Chapitre 26 : Le pourquoi du comment

Suite à cet incident dans la Forêt Interdite, Harry, Susan et Hermione étaient de plus en plus convaincus qu'il leur faudrait découvrir rapidement le fin mot de toute cette histoire avec Voldemort. Harry avait repris ses surveillances de Quirrell mais l'homme agissait comme tout un chacun. Rien chez lui ne trahissait quoi que ce soit d'étrange ou de maléfique et il ne s'était pas non plus approché de nouveau du couloir interdit.

- Il n'a pas encore trouvé de moyens de passer devant Touffu, voilà tout, hasarda Susan en une fin d'après-midi alors que les trois jeunes gens s'étaient réunis pour un petit entraînement de magie.

Cela faisait quelques séances qu'ils ne pratiquaient pas et se laissaient allaient à la réflexion.

- Vous savez, j'ai bien médité sur les récents événements, reprit Harry. Vous ne trouvez pas ça étrange que quelqu'un qui possédait un œuf de dragon croise Hagrid pendant ses vacances ?

- Tu crois que celui qui lui a donné Freyja… oui c'est logique, approuva Hermione alors que les morceaux du puzzle s'assemblaient dans son esprit. Il devait savoir qu'en discutant avec Hagrid de créatures atypiques et dangereuses, il pourrait lui soutirer des informations mine de rien.

- Après tout, il nous a bien dit comment passer devant Touffu sans même y faire attention, ajouta Susan qui avait compris où ils voulaient en venir. Il a pu laisser filtrer cette information sans même s'en rendre compte.

- Si on part du principe que c'était bien Quirrell ou en tout cas qu'il a récupéré l'information, qu'attend-il à présent ?

Ils n'avaient pas plus de réponses.

- Il nous faut savoir ce qui est caché sous cette trappe, conclut Harry. Ça pourrait nous éclairer.

- On ne peut pas deviner à partir de rien.

- On n'a pas « rien ».

- Que veux-tu dire ? demandèrent les deux filles d'une même voix en fronçant les sourcils. Tu nous caches encore quelque chose ?

- Quoi ? s'étonna Harry. Non, rien du tout. Je pensais simplement à Hagrid. Après tout, c'est son chien qui monte la garde. Il doit bien être au courant de quelque chose.

D'un commun accord, les trois sorciers se rendirent le lendemain, après les cours, à la cabane du demi-géant. Celui-ci en sortait justement pour aller s'occuper de son potager.

- Hagrid, vous nous aviez dit que vous aviez un chien à trois têtes il y a quelque temps, attaqua Hermione.

- Touffu, confirma Hagrid en plissant légèrement les yeux, soupçonneux.

- Nous savons qu'il garde une trappe au deuxième étage, reprit la jeune fille.

Le visage du demi-géant se décomposa littéralement.

- Vous avez vu Touffu ? murmura-t-il avec affolement. Mais… ce couloir est interdit !

- On suivait Quirrell, expliqua Susan. Quoi que garde votre chien, Quirrell cherche à l'obtenir.

- Mais qu'est-ce que vous racontez ? Quirrell est un professeur de cette école.

- Et alors ? demanda Harry en retroussant légèrement ses lèvres sur ses dents blanches. Ça signifie forcément qu'il est blanc comme neige ?

- Quirrell est l'un des professeurs qui garde la…

Il s'arrêta juste à temps, au grand damne des trois jeunes gens.

- Quirrell ne ferait jamais ça. Écoutez, les enfants, vous vous mêler de choses qui ne vous regardent pas, rétorqua Hagrid. Des choses dangereuses.

- Ce qui vous oblige a ne pas prendre à la légère nos observations, répliqua Harry sans se laisser démonter. Qu'est-ce que garde Touffu ?

- Vous n'avez pas à savoir. Cela concerne les affaires de Poudlard. Ce que garde Touffu, c'est une histoire entre Dumbledore et Nicolas Flamel.

Harry faillit laisser un sourire de fierté transparaître sur ses traits. Ils avançaient enfin.

- J'aurais pas dû dire ça… marmonna Hagrid en se détournant. J'aurai pas dû dire ça…

Et il s'en alla en ressassant sa culpabilité.

- Qui est Nicolas Flamel ? demanda Harry en interrogeant ses amies du regard.

- Ce nom me dit quelque chose, murmura Hermione, plongée dans ses pensées, mais je n'arrive plus à savoir où je l'ai lu.

- Allons à la bibliothèque, décida Susan. Nous trouverons bien quelques informations.

Les jeunes gens passèrent les deux semaines suivantes à fouiller chaque ouvrage de la bibliothèque. Malheureusement, il ne trouvèrent aucune information sur ce mystérieux homme.

- Il faudrait peut-être aller voir dans la réserve ? proposa Susan. Il y a beaucoup d'ouvrages anciens ou traitant de sujets trop sensibles pour être lus par des enfants.

- Il faut une autorisation des professeurs pour y accéder, répondit Hermione. J'ai déjà essayé lorsque je faisais des recherches sur certains sortilèges interdits pour un devoir et le professeur McGonagall a été catégorique : il n'y aura aucune autorisation pour des premières années.

Harry soupira en croisant les bras. Que pouvait-il faire ?

- Je pourrais peut-être y aller avec la cape d'invisibilité, proposa-t-il finalement.

- Chut ! lui indiqua Susan.

L'instant suivant, Mrs Pince, la bibliothécaire, apparaissait près de leur table.

- Miss Granger, n'oubliez pas de me rapporter l'ouvrage que vous avez emprunté avant les vacances. Certains élèves demandent à le consulter.

Les yeux d'Hermione s'écarquillèrent.

- Oui, bien sûr, Madame. Je vais le chercher tout de suite.

La femme s'éloigna, satisfaite de la réponse.

- Je suis complètement idiote, gronda Hermione en se levant.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? demanda Susan tandis qu'Harry secouait la tête pour marquer sa désapprobation.

- Ne bougez pas.

Elle les planta là sans plus d'explications.

Une dizaine de minutes plus tard, elle réapparut, un épais volume aux pages jaunies par le temps dans les bras.

- Je savais que je connaissais ce nom, marmonna Hermione.

La gryffondor ouvrit le livre et se mit immédiatement à chercher quelque chose dedans.

- J'avais pris ça à la bibliothèque avant les vacances pour passer le temps. Je l'avais complètement oublié.

- Ce n'est pas trop ton genre.

- Ron… a fait une réflexion sur le fait que j'avais toujours un bouquin dans les mains, marmonna Hermione, les sourcils froncés. Du coup, je l'avais rangé momentanément.

- Ça ne m'étonne pas de cet idiot, gronda Harry. Lui ne doit pas ouvrir très souvent de livres.

- Enfin bref, reprit la jeune fille. Oui, c'est là ! Écoutez. « Nicolas Flammel est le seul alchimiste qui ait réussi à fabriquer la pierre philosophale. »

- Oh non, murmura Susan, épouvantée.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda Harry en fronçant les sourcils.

Hermione poursuivit sa lecture.

- « Les anciennes recherches alchimiques avaient pour objet de fabriquer la pierre philosophale, une substance légendaire dotée de pouvoirs étonnants. Cette pierre a en effet la propriété de transformer n'importe quel métal en or. Elle produit également l'élixir de longue vie qui rend immortel celui qui la boit. »

Harry frémit. Un élixir de longue vie. Ce ne pouvait pas être possible. Si une telle chose existait, elle serait un véritable danger pour l'équilibre des âmes entre le monde des vivants et la Soul Society. Le problème venait de prendre une dimension beaucoup plus importante. Il ne pouvait plus garder les mystères du château pour lui. Il devait prévenir le Gotei Treize et rapidement.

- Harry, tu es tout pâle, s'inquiéta Susan. Tu te sens bien ?

- Je… oui, ça va. J'imaginais juste ce que Voldemort pourrait faire s'il était en possession d'un tel artefact.

La Soul Society ne pouvait pas être au courant de l'existence de la pierre, sinon elle aurait déjà agi.

- Ce serait catastrophique, approuva Susan en se tordant les mains. Il faut absolument faire quelque chose pour l'en empêcher.

- Excusez-moi, je vais prendre un peu l'air, déclara Harry en se levant. Je reviens dans un instant.

Il quitta la bibliothèque en trombe. À peine sorti, il tira son téléphone portable de sa poche. Harry composa le numéro de son tuteur et porta le combiné à son oreille. Les tonalités lui parurent durer une éternité mais lui laissèrent le temps de trouver un coin isolé où personne ne surprendrait sa conversation. Personne ne répondit. Effrayé à l'idée de n'arriver à joindre personne alors que la situation était grave, Harry composa celui de Matsumoto, puis du capitaine Unohana, du capitaine Ukitake et de tous les autres gradés du Seireitei. Aucun ne répondait. Ils devaient être en réunion avec le Capitaine-Commandant. C'était bien sa veine. Il envoya un message d'urgence par écrit à Hitsugaya.

'Je vais devoir agir seul' pensa-t-il, à la fois effrayé et déterminé. 'Je n'ai pas le droit d'échouer'.

Il retourna à la bibliothèque le plus rapidement qu'il put, le cœur battant et l'esprit bouillonnant. Il trouva ses amies qui l'attendaient juste devant, discutant à voix basse, les traits tirés.

- Écoutez, les filles, il était temps de lancer l'alerte, décréta Harry. Prévenez Dumbledore, racontez-lui toute l'histoire. Moi je vais trouver Rogue. C'est le seul qui nous croira. Si vous croisez Rusard, informez-le et dites-lui que c'est moi qui vous envoie.

- Harry, ça fait des mois que la pierre est dans le château, tempéra Hermione. Ce n'est pas parce que l'on a appris ce que c'était aujourd'hui que…

- Hermione, la coupa Harry avec impatience. Tu as vraiment envie que Voldemort acquière la vie éternelle ? Moi, je ne prendrais aucun risque. Vous me suivez ou pas, mais moi je ne vais pas rester les bras croisés.

Percevant sa détresse et son besoin impératif d'intervenir, les deux jeunes filles hochèrent la tête.

- Et s'ils ne nous écoutent pas ? demanda Susan.

- Alors nous irons nous-mêmes arrêter Quirrell.

Ils se séparèrent presque immédiatement. Tandis que ses amies s'empressaient d'aller trouver le professeur Dumbledore, il prit la direction des cachots, espérant y trouver son professeur de potion. Si un adulte de ce château pouvait les aider, ce serait bien lui. Il croisa plusieurs groupes de serpentards en route pour le dîner, qui lui lancèrent des piques et remarques acerbes qu'il ignora sans le moindre souci. Il n'avait pas de temps à perdre.

Il tambourina à la porte du bureau de Rogue, sans obtenir de réponse. Il fit volte-face et essaya ses appartements, sans plus de succès. Était-il déjà parti manger ? Non, c'était peu probable. Il faisait partie de professeurs qui mangeaient le plus tard en soirée. Il essaya plusieurs salles de potions, au cas où, tout en se rendant à la réserve.

Son cœur rata un battement en percutant la porte de celle-ci légèrement entrouverte. Jamais, au grand jamais, la porte de la réserve privée de Rogue ne restait ouverte. Elle contenait trop d'ingrédients dangereux et précieux pour que l'homme prenne un risque quelconque. Il accéléra un peu plus et ouvrit la porte en grand.

- Professeur ?! cria-t-il.

Il découvrit avec horreur le corps du potionniste étendu sur le sol. Il était parfaitement immobile, les yeux clos. Un flacon de mucus orangé était brisé non loin de lui. Il avait dû le lâcher lorsqu'un sortilège l'avait touché par surprise.

- Professeur ? Vous m'entendez ? demanda Harry en s'agenouillant à ses côtés.

L'adulte n'eut aucune réaction. Il était comme une poupée de chiffon entre ses doigts.

- Finite Incantatem ! lança Harry, priant pour que ce simple sortilège puisse lui redonner conscience.

Rien ne se produisit.

- Non, non, non, paniqua Harry.

Si Rogue avait été agressé, ce ne pouvait être que par Quirrell. Se pouvait-il que le sbire de Voldemort veuille agir le soir même ? Et ses amies qui n'étaient pas là ! Une idée surgit dans son esprit : elles n'étaient pas là. Il apposa ses mains sur le torse de son professeur et prit une grande inspiration. Le kidô de soin n'était pas sa spécialité – pas du tout même – mais il devait tenter. Il devrait se contenter d'un soin général, ne pouvant pas se permettre d'être trop précis et de risquer de créer encore plus de dommages.

Au bout de quelques minutes d'intense concentration, le professeur commença à remuer. Soulagé, Harry tenta de l'appeler de nouveau mais, s'il reprenait doucement conscience, il lui faudrait plusieurs minutes pour ne serait-ce qu'ouvrir les yeux. Harry n'avait pas le temps d'attendre.

Il trouva sur une petit table un bout de papier et de l'encre et écrit un message à l'attention de son professeur. Il ne comptait qu'un seul mot « Quirrell ». Rogue comprendrait lorsqu'il se réveillerait. Il le glissa dans la main de son professeur et s'en alla aussi vite qu'il était venu.

Remontant à toute allure les marches qui le menaient au rez-de-chaussée, il faillit percuter Hermione et Susan.

- Dumbledore n'est pas dans son bureau ! l'informa Susan. La statue qui barre l'entrée du bureau dit qu'il ne reviendra que tard dans la nuit.

- Et Rusard doit déjà être dans la Grande Salle pour le repas, ajouta Hermione.

- Il attendait le départ de Dumbledore pour agir, comprit Harry. Voldemort doit le craindre et ne vouloir prendre aucun risque.

Devant le regard perdu de ses amies, il poursuivit.

- J'ai trouvé le professeur Rogue inconscient dans la réserve. Il a été agressé par Quirrell, j'en mettrai ma main à couper.

- Ce qui veut dire que… balbutia Hermione.

- C'est pour ce soir. Quirrell va tenter de voler la pierre cette nuit !

Il passa devant elles en courant.

- Nous n'avons pas une minute à perdre.

Après une longue course, les trois amis arrivèrent, essoufflés et trempés de sueur, au bas des escaliers mouvants.

- Tout le monde sous la cape d'invisibilité, ordonna Harry en apercevant McGonagall dans les étages. Ne prenons aucun risque d'être interceptés.

Rapidement, ils arrivèrent à l'entrée du deuxième étage. Ils s'avancèrent sans attendre dans le couloir, les dents serrées, le stress au ventre.

- Alohomora ! lança Hermione.

Harry ouvrit la porte d'un geste sûr, s'apprêtant à faire face à l'énorme chien à trois têtes. Mais au lieu de grondements et d'aboiement féroces, une douce mélodie parvint à leurs oreilles. Touffu dormait à poings fermés, ses têtes posées bien sagement sur ses pattes croisées, ses orbes oculaires bougeant doucement sous ses paupières au rythme de ses rêves. Sur sa gauche, une harpe jouait toute seule de la musique, ensorcelée.

- On arrive trop tard, souffla Harry alors que l'angoisse tordait ses entrailles. Quirrell est déjà passé.

Il s'approcha en courant de la trappe dont l'accès était à présent dégagé et tenta de l'ouvrir. Elle était très lourde et il dût faire appel à ses deux amies pour réussir à la soulever, au prix de grands efforts.

Sous le bois, tout n'était que ténèbres. Il n'y avait aucun moyen de descendre.

- Il va falloir sauter.

Ses amies n'émirent aucune protestation. Elles iraient avec lui jusqu'au bout. Ils déposèrent leurs sac et la cape d'invisibilité près de la porte, afin de ne pas s'encombrer outre mesure, puis échangèrent un regard déterminé.

- Allons-y.

Et il sauta.