Bonjour à tous,

Quelques mots de remerciements en guise d'introduction

Merci à CaptainColin21 et Casey Jun pour leur message. Merci à également à Ju3993, Lexie35430 et severine32 qui followent cette histoire. Merci enfin à tous ceux qui ont pris le temps de lire cette histoire.

Je vous laisse avec l'Acte II de cette histoire.

Acte II

Le Seigneur des Ténèbres continuait de s'acharner sur lui. Ses sens le quittaient peu à peu. Il devinait plus qu'il ne voyait ou sentait les sorts s'abattre sur lui. Il n'y avait plus de bruit non plus. A vrai dire il n'y avait plus grand-chose à présent. Plus grand-chose à part l'obscurité. Le vide. Le froid. C'était sans doute bientôt la fin. Soudain, il l'aperçut. Une petite lueur blanche. La lueur grossit et prit progressivement forme. Une forme humaine. Une forme féminine. Sa gorge se noua. Il divaguait, voilà tout. Elle ne pouvait pas être là. Ca n'avait absolument aucun sens. Elle ne pouvait pas…

-Bonjour Sev.

-Lily, croassa-il pitoyablement.

-Tout va bien se passer Sev. Je suis là.

-Tu n'es pas réelle… c'est dans ma tête…,

-Pas entièrement, répliqua-t-elle avec une infinie douceur.

Severus resta silencieux comme hypnotisé par ce qu'il voyait. Il sentit les larmes coulées sur ses joues et ne fit rien pour les retenir. Mais lorsque Lily les effaça de son pouce il craqua.

-Je suis désolé… je suis tellement désolé Lily… si tu savais, si tu savais, murmura-t-il dans un sanglot.

-Chuuuut Severus, tout va bien. Je t'ai pardonné depuis longtemps, c'est fini, dit-elle en voulant l'apaiser, ce qui eut l'effet inverse.

-Non ! Tu ne peux pas ! C'est moi qui lui ai révélé la prophétie… c'est ma faute s'il s'est mis à votre recherche….

-Je sais déjà tout ça Sev et ça n'a pas d'importance.

-Comment peux-tu dire ça ?! C'est ma faute si tu es… morte..., poursuivit-il sans l'écouter et en baissant la tête.

-Sev…

- C'est moi qui… c'est moi qui t'ai tuée, conclut-il dans un murmure honteux.

-Tu vas m'écouter attentivement Severus Snape, répliqua-t-elle fermement en lui saisissant le menton pour que leurs yeux se croissent. Tu as commis une erreur…

-Pas qu'une…, l'interrompit-il.

-Tu as commis une erreur en pensant que tu devais rejoindre Tu-sais-qui et ses mangemorts pour devenir quelqu'un, reprit-elle sans prendre en compte son interruption. Mais tu étais déjà quelqu'un Severus. Un garçon brillant, créatif, passionné. Ton erreur c'est de ne pas avoir cru en toi et en ce que tu étais. Mais comment t'en blâmer alors que personne autour de toi ne t'a aidé à voir la personne formidable que tu pouvais devenir ? Tes parents, moi…

-Non !, rugit-il. Ce n'est pas vrai. Tu es la meilleure chose qui me soit arrivée Lily. J'aurais dû t'écouter quand tu m'as mis en garde.

-Severus, je ne suis pas une sainte, répondit-elle calmement. J'ai aussi commis des erreurs. Ne pas te pardonner après notre dispute a sans doute été l'une des pires. J'aurais dû rester à tes côtés et t'aider à avancer. Pour ne pas l'avoir fait, je te présente mes excuses Sev.

Il se dégagea d'elle et la fixa longuement d'un air désabusé.

-Tu es folle, affirma-t-il en secouant la tête de gauche à droite.

Pourtant aussi fou et déplacé qu'il pouvait lui paraître, le discours de Lily l'avait apaisé. Il se sentait libéré d'un poids qui lui avait compressé la poitrine pendant plus d'une quinzaine d'années. Une douce sensation de légèreté l'envahit.

-Ce n'est pas une chose très gentille à dire Severus, fit-elle d'un ton ironique.

Quelques instants passèrent sans que ni l'un ni l'autre ne parlent. Il brisa le silence en premier.

-Je vais mourir je suppose ?, demanda-t-il posément.

-Vraiment tu n'as pas changé ! Il n'y a que toi pour poser ce genre de question sur le même ton que si tu demandais à quelqu'un de te passer du jus de citrouille !

-Et toi tu fais toujours la même moue quand une question te gêne et que tu ne veux pas y répondre, lui fit-il remarquer avec tendresse.

-Je suis désolée Sev…, répondit-elle en perdant son sourire.

-Ne le sois pas, je t'en prie. Je suis juste navré de ne pas avoir pu faire plus toi, pour Albus, et pour aider à vaincre le Seigneur des Ténèbres.

-Tu as fait tout ce qu'il était humainement possible de faire, le rassura-t-elle.

Lily resta alors silencieuse un moment et l'observa en penchant légèrement la tête d'un côté. Elle s'approcha de lui puis sans crier gare, lui donna un coup de poing bien senti sur l'épaule. Il hoqueta plus sous le coup de la surprise que de la douleur.

-Lily que…

-Ca, c'est pour la manière horrible dont tu as traité mon fils, expliqua-t-elle d'un ton très calme qui tranchait avec son action précédente. Franchement Severus, si tu avais bien voulu passer outre tes préjugés et sa ressemblance avec James, tu te serais rendu compte à quel point Harry est un garçon merveilleux.

-Un merveilleux garçon avec un goût plus que prononcé pour le non respect des règles et une tendance maladive à vouloir jouer les héros, ne put-il s'empêcher de préciser.

-Oh parce que cette description ne s'applique absolument pas à toi ?, fit-elle avec malice.

-Je suppose… que j'ai été biaisé par rapport à Pot… à Harry, concéda-t-il avec une once de regret. Une autre erreur de ma part n'est-ce pas ?

Sans lui répondre, Lily se hissa sur la pointe des pieds et l'embrassa délicatement sur la joue. Elle ne put se retenir de rire en voyant son air ahuri.

-Et ça, c'est pour l'avoir sauvé un nombre incalculable de fois. Tu es l'homme le plus courageux que j'ai eu le privilège de connaître Sev.

-Oh je t'en prie, protesta-t-il après s'être remis de son choc. On dirait que tu dépeins un gryffondor, c'est parfaitement inconvenant.

-Si tu le dis, Monsieur le Serpentard, abdiqua-t-elle avec un sourire.

Severus sentit son cœur s'emballer de nouveau lorsque Lily lui saisit la main. Elle sembla jouer quelques instants avec ses doigts. Elle replia son majeur, son annulaire et son auriculaire, doucement, l'un après l'autre.

-Tu te souviens Sev ? « L » pour « Lion »…, lui rappela-t-elle avec une pointe de nostalgie.

-Comment pourrais-je oublier ?, répondit-il sur le même ton.

La lumière qui les entourait se tarit.

-Il va falloir y aller Sev. Tu es prêt ?

-Pour aller où ?, ne put-il s'empêcher de lui demander.

-Tu me fais confiance ?, dit-elle en plongeant son regard dans le sien.

-Toujours.

Lord Voldemort haletait. Il avait mis toute sa rage et toute sa puissance dans le dernier sort qu'il avait lancé. Ses yeux ne quittaient pas la silhouette noire étendue à même le sol à quelques mètres de lui. Les hurlements avaient progressivement cessé. Les convulsions s'étaient faites plus rares. Puis les faibles gémissements s'étaient espacés. Et l'homme à ses pieds, ou tout du moins ce qu'il en restait, n'avait plus esquissé le moindre mouvement.

Il s'approcha de sa victime avec lenteur. Il était allongé sur le dos. Un de ses bras était plié en travers de son torse. L'autre, le gauche, avait été réduit à un moignon sanguinolent. Ses yeux étaient clos. Sans aucun égard, mais dans un geste dénué de violence, il utilisa son pied pour tourner la tête de l'homme sur un côté. Celui-ci resta sans réaction.

Severus Snape était mort.

La rage s'était apaisée. L'humiliation de s'être fait berner pendant des années demeurait. De même qu'un sentiment de déception.

-Quel gâchis Severus. Quel gâchis…

Se détournant du corps qui gisait sur le sol du manoir, il dévisagea un par un ses fidèles restés en retrait. Il sentit leur terreur. Bien. La trahison de Severus lui avait au moins permis de faire une démonstration de sa puissance retrouvée. Et de dissuader ses mangemorts de se retourner contre lui.

-Lucius, abaisse tes barrières anti-transplanage, nous partons, ordonna-t-il à l'hôte des lieux.

-Bi… bien Maître, balbutia Lord Malefoy en s'exécutant prestement d'un coup de baguette.

Les mangemorts présents s'inclinèrent une dernière fois et quittèrent les lieux dans un tourbillon de capes noires. Voldemort resta en arrière quelques instants.

-Ah, et Lucius, débarrasse toi de ça, siffla-t-il en désignant le corps inerte au sol. Ramène ce chien aux pieds de son maître.

Lucius n'eut pas le temps de formuler une réponse. Le Seigneur des Ténèbres transplana sans un mot de plus.

Il était seul. Seul, avec le corps de Severus.

Il se sentait fébrile, vidé de toute énergie. Il avait assisté, impuissant et le cœur au bord des lèvres, à l'agonie d'un homme qu'il connaissait depuis plus de vingt ans. Un homme qui était son ami. Un ami qui gisait mort à même le sol. Chez lui. Il se passa vigoureusement les mains sur le visage et rejeta ses longs cheveux en arrière pour se redonner une contenance. Il ne pouvait se permettre de se laisser aller à ce genre de considérations. Son maître lui avait confié une tâche.

Lentement, d'un pas mal assuré, il se dirigea vers le corps sans vie. Il dut combattre la nausée qui le saisit au moment où il posa les yeux sur lui. Lucius se força à prendre une grande inspiration avant de s'accroupir et d'approcher son bras pour transplaner. Mais quelque chose attira son attention. Severus semblait tenir un papier dans la main recroquevillée contre son torse. Piqué par une curiosité morbide, Lucius desserra les doigts qui avaient agrippé ce qui semblait être une photographie. Il la porta à ses yeux et l'observa.

-Espèce d'imbécile, laissa-t-il échapper dans un murmure mêlé de tristesse et de colère.

-Elle. Toujours elle. Penses-tu vraiment que ça en valait la peine ?, poursuivit-il sur le même ton.

C'était sans aucun doute stupide et ridicule de s'adresser à Severus sachant qu'il ne pouvait pas répondre.

-Valait-elle vraiment toutes ces souffrances ?

Seul le silence lui répondit. Et c'était normal. Parce ce que Severus ne pouvait plus lui répondre désormais.

-Que vais-je dire à Cissa ? Et à Drago ? Hmm ? Il va être dévasté tu sais. Il te vénère. « Oncle Severus » par-ci. « Oncle Severus » par là… Mais j'imagine que tu n'y as pas pensé un seul instant avant de te décider à jouer au martyr ?

Toujours aucune réponse. Et il savait au fond de lui qu'il n'y en aurait pas. Il n'y en aurait d'ailleurs plus jamais. Parce que Severus était mort. Il était mort sous SES yeux. Dans SA maison.

-Tu n'as pas pensé à nous un seul fichu moment hein ? Parce qu'il n'y avait qu'elle qui comptait vraiment. Cette misérable sang-de-b…

Oh ! combien l'insulte lui brûlait les lèvres. Mais il avait pris l'habitude de ne plus utiliser ce terme en présence de Severus sachant combien il l'affectait. Et là encore il se tut. Ce qui était d'une stupidité confondante. Parce que Severus n'était pas en état de lui jeter un récurvite en guise de représailles. Il ne pourrait plus jamais le faire d'ailleurs.

-Tu n'avais pas le droit…,

Pas le droit de trahir. Pas le droit de jouer au gryffondor. Pas le droit de les abandonner. Pas le droit de l'abandonner lui. Pas le droit de mourir. Et pourtant le corps inerte de Severus gisait bien sur le sol de sa demeure.

Lucius sentit une humidité inhabituelle sur ses joues. Des larmes. De mieux en mieux. Voilà maintenant que Lord Malefoy s'abaissait à pleurer la mort d'un vulgaire Sang-mêlé. Pathétique. Il passa une main rageuse mais tremblante sur ses yeux. Cela suffisait. Severus avait fait ses choix. Tant pis pour lui.

-Tu n'es vraiment qu'un imbécile, siffla-t-il en remettant la photo à sa place initiale.

Posant la main sur ce qu'il restait de la cape de Severus, il transplana jusqu'aux barrières de Poudlard, non loin de la forêt interdite. Là, il s'assit à même le sol, à côté de Severus.

-C'est assez ironique quand on y pense. Je te ramène chez Dumbledore après t'avoir entrainé auprès de Lui. Je t'avoue qu'il m'est arrivé de me demander ce que nous serions devenus si nos choix avaient été différents… Les choses auraient été indiscutablement plus simples. Tu aurais pu avoir ta propre boutique de potions quand bien même j'aurais dû t'apporter les fonds nécessaires. Et moi, bien évidemment, je serais devenu ministre de la Magie.

Lucius s'arrêta quelques instants. Il n'y avait presque aucun bruit autour d'eux.

-Normalement, c'est à ce moment là que tu m'aurais intimé de « bien vouloir cesser mon numéro de noble autocentré ». Et tu aurais ajouté qu'il fallait que je cesse de geindre. Mais… je n'entendrai plus jamais tes sarcasmes n'est-ce pas ? Parce que tu…

De nouveau cette sensation que sa gorge était nouée. Et de nouveaux des larmes.

-Voilà que je me transforme en Poufsouffle. C'est d'un pathétique, murmura-t-il avec un sourire dénué de joie.

De nouveau, il prit quelques instants pour se maîtriser. Il était temps de partir. Il dégrafa sa cape et la plaça avec soin sur le corps de Severus. C'était un geste stupide. Severus lui-même aurait levé les yeux au ciel et lui aurait rappelé que les morts n'ont pas froid, parce que précisément ils sont morts. Mais voilà. Severus n'était pas là pour lui faire la remarque. Et il ne lui en ferait plus jamais. Alors il laissa sa cape où elle était.

-Je suppose que c'est l'heure des adieux.

Il tourna la tête et ses yeux se posèrent sur le visage meurtri. Il repensa au petit garçon maigrelet de 11 ans, l'air revêche et fier, le nez toujours plongé dans les livres. Il avait décelé chez lui un potentiel hors du commun. Il s'était dit à l'époque que cet avorton ferait un allié utile. Et puis, il s'était mis à apprécier autre chose chez cet étrange garçon : son intelligence fulgurante, sa créativité, son goût prononcé pour le sarcasme, sa répartie… Et l'avorton utile était devenu un ami. Son seul ami.

Lucius avança une main tremblante vers le visage de Severus. Lentement, avec respect et douceur, il dégagea quelques mèches noires qui tombaient sur les yeux fermés.

-Voilà… c'est un peu mieux comme ça, chuchota-t-il avant de se relever.

Qu'il était difficile et embarrassant de dire au revoir à quelqu'un qui était déjà parti.

-Adieu petit frère. J'espère que nous ne nous reverrons pas trop rapidement.

Il s'épousseta d'un geste moins assuré qu'il l'aurait souhaité, Il prit sa baguette et lança un « Periculum ». Une nuée rouge s'éleva alors dans le ciel tel un feu d'artifice.

-Note que je n'ai pas changé la couleur alors que j'aurais très bien pu le faire. J'espère que tu apprécies l'attention, murmura-t-il en jetant un dernier regard à son ami.

Lorsqu'il aperçut une épaisse fumée rouge qui s'élevait dans le ciel, Albus Dumbledore, qui se trouvait toujours dans son bureau, se leva brusquement et s'approcha prestement de la fenêtre. Le sort avait été jeté près de la forêt interdite. Cela voulait dire que Severus était revenu mais que son état ne lui permettait pas de rentrer seul jusqu'au château. L'angoisse le saisissait toujours en pensant à l'état dans lequel le jeune homme, si dur à la douleur, devait se trouver pour appeler à l'aide. Mais Merlin soit loué, il était rentré. Il n'y avait plus de temps à perdre.

Il transplana directement à l'infirmerie et se retrouva nez-à-nez avec Minerva et Poppy qui sursautèrent en le voyant apparaître.

-Albus !, Qu'es-ce que… commença Minerva en levant une main tremblante vers sa poitrine pour calmer son appréhension.

-Severus est rentré, la coupa-t-il rapidement. Je crains qu'il ne soit gravement blessé et ne soit pas en état de se mouvoir. Il a jeté un « périculum » près de la forêt interdite. Il n'y a pas une seconde à perdre.

A ces mots, Poppy jeta un sort pour placer l'ensemble de son matériel et ses potions dans un sac médical. A l'instant même où Minerva était venue la prévenir du départ de Severus elle s'était tenue prête à intervenir à tout moment.

-Je suis prête Albus, déclara-t-elle fermement en tenant son sac d'une main et en s'accrochant au bras gauche du Directeur pendant que Minerva posait sa main sur l'autre.

Ils arrivèrent tous les trois à la lisière de la forêt interdite et cherchèrent frénétiquement des yeux le maître des potions. Ce fut Albus qui le repéra en premier à une centaine de mètres de l'endroit où ils étaient apparus. Une nouvelle vague de panique le submergea lorsqu'il constata que la forme qu'il apercevait plus loin était immobile. Le garçon avait sans doute perdu connaissance juste après avoir jeté le sortilège, songea-il avant de transplaner de nouveau jusqu'à l'endroit où se trouvait le serpentard. Dans la précipitation, il ne songea pas à prendre Poppy et Minerva avec lui.

-Severus !, s'écria-t-il en s'agenouillant aux côtés du jeune homme avant de le soulever contre lui.

-Tout va bien mon garçon…., murmura-t-il en berçant doucement le professeur de potion. C'est fini. C'est fini. Nous allons nous occuper de toi mon petit. Je suis là. Je suis là…

Il entendit plus qu'il ne vit les deux femmes le rejoindre, uniquement concentré sur le jeune homme qui était inconscient dans ses bras. Il ne fit pas attention aux hoquets de surprise qui se firent entendre.

-Nous devons faire vite, Severus est mal en point, dit-il sans vraiment savoir à qui il s'adressait, son regard passant nerveusement de Poppy à Minerva.

-Albus…

Il leva de nouveau les yeux vers Minerva et resta momentanément figé par ce qu'il vit. Elle fixait Severus avec une expression de douleur infinie, des larmes coulant librement sur ses joues. Elle gardait une main tremblante au niveau de sa bouche.

-Minerva, tout va bien se passer, nous allons vite le remettre sur pieds, la rassura-t-il avec patience. Poppy, il n'y a pas de temps à perdre, s'il vous plait…

Il ne comprit pas pourquoi la professeure de métamorphose secouait frénétiquement la tête, une main toujours plaquée sur sa bouche comme pour mieux étouffer des sanglots. Il ne comprit pas non plus pourquoi Poppy plaçait sa main devant la bouche de Severus au lieu de prendre sa baguette et jeter un sort de diagnostic.

-Albus…

Cette fois-ci c'était Poppy qui avait prononcé son prénom dans un murmure étrangement entremêlé de douceur et de douleur. Elle aussi pleurait nota-t-il distraitement.

-Poppy, faites quelque chose par Merlin, siffla-t-il avec une once d'impatience les yeux toujours fixés sur Severus.

Mais l'infirmière ne fit rien hormis placer sa main sur son avant-bras.

-C'est terminé Albus… on ne peut rien faire.

Il releva brusquement la tête vers Poppy sans comprendre.

-Il est rentré Poppy. Il faut le soigner, murmura-t-il en rapprochant un peu plus Severus de lui.

Mais l'infirmière hocha doucement la tête.

-Albus… Severus est…. Severus est mort, parvint-elle à lâcher dans un souffle.

-Non… Non Poppy… Severus a juste besoin de soins. Il va… Il va…,

-Je suis désolée Albus. Tellement désolée, l'interrompit Poppy avec une infinie douceur.

Il fixa Poppy sans réellement la voir. Il entendit les pleurs de Minerva sans vraiment y prêter attention. Il ne comprenait pas l'inaction de l'infirmière, pas plus que le désespoir de l'animagus. Severus était revenu, il était en sécurité. Il était simplement inconscient. Il suffisait de lui faire reprendre conscience quelques instants pour qu'il puisse leur indiquer l'étendue de ses blessures. Ensuite, ils le ramèneraient au château. Poppy le soignerait et d'ici une semaine, Severus ferait des pieds et des mains pour sortir de l'infirmerie. Il suffisait juste de le réveiller un instant.

Après avoir reposé le maître des potions au sol le plus délicatement possible, Albus se leva et prit sa baguette.

-Que faites-vous Albus ?, s'enquit Poppy alarmée.

Il ne lui prêta pas attention. Si elle n'était pas décidée à agir, ce n'était pas son cas à lui.

-Ennervate, énonça-t-il en pointa sa baguette sur Severus.

-Albus !, s'écria Minerva que le sort avait fait sortir de sa torpeur.

Il attendit quelques instants que le sort fasse effet. En vain. Il fronça légèrement les sourcils, la respiration un peu plus saccadée qu'il y a quelques instants.

-Ennervate, énonça-t-il en y mettant plus de puissance.

Les yeux de Severus demeuraient désespérément clos.

-Albus arrêtez, cela ne sert à rien. Laissez ce pauvre garçon tranquille !, s'indigna Poppy en se dirigeant vers lui.

Mais Albus n'écoutait pas. Il voulait juste que Severus ouvre les yeux. Quelques instants à peine. Juste assez pour être rassuré. Avant que l'infirmière ne l'atteigne, il lança donc une nouvelle fois un Ennervate sur Severus, en y mettant cette fois-ci beaucoup plus de puissance.

La cape qui recouvrait le corps du maître des potions fut propulsée quelques mètres plus loin sous la puissance du sort. Mais les yeux du maîtres des potions restèrent désespérément clos.

Il regretta amèrement de ne pas avoir écouté Poppy. Ce qu'il voulait à présent c'était reprendre son garçon dans ses bras, le recouvrir de cette maudite cape et faire comme s'il n'avait rien vu. Nier le sang. Ne pas prêter attention aux multiples lacérations. Ne pas voir les brûlures. Faire comme si Severus avait toujours son bras gauche. Et imaginer que l'Ennervate avait enfin fait effet et qu'il reprenait doucement conscience.

Mais il avait vu toutes ces choses. Et Severus n'avait pas repris conscience. Il n'ouvrirait plus jamais les yeux.

Albus se laissa tomber à genoux sans un bruit. Il avait connu la vulnérabilité, la colère et le ressentiment, avec Gellert. Il avait ressenti la culpabilité, la honte, et le désespoir avec Ariana. Mais ce n'était rien. Rien par rapport à la souffrance qu'il éprouvait en ce moment en fixant le corps meurtri et sans vie de son garçon.

Combien de temps avait-elle observé Albus serrer le corps de Severus dans ses bras ? Combien de fois l'avait-elle vu passer une main tremblante dans les cheveux noirs du maître des potions et embraser son front ? Minerva aurait été bien incapable de le dire. Elle avait perdu toute notion du temps. Assise à même le sol près de Poppy, elle avait eu l'impression d'être en plein cauchemar. Ils auraient pu demeurer ainsi encore longtemps mais l'infirmière avait décidé de prendre les choses en mains. Il fallu tout sa force de persuasion pour convaincre Albus de retourner au château. Le trajet jusqu'à l'infirmerie fût des plus pénibles. Plus ils s'approchaient, plus Minerva prenaient conscience de la réalité de la situation. Ce n'était en rien un cauchemar. Juste la réalité aussi froide que cruelle : Severus était mort. Albus dû éprouver la même chose car il ralentissait peu à peu le pas, à tel point que Poppy dut le prendre par le bras pour le faire avancer.

Ils arrivèrent enfin à destination. Poppy les conduit vers une pièce attenante à l'infirmerie afin d'éviter toute indiscrétion de la part des élèves. Le corps de Severus fut placé sur un lit dont les draps blancs juraient atrocement avec ses robes noires. Avant qu'Albus ou elle-même n'aient pu dire quoi que ce soit, l'infirmière conjura plusieurs potions et mis d'autorité une fiole dans sa main et une dans celle du directeur.

-Potion calmante, dit-elle en guise d'explication. Concoctée par Severus bien sûr…

Minerva but volontiers la sienne et en ressentit immédiatement les effets. La peine immense d'avoir perdu son jeune collègue ne disparut pas mais elle se sentit moins groggy. Elle vit du coin de l'œil Albus faire tourner plusieurs fois la fiole entre ses doigts. Il fallut que Poppy insiste pour qu'il daigne s'assoir et qu'il ingurgite enfin la potion.

Pour la première fois, Minerva s'approcha du corps de Severus et s'assit sur la chaise placée à côté du lit sur lequel il reposait. D'une main tremblante, elle caressa sa joue. Il allait terriblement lui manquer. Leur relation au fil du temps avait été pour le moins mouvementée. Elève, elle l'avait trouvé certes brillant mais hautain, vindicatif et irrespectueux. Son appartenance à Serpentard, son goût prononcé pour les arts sombres et ses attrapades récurrentes avec les maraudeurs n'avaient pas joué en sa faveur. Pour sa part, Severus ne lui avait témoigné que méfiance et ressentiment tout au long de sa scolarité. Eu égard à son passif elle n'avait pas été surprise lorsqu'elle avait appris que le jeune homme avait rejoint les mangemorts quelques mois seulement après avoir été diplômé. C'est peu dire qu'elle avait été dubitative lorsqu'Albus lui avait annoncé qu'il rejoindrait l'ordre du phénix comme espion et qu'il viendrait enseigner à Poudlard. Elle avait été dure avec lui, refusant de l'appeler par son titre professoral. Puis le temps avait fait son affaire. Elle l'avait découvert sous un jour nouveau. Elle avait appris à voir au-delà des remarques acerbes. Et s'était attachée à lui.

Et maintenant, il reposait, sans vie, sur un lit d'hôpital.

Plus de partie d'échec autour d'un scotch. Plus de chamailleries au sujet d'un match de quidditch. Plus de rivalité à propos de la coupe des 4 maisons…Elle n'avait pas seulement perdu un collègue aujourd'hui. Elle avait perdu un être cher. Un de ses lionceaux.

-Minerva, Albus, je vais devoir m'occuper du corps de Severus, fit Poppy d'une voix qui se voulait neutre mais dans laquelle Minerva perçut une tristesse indéniable.

-S'occuper… de son corps ?, interrogea Albus d'une voix faible.

-Pour ses funérailles Albus, répondit l'infirmière avec patience.

Minerva se raidit. Pas à un seul instant elle n'avait pensé aux funérailles de Severus. Il lui aurait fait remarquer sa stupidité avec un haussement de sourcil et une remarque sarcastique dont il avait le secret…

-Je vais m'en charger Poppy, répliqua le directeur de Poudlard après quelques instants de silence. Dites-moi simplement ce que je dois faire.

-Albus, je ne pense vraiment pas que cela soit une bonne idée, objecta Poppy avec précaution. Cela risque d'être un moment plus que pénible et je…

-Je vous remercie pour votre inquiétude, l'interrompit-il. Mais je… je dois le faire Poppy.

-Albus…, tenta Minerva avec d'être interrompue à son tour.

-C'est moi qui l'ai renvoyé là-bas. Je suis au moins aussi responsable que Tom pour ce qui est arrivé, poursuivit-il d'une voix terne en levant la main pour couper court aux objections des deux femmes présentes dans la pièce. J'ai besoin de m'occuper de Severus une dernière fois… je vous en conjure Poppy…

Minerva vit à l'expression de l'infirmière que celle-ci désapprouvait fermement l'idée du directeur. Mais le regard emplit de douleur sembla la faire vaciller et elle finit par céder.

-Il faudra des vêtements propres… je me ferai un plaisir de brûler moi-même ces… ces habits ci.

-Je m'en charge, intervint Minerva avant que son vieil ami n'ait pu répliquer. Rester donc ici Albus.

Après une dernière caresse sur la joue du serpentard, la professeure de métamorphose sortit de l'infirmerie et se dirigea vers les appartements de son jeune collègue. Le chemin fut long mais lui permis de reprendre ses esprits et de retrouver un tant soit peu de contenance. Albus aurait besoin d'être épaulé dans cette épreuve. Elle se devait d'être là pour lui.

Après quelques minutes, elle arriva devant les appartements de Severus et pointa sa baguette sur la lourde porte en bois afin de pénétrer à l'intérieur. Tout était méticuleusement bien rangé. Elle avait souvent taquiné son collègue à ce sujet, moquant ce qu'elle appelait sa « maniaquerie maladive ». Il lui rétorquait en retour, sur le même ton, que contrairement à la métamorphose qui était « par essence une matière portée à l'indiscipline », l'enseignement des potions nécessitait « exigence, rigueur et précision ». Et il avait appliqué ces valeurs dans la tenue de son appartement. Minerva passa rapidement une main sur ses yeux pour y effacer les larmes qui commençaient à couler. Ce n'était certainement pas le moment de se laisser aller.

Elle se dirigea vers la chambre du maître des potions et ouvrit son armoire. Elle laissa échapper un soupir exaspéré en constatant que l'entièreté de la garde-robe était constituée de vêtements noir, exception faite des chemises blanches. Elle sortit un pantalon, une chemise et une robe. Elle ouvrit un tiroir pour prendre des sous-vêtements ainsi qu'une paire de chaussettes. Elle prit enfin une paire de chaussure et réduit la taille de l'ensemble des vêtements pour les transporter plus facilement.

Refermant avec douceur la porte de la chambre, elle jeta un regard circulaire à la pièce de vie. Le bureau, ou plutôt ce qui se trouvait dessus, attira son attention. Elle s'approcha et vit une lettre, destinée à Albus. Son regard se porta sur un objet posé à côté de cette lettre, puis sur le mot posé sur le dit objet. Elle dut cligner plusieurs fois des yeux pour s'assurer avoir bien lu.

Albus s'était occupé du corps de Severus sans utiliser une seule fois la magie. Il lui avait retiré ses vêtements souillés et avait manqué de s'effondrer en découvrant la photo placée à l'intérieur de sa cape. Il lui fallut de longues minutes avant de se remettre à la tâche. Chaque blessure lui faisait l'effet d'un coup de poignard. Il imaginait Severus, entouré d'ennemis, en proie à la peur, gisant au sol et se tordant de douleur. Qu'avait-il bien pu penser alors ? Avait-il maudit l'homme qui lui avait demandé de retourner dans cet enfer ? Albus, pour sa part se haïssait en ce moment même. Et il se haït encore davantage lorsqu'il entreprit de laver le corps du jeune homme. Lorsque les traces de sang laissèrent place à un corps trop maigre, blafard, zébré d'anciennes cicatrices, de blessures remontant à l'enfance. Autant d'horreurs qu'il avait choisies de ne pas voir. Autant de fois où il n'avait rien fait pour aider ce garçon.

Une fois le corps de Severus lavé, Albus le recouvrit d'un drap blanc qu'il remonta jusqu'à ses épaules. Ereinté, il se laissa choir sur une chaise près du lit. D'une main tremblante, il caressa du bout des doigts la joue du serpentard.

-Je suis désolé mon garçon… tellement désolé…, chuchota-t-il indifférent aux larmes qui coulaient sur ses joues. Je n'aurais jamais dû te demander de retourner auprès de ce monstre. Nous aurions trouvé un moyen de te garder en sécurité. Nous aurions peut-être perdu un espion mais moi… mais moi j'aurais eu mon fils à mes côtés.

Sa voix se brisa. Avait-il déjà dit à Severus à quel point il l'aimait ? Sans doute pas. Un rire sans joie lui échappa.

-Nous nous serions querellés cet été quand tu m'aurais demandé, pour la quinzième fois, le poste de professeur contre les forces du mal. Tu y aurais vu de la défiance et je me serais évertué à t'expliquer que je ne voulais pas que tu subisses cette fichue malédiction. Et une fois que tu aurais cessé de faire ta tête de mule, nous aurions pu passer quelques jours dans ma propriété comme nous avions coutume de le faire depuis quelques années. Tu te serais allègrement moqué de mon goût pour le tricot et tu aurais catégoriquement refusé de goûter à mes pâtisseries. Nous aurions été heureux, loin de tous les tracas, loin de l'horreur et de la réalité.

Il prit la main droite du jeune homme dans la sienne.

-Mais tous ces doux rêves ont volé en éclat n'est-ce-pas ? La réalité, c'est que je t'ai demandé de te rendre là-bas ce soir. La réalité, c'est que j'ai pensé à cette guerre avant de penser à toi. Et la réalité, c'est que tu es mort par ma faute.

-Albus ?

La voix de Minerva. Il ne l'avait pas entendu entrer.

-Je vous apporte des vêtements pour Severus.

-Je vous remercie Minerva.

Il reconnaissait à peine sa propre voix. Il espérait que sa fidèle amie ne se formaliserait pas du ton qu'il employait mais il se sentait si las…

- J'ai trouvé plusieurs choses mises en évidence sur le bureau de Severus. Je crois… Je crois qu'il avait prévu de ne pas revenir. Il a laissé une lettre pour vous Albus.

Une lettre. Severus avait pris le temps de lui écrire une lettre. Très certainement une lettre d'adieu. Il avait eu des doutes en trouvant la photo de Lily. Doutes que Minerva venait de confirmer. Severus avait su ce qui allait se passer ce soir. Et il était parti en dépit du sort qui l'attendait. L'horreur s'ajoutait à l'horreur.

-Il m'a remercié avant de s'en aller Minerva.

-Albus…

-Il m'a remercié, répéta-t-il le visage déformé par la peine. Il savait que je l'envoyais à la mort, et il m'a remercié.

-Albus, Severus n'aurait pas voulu que vous vous blâmiez de la sorte.

-Il est mort pour rien… pour rien et par ma faute…

Un violent choc électrique le secoua, lui coupant momentanément le souffle. Il releva la tête pour se trouver face à une Minerva McGonagall furieuse, la baguette pointée sur lui.

-Vous avez fini de vous apitoyez sur votre sort ? Comment osez-vous dire que Severus est mort en vain ?! Il est mort pour une cause. Il est mort en faisant son devoir. Ressaisissez-vous Albus ! C'est à vous de faire en sorte que son sacrifice ne soit pas en vain. En continuant le combat. Et en faisant en sorte d'en finir avec cet espèce de maniaque dégénéré !

Un long moment de silence succéda à la tirade enflammée de la directrice de Gryffondor.

-Vous avez raison ma chère, répondit-il d'une voix plus forte et assurée. Veuillez excuser mes propos. Je ne compte pas abandonner Minerva. Croyez-moi. Je ne trouverai pas le repos avant que Voldemort soit mis hors d'état de nuire.

Elle le regarda avec circonspection pendant un bref instant avec de hocher la tête satisfaite.

-Bien, voilà qui est mieux, fit-elle une voix sèche qui dissimulait mal sa propre émotion.

Il lui adressa un faible sourire.

-Albus, reprit-elle plus incertaine. Il y avait autre chose sur le bureau de Severus. Il a laissé un coffret. Pour Potter.

C'est la fin de l'acte II. J'espère que vous ne m'en voulez pas trop pour le sort réservé à ce pauvre Severus. Mais je devais rester à peu près cohérente. Et mis à part une intervention divine, rien ne pouvait le sauver j'en ai peur.

Acte III à venir samedi prochain.