Trouver à manger, c'était la seule pensée qui occupait leur esprit. Galen et Rhùndal étaient affamés. Leur ventre ne cessait de crier famine. Ils sentaient leurs forces les abandonner. Par miracle, ils atteignirent juste à temps la première ville qui se trouvait sur leur route : Eisleymos. Au grand malheur de Rhùndal qui s'était juré de ne plus jamais remettre les pieds dans cette ville corrompue qui avait été plus une cage qu'une maison pour lui. Nos deux taulards évadés entrèrent dans Eisleymos en essayant de ne pas se faire reconnaître. Avant toute chose, ils devaient trouver de quoi se remplir l'estomac. Ils ont donc d'abord commencé par voler des fruits frais et du pain dans des stands du marché de la ville. Galen ne voulait pas commettre de vol. Mais il n'avait pas le choix. Il ne supportait plus la famine qui risquait de le faire succomber. Tous les deux se cachèrent ensuite dans une ruelle isolée puis dégustèrent leur festin. C'était un vrai soulagement. Une fois ravitaillés, ils s'aventurèrent dans les rues de cette Babylone alysienne, à la recherche de ce dont ils auraient besoin pour continuer leur cavale.

– Qu'est-ce qu'on vient faire ici ? grogna l'ancien monslave, qui fut le premier à parler depuis leur entrée à Eisleymos.

– D'abord nous débarrasser de nos tenues de prisonniers, répondit Galen. Afin qu'on puisse passer inaperçus pour le reste du voyage. J'ai un plan pour ça.

– Et peut-on savoir lequel, monsieur le génie ?

– Regarde.

Galen indiqua une taverne avec une affiche accrochée au mur (le genre d'affiche publicitaire à mi-chemin entre sport de combat et produit ménager), invitant les gens à venir assister ou participer à un tournoi de bras de fer. D'après ce qu'il y est écrit, les gagnants sont bien récompensés.

– On va s'inscrire dans ce tournoi de bras de fer illégal, reprit Galen. On va jouer l'un contre l'autre en faisant croire qu'on ne se connaît pas. Comme ça, même si un de nous deux perd la partie, on est sûr de gagner de l'argent.

L'ancien monslave approuva l'idée, tant que ça ne consistait pas à se battre à mort contre des monstres. Galen et Rhùndal s'inscrivirent donc au tournoi de bras de fer. Leur duel truqué fonctionna comme sur des roulettes face aux spectateurs qui ne se doutèrent de rien. Personne ne semblait se poser de questions sur leurs tenues de prisonnier ni reconnaître les deux taulards en fuite. Tous sauf un malin qui était prêt à tout pour toucher la récompense offerte à ceux qui dénoncent les criminels recherchés. Ce dernier, un petit rondouillard rouquin à barbiche et à la coiffure abominable qui lui donnait une allure de poireau sortit en douce de la taverne pour prévenir les gardes de la cité. La partie finie, Galen et Rhùndal gagnèrent suffisamment de kishus pour se payer tout ce dont ils auraient besoin pour poursuivre leur cavale à travers Alysia.

– Le tour est joué ! T'es trop fort, Galen ! s'exclama Rhùndal.

– Mouais. T'as quand même failli me casser le bras.

– Eh. On a l'oseille. C'est ce qui compte.

Direction le marché aux puces. Tous les deux trouvèrent facilement un marchand de vêtements d'occasion. Galen prit un pantalon qui avait perdu ses couleurs à force d'être sali et un gilet noir à manches courtes. Une tenue typique de paysan. Rhùndal quant à lui ne prît qu'un pantalon en cuir accroché par une sangle autour de l'épaule. Soudain, une conversation venant de quelques mètres plus loin parvint jusqu'aux oreilles de Galen.

– Ah j'vous jure. Je suis persuadé que c'était Darkhell. Il était accompagné d'un monstre bodybuildé qui, si ma mémoire est bonne, a été un temps monslave ici.

Il reconnût soudain dans la foule un visage familier qu'il avait déjà aperçu au tournoi : le type rondouillard de tout à l'heure qui revenait accompagné de gardes.

– Change-toi vite, Rhùndal. Je crois que notre présence a été signalée.

Se dépêchant d'enfiler leurs habits de rechange, ils prirent la fuite le plus loin possible, en prenant soin de jeter au passage leurs tenues de prisonnier dans un bac à ordures. Ils n'avaient plus rien à faire à Eisleymos. Dans sa précipitation, Galen faillit renverser un petit jaguarian au pelage rouge qui se faisait tiré par des chaînes.

– Hop là ! Excuse-moi mon petit.

Eh oui, il venait de s'excuser. Chose que l'ancien Sorcier Noir n'aurait jamais fait des années auparavant.


Pendant ce temps à Orchidia

Anetha, la fidèle suivante de la Reine Adeyrid, talonnait dans les grands couloirs du palais à la recherche de sa souveraine. Elle finit par la retrouver dans les cuisines, en compagnie de ses deux filles. Adeyrid enseignait à Jadina et Ténébris la recette des macarons. Chacune d'elles participait à la préparation en s'occupant d'une étape. L'entrée soudaine d'Anetha ne passa pas inaperçue aux yeux de la reine, et encore moins l'expression anxieuse sur son visage, indiquant qu'elle n'avait pas de bonnes nouvelles à apporter.

– Navrée de vous importuner, votre altesse, mais des messagers de la prison Barek sont venus vous porter un message de la plus haute importance, dit Anétha en tendant le rouleau à la reine.

Lorsqu'Adeyrid lut le contenu du message, elle pâlit en apprenant la terrible nouvelle : l'homme qu'elle redoutait le plus au monde courait actuellement dans la nature. Elle craignait que ce jour n'arrivât. La joie qu'elle éprouvait il y a une minute à peine disparut pour laisser place à un profond sentiment d'angoisse. Adeyrid posa le regard sur Jadina et Ténébris s'amusant à cuisiner des macarons. Leur cœur battait de joie, tandis que celui de leur mère battait d'angoisse. Adeyrid s'inquiéta pour ses enfants, de ce qui pourrait leur arriver, et plus particulièrement pour Ténébris.


Avez-vous reconnu le petit jaguarian que Darkhell bouscule accidentellement ? ;)