20 ans après la mort de Galen

Une légère brise venait caresser une vaste plaine entourée de la forêt en ce début de soirée. Libre de toute présence humaine, la nature y continuait son éternel cycle de vie. Un lieu de paix et d'harmonie, loin de la folie des hommes. Pourtant, là où la vie abondait, le souvenir de la mort pesait considérablement en ce lieu. Même si la nature y régnait en maître, cet endroit abritait le deuil pour certains. C'est en ce même lieu que repose Galen, celui qu'on appelait Darkhell le Sorcier Noir. Il fût enterré à l'endroit même où il avait succombé des suites de son cancer. Les historiens d'Orchidia avaient pris un malin plaisir à relater ce qui s'était passé en mettant en valeur le fait que Galen soit mort dans les bras de la Reine Adeyrid. Depuis son décès, la reine et ses deux filles venaient se recueillir une fois par mois devant sa tombe pour lui rendre hommage. Des hommages qui se sont fait de plus en plus rares depuis que les deux princesses d'Orchidia ont abandonné leur vie royale derrière elles, préférant le parfum de l'aventure. Heureusement, Galen ne fût jamais oublié.

Une grande et magnifique femme vint déposer un bouquet de fleurs au pied de la pierre tombale où il y avait marqué : Ici repose Galen, père de famille. Inspirant une bouffée d'air frais, Ténébris se recueillit devant la tombe de son défunt père, dans le silence respectueux de la dernière demeure où reposent les morts. Elle ne saurait dire combien de fois elle avait prié les dieux d'Alysia d'accorder leur pardon à son père. Restant debout pendant un long moment, se remémorant chaque bon moment passé avec lui, pour finir sur le triste souvenir de sa mort.

Que tirer de cette tragédie ? Une importante leçon sur la vie. Une leçon que sa mère lui a transmise, et elle fera tout pour la transmettre au monde, pour qu'à leur tour les gens puissent comprendre l'importance de donner une seconde chance à ceux qui sont capables de reconnaître leurs torts. Sauver des vies fait partie du devoir de Ténébris en tant que justicière, mais pas que ; montrer l'exemple afin d'éviter aux gens de s'égarer et de commettre des erreurs en fait également partie. Elle le ferait au nom de la justice et pour l'honneur de son père. Alysia connaîtra de quelle façon le tristement célèbre Darkhell a acquis la volonté de faire le bien, et comment il a réussi à prouver sa valeur. Ainsi, elle déclarera devant le monde entier qu'elle est fière d'être sa fille, et que jamais elle n'aurait voulu d'un autre père que lui.

Essuyant du revers de la main une larme qui coula sur sa joue, Ténébris eut un sourire ému. Se sentant de nouveau digne et déterminée, elle eut une pensée forte pour son père, espérant que de là où il était celui-ci pouvait ressentir tout l'amour qu'elle lui portait. Un amour qui ne faiblirait jamais. Elle qui ne l'avait jamais vu comme un meurtrier, savait qu'il serait toujours présent dans son cœur.

Ténébris quitta la dernière demeure de son père, le laissant se reposer, et partit rejoindre sa famille. Il était temps de reprendre la route. Les Légendaires l'attendaient auprès de leurs montures. Ils étaient aujourd'hui sa nouvelle famille. Tout le monde était là. Sa sœur Jadina, mais aussi Shimy, Gryf, Danaël, et Razzia. Ensemble, ils repartirent vers de nouvelles aventures. Alysia avait besoin d'eux. Leur histoire attendait d'être écrite.


Le soleil continuait son lent déclin sur la plaine silencieuse. Une silhouette se présenta devant la tombe de Galen. Une personne que le père de Ténébris n'avait rencontré qu'une fois au cours de son périple. Un individu qui connaissait sa douleur. Habillé d'un manteau noir, portant dans sa main griffue un bagage servant à transporter une guitare, silencieux comme un jour d'enterrement, le mystérieux Jonik-Ash s'assied sur un rondin de bois posé en face de la pierre tombale. Les mains jointes, le vieux jaguarian fixa de ses yeux fatigués l'inscription sur la tombe. À le voir, ce fût comme une intime conversation silencieuse venant de s'établir entre un mort et un être mystique. Il repensa au calvaire de cet homme. Car, d'une certaine façon, il avait tout vu. Il fut présent ce jour-là ; le jour où Galen avait rendu son dernier souffle. Mais aux yeux des simples vivants, sa présence serait indescriptible. Il était là, sans être là.

La légère brise du crépuscule s'était rafraîchie. Jonik-Ash inspira cet air qui lui était agréable, car c'était la dernière chose qu'il pouvait sentir avant de disparaître. Car oui, son heure lui était comptée. Galen avait trouvé la paix, et Jonik-Ash en était heureux. Mais à présent, il était temps pour le vieux jaguarian de trouver la sienne, et de goûter au repos qu'il méritait. Le vieux jaguarian tourna le regard en direction de l'horizon. Dans moins de cinq minutes, le soleil aurait complètement disparu, et lui avec. Tant mieux, se disait-il. Cela lui laissait juste le temps pour rendre un dernier hommage à Galen.

Jonik-Ash se pencha pour ouvrir le bagage posé à ses pieds et en sortit sa guitare ; son « fidèle compagnon », comme il aimait appeler son instrument. Il prit le temps de se concentrer, puis commença par composer trois notes. La troisième était trop grave à son goût. Il accorda les cordes de sa guitare puis recommença. Les notes lui convenaient à présent. Jonik-Ash prit une lente et profonde inspiration. Maintenant, il était prêt à jouer sa dernière chanson. Une chanson qu'il avait composée pour les gens comme lui et Galen. Détendant ses vieilles mains, il se lança. Du bout de ses griffes, il composa son dernier air. Quand la chanson sera terminée, le vieux jaguarian disparaîtra à son tour, comme une ombre n'ayant jamais existée, une pauvre âme vagabonde dont la présence était incertaine, pour enfin trouver la paix qu'il a tant cherchée durant de très longues années.

Quant à vous, chers lecteurs, pour clore cette histoire, il ne vous reste plus qu'à écouter la dernière chanson de Jonik-Ash.

Hurt – par Johnny Cash

FIN.


Ainsi s'achève l'histoire. C'était mon hommage aux road movies, à Johnny Cash, et à toutes les personnes qui ont souffert du mal des bourreaux de l'injustice.

Je vous annonce que je vais faire une pause sur les fanfictions des Légendaires pendant un certain temps. Ça ne veut pas dire que j'arrête définitivement. Loin de là. J'ai d'autres projets de fanfics dans mes cartons. J'aimerais juste prendre du temps pour me consacrer à des fanfictions autres que Les Légendaires, notamment un crossover Pocahontas/Aladdin démarré en 2017 et que j'aimerais bien terminer. D'ailleurs, je vous invite à aller le lire si ça vous tente.

Du fond du cœur, merci à vous tous d'avoir suivi cette histoire.