Titre: L pour Lion

Remerciements :

A Katynymy : Merci beaucoup pour tes encouragements et tes conseils de lecture. Je me suis régalée en me baladant sur ton profil et j'ai pu découvrir de belles histoires grâce à toi. Je chercher une photo de profil, j'espère la trouver bientôt !

CaptainColin21 : Merci pour ces compliments ! J'ai adoré écrire le passage avec Lucius car ce personnage est très ambivalent. J'espère que le passage à venir avec Harry te plaira.

Casey Jun : J'espère que la suite de l'histoire et la fin seront à ton goût ! Merci de ta précédente review.

Merci aussi à Lenae5, , Ju3993,Lexie35430,Maliumkin et Severine32 pour leur soutien. Merci enfin à tous les lecteurs qui ont pris le temps de supporter ma prose !

Acte III

-Professeur ?

-Entre Harry, entre. Assieds-toi je t'en prie.

Harry s'approcha du bureau et observa le directeur en silence. Le professeur McGonagall était venue le chercher dans la salle commune de gryffondor tôt ce matin. Lorsqu'Harry lui avait demandé pour quelle raison le directeur souhaitait de nouveau le voir, elle n'avait pas répondu. Elle sembla alors épuisée et défaite, ce qui tranchait radicalement avec son comportement habituel. Harry ne put s'empêcher de remarquer la même attitude chez le professeur Dumbledore. Une forme d'abattement. Le sentiment de malaise qui l'habitait redoubla. Voyant que le directeur n'avait toujours pas parlé, il prit les devants.

-Monsieur ? Le professeur McGonagall m'a dit que vous souhaitiez me voir mais elle ne m'a pas dit pourquoi… est-ce par rapport au… à la vision que j'ai eue cette nuit ?

-En effet Harry, acquiesça le directeur d'un ton si las que l'adolescent en frissonna.

-C'est à propos de Snape ?, questionna-t-il après un nouveau silence.

-Le professeur Snape, Harry s'il te plaît, corrigea Dumbledore d'un ton presque suppliant. Je sais que vos relations sont… enfin… s'il-te-plait.

-Pardon professeur, dit-il étonné par le ton du directeur.

- Ce n'est rien mon garçon. Pour en revenir à la raison pour laquelle je t'ai demandé de venir, tu as vu juste.

-Et… ? Il s'est passé quelque chose avec Voldemort ? Sna… Le professeur Snape est revenu ? Qu'a-t-il dit ? Il sait où se cache Voldemort ?

Harry se posait mille questions et les silences prolongés du professeur Dumbledore le mettaient au supplice. Et si au final Snape n'était pas rentré et était resté auprès de son maître ? Si les visions d'hier n'avaient été qu'une ruse ? Après tout c'était un mangemort et Sirius avait dit que personne ne cessait jamais d'être…

-Le professeur Snape est mort Harry, murmura enfin le directeur coupant le gryffondor dans ses réflexions.

L'adolescent en eut le souffle coupé. Il s'adossa à sa chaise comme s'il avait encaissé un coup. Snape était mort. Il se répéta la phrase plusieurs fois dans sa tête, trouvant l'idée parfaitement absurde. Cela ne faisait clairement pas partie des hypothèses qu'il avait envisagées. Certes Snape avait été torturé, mais Dumbledore avait tenu un discours qui se voulait rassurant la veille…

-Voldemort a découvert que Severus ne lui était pas loyal… et qu'il ne retournait auprès de Lui que sur… que sur mes ordres, ajouta Dumbledore.

-Mais comment ? Je veux dire… est-ce que quelqu'un a prévenu Voldemort ?

-Je l'ignore Harry… j'ai bien peur d'ignorer beaucoup de choses. Et cette ignorance semble me conduire à des décisions dramatiques, répondit le directeur sur un ton défaitiste.

Harry éprouva un profond malaise devant l'attitude du Directeur qui lui semblait au comble du désespoir. Etait-ce la perte de Snape qui le mettait dans cet état ? Lui-même était choqué à dire vrai. Bien sûr, il avait détesté le professeur de potions dès leur première rencontre. Et il lui était même arrivé de souhaiter que Snape se casse la figure dans les maudits escaliers qui menaient à la salle de cours pour en être débarrassé un jour ou deux. Mais jamais il n'avait souhaité sa mort ! Il éprouva une vive bouffée de haine envers Voldemort.

-Quoi qu'il en soit Harry, je ne t'ai pas demandé de venir uniquement pour te faire part de cette triste nouvelle. Vois-tu, le professeur Snape savait qu'il ne reviendrait pas vivant de sa rencontre avec Voldemort.

-Je ne comprends pas très bien Monsieur, rétorqua Harry un peu perdu.

-Il a laissé quelque chose, précisa le directeur. Quelque chose pour toi.

-Pour moi ?, s'exclama Harry incrédule.

Dumbledore hocha simplement la tête.

-Mais Monsieur, ça n'a aucun sens !, poursuivit Harry. Sna… Le professeur Snape et moi… enfin vous savez… Je ne vois pas pourquoi il aurait laissé quoi que ce soit pour moi ! Sauf si…

Sauf s'il s'agissait d'une lettre d'injure pour lui dire une dernière fois à quel point il était un élève arrogant, sans cervelle et d'une médiocrité consternante, pensa-t-il. Il ne répéta pas son idée à voix haute, ne souhaitant pas peiner davantage le vieil homme en face de lui.

-Je sais Harry, je sais, répondit le directeur avec patience. Le professeur Snape a nourri des sentiments pour le moins ambivalents à ton égard. Et en retour, tu ne lui as jamais fait confiance. Je regrette amèrement de ne pas avoir pu vous convaincre, l'un comme l'autre, de passer outre vos premières impressions et vos préjugés. Enfin… comme tu le sais déjà, ton père et le professeur Snape n'étaient pas en bons termes lors de leur scolarité à Poudlard.

-C'est ce que j'ai cru comprendre, fit Harry avec une moue de dépit alors qu'il se remémorait les remarques cinglantes de Snape envers son père.

-En revanche ses sentiments étaient drastiquement différents envers Lily.

-Envers… ma mère ? Snape et ma mère se connaissaient ?, demanda Harry un clignant des yeux à plusieurs reprises comme pour mieux assimiler l'information.

-Pour être plus précis, ils se sont rencontrés avant même leur entrée à Poudlard. Et ils ont noué une profonde amitié, un peu comme celle que tu entretiens avec Miss Granger mon garçon. Cela a perduré pendant la majeure partie de leurs études.

-Mais ma mère était à gryffondor ! Et lui… rétorqua Harry qui ne comprenait pas comment une femme comme sa mère, dont tout le monde louait la gentillesse et la bienveillance, avait pu se lier d'amitié avec une personne comme Snape.

-Et lui à Serpentard, finit pour lui Dumbledore. L'appartenance à une maison importe bien peu face à des liens d'affection si profonds.

-Mais monsieur, à l'époque Voldemort voulait déjà exterminer tous les sorciers né-moldu… et ma mère était dans cette situation. Alors pourquoi est-ce que le professeur Snape est devenu un mangemort ? S'il était ami avec ma mère c'est bien qu'il ne tenait pas compte de son statut ?

-Le professeur Snape a commis une terrible erreur en rejoignant les rangs de Voldemort. Partageait-il pleinement ses idéaux ? Je ne le pense pas. Je crois en revanche que la naïveté, la crédulité, la volonté de se sentir intégrer et l'envie d'être reconnu à sa juste valeur peuvent pousser un jeune homme à se détourner du droit chemin.

-Mais comment pouviez-vous être certain qu'il avait vraiment changé de camps ? demanda Harry avec une pointe d'agacement tant la question l'avait obsédé ces quatre dernières années.

Le directeur resta silencieux plusieurs instants. Il se caressa distraitement la barbe et regarda Harry d'un air pensif.

-Une question que tu m'as souvent posée n'est-ce-pas Harry ?, répondit Dumbledore avec un sourire bienveillant. Je n'y ai pas répondu car c'était le souhait du professeur Snape de ne pas révéler cette information. Du moins jusqu'à hier soir… La seule chose que je te demanderai c'est de ne pas ébruiter ce que je vais te dire. J'ai ta promesse Harry ?

-Oui Monsieur, acquiesça-t-il avec un brin d'impatience mêlé de nervosité.

-Je te remercie Harry. Le professeur Snape a rejoint les mangemorts en 1978 après sa septième année à Poudlard. En 1980, Voldemort s'est mis à la poursuite de tes parents. Quand le professeur Snape a compris que son maître souhaitait également la mort de Lily, il a sollicité un rendez-vous avec moi. Je m'y suis rendu. Je me souviens d'un jeune homme perdu, plein de remords et surtout inquiet pour ta mère. Il m'a supplié de la mettre en sécurité, de vous mettre en sécurité tous les trois. Dès ce jour, il est devenu espion pour notre camp. A aucun moment il ne s'est soucié de sa propre sécurité. Il n'avait qu'un seul et unique but : faire en sorte que Lily reste en vie. Puis, Voldemort a retrouvé tes parents. Et il y a eu cette horrible nuit du 31 octobre. Il a été absolument dévasté par la mort de ta mère Harry. Absolument dévasté. Depuis ce jour, il s'est juré de veiller sur toi, de te garder en vie. Pour Lily. Par amour pour elle.

Harry demeura bouche-bée. Les mots du professeur Dumbledore se bousculaient dans sa tête.

-Il… Il aimait ma mère ?, répéta Harry encore chamboulé par ces révélations.

- Tu sais que le patronus de ta mère était une biche ?

Harry hocha doucement la tête.

-Peux-tu deviner quel était celui du Professeur Snape ?

-Une… une biche ?, tenta-t-il perplexe.

-En effet. Je crois que le professeur Snape l'a aimée dès le premier regard. C'est sans doute aussi en partie la raison pour laquelle il a tenté de reprendre sa place d'espion… alors qu'il savait que Voldemort le soupçonnait.

La voix du directeur se brisa et Harry vit son visage se crisper. Il détestait le voir ainsi.

-J'aurai pensé à une chauve-souris… pour le patronus… à cause des capes, bafouilla Harry désireux de redonner un caractère plus léger à la conversation.

La tentative de plaisanterie sembla avoir l'effet escompté. Dumbledore rit de bon cœur et ses yeux pétillèrent de nouveau, du moins pendant quelques instants.

-Tu es un bon garçon Harry, lui glissa affectueusement le directeur. Mais revenons-en à l'objet de ta présence ici. Tu as supporté les radotages d'un vieil homme triste assez longtemps.

Délicatement, Dumbledore lui tendit un coffret en bois au-dessus duquel un papier portant la mention « Pour Harry Potter » était posé. Harry le prit avec précaution. Le directeur lui fit un signe de tête en guise d'encouragement et Harry ouvrit le coffret avec excitation.

Instantanément, ses yeux s'embuèrent et sa gorge se contracta.

Des photos. Il y avait des dizaines et dizaines de photos de sa mère quand elle était jeune.

-Maman…, murmura-t-il sans s'en rendre compte, happé par l'émotion.

D'une main tremblante, il écarta les photos du dessus pour découvrir plusieurs lettres. L'écriture était féminine. Des lettres de sa mère. Là encore, il y a en avait des dizaines. Harry approcha doucement le coffret et le maintint contre lui, à la manière d'un enfant protégeant son bien le plus précieux.

Le professeur Dumbledore visiblement aussi ému qu'Harry s'éclaircit la gorge et lui tendit une autre photo. Harry leva un sourcil interrogateur vers le directeur, n'étant pas certain de pouvoir parler s'en se mettre à pleurer.

-Severus…, le professeur Snape avait cette photo sur lui quand nous l'avons… retrouvé ce soir, précisa le directeur la voix chevrotante.

Harry étudia la photo avec attention. Deux adolescents souriaient vers l'objectif et faisaient un drôle de signe avec leur main. Leur complicité sautait aux yeux. Il fut bouleversé en pensant que Snape avait emporté cette photo avec lui avant d'affronter Voldemort… comme s'il avait voulu se donner du courage, se protéger tout en se rappelant pourquoi il devait le faire. Jamais Harry n'aurait pensé son professeur de potions capable de ressentir des émotions, encore moins l'amour. Et pourtant il en avait la preuve sous les yeux. Severus Snape était capable d'aimer. Et il avait été capable de mourir par amour… comme sa mère.

-C'était… c'était un signe particulier pour eux ? demanda Harry encore bouleversé.

-Regarde au dos de la photo.

Harry s'exécuta et vit deux écritures distinctes. Celle de sa mère et celle de Snape.

-Et il a accepté de poser comme ça ?!, s'exclama-t-il étonné après avoir lu les deux inscriptions.

-Il faut croire qu'il lui était difficile de refuser quoi que ce soit à ta mère, constata Dumbledore avec un sourire triste.

Harry hocha brièvement la tête. Avec délicatesse, il plaça la photo dans le coffret et le referma. Le retour de Voldemort, la mort de Cédric, la terreur qu'il avait ressentie au cimetière, le dégoût face à la torture de Snape et la mort de ce dernier… tout cela pesait un peu moins lourd dans son cœur à présent. Ces quelques reliques du passé, ces souvenirs d'enfance gardés précieusement lui faisaient l'effet d'un rayon de lumière dans les ténèbres. Il y a avait encore de la beauté. Il y avait encore de l'espoir. Et c'est Snape qui lui apportait tout ça…

-Monsieur, commença-t-il les sourcils légèrement froncés, pourquoi le professeur Snape a tenu à me transmettre ce coffret ? Je veux dire… ce sont ses souvenirs. J'imagine que cela avait beaucoup de valeur à ses yeux. Alors… pourquoi m'en faire cadeau à moi ? Il me détestait…

-Oh Harry… je ne pense pas que le professeur Snape te détestait. Non attends, laisse moi-continuer s'il-te-plait, ajouta Dumbledore en voyant Harry prêt à réagir. Je ne nie pas que son attitude envers toi était pour le moins discutable, et par aspect condamnable. Mais te détestait-il ? Non Harry. Je crois plutôt que tu lui rappelais ce qu'il aurait peut-être pu avoir avec Lily s'il n'avait pas fait les mauvais choix : une famille. Chaque fois qu'il te voyait, il devait repenser au fait que le choix de Lily se soit porté sur James et pas sur lui. A chaque fois qu'il te voyait Harry, c'est lui qu'il détestait un peu plus. Mais en dépit de ses ressentiments, de ses regrets, de ses remords, il t'a protégé. Et hier soir, alors qu'il savait qu'il ne reviendrait pas… il a pensé à toi mon garçon. Il t'a offert un des plus beaux cadeaux qui soit : des petits bouts de bonheur. Et peut-être qu'au fond, il s'agissait d'une manière pour le moins serpentarde de te présenter ses excuses…

Harry baissa la tête, absorbant ces paroles et leurs implications. Silencieusement, il se jura de prendre le plus grand soin de ce coffret et des trésors qu'il contenait. Cela avait sans doute été l'un des biens les plus précieux de Snape. Et il le lui avait confié. Resserrant sa prise sur l'objet en question, il observa de nouveau le directeur qui arborait toujours une expression de profonde tristesse.

-Vous teniez à lui, n'est-ce pas Professeur ?

-Tu es un jeune homme perspicace Harry. Vois-tu, je n'ai pas eu la chance d'avoir d'enfant. Mais Severus… Severus était comme un fils pour moi. Et je… je ne le lui ai jamais dit, conclut le directeur d'une voix brisée.

-Il le savait Professeur, intervint Harry. Il savait que vous lui faisiez confiance. Quand Maugrey… ou plutôt le faux Maugrey a dit avoir fouillé ses appartements sur votre ordre, il a tout de suite su que c'était faux. Il savait que vous n'auriez jamais ordonné une telle chose.

-Merci mon garçon, c'est aimable à toi de réconforter le vieil homme que je suis. Severus lui-même n'aurait pas apprécié cet apitoiement et il l'aurait fait savoir à grand renfort de remarques acerbes.

-Je l'imagine bien dire que les gryffondors ne sont bons qu'à porter leur cœur en bandoulière d'une manière particulièrement impudique, glissa Harry avec un sourire.

-C'est exactement le genre de phrase qu'il aurait prononcé, acquiesça le directeur en caressant du bout des doigts l'enveloppe posée sur son bureau.


Combien de temps avait-il bien pu passer à fixer cette enveloppe sans oser l'ouvrir ? Pourquoi avait-il si peur de lire les derniers mots que Severus avait souhaité lui adresser ? Par lâcheté ? Sans doute en partie. En réalité la simple pensée que le jeune homme ait pris le temps de lui écrire le dérangeait au plus haut point. Il avait su qu'il ne reviendrait pas à Poudlard. Il avait su qu'il serait torturé. Il avait su qu'il serait exécuté. Et il était tout de même parti. A cet instant Albus ne put s'empêcher de ressentir une colère irrationnelle contre Severus. Il lui avait caché ses craintes. A aucun moment il n'avait jugé bon de lui spécifier qu'il était presque certain d'être démasqué par Voldemort. Non. Il s'était dit « prêt ». Rien d'autre. Pourquoi par Merlin n'avait-il pas parlé ? Manque de confiance ? Ou pire encore, Severus avait-il pensé qu'il ne se souciait pas de son sort ? Que sa mort lui serait égale ?

Mais Albus n'était pas dupe. C'est contre lui-même qu'il éprouvait une sourde colère. Il avait soigneusement évité de poser trop de questions à Severus. Lui avait-il demandé comment il comptait convaincre Voldemort de sa loyauté ? Lui avait-il demandé quels risques il encourrait ? Lui avait-il laissé le choix de reprendre son rôle d'espion ? Non, non et non. Il n'avait rien demandé. Car, au fond, il avait préféré ne rien savoir. Faire comme si le retour de Severus dans le cercle des mangemorts n'était qu'une formalité. Comme s'il ne courait aucun danger. Il s'était bercé d'illusion. Et il avait envoyé l'homme qu'il considérait comme son fils à l'abattoir. Voilà ce qu'il avait fait. Et pourquoi ? Le plus grand bien ? Qui était-il pour sacrifier impunément des vies ?

Las. Il était las et fatigué. La guerre contre Voldemort venait juste de reprendre et lui était déjà éreinté, écrasé sous le poids des responsabilités et surtout de la culpabilité. Voilà pourquoi il n'avait pas encore ouvert cette enveloppe. Il avait peur de ce qu'il allait y trouver. Mais quoi que Severus ait pu lui écrire, il devait y faire face. Il supporterait les coups du mieux qu'il le pourrait. Severus avait parfaitement le droit de le tenir pour responsable. Il avait le droit de l'injurier, de lui dire qu'il ne valait pas mieux que Voldemort. Parce qu'au fond tout cela était vrai.

Dans un soupir résigné, il prit l'enveloppe dans ses mains et la décacheta. Il sortit délicatement la lettre qui se trouvait à l'intérieur et se mit à lire.

Albus,

Si vous lisez cette lettre, c'est que le Seigneur des Ténèbres a découvert la vraie nature de ma loyauté. Et donc, selon toute vraisemblance, cela signifie que je suis mort. Je sais qu'il me reprochera le rôle que j'ai joué dans son échec pour s'emparer de la pierre philosophale. Je sais qu'il me reprochera de ne pas avoir cherché à lui livrer Potter. Les chances pour que je parvienne à le convaincre sont presque nulles. Et je n'ignore pas le prix à payer lorsque l'on trahit le Seigneur des Ténèbres. Mais s'il y avait la moindre chance pour que je réintègre ses rangs, je me devais de la tenter.

Je vous ai sciemment caché ces informations et je devine que vous m'en voulez pour ça. Mais je ne regrette en rien cette décision. Si je vous avais fait part de mes craintes, vous auriez cherché à me dissuader d'y retourner. Et ce alors que vous saviez qu'il fallait prendre ce risque. Je me suis refusé à vous placer dans cette situation. Vous auriez été rongé par une culpabilité qui n'a pas lieu d'être. Vous n'êtes pas responsable de ma mort Albus. J'ai scellé mon destin moi-même lorsque j'ai eu la faiblesse de vendre mon âme au Seigneur des Ténèbres. La marque sur mon bras me condamnait dans tous les cas. Vous ne m'avez pas forcé à retourner auprès de Lui en tant qu'espion. Ma décision en la matière était prise depuis longtemps. Je suis beaucoup de choses, mais pas un lâche. Et j'y serais retourné quand bien même vous ne me l'auriez pas demandé.

Alors je vais faire preuve d'impertinence et je vais vous demander instamment de cesser de jouer au gryffondor sentimental. Vous ne pouvez pas vous laisser envahir par la culpabilité. Le Seigneur des Ténèbres cherchera à exploiter toutes vos failles. Ne lui donnez pas d'armes dont il pourrait se servir contre vous.

Vous n'êtes pas responsable de ma mort Albus. En réalité, vous m'avez sauvé. Vous m'avez donné une seconde chance. Une chance de me racheter et de sauver mon âme. Qui d'autre aurait pu croire en moi ? Qui d'autre aurait osé me faire confiance ? Vous ne m'avez jamais considéré comme un monstre. Vous m'avez traité comme un être humain alors que moi-même je me considérais perdu. Vous m'avez offert un foyer et un travail alors que j'aurais dû croupir à Azkaban. Vous vous êtes battu pour moi. Vous m'avez offert quatorze années de tranquillité, de liberté et même par certains aspects, d'insouciance. Jamais je ne pourrais suffisamment vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour moi. Vous avez fait plus pour moi que mes propres parents et je regrette de ne pas vous avoir manifesté plus tôt ma gratitude.

Je sais pour quoi je meurs ce soir. Pour Lily. Pour vous. Pour la cause en laquelle vous croyez et qui est devenue la mienne. Et après tout, n'avez-vous pas pour habitude de dire que la mort n'est rien de plus qu'une grande aventure ?

Si j'ai droit à une dernière volonté, la voici : Faites moi le plaisir de remporter cette fichue guerre et d'en finir une bonne fois pour toute avec Voldemort.

Ps : J'ai toujours aimé les bonbons au citron. Mais vos bouderies après mes refus me satisfaisaient bien plus que les douceurs en elles-mêmes.

Avec fidélité et amitié

Severus

Et c'est avec les larmes aux yeux mais un léger sourire qu'Albus Dumbledore prit deux bonbons au citron et les dégusta avec plaisir.


Albus Dumbledore avait demandé à sa fidèle directrice adjointe de convoquer l'ensemble des élèves dans la grande salle. Il songea avec amertume que l'exercice risquait de devenir récurent dans les mois voire les années à venir. Si tôt après l'annonce de la mort du pauvre Cedric Diggory, c'est un autre décès qui devait être annoncé aujourd'hui. Minerva l'avait observé le regard anxieux, demandant silencieusement s'il préférait qu'elle se charge du discours. Minerva… si courageuse en dépit du profond chagrin qui l'étreignait. Il lui avait souri, assurant que tout se passerait au mieux.

Toutefois, alors qu'il se trouvait face à ses élèves, il lui fallut quelques instants pour être en pleine possession de ses moyens. Il se racla la gorge à plusieurs reprises, espérant que sa voix ne tremblerait pas.

-Votre attention s'il-vous-plaît, jeunes gens.

Les conversations se turent. Les murmures devinrent silence.

-Je vous ai réuni hier soir pour vous faire part de l'assassinat de votre camarade : Cedric Diggory. Je vous ai également appris une nouvelle que, malheureusement, bon nombre de personnes continueront de nier, à savoir le retour de Lord Voldemort. Tout au long de la première guerre contre Lord Voldemort, des sorcières et des sorciers courageux se sont soulevés contre lui. Et hier soir, dès qu'ils ont appris son retour, ces mêmes personnes ont entrepris de se dresser de nouveau face à lui. Ce combat qui est le leur, ils le mènent au péril de leur vie. Dans les mois qui viennent, nous perdrons des parents. Nous perdrons des amis. Nous perdrons des proches. Et il sera de notre devoir de ne jamais oublier pour quoi ils sont morts.

Albus fit une pause et observa ses élèves. Il vit dans leurs yeux une myriade d'émotions : la peur, l'incrédulité, la tristesse, l'appréhension, la détermination…

-Cette nuit, un mangemort réformé qui espionnait Voldemort lors de la première guerre, a tenté de reprendre sa place d'espion auprès de lui. Cette nuit, cet homme courageux et d'une loyauté inébranlable a payé de sa vie cet acte de bravoure.

Quelques murmures s'élevèrent parmi les élèves sans qu'il n'y prête vraiment attention.

-Cette nuit, le corps de cet homme a été ramené ici, à Poudlard.

Les murmures s'intensifièrent. Sa gorge se contracta douloureusement.

-Cette nuit… votre professeur, Severus Snape, est mort de la main de Lord Voldemort.

Un silence de plomb s'abattit avec brutalité dans la grande salle. Il fut rapidement brisé par des exclamations, des cris de stupeur et de surprise. Certains élèves s'étaient inconsciemment levés de leur siège et dévisageaient le corps professoral, s'attendant à y voir Snape caché dans un coin un rictus collé aux lèvres. D'autres secouaient frénétiquement la tête. Du côté des Gryffondor, Serdaigle et Poufsouffle, c'est la sidération qui prédominait. Les élèves répétaient inlassablement les mots du directeur : Snape avait été mangemort. Oui mais il été réformé. Et il était devenu espion. Espion ! Quel culot ! Espionner Lord Voldemort. Quel courage ! Non, du suicide ! C'était de la folie. Pourquoi y était-il retourné ? Snape était mort. Mort.

Du côté des serpentards, le choc fut plus rude encore. Leur professeur, leur directeur de maison était mort. Les première et deuxième années, les larmes aux yeux, essayaient tant bien que mal de dissimuler leurs émotions. Certains élèves plus âgés qui l'avaient connu cinq, six, sept ans se prenaient la tête entre les mains. Nombre d'entre eux étaient perdus, tiraillés entre les idéaux qui leur avaient été inculqués par leurs parents et le respect, l'admiration même qu'ils avaient eu pour le professeur Snape. Qui était dans le vrai ? Pourquoi le professeur avait-il quitté le Seigneur des Ténèbres ? Quels dangers, quelle folie avait-il perçus pour prendre une telle décision ?

Albus leva une main, demandant de nouveau le silence.

-Il a rejoint les mangemorts à l'âge de 18 ans, plus par ambition que par adhésion aux thèses et idéaux de Voldemort. Comme d'autres avant lui, il a été séduit par ses discours et ses promesses. Toutefois, il s'est rendu compte que les appels à l'union du monde magique cachaient une réalité moins reluisante : la mort, la destruction, le chaos et la folie. Severus Snape avait 20 ans lorsqu'il s'est détourné de Voldemort et qu'il a commencé à l'espionner. Il faut du courage pour admettre ses erreurs. Il en faut encore plus pour essayer de les réparer. C'est moi qui lui ai demandé de rejoindre Poudlard pour enseigner les potions. C'était encore un tout jeune homme. Il a dispensé des cours à des élèves qui, quelques temps auparavant étaient ses camarades d'école. Je vous laisse imaginer les débuts… disons tumultueux du professeur Snape dans l'enseignement. Il a alors fait en sorte d'inspirer de la peur aux étudiants, et il y parvenu, sans doute au-delà de ses espérances. Rapidement, il est devenu le Professeur Snape que vous connaissiez : intransigeant, dur et parfois, je ne peux l'occulter, injuste et partial.

Sa dernière déclaration fut accueillie par des regards courroucés de la part des serpentard. Il sourit malgré lui et leva une main en signe d'apaisement.

-J'appréciais énormément le professeur Snape. On peut aimer une personne de tout son cœur tout en étant capable de voir ses défauts. Je crois pouvoir dire qu'il m'appréciait aussi. Ce qui ne l'empêchait pas de me répéter à l'envie que je n'étais qu'un « vieux fou biaisé et manipulateur », avec « une addiction inquiétante au sucre » et « un goût plus que discutable pour les vêtements ».

-Si je vous dis cela, reprit-il une fois que les rires eurent cessé, c'est avant tout pour vous rappeler qu'il y une part de lumière ainsi qu'une part d'ombre en chacun de nous. Il n'y a pas d'un côté uniquement les bons sorciers et de l'autre les mauvais sorciers. Trop souvent nous avons tendance à simplifier ces notions de bien et de mal, ce qui à terme, donne naissance à des préjugés. Je sais que nombreux sont ceux qui jugeaient le professeur Snape comme étant un mauvais sorcier uniquement en raison de son appartenance à la maison serpentard.

Certains élèves baissèrent les yeux gênés. D'autres au contraire se regardaient en haussant les épaules… qu'y avait-il de mal à dire que serpentard abritait des mages noirs ?

-Il est malheureusement de coutume de considérer que les qualités valorisées par la maison serpentard à savoir l'ambition, la ruse ou encore la détermination sont en réalité des défauts. Il est aussi de bon ton de considérer que les mages noirs sont tous issus de cette maison. Et ainsi les préjugés perdurent : les bons sorciers viendraient tous de gryffondor, serdaigle et poufsouffle. Les mauvais, eux, sortiraient tous de serpentard. Comme je vous l'ai dit à de nombreuses reprises, les choses sont souvent bien plus complexes que ce qu'il n'y paraît. Et le mal peut se cacher là où on le pensait absent. Ne pourrait-il pas venir aussi d'une quête de connaissance irrépressible ? Ou d'une loyauté indéfectible mais mal placée ? Ou encore d'un mépris marqué pour les règles et les lois ?

Il y eut quelques contestations dans les rangs des élèves peu habitués à ce genre de discours.

-Ce que je voudrais vous faire comprendre c'est que la maison ne fait pas le sorcier. Lord Voldemort est un ancien élève de serpentard. Il est lâche, ne recherche qu'une gloire personnelle et se trouve parfaitement ignorant des choses les plus importantes comme l'amour. Severus Snape aussi appartenait à la maison serpentard. Il était brave, brillant, rusé et a fait preuve, jusqu'au bout, d'une détermination et d'une loyauté sans faille. Une cérémonie de répartition à l'âge de 11 ans n'a pas à dicter vos choix. Vous êtes les seuls à pouvoir maîtriser votre destin. Dans les mois et les années à venir, vous aurez à faire des choix.

Son regard balaya la grande salle et s'attarda quelques instants sur la table des serpentrard, plus précisément sur un jeune homme blond qui tentait de dissimuler ses larmes.

-Je vous demanderai, pour conclure, de bien vouloir vous lever afin de rendre un dernier hommage au Professeur Snape.

Les élèves se levèrent tous à l'unisson. Il n'y eut aucune protestation, aucun soupir agacé. Quand bien même certains avaient détesté le professeur Snape. Quand bien même ils l'avaient pensé mauvais. Quand bien même ils se sentaient trahis. Tous se levèrent. Les serpentards murmurèrent quelques instants entre eux, semblant se faire passer un message. Quelques instants plus tard, ils tirèrent leur baguette et les pointèrent vers le ciel. Une lueur verte brillait à leur extrémité. Les élèves des autres maisons se regardèrent, hésitants. A la surprise générale, ce fut Harry Potter qui imita les élèves de serpentard en premier. Sans mot dire. Il fut suivi par ses camarades de gryffondor. Et bientôt, les baguettes de tous les élèves présents brillèrent d'une lueur verte en hommage à Severus Snape.

Albus Dumbledore, les larmes aux yeux, imita ses élèves d'une main tremblante. Son regard croisa celui d'Harry. De sa main gauche, l'adolescent fit un geste avec sa main. Le même que sur la photo qui lui appartenait désormais. Le « L ». Celui de Lily. Celui de Severus. Celui de deux enfants insouciants, celui du courage et de l'amour. Celui de la liberté.

FIN

C'est tout pour cette histoire qui s'achève sur une note un peu plus heureuse que les précédents chapitres. Merci encore à tous les lecteurs qui ont eu la curiosité de cliquer pour découvrir cette histoire. Merci à ceux qui l'ont suivie et ont laissé des commentaires. Cela fait chaud au cœur.

J'ai plusieurs projets d'écriture en cours, nous nous retrouverons donc assez vite pour ceux qui le veulent. Au programme notamment un recueil de Drabbles/OS sur la relation Harry/Severus (mentor) si ce dernier avait survécu à la bataille finale. En parallèle je travaille aussi sur une fanfiction autour de la relation Minerva (mentor)/Severus.

A bientôt