Imaginez-vous un matin comme celui-là : vous ouvrez les yeux, allongé(e) dans votre lit douillet qui vous paraît plus confortable que la veille, et la couverture plus soyeuse. Vous ressentez encore une profonde fatigue. Mais une douce fatigue des plus agréables qui vous incite à refermer les yeux pour profiter de ce moment. Le soleil levant éclaire votre chambre dans une belle lumière qu'on ne voit qu'au matin. On a tous connu ce genre de réveil calme et paisible lors de grasse matinée. Un réveil comme celui-là, Galen n'en avait pas connu depuis des décennies. Il profita de ce très rare moment de tranquillité une heure ou deux avant de se lever. Dehors, le passage de la rosée du matin était bien visible au soleil faisant briller l'humidité recouvrant la végétation. Galen aimerait bien faire un tour dehors pour sentir l'herbe fraîche sous ses pieds ; une autre chose agréable qu'il n'avait jamais eu l'occasion de faire. Discrètement, il sortit de la chambre en prenant soin de refermer délicatement la porte derrière lui avant de descendre au rez-de-chaussée. Mais arrivé en bas, il eut la surprise de tomber sur Qwato. Ce dernier, remarquant sa présence, lui sourit.
– Oh tiens, monsieur Galen. Je ne m'attendais pas à vous voir levé de si bonne heure.
– Et vous, qu'est-ce que vous faîtes debout à cette heure-ci ?
– Je vais remplir le réservoir d'eau. Chaque soir avant de me coucher, j'installe des bassines à l'extérieur pour récolter l'eau de pluie qui tombe durant la nuit. L'eau potable qu'on boit vient directement de là.
– Fadaise, surgit Rhùndal.
Les deux hommes firent volte-face vers l'ancien monslave qui se tenait appuyé contre l'entrée de la cuisine, fixant l'ermite d'un air hostile, ce qui n'augurait rien de bon.
– Moi je dis qu'il cherche sûrement à filer en douce pour aller prévenir les Faucons d'Argent, poursuivit-il en s'approchant de Qwato, de façon à l'empêcher d'aller où que ce soit.
– Quoi ? Voyons c'est absurde, répondit ce dernier d'un air perplexe.
« Ça y est, on est foutu. » pensa Galen.
L'agressivité discernable à travers les yeux de l'ancien monslave était comme celle d'une bête féroce prête à se déchaîner sur sa cible, n'attendant plus qu'à être libérée pour commencer le carnage. Ses mauvaises intentions vis-à-vis de leur hôte étaient certaines. Quelle mouche l'avait piqué ? La paranoïa de ce pauvre imbécile était en train de leur attirer des problèmes. Craignant le pire, Galen intervint :
– Puis-je savoir ce qui te prend, mon vieux ?! demanda-t-il en fronçant les sourcils.
– J'n'ai pas fermé l'œil de la nuit car je me doutais bien que l'un d'entre eux irait s'éclipser pour nous dénoncer, répondit Rhùndal sans quitter l'ermite des yeux.
– Mais enfin pourquoi pensez-vous une telle chose ? Je n'ai pas du tout l'intention d'aller prévenir qui que ce soit, se défendit Qwato.
– Coucher, Rhùndal.
Ce fût la première erreur que Galen commît. N'ayant pas du tout apprécié qu'on lui dise ça, l'ancien monslave se tourna vers son compagnon en lui jetant une expression des plus hostiles.
– Toi, je te déconseille de me parler comme si j'étais un animal ! Compris ?! lui rétorqua-t-il violemment en le pointant du doigt.
– Qu'est-ce qui te prends à la fin ? Les gens chez qui nous sommes nous ont logé, ravitaillés et bien traités ! Pourquoi voudrais-tu qu'ils nous trahissent ?
– Je ne leur ai jamais fait confiance ! C'est la règle numéro 1 quand on se fait la malle, Amigo : ne faire confiance à personne ! Ils savent qui on est, j'en suis sûr !
– T'as aucune preuve de ce que tu insinues, pauvre taré !
– Rien à faire. Je ne partirai pas d'ici tant que je ne lui aurai pas fait la peau à notre bonhomme de la forêt, et à toute sa famille si eux aussi sont impliqués, dit Rhùndal en reportant son regard sur l'ermite.
Suite à cette menace, Qwato prit peur et recula d'un pas. Le visage de Galen s'intensifia sur celui de son compagnon de cavale.
– Si tu crois que je vais te laisser faire une chose pareille… rétorqua-t-il.
Rhùndal se tourna de nouveau vers lui, un sourire cynique figé sur ses lèvres, et répondit :
– C'est hyper curieux de t'entendre dire ça, surtout quand on sait combien de morts et combien de massacres tu as commis. C'est pas vrai ça, Darkhell ?
Suite à cette appellation, la crainte de Qwato s'intensifia. Des sueurs froides se formèrent maintenant qu'on lui avait révélé qui était en vérité l'homme qu'il venait d'abriter chez lui.
– Darkhell… ? Vous… Vous êtes Darkhell ? balbutia-t-il alors qu'il commençait à trembler.
Galen ne sut quoi répondre alors qu'il voyait l'angoisse grandissante de son hôte qui savait maintenant qui il était réellement. Qwato ne leur ferait plus confiance, ça c'était certain. Galen comprit dès lors qu'ils étaient complètement foutus. Mais le pire pouvait encore être évité. Soudain, Rhùndal le bouscula par terre et souleva brusquement Qwato par le col.
– Rhùndal, NON ! s'écria Galen en se relevant pour l'arrêter.
Il tenta de lui faire lâcher prise par tous les moyens, mais Rhùndal restait physiquement plus fort. Tandis que l'ancien monslave se débattait, Galen le griffa au visage, espérant que cela le forcerait à lâcher l'ermite terrorisé. Rhùndal recula avec la vitesse et la puissance d'un taureau et percuta Galen contre le mur tout en lui infligeant un gros coup de coude dans le ventre (et je peux vous dire que ça fait hyper mal). Écroulé par terre, Galen se recroquevilla tant la douleur était atroce. Il était incapable de se relever pour le moment. Sa tentative pour porter secours à Qwato avait échoué.
L'agitation qui se déroulait dans le salon parvint jusqu'à la famille de Qwato. À leur tour, Terra, Loula et Bidou arrivèrent sur place pour découvrir avec horreur la scène qui se déroulait sous leur yeux.
– QWATO !
– Papa !
– Tout le monde au coin du mur, sinon je lui tords le cou ! Allez, plus vite que ça ! ordonna Rhùndal en plaquant l'ermite sous son coude, prêt à lui briser la nuque.
La barbarie qu'il démontrait prouvait qu'il était prêt à commettre cet acte de sang froid sans la moindre hésitation. Pris de panique, Terra et les enfants obéirent immédiatement. Se recroquevillant contre le mur, Terra serra ses enfants contre elle pour les protéger. Qwato pouvait les voir pleurer de peur. Mais les sanglots de la petite Loula étaient très bruyants, ce qui agaçait les oreilles de Rhùndal.
– Dis-lui de la fermer ! Tout de suite ! ordonna-t-il à Terra.
Terra fit de son mieux pour rassurer sa fille qui ne cessait de pleurer. Mais qu'est-ce qu'un enfant pourrait ressentir d'autre face à une telle scène où la mort est proche, si ce n'est de la peur. Une fois que Loula eut cessé de pleurer, Rhùndal reporta son attention sur Qwato, qu'il maintenait toujours sous son coude.
– Alors, espèce de saligaud, t'allais nous balancer aux Faucons d'Argent ?! Hein ?! Avoue-le !
– Non, j'vous jure que non ! répondit-il d'une voix étranglée.
– Mais c'est qu'il ment, le papounet ! Tu veux jouer au plus malin avec moi ?!
Le regard de Rhùndal se posa alors sur Bidou et Loula, fermement serrés dans les bras de leur maman. Des traces de leurs larmes s'étaient formées sur leurs joues. L'ancien monslave leur adressa une fausse mine sympathique qui changea vite en un sourire sadique.
– Eh, les petits loups, vous avez déjà vu une personne morte ? …Non ? Et ça vous dirait pas d'en voir une ?
Alors qu'il attendait une réponse de Bidou et Loula, Rhùndal fronça les sourcils, perdant au passage son ignoble sourire, lorsqu'il s'aperçut que Terra portait son attention sur ce qui se passait derrière lui. Dès qu'il fît volte-face, PAF ! Il reçut un coup très dur en pleine figure, sans avoir eu le temps de voir le coup venir ni de voir que c'était Galen qui l'avait frappé avec une plaque de marbre rectangulaire suffisamment épaisse. Le coup fût assez puissant pour briser le nez de l'ancien monslave et lui faire lâcher prise. Qwato se hâta de rejoindre sa famille. Le visage tordu par la douleur, Rhùndal poussait des cris tout en couvrant son nez qui saignait à flot. Galen saisit l'occasion pour assommer son compagnon de cavale d'un autre coup tout aussi violent qui le fît s'effondrer par terre. Galen se jeta ensuite au-dessus de lui puis commença à le frapper sans répit jusqu'à ce qu'il soit totalement neutralisé. Malgré le fait que Rhùndal restait physiquement plus fort, Galen était plus rapide dans ses gestes, ne laissant ainsi au monslave pas une seule seconde pour réagir. Il le frappa continuellement à la tête à un rythme effréné et avec une telle férocité que chaque coup porté faisait sursauter la famille qui assistait à l'horrible scène. Le sang giclait à chaque coup, dessinant une énorme tâche sur la plaque de marbre. Galen avait conscience de la brutalité qu'il employait, mais Rhùndal devait être neutralisé à tout prix.
Puis ce fut trop : Galen s'arrêta ici car il ne voulait pas le tuer. Marquant une pause pour reprendre son souffle, il laissa tomber la plaque à côté de lui et observa les conséquences de ses actes. Galen lui avait brisé la mâchoire ainsi que fracassé une partie du crâne, laissant un gros creux sur la tempe de l'ancien monslave, signifiant que son cerveau avait également subi un choc. Rhùndal vivrait mais risquerait fort de devenir un vrai légume pour le restant de ses jours. Si seulement ils avaient pu éviter d'en arriver là. Rassemblant ses forces, Galen se releva. Voulant savoir si les autres allaient bien, un horrible sentiment de honte l'envahit au moment où son regard croisa celui de ses hôtes apeurés tourné vers lui. Galen leur renvoya un air désolé. Mais le principal était que ce dramatique accident était réglé et que personne n'était mort ni blessé. Conscient qu'il venait de perdre la confiance de ces gens, il tenta au moins de les rassurer.
– Tout va bien maintenant, dit-il à demi-voix. Ne vous en faîtes pas. Je vais partir d'ici et- *toux*
Ça recommençait. Une nouvelle quinte de toux fit irruption, l'interrompant en pleine phrase. Comme la fois dernière, Galen se mît à tousser subitement puis de plus en plus gravement. Sauf que cette fois, il ne cracha pas seulement du sang, il en coulait également de ses narines. Galen fût si choqué en découvrant cela qu'il ne remarqua même pas que Qwato avait profité de son hémoptysie pour s'emparer de la plaque de marbre et l'assommer à son tour. Puis ce fût le vide total.
Lorsqu'il rouvrît les yeux, Galen avait les mains ligotées à un anneau de fer dans une grange. Aucun signe de Rhùndal. Si Qwato l'avait enfermé là, c'était sûrement pour le retenir captif temporairement en attendant qu'on vienne l'arrêter. Les cordes qui le retenaient devaient être faciles à rompre. Galen commença par les mordre avec ses dents, mais le résultat ne fût pas convaincant. Le tout pour le tout, il courba ses mains puis tira dessus le plus fort possible dans l'espoir de les faire glisser. Mais ce n'était pas sans avoir mal. La corde attachée efficacement frottant sur sa peau causait une brulure pénible. Soudain, il entendit du bruit. À travers une fine ouverture entre deux planches de bois, il distingua ce qui se passait dehors : les Faucons d'Argent étaient là, emmenant Rhùndal dans un cagot métallique servant pour le transport de prisonniers.
– Aller, le monstre, on rentre à la maison. On t'a préparé une belle cellule toute neuve.
C'est alors qu'il aperçut Qwato en train de discuter avec un homme qui semblait être le capitaine des Faucons d'Argent. Ce dernier lui demanda :
– Où est Darkhell ?
– Je l'ai attaché dans la grange, répondit l'ermite.
– Parfait. Venez les gars ! Allons le cueillir !
Le capitaine prit la quasi-totalité de son bataillon avec lui en direction de la grange. Entrant en état de panique, Galen redoubla d'effort pour se défaire des cordes qui le maintenaient. L'insupportable douleur des cordes irritant sa peau lui faisait souffrir le martyr. De plus, à force de devoir courber ses mains, il craignait une dislocation. Mais il n'avait pas d'autre choix s'il désirait se libérer et fuir d'ici au plus vite. Poussant des gémissements grinçants, Galen tirait de toutes ses forces, encore, encore, et encore…
Ça y est ! Enfin délivré ! Mais ça ne s'arrêtait pas là. Il devait à présent trouver rapidement une issue. Les Faucons d'Argent n'étaient plus qu'à quelques pas de la porte. Que faire ? …Là-haut, une fenêtre ! Galen se dépêcha de grimper l'échelle menant à la mezzanine du dessus. Dans sa précipitation incontrôlée, il enleva le petit crochet servant de fermeture puis ouvrît la fenêtre en grand pour y passer à travers et sauta sans hésiter. Une fois dehors, Galen s'enfuit le plus vite possible dans la forêt, sans se retourner une seule fois pour voir si on le suivait. Notre fugitif disparut dans la nature. A mesure qu'il courait, les bruits de ses pas étaient aussitôt couverts par les chants d'oiseaux.
À suivre…
Dans le chapitre suivant, Galen va faire la rencontre d'un mystérieux personnage.
Et Joyeux Halloween à tous !
