Chapitre 28 : Voldemort

Harry déboucha dans une large salle circulaire. Au centre trônaient un étrange miroir et, devant lui, Quirrell. Sa cicatrice, qui jusque-là s'était contentée de le brûler légèrement, se fit beaucoup plus douloureuse. Sa pression spirituelle flamba d'un seul coup, réagissant à sa douleur et à son anxiété. Pour une fois, il la laissa aller un instant, se sentant protégé par son étreinte, avant de l'enfouir de nouveau au fond de lui.

- Vous ne semblez pas surpris de me voir, lança l'homme, ses yeux se braquant dans les siens grâce au reflet du miroir.

- Parce que ce n'est pas le cas, répondit le sorcier.

Un sourire cruel étira les traits du professeur. Puis, il fit signe au plus jeune de s'avancer, ce qu'il fit tout en restant sur ses gardes.

- Savez-vous ce qu'est cet objet ? demanda Quirrell lorsqu'il s'arrêta à une distance raisonnable de trois mètres.

Il n'avait pas trop le choix, sa cicatrice lui ordonnait de rester éloigné.

- Non.

- Il s'agit du miroir du Rised. Il te montre ce que ton cœur désire le plus au monde.

Légèrement curieux, Harry jeta un coup d'œil à la glace. Au début, il ne vit rien. Puis, plusieurs silhouettes prirent forme. Il se vit entourer par l'ensemble des capitaines et vice-capitaines, remettant une espèce de pierre rougeoyante, au Capitaine-Commandant. Il sut immédiatement de quoi il s'agissait : la pierre philosophale.

Presque immédiatement, il sentit sa main s'alourdir. Il tenait quelque chose. Restant le plus impassible possible, il passa nonchalamment ses mains sur ses hanches, glissant le mystérieux objet dans sa poche l'air de rien. Il jeta ensuite à coup d'œil à Quirrell qui ne semblait pas avoir vu son manège. Il ne savait pas comment il avait récupéré la pierre, mais il n'allait pas s'en plaindre. Il ferait des recherches sur ce fameux miroir si jamais il parvenait à sortir d'ici en un seul morceau. Maintenant, il est temps de faire parler son ennemi.

- Que voyez-vous ? demanda Harry, bien qu'il ait déjà une idée de la réponse.

- Je me vois donner la pierre à mon maître. Ce miroir est la clé pour la récupérer mais comment… ? Ce vieux fou de Dumbledore est doué pour ce genre de manigances.

- Pour cela, je ne peux qu'être d'accord avec vous, soupira Harry.

Quirrell esquissa un sourire qui le fit frissonner et, instinctivement, il recula d'un pas.

- J'ai entendu parler de ses tentatives pour se rapprocher de vous. Vous ne semblez guère l'apprécier.

- En effet, répondit le jeune garçon avec méfiance.

Il y eut un instant de silence.

- Vous aviez vu juste : le Seigneur des Ténèbres n'est pas mort cette fameuse nuit, murmura finalement Quirrell avec un ton plein d'adoration. Il est bien trop puissant pour être terrassé par la magie instinctive d'un enfant. Il semblerait que vous soyez promis vous aussi à un avenir glorieux.

- Il est vrai que ma réserve de magie est quelque peu… démentielle. Mais elle me servira à accomplir ce que je souhaite.

Harry retint un sourire en voyant une petite étincelle s'allumer dans le regard du professeur. Il jouait un jeu dangereux, mais il ne perdait rien à essayer.

- Et que veux-tu accomplir ?

Il était passé au tutoiement : un bon point pour lui.

- Je veux vivre ma vie sans contraintes, répondit Harry d'un air dégagé. Après tout, quitte à être plus puissant que les autres élèves de mon âge, autant que ça me serve.

C'est alors qu'une voix, sifflante et faible s'éleva.

- Laisse-moi lui parler, murmura-t-elle.

- Maître, vous n'avez pas assez de forces, bredouilla Quirrell, soudain moins sûr de lui.

- J'ai bien assez de forces pour ça… rétorqua la voix.

L'homme pinça les lèvres avant de commencer à défaire le tissu de son turban. Au fur et à mesure que les couches de tissus s'évanouissaient, Harry sentit la douleur en lui grandir. Au même rythme, sa pression spirituelle enflait mais, là encore, elle ne semblait pas vraiment affecter Quirrell.

C'est avec un certain effroi qu'il vit apparaître, à l'arrière du crâne du professeur, un visage aux traits tirés et au teint cadavérique. Deux yeux d'un rouge sang se focalisèrent sur lui, comme scrutant le fond de son âme. La douleur de sa cicatrice, elle, brûlait plus que jamais, au point qu'il avait du mal à ne pas appuyer dessus pour tenter de l'apaiser.

- Harry, voilà si longtemps que j'attends de pouvoir te parler.

Il ne pouvait s'agir que de Voldemort. Mais comment était-ce possible ? Quirrell partageait lui aussi son corps avec un morceau d'âme du mage noir ? Un morceau suffisamment important pour qu'un semblant de son être transparaisse de cette façon sur son physique ? Est-ce que c'était ce qui l'attendait lui aussi ? Il secoua la tête. Non. Unohana surveillait attentivement son parasite d'âme et celui-ci ne grandissait pas. Il se contentait de cohabiter avec son âme sans l'influencer.

- Voldemort, je présume ?

- Oui. Tu vois ce que je suis devenu ? dit le visage d'un ton las. Ombre et vapeur. Moi qui étais si puissant et si fort...

- Comment avez-vous survécu ?

- En partageant le corps de gens prêts à m'accueillir… Ce brave Quirinus m'a ouvert grand ses bras et son cœur. Il est allé jusqu'à boire du sang de licorne pour me permettre de rester en vie et me redonne des forces… Mais son sacrifice n'était qu'un sursis. Sans la pierre, je ne pourrai jamais créer un corps bien à moi…

- Parce que là, c'est un peu la misère, ricana Harry dans sa barbe inexistante.

- Quelque chose me dit que tu sais comment récupérer la pierre, reprit le parasite d'une voix doucereuse. Donne-la-moi.

- Pourquoi je le saurais ?

- Tu es Harry Potter. Déjà bambin, tu étais assez fort pour t'opposer à moi.

Harry esquissa un petit sourire satisfait.

- Ensemble nous pourrions faire de grandes choses. Je ne te demande qu'une seule chose : donne-moi la pierre.

Harry prit une inspiration rapide et haussa les épaules.

- Je ne l'ai pas et je ne sais pas où elle est.

- Tu mens.

- Non.

- Dis-moi, Harry, ne désires-tu pas revoir tes parents ? Une fois de nouveau en possession de toute ma puissance, je pourrais les ramener.

Harry fronça les sourcils. James et Lily Potter vivaient et s'aimaient par-delà la mort. Ils avaient oublié son existence et évoluaient sans souvenir de leur ancienne vie. Ils n'avaient aucune volonté de la connaître, ou de renaître, comme d'autres l'espéraient. Et lui était parfaitement heureux avec son tuteur.

- Permettez-moi d'avoir quelques doutes.

Il était temps de mettre fin à cet échange. Il n'obtiendrait pas d'informations de lui et la douleur commençait à le submerger. De toute façon, Voldemort n'était pas idiot au point de révéler ses plans, même à un enfant.

- Vous vivez dans le corps d'un autre tel un parasite. C'est… pitoyable.

- Comment oses-tu ?! gronda Voldemort.

- Repulso ! lança Harry sans plus attendre.

Quirell leva sa baguette et un bouclier violacé apparut autour de lui, annulant son sortilège.

- Ce n'est pas très poli d'attaquer les gens au milieu d'une conversation, railla Voldemort. Tes parents ne t'ont donc pas appris la politesse ? Attrape-le ! ordonna-t-il ensuite à l'intention de son serviteur.

- Stupéfix ! cria Quirrell.

Harry plongea sur le côté, évitant un sortilège pourpre d'un cheveu. Son adversaire était rapide.

- Petrificus totalus !

Le sortilège d'Harry n'atteint pas sa cible et dû éviter un nouveau sortilège qu'il ne connaissait pas. Il se mit à courir autour de la salle. Pourquoi n'y avait-il donc rien derrière lequel il pouvait se cacher pour rassembler ses idées ? Les sortilèges se mirent à pleuvoir autour de lui, le manquant heureusement à chaque fois, mais il ne pourrait pas tenir très longtemps comme ça. Pour l'instant, il se sentait encore en forme mais, avec tout ce qu'il avait déjà affronté pour venir jusqu'ici, ses réserves d'énergie ne tiendraient plus très longtemps. Il suffisait qu'il ralentisse d'une seconde et se serait finit. Il devait attaquer. Et cette douleur qui lui vrillait la tête et brouillait ses pensées !

Il s'arrêta sans prévenir, repartit d'un mètre en arrière pour éviter un nouveau sort, puis cibla son adversaire.

- Neuvième technique d'immobilisation : Frappe !lança Harry.

Une lumière rouge engloba Quirrell. Harry connaissait bien cette technique, elle aurait dû le paralyser mais, pourtant, son ennemi bougeait toujours. Il n'était sans doute pas assez concentré, trop stressé par la situation. Il allait devoir se contenter d'un kidô plus basique.

- Trente-et-unième technique de destruction : boulet rouge !

La boule de flamme pourpre alla percuter le professeur, le faisant momentanément disparaître derrière un écran de fumée. Son sang se glaça lorsqu'un rire machiavélique retentit dans la pièce.

- Je ne sais pas quelle magie tu utilises Harry, mais elle ne peut rien contre moi.

Harry commença sérieusement à paniquer. Il n'avait pas le temps de se lancer dans des incantations pour booster son kidô. Il allait mourir.

Profitant de la légère hésitation que cette pensée tira à Harry, Quirell s'approcha suffisamment de lui pour lui saisir le bras de ses longs doigts crochus. La douleur de sa cicatrice explosa, lui brouillant totalement la vue.

'Je ne veux pas mourir !' pensa Harry avec désespoir.

Sa pression spirituelle et sa magie répondirent instantanément à ses émotions. Quirrell fut frappé de plein fouet et vola à travers la pièce pour aller s'écraser contre le mur. L'homme se releva péniblement, la douleur inscrite sur son visage. Il leva ses mains en l'air. Celles-ci étaient écarlates, brûlées.

- Maître ! Mes mains ! s'écria Quirrell, paniqué.

- Tue-le ! vociféra de nouveau Voldemort. Tue-le !

Quirrell ne tergiversa pas davantage et plongea de nouveau dans sa direction.

- Trente-troisième technique de destruction : chute de flammes !

L'homme ne chercha même pas à éviter le kidô et disparut englouti par l'énergie blanche projetée. Harry sursauta en le voyant émerger, le visage brûlé et ses robes en lambeaux, amoché mais bien vivant. Ses yeux brillaient de folie. Quirrell tenta de l'attraper à la gorge. Harry passa sous sa garde et se retrouva dans son dos. Il lui décocha un coup de pied puissant entre les omoplates, le propulsant à terre. Sans s'en formaliser, Quirrell se retourna et, d'un geste, fit apparaître des cordes qui vinrent ligoter fermement le jeune homme, le privant d'une nouvelle attaque. Harry écarquilla les yeux : il ne pouvait plus bouger !

- Tu vas mourir, gronda Quirrell en le saisissant par les cheveux.

Harry cria alors que la douleur l'aveuglait de nouveau. Mais, la seconde suivante, il fut relâché alors que Quirrell hurlait à son tour.

- Ça brûle ! Maître ! Je ne peux pas le toucher !

- Utilise ta magie, imbécile !

Ignorant les conséquences, Harry laissa libre court à sa puissance intérieure. Le miroir du Rised explosa en milieux de morceaux et des flammes d'une intense couleur pourpre embrasèrent ce qu'il restait des robes de Quirrell. Celui-ci recula de quelques pas sous l'effet de la panique et se mit à gesticuler dans tous les sens en tentant d'éteindre l'incendie. Mais, plus il tentait d'étouffer les flammes, plus celles-ci se renforçaient. Rapidement, il se mit à hurler. Voldemort continuait à vociférer, mais il ne l'entendait plus. Une horrible odeur de chair brûlée commença à emplir la pièce, soulevant le cœur d'Harry.

Ses liens s'évanouirent et, presque immédiatement, il emprisonna de nouveau sa magie et sa pression spirituelle. Immobile, celui-ci observa avec horreur l'homme se tordre de douleur à ses pieds. Il était incapable de faire le moindre mouvement, son corps était trop lourd pour ça. Son sang battait furieusement dans ses tempes, sa respiration était sifflante, sa tête allait exploser.

'C'est moi qui ai fait ça…' pensait-il avec horreur.

Jusqu'ici, il n'avait jamais eu à affronter un humain, à en faire souffrir un. Tuer des hollows, et même un troll n'avait rien de comparable.

'J'ai fait ce que je devais faire. Il allait me tuer' souffla-t-il en se reculant.

Il s'agenouilla près de la silhouette brisée et gémissante. L'adrénaline retombant lentement, sa vision commença à s'obscurcir et il lutta un instant. Son adversaire n'en avait plus pour longtemps. Quirrell en tout cas, car Voldemort, lui, survivrait sans doute.

- Ne vous approchez plus de moi, gronda-t-il à l'attention de Voldemort.

Juste avant de se laisser emporter par les ténèbres, il sentit la douleur de sa cicatrice disparaître totalement. Ce vide laissé acheva de le faire basculer.

Il avait réussi.