Chapitre 25 : Escorte compromise

Les trois compagnons rassurent une réponse quelques jours plus tard. Charlie les y félicitait de leur initiative qui, quoiqu'illégale, rendait un fier service au garde-chasse de Poudlard. Il avait lui-même contacté des amis qui viendraient chercher Freyja le samedi suivant, vers minuit, par la voie des airs. Ils devraient porter Freyja au sommet de la tour d'astronomie, afin que l'échange puisse avoir lieu le plus discrètement possible, dans un lieu moins exposé que le parc de Poudlard.

- Harry ?

- Hm ? fit le jeune sorcier sans regarder ses amies.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Susan. Un problème ?

- Malfoy nous fixe.

Les deux filles se tendirent mais résistèrent à l'envie de se retourner pour vérifier ses dires. Le serpentard, appuyé contre un mur, ne les lâchait pas du regard malgré la présence de ses amis autour de lui.

- Tu crois qu'il serait au courant ? l'interrogea Hermione avec anxiété.

- Je ne sais pas, mais partons du principe que oui. Il faut dire que je ne reçois jamais de courrier.

En effet, Hermione ayant du faire un crochet par la bibliothèque avant les cours, le hibou grand-duc de Charlie s'était posé devant Harry. Un événement qui n'était pas vraiment passé inaperçu.

- Il faudra être prudents, décréta Susan. Il pourrait nous attirer des ennuis.

- Vous n'êtes pas obligées de… commença Harry.

- Si tu comptes y aller seul, oublie cette idée tout de suite, gronda sa condisciple.

Le garçon se mordit la lèvre. Sous forme d'âme, il aurait évité toute forme d'ennuis, qu'ils viennent de Malfoy ou des professeurs et préfets faisant leur ronde.

- Nous prendrons ta cape, décida Hermione. Ainsi, aucun de nous ne risquera rien.

- À condition que Freyja n'y mette pas le feu, murmura Susan avec un sourire désabusé.

- Nous parlerons des détails plus tard, décida Harry. Allons en cours. Et faites attention à Malfoy.

Le soir même, Harry et Susan retrouvèrent une Hermione chamboulée.

- C'est Malfoy… bredouilla-t-elle alors que Susan avait passé un bras réconfortant autour de ses épaules. Il m'a observé toute la journée et… je ne sais pas comment il a fait… la lettre de Charlie a disparue… Il est au courant de tout !

Harry serra le poing. Il ne cesserait donc jamais de leur mettre des bâtons dans les roues ? Il ravala sa mauvaise humeur et sa puissance et poussa un profond soupir.

- On n'a pas le choix. Il faudra juste s'attendre à ce qu'il ait prévenu un adulte. Rien ne lui ferait plus plaisir que de nous faire attraper dans les couloirs en pleine nuit.

- Je suis désolée, c'est ma faute, murmura la gryffondor, la tête basse.

- Ce n'est rien, lui répondit Susan avec douceur. Avec la cape d'Harry, on va s'en sortir.

La jeune fille hocha tristement la tête.

- Il faut prévenir Hagrid maintenant.

L'abattement tomba sur leur petit groupe. Cela n'allait pas être très joyeux.


Le jour dit, vers onze heures trente, les trois compagnons se présentèrent à la cabane d'Hagrid. Celui-ci, l'air sombre et les yeux rouges, adressait quelques derniers mots emplis d'amour à sa dragonne, enfermée dans une cage. Ils avaient eu du mal à le convaincre de laisser partir Freyja mais il avait fini par entendre raison. Il fallait dire que l'animal lui avait sérieusement brûlé la main et que la douleur l'avait fait réfléchir.

- Je l'ai nourri et je lui ai donné son nounours préféré… oh mon bébé, tu vas me manquer !

- C'est pour son bien, Hagrid, le réconforta Susan alors qu'Hermione prenait délicatement la cage.

Le demi-géant écrasa une nouvelle larme.

- Je sais, je sais… prenez bien soin d'elle.

- C'est promis, dit Harry en posant sa main sur son bras massif.

Ils s'en allèrent rapidement, légèrement coupables de mettre leur ami dans cet état.

Ils étaient à mi-chemin des portes du château quand une vague de pression spirituelle maléfique frappa Harry.

- Ce n'est pas le moment, se lamenta-t-il à voix basse en tournant son regard dans la direction où un hollow venait d'apparaître. On avance, pressa-t-il en poussant légèrement ses amies.

- On ne peut pas avec la cape d'invisibilité, répondit Hermione. On va se faire voir.

- On s'en fiche ! cria-t-il au moment même où le rugissement caractéristique des hollows retentissait. Courez !

Malheureusement, les filles ne comprenaient pas pourquoi il agissait ainsi et s'emmêlèrent les pieds, tombant au sol. Le monstre sortit des ténèbres de la nuit. Sur ses quatre pattes, il ressemblait à un lézard géant doté d'un masque à dents pointues. Harry étouffa un juron. Il n'avait pas le choix : il devait protéger ses amies. Il avala une pilule d'âme artificielle, quittant immédiatement son corps.

- Protège-les ! hurla-t-il avant de monter à l'assaut.

Il devait concentrer l'attention du hollow sur lui.

- Trente-et-unième technique de destruction : Boulet Rouge !

La boule de kidô fondit vers le masque mais le hollow l'intercepta de sa large main. Sans perdre un instant, Harry bondit dans les airs pour réaterrir sur sa queue. Levant son asauchi, il l'abattit sur l'appendice. Celui-ci tomba au sol avec fracas tandis que la créature se mettait à hurler de douleur. Harry en profita pour courir le long de la colonne vertébrale du monstre pour atteindre sa tête. Mais il fut frappé de plein fouet et envoyé brutalement au sol. Une vague de douleur le submergea et il se mit à cracher du sang. Cependant, il ne se laissa pas abattre et se redressa en soufflant.

La créature s'intéressait à présent à ses amies. Celles-ci regardaient avec peur l'endroit où il avait été projeté, défonçant le sol sur deux bons mètres de diamètre. Elles sentaient la pression spirituelle du hollow mais elles ne pouvaient le voir. Freyja s'agitait dans sa cage, battant des ailes et crachotant des flammes. Le monstre leva une patte griffue.

Harry s'élança mais il n'arriva pas à temps. Le modsoul installé dans son corps propulsa Hermione et Susan hors du chemin mais la cage s'envola dans les airs. Harry accéléra, sauta, et la réceptionna de son mieux. La dragonne pépia de douleur. L'une de ses ailes avait été déchirée, elle saignait.

- Je te tiens, ma belle, lui assura Harry. Tu es bien sage, ok ?

Il reposa la boite et se tourna de nouveau vers le hollow. Il allait de nouveau frapper ses compagnes. Le modsoul, impuissant, faisait rempart de son corps. Harry raffermit sa prise sur son katana et repartit à l'assaut. Il bondit sur lui, évita un coup, plus un deuxième, fit un salto en arrière pour éviter d'être déséquilibré par un ébrouement ayant pour but de se débarrasser de lui, puis, finalement, il fendit le masque d'un bon coup.

Le hollow disparut dans un cri déchirant. Harry ne prit pas le temps de savourer sa victoire et réintégra son corps. Sans attendre, il récupéra la cage et mit immédiatement la cape d'invisibilité sur leur petit groupe. Rusard arrivait, il le sentait.

'Toujours après la bataille' pensa amèrement Harry.

- Mais Harry… qu'est-ce qui… ? balbutia Hermione.

- Chut. Pas un bruit. Je vous expliquerai plus tard.

- Hitsugaya ! Je sais que tu es là ! lança Rusard, balayant les alentours de son regard furieux. Montre-toi immédiatement !

- Allons-y, souffla Harry à ses amies.

Ils se remirent en chemin. Malheureusement, Rusard les suivait, pistant la pression spirituelle du jeune sorcier.

'Nous n'y couperons pas' se désola Harry.

Au pied de la tour, le petit groupe se figea en apercevant McGonagall, vêtue d'un robe de chambre écossaise, accompagnée de Malfoy.

- Mais je vous promets, la supplia le serpentard. Potter et ses amies devaient se retrouver là !

- Cela suffit, Mr Malfoy. Vous m'avez tiré du lit pour rien à une heure où vous devriez vous-même dormir. Vous aurez une heure de retenue. Maintenant, dépêchez-vous. Je vous raccompagne personnellement aux cachots.

Harry ne put s'empêcher d'esquisser un sourire un brin machiavélique. Il fit signe à Hermione et Susan de se remettre en route. Il était presque l'heure.

Lorsqu'ils arrivèrent au sommet de la tour, quatre personnes se tenaient en vol stationnaire devant la fenêtre. Après des salutations rapides, Harry remit la cage de Freyja à un garçon blond.

- Bon voyage, Freyja, murmura Harry. Attention, elle est un peu blessée à l'aile.

- On la soignera, ne vous inquiétez pas.

Et ils s'en allèrent rapidement.

- Mais qu'est-ce qu'il s'est passé dehors ? souffla Susan en se tournant vers son camarade.

- Il ne s'est rien passé, marmonna Harry.

Dans l'encadrement de la porte venait d'apparaître le concierge, de retour dans son corps. Il s'avança vers eux et actionna un petit objet devant le visage des deux filles, effaçant leur mémoire. Harry le regarda faire, impuissant.

- Allez, tout le monde chez la directrice adjointe, gronda Rusard quand elles reprirent leurs esprits. Vous allez comprendre pourquoi il ne faut pas se balader la nuit dans les couloirs.

Harry soupira : dire que sans ce fichu hollow, personne n'aurait rien su de leur escapade.

Le petit groupe écopa de trente points en moins chacun, d'une retenue et d'une bonne remontrance. Apparemment, la directrice adjointe était certaine qu'ils avaient raconté des histoires à Malfoy pour l'attirer hors de son dortoir de nuit. Ils acceptèrent sans broncher la punition, sachant qu'il n'y avait aucune cause à plaider sans incriminer Hagrid.


Quelques jours plus tard, ils reçurent un message du professeur McGonagall, les informant qu'ils devraient retrouver Rusard à onze heures, le soir même, pour leur retenue. C'est sans le moindre entrain qu'ils s'exécutèrent. Malfoy, déjà arrivé, leur jeta un regard mauvais.

- Vous me paierez ça, tous les trois.

- Tu t'es mis toi-même dans le pétrin. Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même, rétorqua Susan.

Rusard arriva à cet instant et les considéra de son regard sombre.

- Vous allez faire votre retenue avec Hagrid, les informa-t-il en les guidant à l'extérieur du château.

Les quatre adolescents demeurèrent silencieux. Mafloy, lui, commença à se plaindre mais il fut rapidement rappelé à l'ordre et se tut.

- C'est vous, Rusard ? demanda la voix grave d'Hagrid.

Il les attendait devant sa cabane.

- Oui, voilà les quatre garnements, répondit le concierge en leur lançant un regard mauvais. Je vous les confie. Renvoyez-les au château lorsque vous aurez fini.

Sur ces mots, il s'en alla, non sans avoir jeté à Harry un dernier avertissement muet.

- Qu'allons-nous faire, Hagrid ? demanda Hermione, qui n'était pas très rassurée.

- Depuis quelque temps, des choses étranges se passent dans la forêt.

Il coula un regard vers Harry, lui demandant silencieusement s'il avait remarqué quelque chose lors de ses sorties. Le jeune garçon secoua la tête.

- Il y a quelques jours, j'ai trouvé la dépouille d'une licorne. Tuer une créature aussi pure que les licornes… je ne sais pas ce qui est possible d'une telle abomination, continua Hagrid alors que les élèves échangeaient un regard horrifié. Cette nuit nous chercherons des indices.

Harry grimaça. Ce n'était pas vraiment une tâche à confier à des premières années, surtout au beau milieu de la nuit. À quoi pensaient ces sorciers bon sang ?

- Mais on n'a pas le droit d'aller dans la forêt, bégaya Malfoy, les yeux écarquillés par l'horreur. Il fait nuit ! Et il y a plein de bestioles dangereuses… !

Harry ne put retenir un sourire, caché par les ombres de la nuit. Cependant, il savait ses amies tout aussi anxieuses que le serpentard.

- C'est interdit sans la présence d'un adulte responsable, rétorqua Hagrid. Dépêchons-nous. Plus vite nous aurons accompli notre tâche, plus vite nous irons au lit.

- Je refuse d'y aller ! protesta le blond en faisant trois pas en arrière.

- Dans ce cas, tu peux faire tes bagages et quitter Poudlard immédiatement. Tu as enfreint le règlement, tu dois le payer.

Malfoy déglutit mais se résigna.

À la lumière de deux lampes, l'une portée par le demi-géant et l'autre pas Malfoy, qui se l'était approprié sans rien demander aux autres, ils passèrent l'orée de la forêt. Harry devait reconnaître que les lieux étaient plus que sinistres la nuit. Cette fois, il ne se sentait réellement pas en sécurité, contrairement à toutes ses autres escapades.

- Qu'est-ce que c'était que ce bruit ? sursauta Malfoy en scrutant les ombres sur sa gauche, tremblant comme une feuille.

- Tu l'as dit toi-même, Malfoy, ces bois sont habités. Reste près de moi et tout ira bien, répondit Hagrid.

Au bout d'une dizaine de minutes durant laquelle personne ne parla, à l'exception de Malfoy qui glapissait à chaque bruit venait déchirer la nuit, une douleur tirailla la cicatrice d'Harry. Le jeune homme se figea instantanément et observa l'environnement autour de lui. Quirrell. Évidemment. Qui d'autre que Voldemort pouvait tuer une créature aussi pure qu'une licorne ? Il aurait dû sans douter depuis le début. Susan, qui marchait près de lui, le sentit s'arrêter, mais, avant qu'elle n'ait eu le temps de l'interroger, il posa un doigt sur ses lèvres, signe qu'elle devait se taire.

Quelques instants plus tard, il ralentit légèrement le pas, laissant tout le monde passer devant lui, jusqu'à le dépasser. Une fois certain qu'ils continuaient sans avoir remarqué son absence, à l'exception de Susan qui jeta un petit regard inquiet par-dessus son épaule, il s'éclipsa. Il aurait pu partir sans son corps mais il ne pouvait prendre le risque que le modsoul qui l'habiterait ne fasse tomber sa couverture en disant n'importe quoi. Il s'enfonça dans les ténèbres de la forêt, tous ses sens en alerte. Il suivit la douleur de sa cicatrice, grandissante au fur et à mesure qu'il se rapprochait de sa cible, durant un long moment.

Il finit par tomber sur ce qu'il cherchait : une silhouette sombre et encapuchonnée, penchée sur le corps légèrement phosphorescent mais désespérément inerte d'une licorne. La douleur de sa cicatrice confirmait ses doutes : il se trouvait bien face à Voldemort. Avant qu'il n'ait eu le temps de faire quoi que ce soit, la tête se redressa dans sa direction, à la fois menaçante et curieuse. Du sang de licorne, liquide brillant, coulait sur sa poitrine. Elle se leva, lentement, presque aérienne, et commença à avancer dans sa direction. Harry aurait voulu reculer ou dire quelque chose mais il était comme paralysé. Sa magie et sa pression spirituelle grimpèrent en intensité, faisant momentanément s'arrêter l'encapuchonné. Puis, soudain, il fonça vers lui.

Un mur de flammes pourpres apparut entre eux, lui tirant un cri sortit tout droit d'outre-tombe. La lumière et la chaleur sortirent Harry de sa transe.

- Repulso ! lança-t-il, sa main levée.

Le sortilège fut évité et les flammes gagnèrent en intensité. Il était à présent totalement entouré. L'air s'était alourdi, mais, pourtant, l'autre ne semblait pas affectée outre mesure.

- Aguamenti, murmura une voix funeste.

Une trombe d'eau aspergeant le mur juste devant lui, le faisant paniquer. La silhouette n'était plus qu'à deux mètres de lui.

C'est alors qu'un bruit de sabot retentit dans la nuit, par-dessus le crépitement des flammes. Harry eut à peine de temps de comprendre ce qu'il se passait : un centaure venait d'apparaître, fondant sur Voldemort, sabots en avant et prêts à frapper. L'encapuchonné cria de nouveau, reculant précipitamment avant de s'enfuir entre les arbres, dans une brume naissante.

Harry se remit à respirer, sans avoir pris conscience qu'il avait arrêté. Il était sauf. Il resta seul quelques instants avant que le clopinement des sabots ne lui annonce le retour de son sauveur. Le centaure paraissait assez jeune. Il avait des cheveux blonds et des yeux bleus brillants comme des saphirs.

- Vous êtes bien imprudent, jeune sorcier, murmura l'hybride en s'approchant de lui. Vous avez eu de la chance ce soir. Si je n'avais pas été là, qui aurait pu dire ce que cette créature vous aurait fait.

Harry prit le temps de calmer son cœur avant d'esquisser un sourire reconnaissant. Cette présence, ces yeux. Cette créature magique faisait partie de celles qui le surveillaient de loin lors de ses exercices.

- Merci de m'avoir sauvé. Je vous dois sans doute la vie.

- Vous êtes le fils Potter, n'est-ce pas ?

- Je porte le nom d'Hitsugaya, mais oui, c'est bien moi.

- Je me nomme Firenze. Montez sur mon dos, je vais vous reconduire auprès d'Hagrid. Il vous protégera.

Harry s'exécuta après une légère hésitation.

- Depuis combien de temps Voldemort est-il dans la forêt ?

Il sentit un frisson secouer le centaure.

- Les étoiles prédisaient depuis quelque temps qu'un grand malheur toucherait Poudlard. Lorsque vous avez pénétré pour la première fois dans la forêt, j'ai cru que c'était de vous qu'elles parlaient. J'ai vu les prouesses que vous pouvez faire lorsque vous quittez votre corps.

- Jamais je n'aurais tué une licorne.

- Je le sais et c'est pour cela que je vous accorde mon aide. Vous êtes jeune, puissant et en parfaite santé. Vous n'auriez rien à gagner à tuer une licorne, mais tout à perdre. Ce qui n'est pas le cas de cette chose qui vous a attaqué ce soir.

- Que voulez-vous dire ?

- Le sang de licorne permet de survivre, même si on est sur le point de mourir, mais le prix à payer est terrible. Le Seigneur des Ténèbres se fiche de voir le peu de vie qui lui reste maudite. Il ne veut que survivre.