlard et de sa vie dans le monde des vivants. Harry parla longtemps de ses cours, de ses amis, et de toutes les choses extraordinaires qu'il avait pu voir et apprendre. Il parla tant et si bien qu'il finit par s'endormir. Le petit capitaine le regarda un moment dormir avant de réussir à se lever sans réveiller son protégé. Il le prit dans ses bras, le soulevant sans la moindre difficulté, et le mit au lit comme il l'avait fait pendant tant d'années.

- Bon retour parmi nous, bonhomme, murmura-t-il en embrassant son front.

Le lendemain matin, Harry eut le plaisir de se réveiller avec une odeur de thé au jasmin flottant dans l'air. C'était tellement différent de son réveil au milieu des autres élèves de poufsouffle qu'une furieuse envie de ne jamais retourner dans le monde des vivants le saisit. Mais ses amies l'attendaient et il y avait toujours cette histoire avec Voldemort qui se tramait. Il ne pouvait pas tout abandonner comme ça.

Il quitta sa chambre pour rejoindre son tuteur et se servit une tasse.

- Mm ! On dit que les anglais sont les rois du thé mais je crois bien que tu les bats, soupira-t-il avec délice après avoir pris une première gorgée. La plupart des élèves de Poudlard boivent du jus de citrouille, c'est buvable mais pas aussi bon, ajouta Harry. Leur thé n'est pas fameux non plus.

Hitsugaya lui lança un regard amusé.

- Je peux avoir mon câlin du matin ? demanda Harry en voyant son tuteur se lever.

- Tu es un peu grand pour ça, non ?

- Non.

Hitsugaya esquissa un sourire avant d'aller prendre place sur le sofa. Harry vint s'installer près de lui, ses jambes en travers des siennes, et se blottit contre lui. De nouveau dans cette étreinte familière, il ferma les yeux, persuadé qu'il pourrait se rendormir ainsi.

- Que comptes-tu faire aujourd'hui ? demanda le shinigami aux cheveux nacrés alors que sa main se promenait sur l'épaule de son protégé.

- Je vais faire le tour des divisions pour saluer tout le monde. Ensuite, je viendrai à la division pour faire mes devoirs si tu veux bien de moi dans ton bureau.

Le capitaine approuva d'un signe de tête.

- Je voudrais aller à la deuxième division demain, si ça te convient, ajouta-t-il.

Ce n'était pas la première fois qu'Harry demandait à effectuer ses punitions. Il avait appris depuis longtemps qu'Hitsugaya n'oubliait pas les sanctions qu'il donnait, et préférait montrer sa bonne volonté pour faire amende honorable. Certes, celle-ci était plus symbolique qu'autre chose, mais elle n'en restait pas moins officielle.

- D'accord. Je préviendrai Soi-Fon.

- Et toi, quel est ton programme ?

- J'ai plusieurs réunions ce matin et plusieurs dossiers délicats mais urgents à finir.

- Tu travailles beaucoup, murmura Harry d'une petite voix en se pelotonnant un peu plus contre son tuteur.

- Le devoir n'attend pas. Si les choses ne sont pas faites en temps et en heures, tout le monde en pâtira à un moment ou à un autre.

- Il y en a plein d'autres que ça ne gêne pas…

Il sentit son oreiller improvisé le secouer doucement, en une petite remontrance.

- Je sais, je sais, mais je ne veux pas que tu tombes malade parce que tu ne prends pas le temps de te reposer, soupira le jeune sorcier.

- Je ne…

- Rangiku m'a dit que tu bossais deux fois plus depuis que j'étais à Poudlard, le coupa Harry d'un ton accusateur.

Il allait reprendre la parole quand, soudain, on tambourina à la porte, les faisant sursauter. Avant qu'ils n'aient eu le temps de réagir, deux voix familières s'élevèrent.

- Harry ! Mon hérisson ! Viens dire bonjour à Tata ! lança Hinamori.

- J'étais là avant, Hinamori ! Harry ! Viens dans mes bras ! répliqua Matsumoto.

- Elles sont réveillées à cette heure-ci ? se désola Hitsugaya alors qu'Harry laissait échapper un petit rire désabusé.

- Apparemment.

Il se leva un peu à contrecœur, non sans lier ses doigts à ceux de son tuteur.

- Je vais ouvrir, annonça-t-il. Si je meurs…

- Je veillerai à ce qu'elles te suivent dans la tombe, approuva Hitsugaya en levant les yeux au ciel.

Harry sourit avant de relâcher sa main et d'aller affronter son destin.


Rapidement, Harry sentit sa réserve d'énergie diminuer de façon drastique. Ses joues étaient douloureuses à force de sourire à tout va et il avait été pris dans une étreinte si souvent que son dos et ses côtes le faisaient souffrir, sans parler de ses cheveux qui étaient dans un état lamentable. Mais il n'avait pas le cœur à s'en plaindre. Toutes ses démonstrations d'amour, bien plus extravagantes que d'habitude, n'étaient que l'expression de sa longue absence. Peu à peu, les shinigamis se feraient à son absence et il risquerait moins sa vie à chaque fois qu'il rentrerait à la maison. Seuls Matsumoto et Hinamori resteraient des dangers potentiels à tout jamais.

Ainsi, lorsqu'il pénétra dans le bureau du capitaine de la dixième division après le déjeuner, il se sentit tout de suite apaisé. Le plus souvent, c'était un endroit calme et silencieux, propice au travail et à la réflexion. Même à la bibliothèque, où Mrs Pince veillait scrupuleusement au silence des élèves présents, il ne retrouvait pas cette atmosphère.

Il resta couché sur le sofa pendant au moins une demi-heure, à écouter le crissement sur stylo de son tuteur sur le papier et le bruissement des feuilles. Il laissa ses pensées vagabonder, fermant les yeux. Finalement, les sons se firent plus lointains, son corps se fit plus lourd, et il finit par s'endormir.

Lorsqu'il se réveilla, la première chose qu'il vit fut une Matsumoto assise à son bureau, un immense sourire aux lèvres.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive ? demanda-t-il en bâillant.

Il était rare de la voir de si bonne humeur alors que tant de travail lui restait encore à faire. La shinigami posa son regard sur lui et son sourire s'agrandit un peu, ses yeux pétillants.

- Tu étais tellement mignon quand tu dormais. Roulé en boule comme tu étais, on aurait cru que tu avais de nouveau deux ans. Je n'ai pas pu m'en empêcher.

Harry fronça les sourcils et interrogea son tuteur du regard. Celui-ci, totalement concentré, ne s'intéressait pas à eux. C'était une compétence qu'il avait depuis longtemps développée afin de pouvoir continuer à travailler avec l'agitation provoquée par Matsumoto.

- Qu'est-ce que tu as fait ? demanda-t-il en se levant et s'avançant vers elle.

La shinigami rassembla des papiers sur son bureau, comme prête à se sauver.

- Rangiku ? appela-t-il, menaçant.

Il attrapa ce qu'elle tenait. C'était des photos de lui, endormi.

- Mais qu'est-ce que… ? s'exclama-t-il.

Il n'aimait pas les photos et encore moins les photos prises par Matsumoto. Beaucoup trop de photos prises à l'insu des modèles circulaient dans le Seireitei. Notamment, le club de femmes shinigamis s'en servait pour financer certains de leurs projets. La plupart immortalisaient les hommes et les femmes les plus en vue du Gotei Treize, mais il y en avait également un certain nombre de lui, à divers moments de sa vie. Tout le monde le trouvait « trop mignon ». Hitsugaya avait bien essayé de faire quelque chose, mais, comme tous, Harry avait dû se résigner.

- Détruis ça tout de suite !

- Non ! Elles sont à moi ! réagit Matsumoto en les lui prenant des mains.

Elle contourna le bureau à toute vitesse, tentant de lui échapper.

- Rangiku !

- Allez jouer ailleurs, gronda Hitsugaya.

- Pas la peine, répondit Harry. Petrificus totalus !

Surprise, la blonde se laissa toucher par le sortilège, laissant au jeune garçon tout le loisir de reprendre ses photos et de les déchirer en petits morceaux.

- Efficace ce sortilège, constata le capitaine, toujours occupé. Tu n'aurais pas un sortilège de silence ?

- Je n'ai pas encore le niveau, mais ça viendra. Je me sauve avant qu'elle ne revienne à elle, sinon ça va faire trop de bruit. Du coup, je ferai mes devoirs à la maison.

Hitsugaya secoua la tête alors que son protégé s'en allait tranquillement.

Les choses étaient exactement comme avant, à quelques détails près.


Le lendemain, Harry se présenta à la porte de la deuxième division. Un homme masqué le reçut et, sans un mot, lui fit signe de le suivre jusqu'au bureau du capitaine. La deuxième division avait toujours été un endroit silencieux et un peu mystérieux aux yeux du jeune homme. La division des services secrets et des commandos secrets. Il était trop jeune pour savoir exactement sur quel genre d'affaires ces shinigamis traitaient au quotidien, mais il devait avouer adorer parcourir les immenses couloirs de la division, à première vue déserte.

Il fut introduit dans le bureau de Soi-Fon, une grande salle assez sombre aux murs et sol recouvert de moquette verte. Celle-ci était assise à même le sol, devant une pile de feuilles éparpillées au sol. Harry n'était pas sûr qu'il s'agisse de son bureau officiel, mais c'est toujours là qu'il la trouvait.

- Te voilà, lança-t-elle d'une voix tranchante.

D'un signe, elle ordonna à son escorte de quitter la salle. Dès que la porte fut refermée, elle se leva très lentement et s'approcha de lui sans un mot. Harry ne bougea pas d'un cheveu. Arrivée à sa hauteur, le visage de la très stricte capitaine se fendit d'un grand sourire et elle sauta sur le jeune garçon pour le serrer dans ses bras.

- Bonjour, mon chéri ! s'exclama-t-elle en le pressant contre elle de toutes ses forces.

- 'Jour... réussit-il à articuler, la respiration coupée.

Les câlins de Soi-Fon étaient tout aussi dangereux que ceux de Matsumoto, mais comme il était à sa connaissance le seul à recevoir ce traitement, il n'avait personne à qui s'en plaindre. Même son tuteur ne l'avait pas cru, ce qui n'était pas peu dire.

La shinigami lui ébouriffa les cheveux avant de le relâcher et de se mettre à tourner autour de lui.

- Tu as l'air en pleine forme, décréta-t-elle finalement. Tu as même grandi.

- C'est le monde des vivants, pas l'enfer, plaisanta Harry.

- Donc c'est normal de laisser des enfants de onze ans affronter un troll dans le monde des vivants ?

- Bon, ok, c'est un peu moins sécurisé que le monde des vivants ordinaire, mais ça pourrait être pire.

- En effet. Tu continues à t'entrainer sérieusement j'espère ?

- Autant que je peux, mais c'est difficile. Entre mes cours, mes devoirs, mes entraînements de magie… j'ai beaucoup moins de temps qu'avant.

Elle hocha la tête d'un air compréhensif.

- Et ton contrôle ?

- Pas brillant, déplora le jeune homme. J'ai même l'impression que c'est pire.

- Dans ce cas, on va mettre à profit le temps qui nous est alloué. Suis-moi. Ton père m'a dit de ne pas te ménager.

Le sorcier déglutit difficilement avant de suivre la jeune femme. La journée allait être longue.