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[ Rose / Scorpius ]
Dimanche 14 avril 2024
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Rose avait tenu à bout de bras un Scorpius échevelé, chancelant et heureux. Et très saoul. Elle l'avait raccompagné chez lui, dans le grand appartement luxueux que ses parents lui avaient offert à sa sortie de Poudlard, et elle y avait passé la nuit. Non, pas comme ça. Elle y avait passé la nuit, sur le canapé. Au cas où Scorpius ait besoin d'elle. C'était en tout cas son intention.
Ce n'était pas vraiment la première fois que ça arrivait. Qu'il soit saoul, oui, c'était une première. Mais qu'elle dorme chez lui, sur le canapé, cela arrivait souvent. Ils aimaient bien faire ça : discuter jusqu'au milieu de la nuit, puis s'endormir, avachis sur le sofa confortable. Des fois, il y avait Albus avec eux, comme au bon vieux temps.
Toujours est-il qu'elle l'avait raccompagné, de peur qu'il ne fasse quelque chose de stupide, comme se mettre à chanter à la porte de ses voisins, qui, d'après lui, laissaient beaucoup trop de plantes autour de leur paillasson ; ou comme vomir sur la table de la cuisine plutôt que dans les toilettes. Ce genre de choses stupides.
Cependant, quand ils étaient arrivés devant la porte de l'appartement du jeune homme aux mèches blondes désordonnées, il l'avait laissée entrer avant lui en souriant, et n'avait lancé qu'un coup d'œil furtif au paillasson des voisins. Il avait ensuite utilisé la table de sa cuisine, non pour s'y vider l'estomac, mais pour y poser deux verres (que Rose s'était empressée de remplir d'eau), ainsi que des restes de nourriture sortis tout droit du frigo.
Et il avait fini par s'asseoir sur une des chaises et par prendre la main de Rose dans la sienne.
Étonnée, la jeune femme l'avait laissé faire, mettant son geste sur le compte de son état alcoolisé, et avait levé les yeux au ciel en utilisant sa seconde main pour le forcer à boire de l'eau.
Mais Scorpius avait continué à la lui tenir fermement au chaud, et s'était mis à caresser doucement sa peau.
- Mais qu'est-ce qui t'arrive ? lui avait-elle demandé en ne sachant comment éviter un rougissement de se frayer un chemin jusqu'à ses joues.
- T'es belle, Rose, avait-il dit pour toute réponse, sans articuler proprement.
- Bon, il est temps que tu ailles dormir, je crois, avait-elle rationalisé, n'en croyant pas ses oreilles. Allez, viens.
Elle l'avait tiré vers sa chambre, puis l'avait jaugé d'un regard. Non, il ne serait pas capable de se changer tout seul, et non, elle ne le ferait pas à sa place. Elle était suffisamment mal à l'aise comme ça.
- Tu dormiras avec tes vêtements, tant pis, avait-elle soupiré.
- Tu viens avec moi ? s'était-il empressé de s'enquérir. Dans les rêves, tu viens avec moi, et tu t'endors, et je te sers dans mes bras. Comme ça.
Il avait attribué à ses paroles une explication physique qui avait rendu cramoisies les joues déjà roses de la rouquine. Emmitouflée dans les bras musclés de son meilleur ami, elle s'était délectée du contact, mais s'était échappée à son câlin et l'avait poussé vers son lit.
- Tu as trop bu, Scorp, s'était-elle énervé tandis qu'il s'écrasait sur ses draps. Dors un bon coup pour oublier ce que tu racontes.
- Oublier ? Jamais je ne t'oublie, Rose, avait-il marmonné, les yeux semblant ne plus voir nettement. Quand je dors, t'es là. Quand je me réveille, t'es là. Quand je mange, t'es là.
- Et quand je suis à côté de toi, je suis là aussi, c'est ça ? Allez, arrête ta poésie, et dors, lui avait ordonné Rose, partagée entre l'envie de rire et celle de pleurer pour des mots qu'il n'aurait jamais prononcés dans d'autres circonstances.
- Tu ne comprends pas, je t'aime ! avait-il gazouillé en fermant les yeux, avant de se mettre à chantonner les mots "Tu ne comprends pas" dans toutes les octaves que ses cordes vocales lui permettaient d'atteindre.
Ensuite, il s'était écroulé comme une masse ; Rose s'était roulée en boule à côté de lui, gardant un œil sur sa forme endormie, et elle avait fini par trouver le sommeil, deux ou trois heures plus tard.
. . .
Une voix pataude la réveilla soudain, accompagnée d'un souffle sur ses cils.
- Tu ne dors pas sur le canapé, d'habitude ? Et moi par terre à côté ?
Rose papillonna des paupières avant de plonger son regard dans un nuage gris pâle. Scorpius l'observait, vêtu comme la veille, les couvertures tombées au sol dans ses mouvements pour se positionner face à son amie. Elle se figea et se releva brusquement, faisant sursauter le jeune homme, qui fit aussitôt la grimace.
- Ah, ma tête, grommela-t-il.
- Tu l'as bien mérité, marmonna-t-elle en guise de réponse, peu désireuse de le soutenir alors qu'il avait avalé cinq verres de trop la veille au soir.
- Oui, peut-être.
Il resta allongé, l'air pensif, et soudain son corps se tendit. Ses yeux paniqués lancèrent des points d'interrogation (ou d'exclamation) à Rose, qui finit par le voir. Elle détourna la tête, cherchant quelque chose à dire pour changer de sujet avant même que celui-ci ne commence, ne se sentant pas prête à entendre ses excuses dès le matin. Elle préférait oublier, comme elle arrivait à le faire quand ils se comportaient simplement comme des amis.
Elle crut un instant qu'il avait trop honte pour en parler, mais malheureusement pour elle, cela ne fut pas le cas très longtemps. Dès l'instant où elle l'entendit ouvrir la bouche, elle prépara sur sa langue le "C'est pas grave" qu'elle comptait lui servir...
- Tu ne m'as pas cru, hier, hein ?
... Et qu'elle ravala, en même temps que sa salive.
- Non, ne t'en fais pas.
- Non, je veux dire... Pourquoi tu ne m'as pas cru ?
Les sourcils froncés, Rose se tourna à nouveau vers lui.
- Parce que... Parce que tu racontais n'importe quoi et que tu étais ivre comme jamais ? Pourquoi tu veux le savoir ? L'important, c'est que je ne t'aie pas pris au sérieux, non ?
Devant la moue déçue de Scorpius et sa main nerveuse qui alla ratisser ses cheveux soyeux, Rose sentit le malaise la terrasser au centuple.
- Quoi ? fit-elle, prise de court.
- Pourtant c'est vrai, tu aurais dû me croire.
- Dans l'état dans lequel tu étais ? Tu rigoles ?
- Oui, bon, peut-être que ce n'était pas très crédible, répondit-il en rougissant légèrement. Je suis désolé d'avoir bu autant. Cela n'a pas dû être beau à voir.
- En effet, se moqua-t-elle.
Scorpius ne répondit pas, trop occupé à se dessiner une expression nonchalante. Il échoua misérablement, et cela fit rire Rose.
- Allez, oublie.
- Que j'oublie ? Mais tu ne comprends toujours pas ! s'exclama-t-il en perdant son ton neutre. Rose, écoute...
Il se redressa dans une position assise et se mit face à la jeune fille. Il lui prit la main et ignora ses yeux écarquillés.
- Je n'ai pas menti. Ça fait longtemps que je veux t'en parler, mais c'est jamais le moment, ou bien je n'ai pas le... le courage, tu vois ?
Scorpius soupira et tenta un sourire rassurant en voyant l'air déboussolé de Rose.
- Je... Tu... Ah ! Tu me fais bafouiller, en plus ! fit-il en s'énervant. C'est bien plus simple de faire ça avec de l'alcool dans le sang, bougonna-t-il.
- Qu'est-ce qu'il y a ? s'inquiéta Rose. Allez, c'est que moi !
- Justement, c'est toi, et... Ok, bon, voilà... Rose, je t'aime. Voilà. Avant que tu dises quoi que ce soit, je t'aime plus que ne le ferait un simple ami. Et j'avais espoir que ce soit pareil pour toi. Après, si je me suis trompé, alors tant pis, j'espère qu'on pourra quand même rester amis, hein, je...
- Tu... m'aimes.
- Oui, souffla-t-il en la regardant, les yeux remplis de sincérité.
- Euh, d'accord.
Doucement, elle lui sourit, son regard bleu océan transperçant ses violentes tempêtes, puis, peu après, elle se mit à rire d'un rire fragile, heureux, contaminant. Les lèvres étirées, Scorpius attrapa Rose par la taille et se laissa tomber sur le matelas, l'entraînant avec lui. Chacun sur un côté, les yeux dans les yeux, ils s'observèrent quelques instants, avant que Scorpius ne brise le silence de ses pensées et les fasse voler en éclats en emprisonnant Rose en un baiser passionné.
NOTE
C'est une grande histoire... Ça a commencé il y a quelques mois, le 28 octobre, je crois bien. En gros, c'est de là que sont nés les BattPott, fanfiction co-écrite avec LittlePlume (je vous renvoie au profil DelPlume, où cette histoire est publiée tous les vendredis).
Pour faire court, cette drabble était ma version du début de la relation de ces deux personnages secondaires, elle est dédiée à LittlePlume, comme toutes les drabbles de ce recueil, et j'espère qu'elle vous aura plu !
A très bientôt :)
Delfine
ps : un grand merci à Marie Lapiz, qui corrige les fautes que je laisse dans ces drabbles !
Réponse à Myriam : Merci pour ta review ! C'est super agréable d'en recevoir, surtout quand c'est pour savoir qu'une lectrice a aimé ce que j'ai écrit :) Alors merci !
