Trois jours ont passé depuis le début de leur cavale dans le désert. Galen et Rhùndal n'avait rien bu ni mangé depuis. S'ils ne trouvaient pas quelque chose à temps, ils succomberaient très bientôt, et le sable deviendrait leur dernière demeure. Les rayons tapants du soleil n'arrangeaient pas les choses. Par miracle, ils trouvèrent une minuscule oasis au pied d'un gigantesque rocher en forme de pique. Leur soif était si immense qu'ils vidèrent la quasi-totalité de l'eau. Maintenant ravitaillés, en partie du moins, ils se reposèrent quelques instants à l'ombre. Quand tout à coup, Rhùndal sentit quelque chose lui piquer la fesse gauche. Ce qu'il découvrît en creusant le sable le laissa confus, contrairement à Galen.
– Un squelette de poisson ? s'interloqua Rhùndal. Mais qu'est-ce que ce machin fabrique en plein milieu du désert ?
– C'est normal, mon vieux, expliqua Galen. Ce que tu tiens dans tes mains est la preuve qu'autrefois il y avait de l'eau ici, beaucoup d'eau ; l'océan même si ça se trouve. Au fil du temps, les plaques tectoniques de notre planète se sont déplacées grâce à la force gravitationnelle présente dans l'univers, créant ainsi la dérive des continents. De nouvelles terres sont apparues, de nouvelles mers se sont ouvertes tandis que d'autres se sont refermées et ainsi de suite. Et c'est comme ça que le monde a la forme qu'on lui connaît.
Mais lorsqu'il jeta un coup d'œil vers l'ancien monslave, Galen n'y lut que l'incompréhension sur la mine qu'il affichait.
– Toi, t'as rien compris de ce que j'ai dit, conclut-il d'un air ennuyé.
– J'te croyais être un des plus grands sorciers d'Alysia. Pas un prof de science-géo.
– La magie requiert parfois certaines connaissances en science, Rhùndal. Tu penses peut-être que j'ai créé mes armées de dragonites à l'aide d'un simple coup de baguette magique ?
– Eh bah tiens, tant qu'on parle de magie, pourquoi ne t'es-tu pas servi de tes pouvoirs pour nous sortir directement de taule, hein ? S'écria Rhùndal sur un ton de reproche.
– Parce qu'ils m'ont injecté de l'antimag, j'te l'ai déjà dit ! rétorqua Galen. Et avec leur dernière formule mise au point, il faut compter au moins quinze jours avant que je ne récupère tous mes pouvoirs !
Hébété par ce qu'il venait d'entendre, les yeux de l'ex-monslave s'écarquillèrent.
– …Quinze jours ? se lamenta-t-il.
Galen ne répondit rien. Rhùndal n'était pas réputé pour être quelqu'un de très patient. L'attente finissait parfois par le rendre dingue. Mais il décida de changer de sujet.
– Au fait, Galen, où comptes-tu aller maintenant que t'es libre ?
– Je vais à Orchidia.
– À Orchidia ?! Mais t'es complètement dingue ?! Tu veux te jeter dans la gueule du loup ?
– Absolument, ironisa-t-il indifféremment.
– Hey ! J'te signale que nos têtes sont mises à prix depuis qu'on s'est évadé ! Arrivés là-bas, on aura toutes les chances de se faire prendre ! T'as pensé à ça ?
Galen fixa intensément son compagnon de cavale en affichant un rictus provocateur, puis lui répondit narcissiquement :
– Mais je ne t'oblige pas à venir avec moi, Rhùndal. Tu es tout à fait libre d'aller où tu veux. D'ailleurs, si tu pouvais t'en donner la peine, ça me ferait des vacances. Rien qu'à te regarder tu me rends malade.
D'ordinaire, Rhùndal lui aurait cassé la figure et briser pas mal d'os pour avoir osé lui parler ainsi, comme il l'avait déjà fait avec d'autres. Il aurait pu le faire sans problème puisque Galen n'avait plus ses pouvoirs. Mais l'ex-monslave y renonça très vite, ne voulant pas lui offrir ce plaisir. Rhùndal était une brute meurtrière, certes, mais il lui arrivait de se contrôler et de faire le bon choix. Il fit donc comme si de rien n'était.
– T'as raison, répondit-il. Je suis libre d'aller où je veux. Mais dans ce désert, je ne risque pas de trouver mon chemin. Je vais te suivre jusqu'à ce qu'on en sorte, et après, Bye Bye Amigo !
Sur ce, ils se remirent en marche sans plus tarder. Rhùndal se demandait pourquoi Galen souhaitait tant rejoindre Orchidia. La réponse viendrait probablement après. Nos deux fuyards continuèrent leur périple dans le désert jusqu'à la tombée de la nuit.
Beaucoup plus loin
La nuit recouvrait déjà la voûte céleste au-dessus de la cité d'Orchidia qui commençait à s'endormir. C'était aussi l'heure pour deux jeunes princesses d'aller dormir. En tant que princesses, elles avaient des heures de sommeil à respecter pour ne pas être fatiguées le lendemain. Leur mère, la Reine Adeyrid, venait tous les soirs pour les mettre au lit et leur souhaiter une bonne nuit. Une tâche qui était auparavant confiée aux domestiques du palais. Mais depuis peu, la reine avait changé le protocole, et ce par amour pour ses enfants. Elle les aimait de tout son cœur parce qu'elles les rendaient heureuses, et ce depuis le jour où elle les avait eu. Jadina, la cadette, et Ténébris, l'aînée, toutes deux âgées de sept ans. Adeyrid les aimait tellement qu'elle avait réorganisé le temps qu'elle consacrait à ses devoirs royaux afin de pouvoir passer le plus de temps possible auprès de Jadina et Ténébris, à jouer et à s'occuper d'elles jusqu'au dernier moment de la journée, comme toute mère tendre.
– Maman, maman, demain on pourra cuisiner des macarons ensemble ? demanda joyeusement Jadina.
– D'accord, Jadina. Je demanderai aux domestiques d'acheter les ingrédients qu'il nous faut pour la préparation, répondit Adeyrid avec un doux sourire avant de faire un bisou sur le front de sa fille cadette.
La reine remarqua que sa fille aînée lui tournait le dos vers la fenêtre. Dans ses yeux tristes brillaient les étoiles et les deux lunes d'Alysia. Inquiète, Adeyrid vint s'asseoir près d'elle et lui caressa doucement les cheveux.
– Ténébris, mon ange, pourquoi as-tu l'air si triste ?
– Je veux revoir mon papa, répondit-elle d'une voix mélangée de tristesse et de fatigue.
– Mais il était avec nous pour dîner, comme à chaque soir.
Les yeux suppliant de Ténébris croisèrent ceux de sa mère.
– Non, je veux mon vrai papa.
Adeyrid poussa un soupir mélancolique. C'était un sujet sur lequel Ténébris était très sensible. Et malgré le nombre de fois à essayer de la réconforter pour qu'elle aille de l'avant, rien n'y faisait. La jeune princesse à la chevelure ténébreuse considérait toujours Darkhell comme son unique et véritable père, et ne le renierait jamais de son cœur. Adeyrid rendit un regard désolé à sa fille aînée et lui caressa la joue.
– Ténébris… nous en avons déjà discuté. Ce ne sera jamais possible et tu le sais bien, lui expliqua-t-elle en essayant de ne pas la blesser.
Mais, le regard empli de désespoir, Ténébris se détourna. Craignant de la voir tomber en larmes, sa mère l'enlaça dans ses bras, espérant pouvoir la réconforter. Ténébris lui rendît son étreinte. Elle aimait sa famille, mais son père lui manquait terriblement, et elle souhaitait tant qu'il puisse être là pour que toute sa famille soit complète. Adeyrid pensait que sa fille aînée ne prenait pas conscience de la dangerosité que représentait Darkhell, surtout depuis ce jour où il lui avait volé son premier enfant. Elle espérait que Ténébris puisse l'oublier et comprendre qu'elle avait la seule famille qu'elle méritait.
– Allons, n'y songe plus, et fais de beaux rêves.
Ténébris lui adressa un léger sourire de remerciement. Elle s'allongea tandis que sa mère ramena la couverture sur elle. Adeyrid embrassa une dernière fois ses enfants puis se dirigea vers la porte.
– Dormez bien, mes trésors, dit-elle en éteignant la lumière.
– Bonne nuit maman !
– Bonne nuit maman.
Sur ce, elle referma la porte de la chambre, laissant Jadina et Ténébris s'endormir paisiblement. Imitant sa sœur cadette, Ténébris ferma les yeux sous la lumière des étoiles, sans se douter que son père allait bientôt rentrer.
A suivre…
Pour cette histoire, je me suis permis de modifier le caractère d'Adeyrid pour en faire une mère aimable et plus attentionnée que dans la bande dessinée.
