Chapitre 27 : Sous la Trappe
Harry atterrit brutalement sur quelque chose de mou.
- Je vais avoir des bleus, gronda-t-il en maudissant une fois de plus son corps humain.
Il n'eut cependant pas le temps de s'appesantir sur ce fait, Hermione et Susan chutant lourdement à ses côtés.
- Tout va bien ? demanda Harry.
- Oui. Sur quoi on est tombés ? grimaça Susan. C'est... une plante ?
Le végétal se mit à remuer sous eux, grouillant comme un nid d'asticots. Ses appendices commencèrent à s'enrouler autour d'eux, commençant par bloquer leurs jambes afin de les immobiliser.
- Qu'est-ce que c'est ? s'écria Susan, terrifiée, en tentant de se dégager.
Mais plus elle bougeait, plus la plante semblait gagner en vigueur et en force.
- C'est un filet du diable ! répondit Hermione alors que la jeune fille se retrouvait déjà privée de l'usage de ses bras. Ne luttez pas et tâchez de vous détendre !
Harry obéit immédiatement, formaté par son éducation militaire. Rester calme en situation difficile était l'une des choses les plus importantes qu'on lui avait apprises. Réfléchir avant d'agir. Mais sa magie et sa pression spirituelle luttaient à l'intérieur de lui, souhaitant s'échapper pour le protéger du danger qu'il affrontait.
'Tout va bien' pensa-t-il en fermant les yeux.
Il prit une longue inspiration en tentant d'oublier ce qui se tramait autour de lui. Petit à petit, alors que son rythme cardiaque et sa respiration se calmaient, sa puissance refluait. Malheureusement, la détresse de Susan, qui ne semblait pas en état de se calmer et de faire appel à sa raison, le touchait profondément, l'empêchant de se détendre totalement. Il savait que lui parviendrait à se détendre, mais elle ?
C'est alors qu'Hermione se mit à s'enfoncer vers le cœur de la plante. Il ne lui fallut que quelques secondes avant de disparaître totalement du champ de vision de ses amis.
- Hermione ! hurla Susan.
- Susan ! Regarde-moi, ordonna le sorcier.
Il ne lui restait que peu de temps, il sentait déjà ses propres liens se desserrer sous lui. Lui aussi allait être emporté, où que cela le lui conduise.
- Regarde-moi !
La jeune fille posa sur lui un regard épouvanté, mais il avait son attention.
- On a étudié cette plante en début d'année. Il ne t'arrivera rien. Respire.
- Harry…
- Fais-moi confiance.
Et il se sentit emporté à son tour. Il descendit de deux ou trois mètres de profondeur avant d'être relâché dans un couloir souterrain. Il atterrit souplement à côté d'une Hermione qui tentait de savoir ce qu'il se passait là-haut.
- Respire, Susan ! On t'attend, cria-t-il.
Une minute passa, les deux jeunes gens observant avec angoisse la plante au-dessus d'eux. Puis, Susan apparut, pour leur plus grand soulagement. Harry se précipita sous elle et la rattrapa avant qu'elle ne heurte le sol.
- On est là, tout va bien, murmura-t-il alors qu'elle s'accrochait à lui de toutes ses forces. Tu as réussi.
Il la reposa à terre et lui sourit gentiment. Échevelée, les yeux brillants de larmes contenues, elle tachait de reprendre contenance.
- Je crois que je vais être un peu plus attentive au cours du professeur Chourave, déclara-t-elle avec un petit sourire épuisé.
- Heureusement que tu étais là, 'Mione. Un peu plus, et je sens que ma magie aurait tout brûlé, et nous avec, s'amusa Harry.
- Mais qu'est-ce que ce filet du diable faisait là ?
- Quelque chose me dit que c'est tout à fait voulu. Il va falloir se méfier pour la suite.
Les deux sorcières hochèrent la tête.
- On y va ou tu as besoin de récupérer un peu ? demanda Hermione en posant sa main sur l'épaule de Susan.
- Ça va aller, je suis désolée.
- Ne t'excuse pas. Tu as été surprise.
Elle détourna les yeux, le visage sombre.
- Sus'... murmura Harry.
- Tout va bien, rétorqua celle-ci. Allons-y.
Elle passa devant eux en silence, raide. Ses deux amis la suivirent sans un mot, attristés par le tourment de leur compagne.
Ils marchèrent ainsi un moment avant qu'un étrange bruit ne leur parvienne.
- Qu'est-ce qu'on entend ? demanda Susan.
- On dirait des oiseaux... ou des chauves-souris, murmura Hermione. On dirait que ça vient de là.
Elle poussa une lourde porte de bois, révélant une large salle ronde, dans laquelle voletaient d'étranges objets pourvus de minuscules ailes.
- Des clés ? s'étonna Susan.
De l'autre côté de la pièce, près d'une large porte, flottait un balai. Tandis que les deux filles tentaient de l'ouvrir, Harry observa les alentours. Il s'agissait d'une nouvelle épreuve, à n'en pas douter.
- Il nous faut l'une de ces clés pour ouvrir la porte, dit-il lorsqu'elles délaissèrent la porte.
Il montra l'une d'elles, près du plafond, dont l'aile était abîmée. Elle avançait lentement, légèrement de travers.
- Celle-ci pour être exact.
- Avec tes dons pour le vol, ça ne devrait pas être trop difficile, déclara Susan.
- Justement. Il y a forcément un piège, supposa Harry. On pourrait tenter de lancer un sort à la clé ?
- Le sortilège d'attraction est bien loin de notre niveau, se désola Hermione. On ne l'apprend qu'en sixième année. De toute façon, la cible est toute petite, en plus d'être mouvante. Elle serait très compliquée à toucher.
- Et faire apparaître un filet à papillons pour l'attraper ?
- Un filet à papillons, Harry ? Franchement ?
- Ce n'est pas une mauvaise idée, marmonna le jeune homme tandis que la gryffondor soupirait.
- Cette fois, il n'a pas tort, intervint Susan. Mais est-ce que tu sais faire ça ?
Elle regarda autour d'elle.
- À part le balai, il n'y a pas grand-chose que nous puissions utiliser pour la métamorphose.
- Bon bah va pour le balai, marmonna Harry.
Il sentait au plus profond de lui que ce n'était pas une bonne idée. Mais qui Quirrell avait pu passer, pourquoi pas eux ?
- Restez à côté de la porte, au cas où un cataclysme se déclencherait.
Ses amies acquiescèrent et se mirent en place.
Harry s'approcha lentement de l'objet ensorcelé. Dès qu'il enroula ses doigts autour du bois froid, la multitude de clés qui voletait lentement se mit à s'agiter dans tous les sens. Elles fondirent sur le jeune homme, commençant à le griffer de toute part, à le couper de leurs ailes aussi tranchantes que des rasoirs. Harry enfourcha le balai en tentant de les éloigner avec de grands gestes du bras. Mais elles étaient trop nombreuses, telle une nuée d'insectes qui l'empêchait de voir, le harcelant de toute part.
La panique et la douleur commencèrent à l'envahir. Sa pression spirituelle grimpa en flèche, tout comme sa magie. Soudain, il se sentit respirer et ouvrit les yeux qu'il n'avait pas confiance d'avoir fermé. Une zone de sécurité s'était formée autour de lui et les clés qui s'y aventuraient finissaient à terre, leurs ailes brûlées. Sans prendre le temps de réfléchir sur ce nouvel acte de magie instinctif, il décolla et commença à chercher la clé qui ouvrirait la porte. La protection s'était envolée mais il n'en avait plus besoin maintenant qu'il avait de la vitesse. Rapidement, et sans trop de difficulté, il finit par attraper la clé. Restait à présent à ouvrir la porte. Ils allaient devoir faire vite.
Harry passa plusieurs fois à toutes vitesses devant ses amies. Au bout d'un moment, il bondit de son balai en vol, ne se réceptionnant sans mal que grâce à ses années d'entraînement. Par chance, les clés, lancées à pleine vitesse, continuèrent à suivre le balai suffisamment longtemps pour lui permettre de déverrouiller la porte.
- Tout le monde dehors ! hurla-t-il.
Les deux filles ne se firent pas prier et s'engouffrèrent par la porte, suivi par Harry qui eut tout juste le temps de refermer la porte avant que les clés ne fondent sur eux.
- C'est juste, souffla Harry.
- Pour cette épreuve-ci, je doute que la rapidité suffise, murmura Susan.
Harry et Hermione se retournèrent et avisèrent le nouvel obstacle auquel ils allaient devoir faire face. Un échiquier géant, aux pièces finement sculptées. De l'autre côté se dressait une immense porte.
- Il manque des pièces, constata Hermione.
- Peu importe, décréta Harry en s'avançant. Il nous suffit simplement de traverser.
- Harry, tu devrais peut-être… commença Susan.
Elle n'avait pas fini sa phrase que l'ensemble de la ligne de pions s'anima, tirant de sous eux deux longues épées à l'aspect tranchant. Harry bondit en arrière. Haletant de surprise, il observa les pièces ranger leurs armes et se rendormir.
- Depuis quand ça bouge un jeu d'échecs ? gronda-t-il, abasourdi.
- Dans le monde sorcier, c'est la normalité pour un jeu d'échecs, expliqua la sang-pur. C'était à prévoir.
- Comment va-t-on faire pour passer ?
- On pourrait prendre le balai ?
- On ne tiendra pas à trois dessus, soupira Harry. Et il faudrait affronter de nouveau les clés.
Il inspecta en silence les pièces noires. Ils en manquaient certaines, trois exactement.
- Ils veulent que nous jouions une partie, comprit-il.
- Vous savez jouer ? grinça Hermione.
Vu sa tête, elle semblait avoir un mauvais passif avec ce jeu.
- Je connais les règles mais je serai incapable de nous faire gagner, déplora Susan.
- Ce n'est pas une bonne idée de toute façon, murmura Harry en contournant l'une des pièces.
- Pourquoi ?
- Que pensez-vous qu'il se passera si la pièce que tu incarnes vient à se faire prendre ? demanda Harry avec sérieux.
Les deux jeunes filles frissonnèrent.
- On ne peut pas prendre ce risque, approuva Susan.
- On pourrait jouer sans déplacer nos pièces ?
- Ce serait partir avec un handicap trop important. Il manque une tour, un cavalier et un fou. Ces pièces sont trop importantes.
- Qu'est-ce qu'on peut faire alors ? demanda Hermione, désemparée.
Harry réfléchit un instant.
- On pourrait détruire les pièces adverses.
- Les détruire ?
- Tout casser, traduisit Harry avec un sourire.
- Avec quel sortilège ? Tu as vu leur taille !
Elles avaient raison : leurs sortilèges ne leur seraient pas d'une grande aide, mais lui pouvait les détruire en utilisant le kidô. Pouvait-il l'utiliser ? Il n'avait pas trop le choix. Les circonstances étaient exceptionnelles et, si Quirrell mettait la main sur la pierre philosophale, qui sait ce qu'il se produirait et quel impact cela aurait sur la Soul Society.
- Reculez, les filles. Et ne posez pas de questions, s'il vous plaît.
Devant son ton impérieux, les deux amies s'exécutèrent, inquiètes. Harry alla se placer devant l'armée blanche et tendit la main en avant, l'autre sur son poignet.
- Ô souverains… Ô masques de chairs et de sang… Ô univers entier… Ô battement d'ailes… Ô celui qui porte le nom d'humain ! Vérité et tempérance… À partir des murs construits de rêve purs et sans péchés, n'élevez point vos griffes davantage que le strict nécessaire ! Trente-troisième technique de destruction : chute de flammes !
Son tir de lumière explosa au contact des pièces blanches, les réduisant en morceaux dans un brouhaha sourd.
- Qu'est-ce que tu as fait ? demanda Susan, les yeux écarquillés, alors qu'Hermione toussait à cause de la poussière dégagée.
- Pas de questions, rappela Harry. L'important est que le chemin est dégagé. Continuons.
- Harry ! Qu'est-ce que tu as fait ?! répéta Susan en lui saisissant l'épaule.
- Je ne peux pas vous le dire ! répliqua-t-il avec désespoir en se dégageant de sa prise.
Susan recula, surprise par son éclat de voix.
- Écoutez, j'ai des secrets, beaucoup de secrets, et si je vous les divulguais, vous seriez en danger.
- Harry…
- On n'a pas le temps de discuter de ça, coupa-t-il.
Il leur tourna le dos afin qu'elles ne puissent voir la douleur inscrite sur son visage.
- On doit protéger la pierre philosophale.
Sur ce, il poussa la porte de la salle suivante.
Celle-ci était totalement vide.
- Quelle est cette horrible odeur ? grimaça Susan en plissant le nez. Ça sent… le troll.
- Mais où est-il ?
- Je crois simplement qu'on a résolu le mystère du troll d'Halloween, conclut Harry. Ne perdons pas de temps.
De nouveau, les filles lui emboîtèrent le pas, un peu moins rassurées que lui. Si un troll servait de défense à la pierre, quel serait le prochain danger qu'ils devraient affronter ?
La pièce suivante ne comportait qu'une seule pièce de mobilier : une table toute simple sur laquelle étaient disposées sept bouteilles. Dans un coin un parchemin. À peine avaient-ils posé un pied dans la salle que des flammes violettes jaillirent derrière elles. De l'autre côté de la salle, des flammes semblables mais plus sombres bloquèrent leur sortie.
- On est piégés ! s'exclama Susan en s'accrochant au bras d'Harry.
- Tout va bien, Sus'. On est tous ensemble, murmura-t-il à son oreille pour tenter de calmer son anxiété.
- Vous savez, ça ressemble bien à un problème que poserait Rogue, lança la gryffondor en s'approchant de la table.
- Parce que c'est sûrement son œuvre, déclara Harry. Touffu, Hagrid. Un filet du diable, Chourave. Des clés volantes, Flitwick. Un jeu d'échecs…
- McGonagall, répondit Hermione à sa place. Et le troll ?
- Sans doute Quirrell. Tous sont chargés de protéger la pierre. Pas de chance, il y a un traître parmi eux.
- Ça paraît logique, murmura Susan. Allez, regardons le parchemin.
- C'est une énigme ! s'exclama Hermione, visiblement aux anges. La plupart des sorciers n'ont pas la moindre logique, c'est une sacrée défense.
- Autant que le poison contenu dans ces fioles je suppose, plaisanta amèrement Susan en lisant par-dessus son épaule. Voyons voir quelle bouteille est la bonne.
Tandis que les deux jeunes filles s'attelaient à la résolution de l'épreuve, Harry s'approcha des flammes. Elles empestaient la magie. Même lui ne pourrait pas les traverser sans dommage.
- C'est celle-ci ! déclara triomphalement Hermione en s'emparant d'une bouteille ronde.
- Il n'y en a pas assez pour nous tous, observa Susan. Harry, tu devrais y aller.
Le jeune homme secoua la tête. Il ne voulait pas les abandonner derrière lui. Il y avait forcément un autre moyen.
- Tu l'as dit toi même : on doit protéger la pierre philosophale, reprit Susan en fronçant les sourcils. Tu n'as pas le temps de tergiverser. Tu es le plus puissant d'entre nous et… le plus à même de te défendre. Va affronter Quirrell.
Hermione approuva. Harry les fixa un instant avant de hocher la tête. Il était fier d'elles et de leur volonté de protéger l'artefact.
- Tu es sure que c'est la bonne bouteille ?
- Bois, idiot.
Harry enlaça une dernière fois ses deux amies avant d'avaler le contenu de la fiole. Il se dirigea immédiatement vers les flammes et, sans ralentir malgré son instinct, les passa. Aucune douleur ne survint.
- Ok, j'y vais. On se retrouve tout à l'heure, déclara-t-il.
- Sois prudent surtout.
- Promis.
