J'étais sur le point de continuer mes traductions ... et je réalise que celle de "A Memorable Wedding Day" ne demandait qu'à être partagée. Oups.

Cette histoire farfelue très largement est inspirée par Le Quadrille de Bologne, de Charles Exbrayat. Certains passages de la version anglaise étaient ma traduction d'extraits du roman français, que je re-traduis maintenant à l'envers plutôt que d'aller à la recherche du dialogue original, mais ils en seront sans doute très proches. Je recommande plus que vivement la lecture de ce roman (j'en qualifierais l'intrigue de comédie d'espionnage). Je n'en ai gardé ici que l'aspect comique (voire complètement barré - raison pour laquelle je n'ai pas vraiment essayé de faire coller mon vocabulaire avec celui de l'époque).

Si vous n'aimez pas trop tout ce qui est loufoque ... peut-être devriez-vous ne pas lire. Autre avertissement : si j'espère que les personnages sont vaguement reconnaissables, il n'en reste pas moins qu'ils ne sont pas exactement ceux que Mme Austen a décrits. ;-)


Longbourn, 1812, au début du mois de mars

Charles Bingley, après une absence de quelques mois, revenait au domaine qu'il avait loué dans le Hertfordshire. Il avait déterminé que son coeur était toujours dévoué à Jane Bennet, le véritable ange qu'il avait laissé dans ce comté. Il était également raisonnablement convaincu qu'elle retournait ses sentiments, et avait décidé de continuer à la courtiser. C'est pourquoi, avant même d'avoir remis un pied à Netherfield, il se trouvait à Longbourn ou il comptait la voir.

La maison était plus silencieuse que dans son souvenir.

Le majordome avait ouvert la porte en le voyant arriver et le conduisait à présent à un petit salon où il lui offrit un verre d'eau-de-vie. Bingley le vida d'un trait.

« Monsieur avait soif.

— Mon voyage était éreintant, répondit Bingley en riant.

— Monsieur a bien de la chance de pouvoir voyager comme il le souhaite. Les voyages sont, dit-on, formateurs. Ils offrent sans doute aussi du réconfort.

— Croyez-moi, Hill, je n'ai aucun besoin de réconfort.

— On ne sait jamais, Monsieur.

— Si vous le dites, Hill, dit Bingley en riant à nouveau. Pouvez-vous maintenant m'annoncer à Miss Bennet ?

— Miss Bennet n'est pas là, Monsieur. Tout le monde est sorti. »

Voilà qui expliquait le silence.

« Sont-ils en voyage ? »

Quelle déveine ce serait, d'être revenu alors qu'elle était ailleurs !

« Non, Monsieur, à l'église.

— Un mardi ?

— Pour le mariage, Monsieur.

— Oh. » Maintenant qu'il y songeait, Bingley se rappelait que, la dernière fois qu'il avait vu Jane, un cousin rendait visite aux Bennet et s'était montré très attentif envers sa soeur cadette.

« Est-ce Miss Elizabeth qui se marie ?

— Non, Monsieur.

— Oh. Une des demoiselles Bennet ?

— Oui, Monsieur.

— Laquelle ?

— Miss Bennet, Monsieur.

— Vous n'êtes pas clair, Hill. Quelle Miss Bennet ?

Miss Bennet, Monsieur. Désirez-vous un peu plus d'eau-de-vie ? »

Bingley resta un moment silencieux avant de répliquer sur un ton piteux.

« Mais… mais… je suis presque certain que c'est moi qu'elle aime !

— J'ai bien peur, Monsieur, que dans notre société l'on épouse pas toujours quelqu'un que l'on aime.

— Je croyais pourtant...

— Puis-je me permettre de dire à Monsieur que Miss Bennet a été fort attristé par votre départ ? Elle a beaucoup pleuré avant de se résoudre à accepter d'épouser Mr Collins.

— Collins ? Elle épouse Collins ?

— Oui, Monsieur, quoique la cérémonie n'ait pas encore dû commencer.

— Mais enfin, qu'a-t-elle pu trouver d'attrayant à cet imbécile ? Pourquoi le choisir, lui ?

— On agit de manière parfois étrange lorsque l'on est déçu, Monsieur. Il paraît que Mr Collins est promis à un avenir radieux grâce au soutien de sa bienfaitrice.

— Hill, je suis convaincu qu'elle n'est pas amoureuse de lui.

— Je partage votre opinion, Monsieur, mais cela n'a guère plus d'importance. »

Bingley se leva soudain et bondit vers la porte.

« C'est ce qu'on va voir ! Où se trouve l'église ? »

Hill l'avait suivi dans le vestibule et, après lui avoir remis son chapeau, lui désigna un chemin.

« Je vous souhaite bonne chance, Monsieur. Puis-je me permettre d'ajouter qu'à la place de Monsieur, je n'aurais pas attendu aussi longtemps avant d'agir ? »

Bingley n'entendit pas cette dernière remarque ; il était déjà parti.


Dans l'église de Longbourn, très peu de temps plus tard

« Jane, voulez-vous de prendre pour époux William—

— Non ! »

L'assemblée se retourna. Le célébrant fronça les sourcils. Bingley, haletant, se tenait dans le narthex.

« Je vous aime, Jane ! Vous ne pouvez pas épouser votre cousin alors que vous savez pertinemment que vous m'aimez ! »

Lady Lucas poussa un cri. Mrs Bennet réclama ses sels.

« Vous m'aimez, dites-vous ? dit Jane après avoir quelque peu recouvré ses esprits. Dans ce cas, pourquoi êtes vous parti sans même un adieu ?

— Je… je vous expliquerai cela plus tard.

— Trop tard. » Miss Bennet se tourna vers le célébrant.

« Elle ne peut pas épouser Collins, mon révérend ! s'écria Bingley.

— Pour quelle raison, jeune homme ?

— Parce que… nous sommes… déjà mariés. Et… elle porte mon enfant ! »

Les conversations qui se tenaient parmi les bancs augmentèrent encore de volume.

« Il ment ! s'écria Jane à son tour. Il ment, parce qu'il veut empêcher que ce mariage ait lieu, simplement parce qu'il m'aime et sait que je l'aime en retour !

— Jane ! couina Mr Collins.

— Jane, peut-être devrais-tu revenir sur ta décision, intervint Miss Elizabeth, que sa soeur avait choisie pour témoin.

— Il ne se passe pas un jour sans que tu ne me fasses cette suggestion, Lizzy. »

Collins jeta un regard noir à Elizabeth. Le célébrant s'éclaircit la gorge.

« Jane, voulez-vous prendre pour époux William, pour l'aimer fidèlement dans le bonheur ou dans les épreuves, tout au long de votre vie ?

— Je te l'interdis, Jane, cria Bingley, désespéré.

— Vous n'avez aucunement le droit de m'interdire quoi que ce soit ! s'offusqua Jane. Oui, je le veux. Oui, oui, oui !

— Une seule fois suffisait. »

Charle Bingley, pâle et défait, assista sans mot dire au reste de la cérémonie.


Un peu plus tard, à Longbourn

Tandis que les invités arrivaient pour la réception, Jane se demanda si elle n'avait pas agi de manière trop impulsive. Elle avait épousé Collins par dépit, et commençait à douter du bien-fondé d'une telle décision. Elle avait accepté demande en mariage de son cousin parce qu'elle croyait que Charles Bingley ne reviendrait pas, mais il était revenu. Jane espérait qu'elle ne venait pas de commettre la plus grosse erreur de sa vie. Les regards déçus que lui jetait Mr Hill venaient renforcer ses doutes.

Jane venait de sortir dans le vestibule afin de reprendre ses esprits lorsque Mr Bingley entra dans la maison. Il semblait si malheureux qu'elle en eut le coeur brisé, et elle courut vers lui..

« Charles ! Je suis désolée.

— Je le suis également, mon amour.

— Pourquoi êtes-vous parti ? l'implora-t-elle. Un mot aurait suffi à me faire patienter. Je vous aurai attendu des mois, des années. »

Bingley, en guise de réponse, la prit dans ses bras et la couvrit de baisers, qu'elle lui rendit. Leur étreinte se fit plus ardente, et nul ne sait jusqu'où la situation se serait enflammée si Mrs Bennet ne les avait pas rejoints dans le hall.

« Jane ! » s'écria-t-elle, et les amoureux se séparèrent prestement. Jane, rouge de honte, rejoignit sa mère, qui continua : « Vous n'êtes pas supposée agir de la sorte avant d'avoir donné à Mr Collins un fils ou deux.

— Non ! C'était un égarement passager, Maman. Je ne trahirai pas Mr Collins. Lui saura me donner la vie paisible que je souhaite. Oh, juste ciel ! s'écria-t-elle, en se frottant nerveusement les mains. Il va être furieux de voir que Mr Bingley est ici.

— Retournez donc auprès de Mr Collins, et laissez-moi faire, Jane. Votre mari ne s'opposera pas à la présence de Mr Bingley si ce dernier entre avec la maîtresse de maison. »

Jane s'exécuta, et une fois qu'ils firent seuls, Mrs Bennet s'adressa au jeune homme.

« Vous m'avez déçue. Pourquoi n'êtes-vous pas revenu plus tôt ? A choisir, j'aurais mieux aimé vous avoir pour gendre. Je suis à bout de nerfs à force d'entendre chanter les louanges de Lady Catherine ! »

Sur ces paroles, elle pénétra dans le salon au bras de Bingley et se dirigea tout droit vers Collins. Avant qu'aucun des deux messieurs ait pu dire quoi que ce fût, elle prit la parole.

« Mr Bingley souhaitait présenter ses excuses pour l'incident de tout à l'heure.

— Mon cher monsieur, did Collins en s'inclinant légèrement, je peux tout à fait pardonner votre réaction, qui est la conséquence naturelle d'une déception bien compréhensible. Moi-même, je fus fort malheureux pendant un temps, car je croyais que ma chère Jane était hors d'atteinte. Heureusement, je me trompais. C'est donc avec magnanimité que je vous pardonne votre fougue qui, je pense, peut être attribuée à votre jeunesse.

— Voudriez-vous m'en donner une preuve ?

— J'y suis tout à fait disposé, Mr Bingley. Que souhaitez-vous que je fasse ?

— Que vous alliez vous faire pendre !

— Comment osez-vous !

— Ce n'est pourtant pas trop demander. Vous m'avez volé Jane, le meilleur moyen de me prouver vos regrets est de la rendre veuve.

— J'exige que vous l'appeliez Mrs Collins !

— Jamais !

— Mr Bingley, dit Jane. Vous avez laissé échapper votre chance en novembre dernier. Venez, Mr Collins. Notre voiture est prête, il est temps que nous partions. »

Bingley, d'un oeil morne, regarda la voiture des Collins disparaître au bout de l'allée. Il soupira, puis s'en retourna à Netherfield, qu'il comptait quitter au plus vite. Si son valet de chambre faisait montre de son efficacité habituelle, ils seraient sur la route de Londres avant que le jour ne commence à tomber.

Quelques heures plus tard, une auberge entre Meryton and Londres

Une série de violentes averses avait empêché les Collins d'avancer autant qu'ils l'avaient prévu. Ne souhaitant pas continuer le voyage dans de mauvaises conditions, et soucieux du confort de sa jeune épouse, Collins décida de s'arrêter dans une auberge.

Par chance, une suite était encore disponible, et Mr Collins proposa à sa jeune épouse de se changer dans l'une des chambres tandis qu'il ferait préparer une collation et l'attendrait dans l'autre. Une domestique vint l'aider dans cette entreprise, et une fois qu'elle fut partie, Jane s'accorda un moment de réflexion. Elle regrettait de s'être mise en colère contre Bingley, mais était décidée à oublier le jeune homme afin de ne pas entraver ses chances de contentement dans son mariage avec Mr Collins. Ce dernier, quoi qu'il ne fût pas intelligent, n'était pas un mauvais homme. De plus, il lui était profondément dévoué, ce qu'elle ne pensait pas pouvoir dire de Bingley. Il l'avait quittée une fois déjà ; combien de temps se serait-il passé avant qu'il ne s'amourache d'une autre ? Un homme aussi inconstant, tôt ou tard, se serait montré infidèle.

Jane vérifia que sa robe de chambre la couvrait complètement, et se leva pour se rendre dans la pièce voisine. En entrant dans la chambre, elle ne put réprimer un cri d'angoisse. Mr Collins était assis sur une chaise, pieds et poings liés, et un homme en uniforme de la Milice lui faisait face. Il se retourna en entendant Jane.

« Ah, Mrs Collins !

— Mr Wickham, répondit-elle froidement. Puis-je vous demander ce qui vous amène ?

— Vous pouvez toujours demander, mais je ne compte pas vous répondre. »

La réponse de la jeune femme mourut sur ses lèvres, car à cet instant, la porte s'ouvrit avec fracas.

« Mr Bingley ! » s'exclamèrent trois voix à l'unisson.

Le jeune homme ne retourna pas cette salutation, mais bondit sur Wickham. Après une courte lutte, l'officier fut projeté au bas des escaliers, après quoi l'on entendit un cheval partir au galop : l'homme avait pris la fuite vers Londres.

Dans la chambre, chacun reprenait peu à peu ses esprits.

« Oh, Charles ! Etes-vous blessé ? J'ai eu si peur pour vous !

— Je vais bien, Jane.

— Vraiment ? dit-elle tout en inspectant son visage du regard et des mains.

— Vraiment. » Ayant dit cela, il l prit dans ses bras et l'embrassa. L'embrassa encore. L'aurait embrassée une troisième fois s'ils n'avaient pas été interrompus par un toussotement.

« Arrêtez d'embrasser ma femme et détachez-moi !

— Non. » Bingley entreprit alors de conduire Jane dans l'autre chambre, mais cette dernière s'était ressaisie et, se dégageant, rejoignit son mari et entreprit de le détacher. Une fois libre, son premier geste fut de sauter sur Bingley et de lui asséner un coup de poing. Ne s'attendant pas à cela, le jeune homme tomba à terre.

Collins ne semblait pas disposé à en rester là, et l'amoureux éconduit aurait passé un fort mauvais quart d'heures la porte ne s'était pas à nouveau ouverte sur un duo improbable.

« Jane !

— Bingley !

— Mr Darcy ? Je vous croyais à Londres en compagnie de votre estimable tante. Que fait ma cousine Elizabeth avec vous ? »

Jane, maintenant que l'attention de Collins s'était détournée, s'était rapprochée de Bingley, sur la joue duquel elle appliquait tendrement un mouchoir imbibé d'eau fraîche tandis que les nouveaux venus s'expliquaient sur leur présence.

« J'avais entendu dire que Bingley était reparti pour le Hertfordshire, et je l'y ai suivi.

— Il cherchait à nouveau à te séparer de son ami ! dit Miss Bennet en lançant un regard mauvais à Mr Darcy.

— Je suis arrivé à Longbourn peu après votre départ. Miss Bennet était inquiète pour sa soeur, et je lui ai proposé de se joindre à moi.

— Je voulais être sûre qu'il ne t'enlève pas encore une fois Mr Bingley.

— Vraiment, chère cousine, vous devriez cesser ces enfantillages. Vous avez fait tout ce qui était en votre pouvoir pour me séparer de votre soeur. Votre entreprise a échoué, vous devriez concéder votre défaite et cesser dans vos tentatives avant de vous rendre complètement ridicule.

— Jamais !

— Hourrah ! »

Cette interjection fit se retourner Collins vers Bingley—et Jane.

« Mrs Collins ! Un peu de tenue, je vous prie ! Sortez des bras de cet homme !

— Vous l'avez blessé ! » répondit-elle d'un ton outré sans bouger d'un fil.

Collins rougit et ouvrit la bouche—mais rien n'en sortit sinon un râle. Quelques instants plus tard, il s'effondra, et la perplexité fit place à l'inquiétude. Jane, assistée de sa soeur et de Mr Darcy, s'employa de son mieux à faire reprendre ses esprits à son époux, mais rien n'y fit. Mr Collins mourut d'une attaque après moins d'une demi-journée de mariage.


Dans l'église de Longbourn, un an et un jour plus tard

L'année fut riche en évènements. Mr Bingley s'était installé à Netherfield et avait passé le plus clair de son temps à Longbourn. Mr Darcy lui avait souvent rendu visite, dans le but avoué de gagner le coeur et la main de Miss Bennet, ce en quoi il avait été victorieux. Le premier enfant des Darcy verrait le jour dans quelques mois. Quant à Bingley, il était parvenu à prouver sa constance à Mrs Collins, et sa persévérance avait été couronnée de succès. Ils se faisaient maintenant face au pied de l'autel, en présence du recteur de Longbourn. Cette cérémonie fut beaucoup plus paisible que celle qui s'était tenue un an plus tôt.

Assis dans le fond de l'église, Hill sourit.