Chapitre 29 : Tout est fini

Ce fut le froid qui tira Harry de son sommeil. Il ouvrit péniblement les yeux, reconnut l'infirmerie, et avisa, assis au pied de son lit, Hitsugaya qui le fixait de son air mécontent. Son énergie spirituelle valdinguait tout autour de lui, preuve de son inquiétude, et rendait la pièce particulièrement froide. Celui-ci n'eut pas le temps d'ouvrir la bouche que déjà l'adolescent repoussait ses couvertures pour se précipiter dans ses bras. Le capitaine oublia toute sa rancœur et son inquiétude et le serra fort contre lui. Ils restèrent longtemps ainsi avant le plus jeune ne s'éloigne un peu, sa tête tournant légèrement.

- Harry. Ne me fais plus jamais une peur pareille, ordonna sévèrement le haut gradé.

- Désolé. Je ne l'ai pas fait exprès.

- Tout comme tu ne fais pas exprès d'enfreindre le règlement ?

- J'ai toujours une bonne excuse.

Son tuteur haussa un sourcil, visiblement peu convaincu, ce qui rire le blessé. Ce son attira l'attention de l'infirmière mais aussi celle du capitaine de la quatrième division.

- Cap… Mrs Unohana ! s'exclama Harry.

- Lorsque j'ai appris ce qu'il s'était produit, j'ai décidé de venir t'examiner moi-même, répondit la femme avec un doux sourire.

- Alors ?

- Vous avez utilisé beaucoup trop de magie, répondit Pomfresh. Cela a mis votre corps à rude épreuve.

- Tu vas devoir te reposer pour lui laisser le temps se remettre, compléta Unohana. Pas de magie et pas d'entraînement pendant au moins deux semaines. Cela vaut aussi pour la magie accidentelle, alors tu dois rester calme.

- Donc ça veut dire que je ne peux pas sortir aujourd'hui ? soupira Harry.

- Après trois jours d'inconscience, non, vous ne sortirez pas aujourd'hui.

Harry fit la moue mais ne protesta pas en avisant la mine ferme d'Hitsugaya.

- Comment vont Hermione et Susan ?

- Elles vont bien et ont demandé à vous voir, mais nous avons jugé préférable d'attendre votre réveil, déclara Pomfresh en échangeant un regard entendu avec Unohana. Je vais les prévenir de votre réveil.

- Merci beaucoup.

- Bien. Ne le fatiguez pas trop, jeune homme, ajouta l'infirmière à l'attention d'Hitsugaya.

Celui-ci ne répondit pas, se contentant de la fixer de son regard agacé, tandis qu'Unohana, amusée, entraînait la vieille femme vers son bureau avant que son jeune collègue ne s'emporte. Une fois la porte refermée sur les deux guérisseuses, le capitaine soupira.

- Qu'est-il arrivé à la pierre philosophale ? demanda Harry.

- Nous l'avons récupéré, répondit Hitsugaya. Nous avons aussi envoyé l'un des nôtres prendre contact avec Nicolas Flamel. Nous ne pouvons laisser un tel secret au monde des vivants.

- Tant mieux. Et ma cape d'invisibilité ? Je suis sûr que je l'avais sûr moi… même si je ne m'en suis pas servi.

Le shinigami tira la cape de son pull et la lui tendit.

- Elle peut encore t'être utile. Maintenant, raconte-moi. Je veux savoir tout ce qui t'est arrivé.

L'adolescent lui exposa toute la situation dans les moindres détails. Les indices qui lui avaient mis la puce à l'oreille, leurs recherches, l'épopée dans la trappe au deuxième étage et sa confrontation avec Voldemort. Son tuteur l'écouta en silence, mémorisant toutes ces données.

- Ainsi, il n'est pas mort. Cela ne m'étonne qu'à moitié. Ce qui m'inquiète, c'est le moyen qu'il a utilisé pour rester en vie. Ça a forcément un lien avec ce morceau d'âme en toi.

- Le capitaine Unohana a-t-elle dit quelque chose à ce sujet ?

- Les deux âmes semblent s'être légèrement séparées, alors que cela fait plusieurs années qu'ils étaient compliqués de les discerner l'une de l'autre. C'est sans doute lié à ta proximité avec Voldemort.

- Ça explique la douleur de ma cicatrice, soupira Harry en se massant le front. En tout cas, je parie que Dumbledore sait quelque chose. J'ai l'impression qu'il sait toujours tout et il a une façon de me regarder que je n'aime pas du tout.

- Je vais aller faire un tour dans son bureau.

De son pas léger, le shinigami sauta au bas du lit.

- Je te laisse mon gigai.

Dès qu'il eut quitté son enveloppe charnelle, Harry déposa la cape d'invisibilité dessus. Hitsugaya lui adressa un sourire en coin et fit rouler le corps artificiel sous le lit pour que personne ne trébuche dessus.

- Très utile même.

Puis, il disparut par la fenêtre.

Quelques minutes plus tard, le professeur Dumbledore pénétra dans l'infirmerie. Harry sentit une poussée de pression spirituelle tenter de lui échapper. Il envisagea un instant de laisser sa puissance blesser le directeur pour lui apprendre à ne pas cacher d'objet mythique et convoité au sein d'une école, mais il se contrôla et la ravala au fond de lui-même.

- Bonjour, Harry… Mr Hitsugaya. Il ne fait pas chaud ici…ajouta-t-il en se frictionnant les bras. Pourtant, le feu de la cheminée brûle bien.

Le jeune homme le regarda fixement, sans répondre.

- On m'a prévenu de votre réveil. Je suis heureux de voir que vous allez bien.

- Grâce à Mrs Pomfresh et à Mrs Unohana, oui.

- Une dame charmante, approuva Dumbledore, et très compétente aux dires de notre chère Pompom.

- Je ne peux qu'être d'accord avec vous, approuva Harry. Elle me suit depuis toujours.

Puis, il fronça les sourcils, ce qui amena le directeur à revenir sur l'objet de sa visite, malgré sa volonté d'en apprendre un peu plus sur la vie du jeune poufsouffle.

- Je suppose que vous vous posez de nombreuses questions.

- Y répondrez-vous ?

- Si je suis en mesure de le faire, oui.

Tant mieux. Si le vieil homme était ici avec lui, il n'était pas dans son bureau, ce qui laissait du temps à son tuteur.

- Vous saviez que Voldemort cherchait la pierre philosophale.

- Je le craignais, c'est pourquoi j'ai préféré la cacher au château. Nombre de sorciers talentueux et en qui j'ai toute confiance étaient à même de la protéger. De plus, ma simple présence a toujours effrayé Voldemort.

Harry se retint de gronder devant tant d'arrogance. Certes, Dumbledore était connu et respecté dans tout le monde magique mais adopter une telle attitude était assez dangereuse.

- Quirrell faisait partie de ceux chargés de protéger la pierre. Aviez-vous confiance en lui aussi ?

- Je n'avais aucune preuve d'une quelconque connivence avec Voldemort.

- Il était Voldemort, rétorqua Harry avec colère. Les deux… partageaient un seul corps.

Tout comme lui et son parasite. Les yeux de Dumbledore s'illuminèrent un court instant, mais suffisamment pour que l'élève le remarque. Il était au courant, c'était certain.

- Comment était-ce possible ? Comment Voldemort peut-il habiter dans le corps d'un autre ?

Il n'espérait pas lui faire avouer ce qu'il savait sur ce parasitisme, mais il ne risquait rien à essayer.

- Il y a certaines choses que je ne peux vous révéler. Vous êtes trop jeune, trop exposé et influençable.

Harry serra les poings, tentant de garder une expression neutre sur son visage. L'envie de le frapper était pourtant très forte.

- Pour votre sécurité, je ne peux vous répondre. Dans quelques années, je pourrai vous en dire plus. Je peux simplement vous dire que Voldemort est un être plein de ressources, qui tentera par tous les moyens d'atteindre son but.

- Revenir à la vie et me tuer, conclut Harry. Pourquoi ?

- Vous êtes le seul être humain à avoir survécu à un sortilège de mort et à le défaire, alors que vous étiez seulement âgé d'un an et demi. Vous êtes spécial.

- Mouais, je sais, grogna Harry en croisant les bras. Pourquoi s'est-il brûlé en me touchant ?

- Votre mère s'est sacrifiée pour vous sauver parce qu'elle vous aimait. Elle vous aimait si profondément qu'il n'existe aucun mot pour le définir. Or, l'amour est une chose que Voldemort n'a jamais comprise. Lui, comme Quirrell, n'était que haine, cupidité et ambition. C'est pour cela qu'il n'a pas pu vous toucher.

Harry allait poser une nouvelle question quand il sentit l'énergie spirituelle d'Hermione et Susan approcher. Était-ce son imagination où celles-ci étaient plus importantes qu'auparavant ?

- Je crois que vous avez de la visite, lança Dumbledore qui, d'une façon ou d'une autre, avait deviné la présence de ses amies. Une question si vous permettez, avant que je vous laisse.

D'un mouvement de la tête, Harry lui fit signe de poursuivre.

- La pierre philosophale. Nous ne l'avons pas retrouvée. Auriez-vous une idée d'où elle peut se trouver ?

- Aucune, répondit Harry après avoir fait semblant de réfléchir.

- D'accord. Nous la retrouverons sans doute prenant la poussière dans un coin, déclara le directeur avec une légèreté qui ne collait pas du tout au sujet.

Il tourna les talons et allait poussa la porte quand Harry le rappela.

- Professeur ? Entre la présence de Voldemort au château et les pièges protégeant la pierre qui ont été déjoués par des premières années, je sais que tout ceci n'était qu'un piège, lança Harry d'un ton calme et détaché. J'espère que vous savez ce que vous faites.

Les yeux de l'adulte s'agrandirent légèrement mais son sourire ne le quitta pas.

- Ne nous inquiétez de rien, Mr Hitsugaya, et reposez-vous.

Et il s'effaça pour laisser entrer les deux jeunes filles.

Un sourire fleurit sur les lèvres du patient tandis qu'elles le rejoignaient.

- Vous allez bien, soupira-t-il avec soulagement.

- Et toi tu es enfin réveillé, répondit Hermione en venant le serrer dans ses bras. Nous étions si inquiètes !

Puis elle se recula et laissa Susan l'enlacer à son tour.

- Est-ce que tu vas bien ? demanda cette dernière.

Hermione s'assit sur une chaise tandis que la poufsouffle, elle, prenait la place qu'occupait auparavant son tuteur.

- Tes draps sont froids, remarqua-t-elle en fronçant les sourcils.

Harry passa une main dans ses cheveux, gêné. Avec le départ d'Hitsugaya, la pièce s'était nettement réchauffée mais il sentait toujours la pression spirituelle glacée du petit capitaine autour de lui. Elle devait la sentir également.

- Je suis encore un peu fatigué mais ça va, éluda-t-il. Mais et vous ? Que s'est-il passé ?

- Nous t'avons entendu crier, relata Hermione. Nous avons essayé de traverser les flammes pour te rejoindre mais…

Elle frotta ses mains l'une contre l'autre.

- Vous vous êtes brûlées ? s'épouvanta Harry en les prenants dans les siennes pour regarder.

Elles étaient parfaitement lisses.

- Le moins que l'on puisse dire, c'est que ça faisait mal, plaisanta Susan. Heureusement, le professeur Rogue est arrivé et nous a soignés rapidement. Puis, il a traversé les flammes comme si de rien n'était pour venir te rejoindre.

Cela soulagea Harry plus qu'il ne l'aurait cru. Son professeur allait bien.

- Puis, Rusard est arrivé juste après en pestant. Il nous à peine regardé et a traversé lui aussi. Ils sont revenus quelques minutes plus tard, avec toi inconscient dans les bras. Rogue t'a remonté pendant que Rusard nous a interrogés sur ce qu'il s'était passé. Nous lui avons tout raconté.

- Il n'avait pas l'air content du tout. Heureusement, le professeur Dumbledore a promis que nous ne serions pas punis, soupira Hermione en portant une main à son cœur.

Harry leva les yeux au ciel : certes ils avaient empêché le retour de Voldemort à la vie, mais il avait quand même enfreint le règlement. Mais bon, il n'allait pas s'en plaindre.

- Que s'est-il passé avec Quirrell ? demanda Susan. Tu as pu protéger la pierre ? Dumbledore nous a dit ne pas l'avoir trouvé.

Harry raconta succinctement son affrontement avec Voldemort et son sbire, omettant la récupération de la pierre. De toute façon, il n'aurait pas su expliquer comment il l'avait obtenue.

- Je n'ai pas vu la pierre et aux dernières nouvelles Voldemort non plus. Donc elle s'est simplement… évanouie dans la nature, conclut Harry.

- Quelqu'un d'autre serait venu voler la pierre avant Quirrell ? Mais qui ? Peu de gens sont au courant de sa présence dans l'école, médita Hermione.

- Pas vraiment en fait, lui fit remarquer Susan. Dans tous les cas, nous ne pouvons plus rien y faire. Laissons les adultes se charger de la retrouver. Au moins, ce n'est pas Voldemort qui l'a.

Harry sourit. Pour la première fois, son amie venait de prononcer le nom du Seigneur des Ténèbres, et ce, sans la moindre hésitation. Néanmoins, sa bonne humeur s'évanouit rapidement : restait un point à éclaircir maintenant que tout était fini.

- Pour ce qu'il s'est passé avec le jeu d'échecs…

- Qui aurait cru que les pièces aient été si fragiles, le coupa Hermione en riant. Jamais je n'aurais cru qu'il s'agissait de verre avant que tu n'en renverses une !

Harry ferma les yeux. Ainsi, Rusard avait effacé leur mémoire et remplacé leurs souvenirs.

- Oui, c'est dingue, murmura-t-il en retour.

À cet instant, Hitsugaya apparut par la fenêtre. Avisant la présence des deux filles, il décida de faire demi-tour et d'attendre à l'extérieur, mais Harry l'en empêcha.

- Je suis un peu fatigué, les filles. Si ça ne vous dérange pas, je vais tenter de dormir un peu.

- Oui, bien sûr. Nous sommes désolées, répondit précipitamment Susan. Repose-toi bien.

- Nous repasserons tout à l'heure, lui assura Hermione avant qu'elles ne s'éclipsèrent.

Quelques secondes plus tard, Hitsugaya sauta au sol et réintégra son gigai.

- Il n'y avait rien dans son bureau, déclara-t-il. En revanche, j'ai trouvé un dossier te concernant.

- Un dossier ? gronda Harry.

- Il retrace tout ce que tu fais depuis ton retour dans le monde des vivants. Depuis ta réapparition à Godric's Hollow jusqu'à ton inconscience d'aujourd'hui, en passant par ton enquête sur Quirrell. Il y a également des notes sur Matsumoto et moi-même. Heureusement, rien n'indique qu'il sache quoi que ce soit sur les shinigamis.

- Je savais qu'il me surveillait mais à ce point…

- Calme-toi, ordonna Hitsugaya, utilisant sa pression spirituelle pour apaiser celle de son protégé.

- Qu'est-ce qu'il attend de moi au juste ? reprit Harry en tâchant d'ignorer sa colère à l'encontre du vieil homme. Pourquoi une telle fixette sur moi ?

- Il veut que tu tues Voldemort.

- Pourquoi moi ? Il ne peut pas le faire lui-même s'il est si grand et si fort ?

- On en revient toujours à ton parasite, répondit le shinigami. Dans tous les cas, son dossier a mystérieusement disparu, ainsi que quelques autres pour faire illusion.

Harry lui jeta un regard amusé, imaginant un instant son tuteur découvrant un larcin du même genre. Nul doute qu'il entrerait dans une colère noire.

- Merci.

Hitsugaya hocha la tête. Ses prunelles glacées promettaient de lourdes répercussions si le directeur recommençait une telle chose. Harry ne put s'empêcher de se sentir apaisé par l'attitude protectrice de son tuteur.

- Je suis content que tu sois là. Merci. Tu… tu repars ce soir ?

- Veux-tu que je reste ?

Oui, il le voulait plus que tout, mais c'était égoïste de sa part. Son tuteur avait beaucoup à faire et le règlement intérieur était très strict concernant les visites des familles.

- Il serait plus sage que tu rentres à la Soul Society, déclara-t-il tristement.

- Ne crois pas que la distance m'empêchera de garder un œil sur toi.

Cela réchauffa leur cœur d'Harry. Le temps passerait plus vite si le petit capitaine pensait à lui.

- Harry ?

- Mm ?

- La prochaine fois que Voldemort sera à Poudlard, n'attends pas d'être à l'infirmerie pour me le dire.