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[ Rose / Scorpius ]

I TRIED NOT TO

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Le nom Weasley, il avait appris à le détester. A le haïr de tout son être. A vouloir le piétiner avant de s'essuyer les pieds dessus. Et ce simplement parce que c'était ce que sa famille avait fait durant des décennies. Chez lui, mépriser ce nom était la norme. C'était une activité comme aurait pu l'être un moment de partage tel qu'une partie de Bavboules. Seulement, chez lui, on ne jouait pas aux Bavboules. Ça aussi, c'était la norme.

Ainsi, quelle n'avait pas été sa surprise lorsqu'il était entré par inadvertance dans le compartiment du Poudlard Express qui abritait justement une tignasse de feu qui aurait fait crisser les dents de son père. C'était celle d'une fille, qui plus est, et il n'avait pu s'empêcher de la trouver rigolote, cette fille, avec son pull mis de travers, son grain de beauté près du sourcil gauche, et le chocolat qui lui coulait sur les doigts. Elle était un vrai désordre.

Elle était en train de rire avec un garçon du même âge, mais ses cheveux à lui étaient on ne peut plus noirs. C'était déjà moins risqué ; il était certain que ce n'était pas un Weasley (bien sûr, il s'était partiellement trompé).

Cependant, c'est elle qui l'avait remarqué la première, et qui lui avait dit, en avisant ses cheveux impeccablement coiffés et ses yeux ronds :

- C'est toi, Scorpius Malefoy ? Je suis censée te détester.

Puis, après l'avoir examiné de la tête aux pieds, elle avait haussé les épaules, l'air de dire que sa dernière remarque était peu importante. Le garçon installé en face d'elle s'était mis à rire doucement, et son amie (qui était en fait sa cousine, mais ça, il l'apprendrait plus tard) l'avait dévisagé à son tour.

- C'est vrai ! C'est ce que papa m'a dit. Mais que ce soit le pire des idiots, qu'il soit méchant ou qu'au contraire il soit très gentil, je m'en fiche.

Elle s'était ensuite retournée vers lui, toujours debout dans son uniforme parfaitement ajusté, et elle avait eu un petit sourire contrit.

- Enfin non. Si tu es gentil, tu peux t'asseoir avec nous.

Et il s'était assis.

A cet instant, déjà, il l'avait trouvée extraordinaire. Elle était elle-même, naturelle, et elle se passait bien de l'avis des autres sur sa personne. Le sentiment d'avoir à ses côté une personne incroyable n'avait alors jamais décru. Il aurait voulu dire que le nom Weasley était un nom horrible, pour ce qu'il était et ce qu'il représentait, mais depuis ce trajet en Poudlard Express, il n'en avait plus été capable. Et de la même manière, il n'avait pu s'empêcher de désirer être son ami. Ses certitudes n'avaient cessé de voler en éclats au fil des jours, des semaines, jusqu'à ce qu'il capitule.

Plusieurs fois, il s'était demandé ce qu'il aurait fait sans cette amitié lumineuse, sans cette étincelle de vie qui l'accompagnait (presque) partout où il allait. La réponse était simple, même si elle était difficile à accepter : il n'aurait rien fait. Il n'aurait jamais essayé de boire du jus de tomate au petit déjeuner, il n'aurait jamais été envoyé à Gryffondor, il n'aurait pas pu laisser ses cravates traîner dans son dortoir plus d'une heure, il ne se serait jamais risqué à faire une grimace à un portrait, et il n'aurait jamais mis deux chaussettes différentes après avoir perdu un pari. D'ailleurs, il n'aurait jamais perdu de pari. En fait, il aurait été à Serpentard, il aurait menti à ses parents en leur disant qu'il s'y plaisait, il se serait ennuyé en cours de Potions, et jamais ses devoirs de métamorphose n'auraient comporté de ratures.

Il n'aurait rien fait. Il n'aurait pas vécu. Il savait qu'il n'aurait fait que survivre.

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C'était un vendredi, un long vendredi plein de pluie et de sombres nuages. Plein du froid de janvier, des devoirs qui s'accumulaient, et de la fatigue qui en faisait autant. Un de ces vendredis qui annonçaient une terrible nouvelle, qui vous donnaient envie de vous cacher sous votre couette avec un chocolat chaud.

Scorpius, qui avait maintenant dix-sept ans, était affalé dans un des fauteuils de la salle commune des Gryffondor, et c'est les yeux dans le vide qu'il repensait une fois encore à ce qui lui aurait été interdit s'il n'avait pas succombé à la joie de Rose et à ses joues rouges. Il lui semblait d'ailleurs que quiconque n'y ayant pas droit devait être plongé dans une affreuse tristesse. Lui et Albus étaient constamment entourés de l'aura de la jeune fille, et il lui était mille fois reconnaissant d'avoir bien voulu lui offrir sa bonne humeur quotidienne.

Il en était fier.

Jamais il ne s'imaginait être séparé d'elle. Et d'ailleurs, que ferait-il, sans elle, le jour où ils quitteraient cette école ? Où irait-il ? Et où irait-elle ? Il se rendit soudainement compte avec effroi que ce moment approchait à pas de géants, bien plus vite que ne l'aurait fait une vague déchaînée venant s'écraser sur des falaises. Pouvait-il se passer d'elle ? De son sourire, de ses caprices et de son humour ? De son charme, de ses fossettes, de ses remarques intelligentes et de ses remarques stupides ? De ses cheveux aussi endiablés que son rire, de ses yeux moqueurs ?

De ses tâches de rousseur, qu'il aimait tant et qu'il rêvait de pouvoir compter ?

- Tu n'avais pas des recherches de botanique à faire ?

Scorpius sursauta et, bouché bée, observa Rose s'asseoir à côté de lui, les sourcils froncés.

- Rose ! s'écria-t-il, en se sentant plus stupide que jamais.

Les sourcils froncés de la rouquine coururent se cacher sous ses cheveux.

- Oui ?

- Je crois que...

... que je suis amoureux de toi.

N'était-ce pas idiot de lui avouer cela seulement sept secondes après s'en être rendu compte ?

- Oui ? répéta-t-elle. Que tu as oublié ton devoir de botanique ? Que tu as les cheveux blonds ? Que tu as peur du calamar géant ?

- Voilà, c'est ça, rétorqua-t-il en souriant faiblement. Tu me connais par cœur, décidément.

La jeune fille pouffa et posa sa tête sur l'épaule de son ami en levant les yeux au ciel. Ce dernier soupira, d'aise, de peur, de bonheur, puis abaissa son propre visage sur le sommet du crâne de Rose.

Il allait se permettre de garder ce secret pour lui pendant quelque temps. Il allait le savourer, l'adorer, le vénérer. Faire comme s'il était le seul à être au courant.

Parce qu'elle le connaissait par cœur. Et que, par conséquent, son secret, il était sûr qu'elle le connaissait déjà.


NOTE

Et une Drabble pour Sa Majesté ! J'aimerais bien dire "à votre service", mais une Drabble par jour me semble être une demande difficile à réaliser (même si j'en rêve). Sinon, j'espère que tu auras vu le clin d'œil ;)

J'aime bien comme une simple chanson, ou une simple phrase dans une chanson pas écoutée depuis 4 ans, peut nous donner envie d'écrire. Aujourd'hui, c'était "Over and over, I fall for you, over and over, I try not to". D'où le titre. Voilà pour la petite histoire qui n'intéressera personne.

That's all, folks! Suite au prochain épisode !

Delfine