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[ Rose / Scorpius ]
JE TE CONNAIS
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Tout ce qu'il voulait, c'était dormir. Rose et lui s'étaient encore disputés, mais cette fois, il avait vraiment dérapé. D'habitude, ils s'envoyaient des piques, quelques insultes en l'air, mais seulement des petits reproches prouvant qu'aucun d'eux deux n'était parfait. Qu'ils avaient des caractères flamboyants qui s'entrechoquaient facilement, et que leurs personnalités s'assemblaient autant qu'elles divergeaient. C'est à dire beaucoup.
Seulement, cette fois, Scorpius était allé trop loin. Elle lui avait encore reproché de rester trop fermé, d'être replié sur lui-même, et de ne pas lui expliquer ce qui n'allait pas quand ça n'allait pas. C'était à la suite d'une journée affreuse qu'elle l'avait à nouveau persécuté. Et il avait craqué.
Le matin, il avait pris du retard car la douche n'avait pas fonctionné normalement, puis, quand il avait voulu s'acheter de quoi grignoter sur le chemin, le vendeur de pâtisseries avait laissé son rideau baissé. Ensuite, en arrivant au travail, son hibou de service, qu'il affectionnait particulièrement, était malade, et avait été remplacé par un hibou qui, d'après lui, n'avait pas toutes ses cases... Et qui lui avait laissé un petit cadeau sur une pile d'articles incomplets qui trônait sur son bureau. Suite à quoi il avait voulu nettoyer l'affaire, mais n'avait pas pu mettre la main sur sa baguette. Il avait donc pris son courage à deux mains, ou plutôt du papier. Quelques heures plus tard, son patron l'avait convoqué pour lui dire que, finalement, ce ne serait pas lui qui couvrirait le prochain match de Quidditch, chose qui avait pourtant été décidée deux mois plus tôt. A la fin de ce petit entretien, son patron lui avait restitué sa baguette, qu'une employée avait trouvée dans un couloir.
Et les catastrophes s'étaient accumulées ainsi tout au long du reste de sa journée, le rendant d'une humeur encore plus massacrante, le ventre toujours aussi vide.
Alors, oui, quand Rose était rentrée, le soir, et avait eu envie de lui sortir les vers du nez (vers qu'il préférait garder, puisqu'il refusait de repenser à son affreuse journée), il n'en pouvait plus.
- J'arrive même plus à comprendre comment je fais pour t'aimer !
Elle avait eu l'air choquée.
Lui aussi. Et si dans son esprit, cela prouvait finalement qu'il l'aimait toujours, il comprenait parfaitement l'étendue de sa bourde. Évidemment, il n'en pensait rien. Il l'aimait, de tout son cœur, et il savait précisément pourquoi. Il l'avait toujours su. Seulement, il en avait eu marre, et il avait voulu crier un bon coup.
Maintenant, alors qu'il s'était isolé sur le canapé du salon, il s'en voulait comme jamais. Et tout ce qu'il voulait, finalement, c'était dormir.
- Qu'est-ce que tu fais ? lui demanda la voix agacée et fatiguée de Rose.
Sans se retourner vers elle, il haussa les épaules. Cela ne se vit pas, puisqu'il était allongé, mais il s'en fichait. Il ne savait pas quoi répondre, et encore moins comment se faire pardonner. Il n'y avait rien à pardonner, pour lui. C'était tout vu. Il était étonné qu'elle le laisse dormir dans leur salon, et qu'elle ne l'ait pas encore fichu dehors.
- Scorpius, t'es ridicule. Il est trois heures du matin, et je sais que tu ne dors pas. Moi non plus, je ne dors pas.
- Tu veux que je parte ?
- Mais non ! répliqua-t-elle en se rapprochant de lui, finissant par s'asseoir au bord du canapé qu'il utilisait comme lit.
Il leva les yeux vers elle, essayant de déchiffrer son visage. Celui-ci transperçait d'irritation voilée, et des rougeurs cachaient presque ses tâches de rousseur.
- Je me demande juste pourquoi t'es encore là, sur le canapé, ajouta-t-elle. Je pensais juste que t'allais t'excuser, et que tout serait fini.
- Mais Rose, t'as pas entendu ce que je t'ai dit ?
- Si, j'ai parfaitement entendu, répondit Rose en lui lançant un regard noir. Mais je sais que tu ne le pensais pas.
- Comment tu peux...
- Comment je le sais ? Parce que je te connais. Mieux que tu ne te connais toi-même, apparemment, fit Rose en levant les yeux au plafond. Le jour où tu ne m'aimeras plus, tu ne le diras pas. Tu t'en iras sans un mot, froid et distant. Tant que tu cries, j'ai l'assurance que tu ressens quelque chose.
Un silence plana au-dessus d'eux, durant lequel Scorpius digéra l'information, se rendant compte qu'elle avait entièrement raison. Que depuis toujours, cette fille, maintenant femme, l'avait sorti de son aristocratie d'indifférence.
- Mais tu me dis toujours que je ne m'ouvre pas assez.
- Oui. Mais tu t'améliores, répondit-elle avec un sourire en coin tout doux.
Scorpius replia ses jambes et s'assit, combattant ses muscles engourdis par la fatigue.
- C'est vrai ? répéta-t-il en la regardant dans les yeux.
- Oui, lui dit-elle sans ciller. Mais tu ne t'es toujours pas excusé, ajouta-t-elle quelques secondes plus tard.
Il se repositionna encore, attira la jeune femme sur ses genoux, et enroula ses bras autour de son corps fragile. Puis, le front posé contre le bord du visage de Rose, les yeux fermés, il murmura :
- Désolé. Je suis désolé. Tu as raison en disant me connaître.
Sous son nez, il sentit les joues de Rose s'étirer, comme si elle souriait.
- Je t'aime, Rose.
Elle tourna doucement la tête vers lui pour sceller leurs lèvres tendrement et Scorpius les fit basculer sur le canapé.
- Par contre, fit-il, je suis fatigué, donc on attend demain pour que je te raconte ma journée. Ça va te faire rire, je parie.
- J'ai hâte, répondit-elle en se serrant contre lui. Bonne nuit.
Il l'embrassa sur le front et se laissa tomber dans un sommeil reposant.
NOTE
Voili voilou. Bonne journée, et bon weekend, et bonnes vacances ! (et n'oubliez pas les BattPott ! Le premier chapitre (la semaine dernière, ce n'était que le prologue) sera publié ce soir. Allez sur le profil de DelPlume)
Delfine
