Chapitre 23 : Retour à Poudlard

Le jour de la rentrée, Harry quitta la Soul Society le cœur lourd. Beaucoup étaient venus jusqu'au seikamon avec lui, mais seuls Hitsugaya et Isane le suivirent dans le monde des vivants. Le trajet se passa dans le silence, malgré les tentatives de la vice-capitaine de la quatrième division pour alléger l'atmosphère.

- Cela fait longtemps que je ne suis pas venue dans le monde des vivants, déclara Isane, peu à l'aise, en zigzaguant parmi les élèves qui ne pouvaient pas la voir.

Suite à la présence massive de journalistes au voyage aller, ils n'avaient pas pris la peine d'emporter des gigai et de risquer d'être exposé dans l'un des nombreux journaux sorciers. Cependant, cela limitait un peu leur conversation avec Harry qui, lui, possédait son véritable corps. Il était obligé de murmurer pour ne pas paraître complément fou ou alerter un passant.

- Pour les départs, il y a toujours beaucoup de monde, j'imagine, répondit Harry entre ses dents. Après tout, les élèves ne reverront pas leur famille avant l'été.

Il n'avait pas envie de repartir. Il voulait rester avec son tuteur. Il ne voulait pas retourner dans cet endroit où il était affreusement seul, sans personne a qui se confier. Rusard ne comptait pas, bien sûr.

- Ces quelques mois passeront vite. Avec les examens de fin d'année qui approchent, tu ne les verras pas passer, répondit Hitsugaya.

L'enfant hocha la tête, tâchant de masquer sa tristesse. Il eut un pauvre sourire en sentant la main d'Isane se glisser dans la sienne.

- Ça va aller. Je crois que je n'aime simplement pas les séparations, murmura-t-il.

- Comme chacun de nous, déclara le petit capitaine avec une étincelle de douleur dans la voix.

Harry aurait voulu lui parler librement mais avec Isane avec eux, c'était plus délicat. Il se contenta donc de faire passer tous les tourments qu'il ressentait dans le regard qu'il jeta au shinigami aux cheveux nacrés. Celui-ci lui en renvoya un semblable.

- Ce ne sont que des aux revoirs, ajouta Isane qui n'avait pas remarqué le dialogue silencieux.

Soudain, une voix retentit.

- Harry !

Le jeune homme se retourna et aperçut, un peu plus loin, Susan qui lui faisait signe. Ses parents, une femme aux belles boucles châtain et un grand homme à l'air sévère, le fixaient avec attention.

- Vas-y, l'encouragea Hitsugaya. Travaille bien et sois sage.

- Je ferai de mon mieux, répondit Harry, ses pensées s'envolant immédiatement vers Quirrell.

Après avoir adressé un dernier sourire empli de tendresse à son tuteur qu'il ne pouvait serrer dans ses bras, Harry salua Isane et rejoignit Susan et sa famille.

- Bonjour, Susan, Madame, Monsieur, les salua-t-il avec politesse.

- Harry, je te présente mes parents : Margaret et Edward Bones. Maman, Papa, je vous présente Harry Hitsugaya.

- Je suis ravi de vous rencontrer.

- Nous de même, Mr Hitsugaya, répondit Mrs Bones avec gentillesse. Susan nous a beaucoup parlé de vous.

- En bien, j'espère, plaisanta-t-il en passant une main gênée dans ses cheveux.

- Elle a entre autres évoqué un incident avec un troll, déclara Mr Bones d'une voix ferme.

Harry coula un regard vers son amie qui lui adressa un sourire contrit. Il reporta ensuite son attention sur son père, supportant son regard sans sourciller. Il en avait affronté de bien pires.

- Je suis désolé des dangers que j'ai fait courir à Susan. J'aurai préféré ne pas l'impliquer.

L'adulte hocha très légèrement la tête, visiblement satisfait de sa réponse.

- Je vais être honnête : à cause de votre passé, je ne voyais pas votre amitié d'un bon œil jusqu'à ce qu'elle me raconte votre escapade héroïque.

S'il comprit l'allusion à son prétendu enlèvement, Harry n'en laissa rien paraître.

- Vous semblez néanmoins être un jeune homme intelligent et plein de ressources, alors je vous accorderai le bénéfice du doute.

- Papa, protesta Susan en roulant des yeux.

- Je vous remercie, Monsieur, répliqua Harry, mais je n'ai nul besoin de votre approbation. La seule qui m'importe est celle de votre fille.

- Allons, allons, les coupa Mrs Bones en poussant sa fille et son ami vers le train. Il ne faudrait pas que le Poudlard Express s'en aille sans vous. Montez vite.

Après un rapide au revoir, les deux grimpèrent à bord du train. Juste avant de disparaître à l'intérieur, il lança un regard dans la direction où il avait quitté sa famille. C'est avec bonheur qu'il avisa que les deux shinigamis étaient toujours là, veillant sur son départ.

Ils rejoignirent Hermione, déjà installée dans un compartiment vide. À peine assise, Susan donna un paquet à Harry. Suivant son exemple, Hermione alla fouiller dans sa valise et en sortit un autre qu'elle lui tendit.

- On a essayé de t'envoyer ton cadeau de Noël par hibou, mais ils ne t'ont pas trouvé.

- Les hiboux n'arrivent pas jusqu'à chez moi, répondit Harry en tentant de masquer sa gêne. Question de sécurité.

Avant d'ouvrir ses paquets, il chercha dans sa propre valise deux présents qu'il leur tendit.

- Joyeux Noël !

Dans la bonne humeur, ils ouvrirent leurs cadeaux respectifs.

Le trajet passa à toute allure. Les trois amis – enfin, surtout deux – se racontèrent leurs vacances. Hermione était allée faire du ski en France avec ses parents, tandis que Susan était allée dans l'une des résidences secondaires de sa famille, plus au sud de l'Angleterre, où elle avait retrouvé ses oncles, tantes et cousins les plus proches. Harry, lui, passa très rapidement sur ces activités, argumentant surtout sur le fait qu'il avait été ravi de revoir tout le monde après une demi-année passée loin d'eux.

Après avoir englouti le festin de rentrée, Harry ne s'attarda pas dans la salle commune. Il se sentait épuisé par sa journée, bien que n'ayant rien fait d'exceptionnel. Après avoir salué Susan, il rejoignit son dortoir. Quelle ne fut pas sa surprise en découvrant au pied de son lit un paquet soigneusement emballé. Harry fronça les sourcils et prit le mot qui l'accompagnait.

«Ton père m'a laissé ceci avant de mourir. Il est temps que tu en hérites. Fais-en bon usage. Joyeux Noël ».

Il n'y avait pas de signature mais Harry avait son idée sur la provenance du paquet : Dumbledore. Tous les autres avaient depuis longtemps comprit que la personne qu'il jugeait être son père n'était pas James Potter. Méfiant, il soupesa le présent : il n'était pas lourd, ni même solide. Finalement, il se décida à l'ouvrir. C'était une grande cape brune.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda Ernie, qui l'observait avec curiosité.

- Un vieux souvenir de famille apparemment, fit Harry en haussant les épaules.

Il la détailla sans mot dire. Ce ne pouvait pas être un simple bout de tissu, sinon on n'aurait pas pris la peine de la lui donner. En la manipulant, il fit une constatation stupéfiante : ses mains avaient disparu derrière le tissu. Il releva vivement la tête vers Ernie pour voir s'il l'avait remarqué mais son camarade était à présent plongé dans un livre, ne s'occupant plus de lui. Ce n'était pas plus mal : un secret comme ça ne devait pas s'éventer. Une cape d'invisibilité était bien trop utile.

Heureux, et à la fois intrigué quant à la raison d'un tel présent, Harry rangea précieusement la cape dans sa valise puis se glissa sous les draps et s'endormit.

La journée du lendemain dura ce qui sembla une éternité. Se retrouver de nouveau assis sur une chaise et forcé à prendre des notes après deux semaines la liberté pesaient vraiment sur le moral de l'ensemble des élèves. Les devoirs de vacances furent rendus, d'autres, encore plus nombreux, donnés. Néanmoins, Harry ressortit heureux de cette journée, grâce à son premier cours : en potions, ils avaient appris à préparer un baume pour soigner les brûlures. Nul doute que cela lui serait utile tant qu'il ne contrôlerait pas ses puissances intérieures.

En fin d'après-midi, le petit groupe décida d'aller pendre l'air dans le parc, malgré les températures glaciales. Une fois de plus, Harry se fit réprimander pour son manque de vêtements chauds.

- Allez, laissez-moi faire ce que je veux, sourit-il en levant les yeux au ciel.

- Si tu es malade, ne compte pas sur nous pour prendre tes cours à ta place.

- Je ne serai pas malade.

Alors qu'Hermione s'apprêtait à se lancer dans un réquisitoire endiablé, Hagrid apparut au détour d'un chemin, les bras chargés de bois morts.

- Bonjour, les enfants, lança-t-il avec un grand sourire. Vous avez passé de bonnes vacances ?

Hagrid n'avait pas énormément d'amis parmi les élèves, mais le petit trio en faisait partie, pour des raisons différentes. Dès le début de l'année, Hermione avait trouvé auprès du garde-chasse une véritable encyclopédie concernant les créatures magiques. Au fil des ans, il avait croisé des centaines d'espèces différentes, les avaient soignés, les avaient aimés. Il connaissait tout d'eux. Harry, lui, avait fini par tisser des liens avec Hagrid à force d'aller le trouver pour le prévenir de ses escapades dans la Forêt Interdite. Au début, il y allait simplement pour ne pas briser une promesse seulement quelques jours après l'avoir formulé, mais il avait ensuite pris le temps d'échanger avec le géant qui, sans être une lumière, était un être agréable avec qui discuter. Susan avait moins de liens avec lui, s'étant greffé sur leur groupe lorsqu'ils allaient saluer le demi-géant, mais elle l'appréciait néanmoins et c'était réciproque.

- Venez à l'intérieur, j'ai quelque chose à vous montrer. Mais vous n'en parlez à personne, hein ?

Tous les quatre pénétrèrent dans la cabane qui exaltait d'une douce chaleur. Hagrid leur tourna un moment le dos, s'effarant près de la cheminée, avant de poser sur la table un étrange objet. Les trois amis l'observèrent avec curiosité.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda finalement Susan.

- Un œuf de dragon, répondit tout fier leur hôte.

- Où l'avez-vous trouvé ? demanda Harry avec un froncement de sourcils.

Il n'avait jamais vu de dragon non affilié à un zanpakutô mais savait que ce n'était pas des créatures à prendre à la légère. Le commerce de leurs œufs devait être très contrôlé voire totalement interdit, comme pour toutes les autres espèces dangereuses et protégées.

- Je l'ai gagné aux cartes.

Harry recula instinctivement d'un pas. Qui diable se promenait avec un œuf de dragon dans sa poche tout en étant prêt à le parier dans une bataille de cartes ? Cette histoire ne lui disait rien qui vaille. Un coup d'œil à ses amies lui apprit qu'elles pensaient à peu près la même chose, mais Hagrid continuait de rayonner.

- J'ai toujours rêvé d'avoir un dragon. C'est une créature si majestueuse, si fougueuse !

- Et énorme, fit remarqua Hermione.

- Plus ils sont gros, plus ils ont besoin d'amour. Il n'y a qu'à voir Touffu.

- Touffu ? demanda aussitôt Harry, intrigué.

- Un magnifique chien à trois têtes que j'ai élevé moi-même ! Il a beau être à présent aussi grand que moi, il reste mon bébé.

Les adolescents échangèrent un regard horrifié, qui heureusement ne fut pas vu par Hagrid. Ainsi le monstre du deuxième étage était l'animal de compagnie de Hagrid !

- Il n'est pas féroce ? demanda innocemment Hermione. Il doit avoir de grandes dents...

- Il est doux comme un ange. Il a un peu de mal avec les inconnus mais il suffit de lui jouer un petit air de musique et, pouf, il s'endort.

Il s'interrompit un instant comme s'il venait de dire une bêtise – ce qui était effectivement le cas car ses mots n'étaient pas tombés dans les oreilles de sourds – avant de secouer la tête et de reprendre en souriant.

- En tout cas, l'éclosion ne devrait plus tarder. Une semaine tout au plus.

Il caressa la coquille d'un geste empli d'affection.

Lorsque les trois amis quittèrent la cabane pour aller dîner avec les autres, aucun ne savait vraiment comment réagir.

- Hagrid ne pourra jamais garder son dragon… murmura Susan, désolée pour lui. Ces créatures grandissent extrêmement vite et il ne pourra pas le cacher longtemps.

- L'élevage des dragons a été interdit par la convention des sorciers de 1709, ajouta Hermione. Il peut avoir de graves problèmes si cela vient à se savoir.

- Dumbledore pourrait peut-être…

- Si Dumbledore a laissé un chien à trois têtes dans une école pleine d'enfants, ce n'est pas une bonne idée de s'en remettre à lui, bougonna Harry.

- Tout ce qu'on peut faire c'est de le convaincre que le dragon ne sera pas heureux avec lui… C'est peut-être le seul argument qu'il écoutera, concéda Susan.

- Ce n'est pas gagné, tu as vu son regard d'adoration ? Le dragon n'est même pas encore sorti de son œuf… reprit Harry.